‹ Histoire de JérusalemChapitre 85 sur 149 · CHAPITRE XX. 6Y · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX. 6Y

U vérité cfaréttonne, et les éeailles de l'erreur ne tomberont point de leurs yeux ! Ils pâliront sur les Écritures inspirées dont ils seront les plus fidèles gardions et ne les comprendront point ; le ilambcau sera dans lenr main, et c*esl pour eux seuls (ju'il ne jettera aucune lumière. Ils se consumeront en cHorb pour redevenir quelque chose, et ne reconslrairout point leur naLionalité, semblables à Julien qui ne put rebâtir le temple condamné par les livres saints à rester dans la poussière !

La ruine de Jérusalem valut à Rome un spectacle qui lui était nouveau : le double Iriomphe d'un père et d'im CIs. L*or, l'argent et l'ivoire, les pierres enchâssées dans des couronnes d'or, des animaux rares, les ifuagos des dieux dfô nations; réblouissanle représentation des batailles gagnées, des villes conquises, de Tincendie du temple et des ruisseaux de sang coulant h travers les murs embrasés (i), donnaient à la marche impériale un merveilleux . caractère; sept cents Israélites, jeunes et beaux, vôtus avec éclat pour la féte, ayant à leur tète Simon et Jean, dévoraient leur douleur et assistaient ainsi une seconde fois aux funérailles de Jérusalem ; puis venaient les dé- * pooilles de Sion et du temple, la table d'or des pains de proposition, le chandelier dV à sept branches; le livre de la Loi terminait cet appareil des richesses amassées par la guerre. Tespasien et Titus, couronnés de lauriers, couverts de soie et de pourpre et sans armest s'avançaient chacun sur un char et fermaient le cortège. Ils voyaient devant eux la, Judée captive, non point assise dans un grand manteau au pied d*on palmier et pencliant triste^ ment la téte comme un peu plus tard sur leurs médailles, mais défilant avec ses enfants en robe de pourpre brodée d'or au milieu de la population romaine qui se repaissait de son malheur. Au pied de la coltine du Gapitole, do cM qui foit face au Forum , s*élèvent les restps du temple

(1) Tacite, Hist., liv. V, «upph, Josèphe, Guerre des Juift, liv. VU, çhap. 17.

de la Paix, où Vespasicn déposa .la lable et le cha&dèlier d*or parmi d'autres trésors de la Tîcloire , et sur le chemin da Forum au Colisée, Tare de Titus avec ses bas-reliefii que le temps effîice, offre un souvenir de la pompe trionn pbale des deux «upereurs.

Pendant que Rome se réjouissait de la chute de la nation juive et se parait de ses dépooiUes , Jérusalem , seule avec ses débris et les cadavres de ses habitants » surveillée par une légion romaine comme pour Tempécher de 8*échapper de son sépulcre, n*avait pour visiteurs que les oiseaux de proie et les bétes fauves venant y cherdier leur pftture. Sans doute, la nuit, Tombre de Jérémie, accourue d*Ëgypte et désertant sa tombe inconnue , remplissait alors de ses gémissements les ruines qui couvraient les montagnes de Sion et de Moriah, et soupirait de nouvelles élégies au plaintif murmure de la Containe de Siloé;.sa voix, s'animant ensuite au souffle des vengeances éternelles, pouvait répéter d'antiques arrêts; une seconde fois le prophète entendait le Seigneur prononcer les terribles paroles de la condamnation : i Chassez ce peuple de- . c vaiil ma facn, disait Jéhovah ; s'il vous denianLln où il t ira : iailes-lui celle réponse : Que celui qui doil mourir f meure, que l'épéc dévore celui qu'elle doit dévorer, c que la famine enlève celui qu'elle doit enlever; que t celui qui est destiné «Ma servitude aille en servitude, c Je prendrai le van, ajoulut le» Seigneur, et je les disc perserai jusqu'aux extrémités de la terre (i). >

(1) Proph. de JéréuUe, chap. 1 î>. «

CIIAPITIIE XXI.

Fin tragique des défenseurs de Massada. — Les hér^xies des prciniefs temps. — Les évèqncs de Jérusalem. — Ruine totale des JailaiOlia Adrien et rêUblissement de la ville «ainte.

(7M36 de !.<€!.)

Agrippa , le dernier roi de la race d*Hérode , après avoir aidé Titus à s'emparer de la capitale de son propre royaume, s'était retiré à Rome , ou H acheva sa vie; ]a cour de Ves« pariim le consola de ce qu*il avait perdu. L'empereur, pour achever d'enchaîner la nation juive au joug romain, ordonna que les Israélites de tous les pays payassent au Capitole les deux drachmes qui, auparavant, étaient payés au temple de Jérusalem : la majesté de Tempire romain prenait ainsi la place de la niajcsLc de Jéhovah. Il restait quelques chàleaux de Judée à réduire; Lucilius Bassus cL Sylva en furent tour à tour chargés.

L'allaque de la ciladelle de Massada^ située dans les montagnes du côLé d'Kngaddi , donna lieu , de la pari des assiégés, à une résoluliou terrible, qui révèle d'indomptables caracltTcs. Les assiégés étaient de ceux que Josèphe appelle stcaim, nrmés, contre les zélateurs, pour Tindépeudance nationale, et qui, durant les calamités de Jérusalem , avaient exercé des violences eu divers points de la Judée. L'incendie d'un mur qui devait les défendre contre les machines des Kouiains , ne leur montre d'autre per-

spective qu'une (iéfaile certaine. Eléazar , leur chef , repousse comme une houle toute idée de fuite ou de soumission. Il rassemble les plus vaillants de ses compagnons, leur rappelle le serment de ne jamais subir aucune domination étrangère et de reconnaître Dieu seul pour maître : c Si nous tombons vivants au pouvoir des Romains , leur dit-iiy le déshonneur et Tesclavage le plus cruel nous attendent 9 nous qui avons été les premiers à'secouerle

. joug et qui sommes les derniers à résister. Ëléazar les exhorte à mourir volontairement et glorieusement : ils sont encore libres » et , par une détermination courageuse, ils peuvent sauver leurs tomes et leurs enfants des outrages et de la servitude, et s'amcher eux-mêmes au mauvais destin que leur préparent les vainqueurs. Encore un assaut, et iln*en sera plus temps I II faut donc que leur fer deyance celui des Romains. Le chef de la troupe accuse de lâcheté ceux de ses compagnons ^u'il voit pleurer sur leurs fciumes et leurs cufauts et sur eux mêmes. Josèphe met dans sa bouche un discours philosophique tout rempli de la doctrine de Timmortalilé; la mort y est t onsidérée comme VaiTranchissement de

• Fâme, oorinnu lu retour à la patrie éternelle, comme le digne but de tout liomme qui aspire à la vraie liberté , au . vrai bonheur. Ëléazar cite les Indiens se jetant dans le feu pour se mettre plutôt en possession des félicités futures. Les désastres do Jérusalem et de la Judée lui paraissent de nature à dégoûter de la vie ; il ne vent laisser que des corps morts entre les mains de Tennemi ; il espère ainsi le contraindre à admirer des hommes qui ont méprtwl le trépas pour garder Thonneur.

Le château de Massada offrit alors un spectacle qui ne s^flst pas renouvelé deux fois dans les annales de la guerre ; les paroles d*Éléasar ont fait battre ces cmurs bronches un moment surpris par la faihlesse ; le désir de la mort y est entré comme une brûlante passion. Tous ces Juifo» décidés à Ae plusse servir de leurs épées que contre les objets de leurpitts tendre affection et contre eu& mémes , embrassent

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CD pleurant leurs iemmes et leurs enfants , leur parlent de la nécessite d*une mort volontaire pour éciiappcr à Tignominie et aux fors, cl, après ies derniers adieux et les doruiers baisers, les immolent avec louLtâ las angoisses du désespoir. Ils entassent et brûlent leurs objels les plus précienx ; ensuite on tire au sort pour savoir quels sont ceux qui feront i'otlicc dv bourreaux. Les dix, cbargés de cet effroyable minislèrc, remplirent leur lâcho sans horreur ; chaque homme se faisait égorger en tenant étroitement embrassés les corps do sa femme cl de ses enfanls. Lorsque les dix dcinrmtuT'iU seuls au milieu de celle héroïque boucherie, il y en eut un que le sort désigna pour frapper les neuf qui devaient mourir; quand les neuf eurent expiré , Tunique survivant de ce drame sangUai passa eu revue tous ses compagnons aCn de s*assurer que nul ii*avait besoin de son épée , mit le feu âutour de lui, ol« seplaçàtol à oôi4 des oorps de ses ptoehes t te pery* le cœur.

Neiïf cent soixante Juifs, y compris les femmes et les enfants, périrent de la sorte. Le lendemain, à la pointe du jour, aucun bruit ne répondit à Tassant des soldais romains ; ils firent jouer le bélier* Us poussèrent des eris, et la eitadelle et le palais restèrent silencieas ; on n'entendait que le pétillement des flammes. Toat è coup, deox femmes, entourées de cinq enfimU , se présentèrent aux Romains ; elles s'étaient dérobées aux scènes tragiques en se cachant dans des aquedues, et racontèrent aux assiégeants comment aTaient fini lea défenseurs de Massada. Ce trait termine U guerre qui , acoompagnée de la famine et de tons les fléaux, enlera» durant un espace de sept ans, plus de deux millions deluife* hommes» femmes et enfinis (i) ; il suffit à peindre cette asseoisUon, partie Galilée, qui, organisée au nom de k. liberté politique, provoqua , soutint la réfolte eontre les Romains , cette

(i) L'abbé Oiiénée qui a élevé ce chiffre à trois millions, nous semble avoir adopté avec trop de coaûaace les calculs exagérés de rhisioHeQ Joaèphe.

*7f HISTOIRE DE JÉRUSALEM.

association qui réunissait à des mœurs barbares une héroïque bravoure , et disparu! tout enUère daus la ruine de la puissance hébraïque.

Nous avons parlé des chrétiens de Jérusalem qui , à l'approche des vengeances de .Dieu , se retirèrent au delà du Jourdain avec leur cvéque Siméon. Quand Touran^n de Texpiation eut cessé, la pluparl d*entre eux reprirent le chemin de la ville renversée; la malheureuse cilé se montrait à leurs regards comme un homme qu^on aurait laissé vivi^nt et qa*on retrouverait cadavre : c*est à peine 6*ils pouvaient la reconnaître » et sans doute ils ne retenaient point leurs larmes à la vue d*un si grand désastre. Ils passèrent du deuil des ruines à la joie de prier auprès du sépulcre du Rédempteur, sur la montagne oiï son sang avait coulé, et d*adorer partout les traces divines.

Le séjour de ces chrétiens dans la décapole fut marqué par la naissance des hérésies des nazaréens et des ébioiiiles. Les nazaréens, ne tenant aucun compte du concile de Jcnisaleni, duiieuraient aLUcJiés à la loi mosaïque cuiiime b ils li'eussenl pas été chrélicns , et no voulaient pas que les gentils de la communion évangéliquc pussent s'aÛ'ranchir des usages juifs. