‹ Histoire de JérusalemChapitre 78 sur 149 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

âprès avoir cooversé avec Achille , qu'il avait évofué du tumuluâ homériqae , et obtenu radmission aox mystères d€ Cérès, Tenchanlcur célèbre s*)Slait montré à Rome. Cet homme dont la vie est restée comme un vague nuage « parce que son historien Philostrate a mêlé à des contes sans fol le peu de vérité qu^on savait, vécut, dit^n, de longs jours. Après sa mort, un temple à Tyanes, une statue à Épbèse, son image placée par Alexandre Sévère, parmi celles d^Vbrabam, d*Orphée et de Jésus-Christ^ ttooignèrent d'un respect religieux pour sa mémoire* Caracalla, ajoute-t-on, lui éleva aussi un sanctuaire , et Aurélien honora son souvenir en épargnant sa ville natijie. L'histoire de celte époque est pleine d'imposteurs fameux ; Fapparition du Sauveur sur la terre, avait éveillé d'étranges ambitions : c'était à qui se ferait déclarer dieu; la divi« nitéd^int une prétention des grands rèveufS orientaux du premier siècle de Tcre chrétienne*

Venu à Jérusalem aGn d'y apporter les aumônes deâ gentils, Paul est pris, car la synagogue de la métropole Israélite ne lui avait point pardonné sa conversion ; il est admirable de fermeté, lorsque des degrés de. la tour Anlonia, l'apôtre parle au peuple qui lui répond par des clameurs ; en laisant connaître son titre de citoyen romain, il effraye le centurion qui l'a menacé du fouet. Au conseil des Juifs, un soufilci lui est donné par ordre du pontifo Ananius : < Dieu te frappera toi-même, muraille blanr chie , > lui dit Paul. Pour le dérober à la mort, on le conduit à Césarée, qui devient sa prison pendant deux ans; sa défense devant Félix et Festus, et surtout devant Agrippa, fils d'Hérode Agrippa , est une grande chose : ce prisonnier chargé de chaînes , domine ses juges de toot0 la hauteur du génie et de la vérité.

c II faut que Je voie Rome, > avait dit le grand apôtre* U verra la ville éternelle , il y entrera par la voie Appienne, en captif, et sous la surveillance d'un centenier; c'est au tribunal de César qu'il a demandé à être jugé. Ce captif, gardé à vue à Rome , est plus puissant dans son humble

HISTOmS DE lÉRUSALEll.

logis que Néron sur le mo ni Palatin ; d'indignes fers pèsenl gur son corps, mais son intelligence, que les chaîties ne peuvent alicindre, plane sur la méliopole do l'univers , et la Vérité dont il est Tarabassadeur a plus trcnergie et d^avenir que le pouvoir du iiis d'Agrippine et de ses pareils. Paul, dans sa carrière d'apôtre, s'était toujours suffi à lui-même et avait vécu du travail de ses mains; il faisait des Icnlcs de cuir pour les soldats et les marins» " et c'est ainsi qu'il pourvut aux besoins de sa vie pendant les deux, ans de sa captivité à Rome. On ignore de quelle manière il fut rendu à la liberté et comment il fit accepter aa justification; sa comparution devant Néron eût été wd fpccUfile dont saint GhrysostdflM a senti toata la grandeur; elle cet trop incertaine pour que nous nous y arrêtions. ÏÀbtù OQ prisonnier, ce grand prédicateur de la foi ne fanenra jamais en repos au milieu des sept collines; son aoulUe enfantait des amis de Jésus-Cbrist jusque danslepalais de Néron, et c*estune admirable chose que de lui entendre dire à la fin de son épltre anx Phili ppiens : c Les frères I qoi sont afoo moi vous salaent. Tous les saints vous c salaent» mais prkuipakmmt m» gftii fonl d$ kt maîmi f 4b Cétar (f). »

L*Asie Mineure et Jérusalem virent une dernière fois rapôtre ; le jour même où saint Pierre était crucifié sur le ttont Janicule, la léle de saint Paul tombait sous la hache aux ESaux Salvîennes; tous les deux pouvaient dire en mourant ; c i*ai bien combattu, j*ai achevé ma course, f j*ai gardé la foi (t). • Le ciel s^ouvrit le même jour et peut-être à la même heure pour'les deux fondateurs de f empire de Mus-Christ k Rome. A une demi-heure de la YiUe, une fosse creusée sur la route d'Ostie reçut les restes du grand apôtre. La piété des souveralus pontifes donna pour abri è cette tombe une basilique qui fut célèbre dans ks vieux siècles» et que l'incendie a dévorée en 18S5 : au

(2) £pltre à Timoiliée, cbap. IV, vers. 7.

GHAPiniB UX. U

moment où nous écrivons, on achève de relever le monument catholique (i). Tous les souverains de l'Europe ont voulu concourir à son ornement ; Méhémet-Âli, ce pacha longtemps heureux qni utx pas pu obtenir dans les traités la place qu'il avait conquise en Égypte, en Arabie, en Syrie et dans TAsie Mineare, a inscrit son nom sur la liste des rois en offrant au pape Ctrégoire XVI Iretie colonAet d*albâtre pour i*église de saint Paul.

D*aprèft le portrait que nous en ont laissé les premiers ehrétiens, saint Paul avait un extérieur Tulgairei la tête sans chevelure, le nez long, la taille petite; il n'avait que trois coudées , nous dit on écrivain grec (i), et cependant il touchait le ciel. Cest Fapôtre qui a le plus parlé» lé plus écrit , le plus voyagé , le plus souffért. Toutes les nations qui formaient l'empire romain furent visitées par le feu de sa charité ; il avait été établi , comme il nous lé dit lui-même (3)» le prédicateur, l'apôtre et le maître des nations. Dieu ne lui avait point donne un esprit de crainte, mais un esprit de courage, d'amour et de sagesse (4). Que de tribulations et de misères supportées avec une grande âme durant trente ans de travaux religieux ! Que de fois rapôlre fut chargé de fers! mais il ne s*en affligeait point, car il savait que la parole de Dieu ne peut pas être enchaînée. H reçut des Juifs cinq fois trente-neuf coups de fouet, fut deux fois battu de verges par les Romains, fit trois fois naufrage et demeura une nuit et un jour flottant entre la vie et la mort sur les débris d'un navire. Saint Clément* papé, appelle saint Paul le pUis grand exemple de patience qtte Bim nmu ait donné* t 11 semble, disait Tathlète de la

< fol, que Dieu nous traite, nous autres apôtres, comme € les derniers des hommes, Comme ceux qui sont con-

< damnés à la mort, nous faisant servir de spectacle tu c monde, aux auges et aux hommes..* Nous souffrons la

(1 ) Toscane et Reme, lettre xm, édit. HiViAii et 0«

(2) L'auteur du Philopalris.

(5) Ëpîlrc h Timolhée, chap, I,Ten. 11.

(4) /6td. chap. 1, ver». 7.

I faim, la soif, la nudité, les nacnrais Iraitémenls , et

t nous sommes errants; nous travaillons de nos mains « pour vivre; nous sommes maudits cL nous bénissons; c on nous persécute et nous le soulFrons; nous sommes € injuriés et nousrépoudoas par des prières ; nous sommes t devenus comme les ordures de ce monde, comme des c balayures rejclées de tous (i). >

Un jour même la mesure de ses maux fut telle qu'il s'ennuya de vivre (2) : simple cL louchant aveu d'un cœur qui n'avait poijil encore iHé airranchi de l'infirmité humaine! Saint Paul avait au plus haut degré le génie de Fapostolat; Juif avec les Juifs, gentil avec les gentils, faible avec les faibles, il se faisait tout à tous pour les sauver tous (3);

11 courait et ne courait point au hasard , il combattait et ne donnait pas des coups en l'air («)• Les vieissîtodes de la vie ne le prenaient point au dépourvu : il avait un cdt* ractère et des habitudes qui le rendaient fort contre Tin» constance des jours humains; il avait appris à se conteor ter de chaque situation qui pouvait lui être faite; il savait ' être jpauvre et savait vi?re dans Tabondance; ayant passé par toutes sortes d'épreuves > il s*était accoutumé au bon accueil et à la faim, à Topulenle hospitalité et h Tindigencc (5). Orages du ciel, courroux de la mer, passion des multitudes, caprices ou haines des hommes, vous aviez beau vous armer contre lui , il demeurait avec l'immobile fermeté des montagnes et la magnili(^uc sérénilé de la vertu.

Après l'Évangile, il n'existe rien de plus beau chez les hommes en philosophie que les Épîlres de saint Paul. Saint Jérôme appelle Tapolre la trompette evangdique , U rugisiement du lion, le tonnerre des peuples ^ le fleuve de Vélo- . q%mcê chrétimM, Ces Épitres dont toutes les paroles sont

(1} Première épltre anx Corinthiens, chap. FV.

(2) DeuiLièiiie épltre aux. GoruUhien», chap. I, verj. 8.

(3) Première épUre aux Coriathiens, chap, IX,

(4) im.

(5) Ëplire au Phib, ehap. IV.

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