CHANTRE XIX
des tonnerres, selon r€X])rcssion de jilusicais saints, présenlciil lu dévcloppemeiil le plus cloquent, le plus fort, le plus complet de renseignement du Sauveur. Quelle plénitude d*idéc$ ! quelle grandeur de style! quelle science profonde dans les choses de Dieu ! On croirait que tous les anges du ciel ont mis la main à ce monument du premier âge du christianisme , devenu la règle des âges suivants.
Un écrivain de nos jours (i) qui , peu content de nier la diyiDité de Jésus-Christ, s*est efforce d'amoindrir son influence comme fondateur du christianisme, attribue au grand apôtre des gentils Textension de la doctrine de la fraternité appliquée jusque-là à la nation juive; mais c*est là une erreur maléridle; le Fils deBIarie, en prêchant la fraternité et tout Tensemble de sa diyine doctrine^ ne songeait pas seulement aux Juifs, mais à toutes les nations de la terre ; cela est écrit plus d*une fois dans rÉvanglle, et le pré: dicateur des gentils n'a été que rinstrumentde cette pensée du Sauveur : c J'ai encore d'autres brebis qui ne sont pas € de cette bergerie, mais il faut que je les amène* i L*écri* vain déjà cité se demande si Finfluence de saint Paul n*a pas clé plus grande paur les succès du christianisme quo celle de sou fondateur; il tombe ainsi dans la caLégorie de CCS Corinthiens qui les uns étaient pour Paul, les autres pour Apollon, ceux-là pour Céphas ou Pierre, ceux-ci pour le Christ. C'est le grand apùlre lui- môme qui va répondre : « Est-ce Paul, disait-il aux Corinthiens, qui a été crucifié < pour vous? est-ce au nom de Paul que vous avez été ( baptisés?... Je ne me suis vanté de savoir autre chose € parmi vous que Jésus-Christ et Jésus-Christ crucifié..', c Qu'est donc Paul? Qu'est donc ÂpoUou? Ce sont des f ministres de celui en qui vous avez cru , et chacun € selon le don qu'il a reçu du Seigneur. C'est moi qui ai c planté, c'est Apollon qui a arrosé, mais c'est Dieu qui a c donné Taccroissement; et celui qui plante , celui qui
(1) M. SuiViidor.
M UISTOm£ D£ JÉRUSALEM.
« arme ii*ttt rien; Diea seul est quelque diOM» lal qtA c don0e raccroittemént (t). »
On a mis an nombre des éeriU apocryphes une corres* pondance entre saint Panl et Bénèqoe, mais il est difllcile de ne pas supposer que le grand apôtre ait connu le précepteur de Néron. Celui qui aurait transmis à la postérité les conversations de ces deux hommes, aurait laissé une des pages les plus curieuses des choses d^icl-bas. Pour apprécier d*utt coup d*œil la différence de la philosophie ancienne avec le christianisme. Il suffirait d*un rapide parallèle du philosophe et de Tapôtre.
Sénèqne , de la secte du Portique , prend la résolution de mener des jours austères; il renonce aux festins, aux parftoms , aux hains chauds et s*impose les abstinences pythagoriciennes; mais sitôt que son père lui fàit observer que cette façon de vivre va lui donner des airs de judisliiM, Sénèque a peur d*ètre confondu avec des gens qu^on^mé* prise et reprend ses molles et étantes habitudes. La vie de Paul est une abn^tion perpétuelle, elle s*écottIe étran* gère à tous les délices , et les moqueries des païens n'oôt pas le pouvoir de la changer. Accusé d*avoir corrompu la fille de Germanicus, Sén^ue est exilé en Corse; pendant les deux premières années de sa proscription , il éeril des phrases stotques; à la troisième année, il succombe à l*épreuve et adresse de basses flatteries à Polybe et à Claude dans Tespoir d'obtenir son rappel. Paul, coupable seulement de vouloir annoncer la bonne nouvelle aux hommes, est errant de ville en ville, chassé, conspué, lapidé, et ni son âme ni sa bouche ne connaissent une indigne faiblesse.
Bappelé par Âgrippine, chargé d*élever le jeune Néron, Sénèque ne se révolte point contre l'empoisonnement de Britannicus et accepte une part de ses dépouilles. 11 sert les passions adultères de Tempereur, laisse tuer Agrfp* pine, de qui il avait tout reçu, et rédige pour Néron la
(1) Première épllrc aux GormUucQS.
