‹ Histoire de JérusalemChapitre 82 sur 149 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

Les deux principales montagnes , Sion et Âcra , élaieni t fermées de murailles oti Fart » dil Tacile (i)> avait formé c des saillies obliques et des sinuosités rentrantes, afin t que les flancs des assiégeants fussent exposés à tous les c coups. Le sommet du rocher était à pic » et des tours c hautes de soixante pieds oft la montagne s'élevait , et de i cent vingt pieds dans les fonds, formaient un coup « d'eeil admirahle et paraissaien t cga les à les voir de loin . • La citadelle de Sion , tant de fois fortifiée depuis David , environnée de précipices ou d*enfoncements que Josèphe ' et rÉcriture appellent jdes vallées » était posée comme une terrihie retraite inaccessible aux attaques. Le mur de Sion , avec ses soixante tours , partait de la tour d*Hippicos et aboutissait au temple ; le mur d'Acra , qui était le mur du milieu , surmonté de quatone tours , s*étendait jusqu'à la forteresse Anlonia. Un troisième mur allait de la tour d'Hippicos à la tour Pséphina, s'avanyaiL du côlé de la colline de liézelha ou Ville-Neuve, au nord du temple, et venait joindre le mur de Sion au penchant de la vallée du Cédron (2). Le rempart de Bézetha est Touvrage que l'empereur Claude n'avait pas permis au roi Agrippa d'achever, et qui fut ensuite repris par les Juifs ; il était haut de vingt-cinq coudées et flanqué do quatre-vingt-dix tours dépassant de vingt coudées l'élévation du mur. La tour Pséphina,Lalie à l'angle nord-ouest de la ville, et de forme octogone , avait soixante et dix coudées de hauteur; de son sommet on découvrait la mer , les limites méridio* .naks de la Judée , la vallée de Jéricho et la chaîne des monts arabiques.

Les trois tours d'Hippicos, de PhasatU et de Marlamne » placées sur la partie la plus élevée de l'ancien mur que BOUS appeUerons le mur de Siout e&citèrent Tétonnement

.était au temps de Jésus-Christ, est d'une grande magnificence» et honore beaucoup le savant ecclésiastique qui Va inspirée.

(1) Histoires, livre V, irad. de Pankoucke.

(2) JosèpUe est fort obscur quand il nous parle de ces (rois inurs, et vous jiniToiit ici tes données les plus miiemblaMet.

roeioiruT. ^ t. ti. 4

tSO HISTOmE DE JÉRUSALEM,

des Romains. Hérode lescoDSlruisil en mémoire d'un ami, d'un frère , d'une épouse, ei jamais Tari ne mêla autant de magnilicencc à des ouvrages aussi inexpugnables. La lour d'ilippàcos avec ses quatre façades de vingt-ciuq coudées de large et de trente de haut, avec sa terrasse en pierres de taille au milieu de laquelle se trouvait une citerne de vingt coudées de profondeur et qui soutenait Ain édifice à double tlai^e de vingt-cinq coudées de haut , nous donne une ç^raude idée des coocepUons d'iiérode; elle avait dans toute sii hauteur quatre-vingt-cinq coudées. La lour de Plmsai l , plus haute de cinq coudées, et dont la forme était celle du phare d'Alexandrie, renfermait des logements et des bains d une royale splendeur. I,a lour de Mariamne, haute seulement de cinquante cinq eondccs , avait reçu une richesse d'orneiïjciils qui etlaçaii réclal des deux autres. Ce n étaient point des pierres qui avai en L servi à h construciion de ces trois tours , mais d'énormes blocs de marbre blanc si bien taillés et si bien joints ensemble que chacun des monuments semblait fait tout d'une pièce.

Enfin le temple, entouré d'un triple mur et de portiques formant de véritables défenses, n'était rien moins qu'une ' imposante forteresse ; la tour Ântonia complétait son aspect doaûnateur et redoutable ; Hérode Tavait assise sur un roc decinqoante coudées de haut , revélu lotit entier d'un marbre glissant , de telle sorte qu'on ne pouvait l'escaiaéar« Cette tour, qui paraissait « sekm Josèphe, comme •ne petite cité, était une forteresse environnée de quatre SAtres toors dont trois avaient cinquante coudées de haut. De même que le temple était comme U citadelle de k tille « la tour Antonia était comme la citadelle du temple <i). Nous fNHirrions indiqner encore beaucoup de Bioyens de défense, entre autres, le palais d*llérode au mont Sion, qui à lui seul était capable de soutenir de vives agressions y et de nombreux passages creusé sous les montagnes* Jérusalem, ainsi couronnée de tours et

(1) Gaerre dsi leift centre les Honatns, Ut. V, chap* 18»

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ceinte de murailles , se piésenlait sur ses collines comme une i'oi niidable guerrière ; elle avait , pour défense vi va n te, UD peuple qui , depuis quinze siècles, méprisait la mort dans les batailles , cl si elie tomba, c'est que Dieu voulait fa chute.

La communauté chrétienne de Jérusalem, voyant la Tille sous les coups de la prophétie du Sauveur, songe à 8*éloiguer; conduite par son évêque Sitiiéun , elle s*cn va au delà du Jourdain, dans une cité nommée Peila ; quand la prophétie sera accomplie, les fidèles reviendront prendre une demeure dans les lieux que les mystères de la Passion ont consacrés.

Dans un chapitre précédent, nous avons parlé de Tassociation ou secte des L^aliléens, qui ret'usaient de payer Timpôt aux Homaius, et auprès de ({ui les gouverneurs de Judée étaient toujours forcés d'employer la violence; le large développement de cette association avait formé un grand parti dans la nation juive. l es galiléens, appelés aussi zélateurs, se présentaient conmie les gardiens du plus pur patriotisme israélile; malheureusement, leur dévouement à l'indépendauce nationale ne s'élait manifesté que par des habitudes do brigandage ; les vagabonds et les pillards toujours en grand nombre dans le pays, avaientgrossi les rangs des zélateurs. C'étaient des hommes braves et capables de tout : Tintrépidité s'élait mise au service des plus farouches passions. Â rapproche de la guerre, les zélateurs étaient accourus en foule à Jérusalem tommê pour ia^éfcndre , mus en réalité dans Tespérance d*exercer le pouvoir à leur profil, en Tabseoee d'une forte autorité. La résistance aux armes romaines n*étaifc point Ywm d*une déciuen unanime dtns lepays. Les opinion» se partageaienl entre la paix et la gnenre ; quant à Jërn* aalem, la masse des habitants ne demandait pas mieux que de continuer le payement du tribut ; on s'effrayait du caractère des révoltés, et le joug des Romains parstoaait préférable à la domination d*un nombreux ramas de bandits.

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HISTOIRE DE ]till0SALEII.

Jean , fils de Lévi , originaire de Giscala ea Galilée, chef courageux , énergique el violent , qui joue un si grand rôle dans la catastrophe de Jérusalem, avait quitté fartivement sa ville uatale , menacée par les Romains; accoirjpagiié de sa troupe, il s'était sauvé dans la mélropole juive, lenioin des luttes intérieures entre le peuple et les zélateurs établis dans le temple, il eut d'abord l'air d'embrasser la cause de la cilé contre ses hardis pcrlui bateurs; lorsque, par une double manœuvre, il ont [lénétré le secret des intentions el des ressources des deux partis, il persuada aux zélateurs , que le pontife Ânanus , le chef du peuple, se préparait à ouvrir à Vespasien les portes de la ville, qu'un sort affreux les attendait , et qu'ils devaient appeler promptement à leur secours les Iduniéens, ces belliqueux indigènes convertis à la loi juive , et toujours prêts aux soulèvements et aux craaatés; de plus» Jean mit taot d*habileté dass ses ouvertures » ses consdls » ses révélations, qu'il trouva le moyen de se rendre nécessaire aux zélateurs, et de leur imposer son autorité suprême. Yoiià donc le transfuge de Giscala et de la cause du peuple* |»lacé à la iMe d'une redoutable faction.

Les Idoméens ne tardent point à répondre à Tappel; une tempête leur ouvre feutrée de Jérusalem » que le pontife Ananus leur fermait; ils se vengent de ce refus par des meurtres au sein d^ine nuit orageuse, et les premiers rayons du jour montrent aux r^ardshuit mille cinq cents cadavres : les scènes de la désolation venaient de commencer pour Jérusalem. Ananus dont la salutaire influence est vantée par rhistorien juif » et le sacrificateur Jésus, tombent sous les coups des Iduméens ; leurs corps, privés de la sépulture, sont livrés aux chiens. Le frénétique amour du carnage ne s*arrèta point ï ces premières vengeances : une atroce boucberie enleva encore doute mille victimes (i) ; la terreur planait sur la ville ; on perdait la vie en pleurant les morts ; ceux qui osaient les ensevelir

(1) Guerre des Jalfs contre les Romains, lir. lY, chap. 19.

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avaient bientôt eux-mêmes besoin de sépulture; il fallait s'enfermer pour gémir, pour verser impunément des larmes. Les zélateurs avaient secondé les Iduméens dans ces êeuvrcs exécrables ; ils poursuivirent avec une infernale ardeur, celte tâche de destruction intérieure, et l'histoire ne peut rien dire dv plus de leur inhumanité, sinon, qu'à la tin, elle inspïia de l'horreur aux ïdumcens, et les détermina à se reliier. Ce régime du glaive, décimant la fleur de la population de Jérusalem , dispcnsnil Vespasien d'attaquer la ville : < Quand la guerre civile , le plus grand de tous les maux , disait il à ceux qui le pressaient d'assiéger la place, porte nos ennemis jusqu'à s'entr'égorger, qu'avons-nous de mieux à faire que de demeurer spectateurs de cette sanglante tragédie? Pourquoi nous exposerions-nous au péril , pour combattre des gens qui se détruisent eux-mêmes (i)? >

Dieu ne permet pas que les méchants restent longtemps unis; des zélateurs» las d*obéir à Jean , se tournent contre son pouvoir , et se confient au commandement d'Éléazar ; ils s*élablissent dans le temple, et Xean » demeuré chef de la portion la plus considérable, prend possession des por* tiques du temple, et des fortifications du mont Âcra.Tandis que rhéritage de Néron et de GaUia, détournait Vespasien de Jérusalem, Simon, (ils de Gioras, néàGérasa, parait sous les mors de la cité , à la tète de vingt ou trente mille hommes recrutés aux bords du Jourdain et de la mer Morte, dans lesjiays d^Eogaddi , d*Hébron, de Bersabée, et qui déjà se sont fait craindre des zélateurs et des Iduméens ; Jérusalem était une proie que se disputaient tous les yati tours des montagnes de la Judée. Les portes -s'ouvrent pour les bandes , à qui un chef audacieux a promis de riches dépouilles; ces bandes viennent former un troisième parti qui s*empare du mont Sion et de quelques points de la ville basse; le peuple a reçu Simon comme .un ennemi destiné à porter des coups à Jean ; Il espère

(1) Guerre des Juifs, liv. IV, chap.^l.

«4 HISTOlRiS DB J&RUSALElf .

une divmkm «Uto, «t m sait pu • fntrodail dau sea mars» une nourdla arméa da bAtas fauTes, toutes prêtes à le dévorm*.

Trois factions se faisaient donc la guerre à Jérusalem ,

au milieu d'un peuple voué à la ruine. Chaque jour voyait iiailre des inveiilioiib d'iufatnics ou cruautés. C'étaient les galilécns qui poussaient au plus haut degré le luxe des abomina lions. Le pillage, le meurtre et le viol étaient devenus pour eux de vulgaires horreurs; ils cherchaient le raffinement, la nouveauté, la bizarrerie môme du crime. Les galiléens avaient adopté pour passe-temps favori , de s'iialnllcr en femmes , avec la frisure et le fard, d*imiler le Ion et les manières des proslituées , cl se montraient ainsi dans les rues de Jérusalem; des Inhricités qui outragent la nature, accompagnaient ces hideuses promenades, oi dans leur joyeuse marche, cps mon^^lres élégants liraient itur épée cachée sous leur robe, et prenaient plaisir à C£^orp;er les passants. Le déî^uisemenl du meurtre ( n prostitution avait semblé aux galiléens une agréable variété dans leurs forfaits. Pour dernier malheur de Jérusalem, un incendie dévora des provisions de blé qui auraient suffi pour soutenir un siège de plusieurs années. En outre , l'approche de la féte de Pâques réunisaaii è Jérusalem lea pieuses multitudes israélites des ■divers pointa du pays , et cette masse inutile que la guerre allait surprendre dans la capitale, achevait de rendre inévitables les désastres de la famine. Tel était Tétat de la ville lorsque Titus, suivi de ses légions, vint Tenvelopper.

Le nord et l'ouest de Jérusalem, étaient les seuls points par où une armée pût attaquer la place; les profonds ravins qui a'étendent à Torlent et an midi , ne permettaient ni un campement, ni le jeu des machines guerrières. Titus plaça une légion sur le mont des Olives ; c'était plutôt un camp d^observation que d*attaque; les soldats romains descendaient de la montagne pour livrer ou soutenir des combats, mais du haut de leur campement, ils

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