CHAFin» fiX. 18
justification du parricide. Paul fait péaélrer la vertu dans tout ce qui l'eutoure, a horreur du meurtre, ne veut pas qu*on souille le corps qu'il appelle le temple do 1 Esprit saint et commande qu ou honore son père et sa mère. Si ou lui eùL confié Tenfance de Néron , il aurait bien su, à force de sainteté, adoucir cette féroce nature : il ne faut pas croire qu'il soit facile de se dérober à Tcmpire de la véritable vertu. "Dans quatre ans, Sénèque amassa trois millions de sesterces; Paul vivait au jour If jour avec le protlait de ses tentes de cuir. SLuèquc aulcurd'un Trailô de la Clémence, avait reh'gué aux îles liulcarcs Suilius son accusateur; Paul fait du bien à ceux qui le poursuivent et bénit ceux qui le maudissent. Sénèque, éloigné de la cour, composait, dans son palais éiincelant d'or, des ouvrages sur le bonheur de la pauvreté. Paul était assis sur la terre nue loi Sfju'il iuvilaît les fidèles d'Kpbèse ou do Corinthe, de Home ou de Ihessalonique, à mépriser les magaifieeDoes de la terre.
Le philosophe mourut à peu près à la même époque que l'apôtre; l'un ne négligea rien pour que son trépas fit grand bruit, Tautre pour que son trépas fût saint. Dans la doctrine de Sénèque, c'est l'orgueil qui est le mobile de la vertu ; dans la doctrine de Paul, il A*y avait point de vertu sans humilité profonde. Sénèque, si on en excepte le cha« pitreda Miroir au Traité des Questûmi«ahÊrdht, mit bcauooup de morale dans ses écrits, très-peu dans ses actions ; le parfum de la divine fleur de l'enseignement chrétien s*eîhale dans la vie de Paul. Ënfin le traité de la Provir dmee, de Sénèque, consacré à la défense d'une erreur funeste , autorisait les malheureux à rejeter le fardeau de Texislence; Paul, dans l'excellence de sa foi, prêche une courageuse patience dans l'adversité qui produit des trésors pour tes destinées futures deThomme. Ainsi donc, au point de vue moral, philosophique et religieux, Paul est bien plus grand que son illustre contemporain , et sa supériorité sur Sénèque est celle de rÉvangile sur Técole des anciens.
U HISTOmi! DE JÉRUSALEM.
Il nous reste à parler d'un grand disciple, de celui que Jésus aimait; nous le plaçons à la fia de ce chapilre parce qa*îl survécut à tous les apôtres, non point qu'il eût manqué au martyre, mais c*e$t le martyre qui lui manqua. Ail début de Tapostolat, sa jeune figure nous apparaît pleine d*înspîration et d*amour9 et notre pensée , h Texem* pie de la pensée diWne, s'y attache avec une tendre pré<* dilection. Jean, frère de Jacques le Majeur, n*avaît pas vingt-cinq ans lorsque le Sauveur Tînvita à le suivre* A la dernière Gène, nous le voyons reposant sa téte sur le sein de Jésus. Pendant le crucifiement, il est le seul des apôtres que nous rencontrions au pied dë la croix. Le premier, il arriva au sépulcre vide; le premier^ il reconnut, sur le rivage du lac de Galilée, le divin Ressuscité. Emprisonné , fouetté par l'ordre des pontifes, il ne cessa point d'annoncer la gloire de celui qui l'avait tant aimé. Les Juifs dispersés sur les bords de TEuplirale et du Tigre, enlendirenl sa parole; ce fut surtout aux rives du Cayslro et du Méandre que Jean ensei^^Mia la doctrine nouvelle; il trouva Tiraolhée établi évéque d'Éphèse par saiiiL Paul, mais il fonda toutes les autres églises d'ionie, cl r'cst la ville d'Éphèse qu'il choisit pour demeure. Le fils do Zébédée, la mère du divin MaitreconGceàson dévouement du haut de la croix, Bladelei ne, qui avait suivi Tapôtrc comme une sœur selon la coutume israélite, vécurent donc ensemble dans la métropole de l'Ion ie. Quels touchants récits, quels intéressants souvenirs dans cette famille composée de trois étrangers initiés dans le secret de tant de mer* veilles! Les noms de Bethléem, deJ^azareth, de Betbsaîde» de Bélbanie et de Jérusalem devaient revenir souvent dans les mystérieuses conversations de ces trois élus.
Gondoit à Rome en 95, au temps de la persécution de Domitien, Jean sortit sain et sauf et joyeux d*une cuve d'eau bouillante comme d*un bain d*eao parfumée, près de la porte Latine, où s'élève maintenant, à sa mémoire, la basilique de SaiuL Jean-de-Lali an. l .";i}>ôtre éclïappe rairaculeusemcut à la mort pour tomber dau^ i c\il ; ic^ rochers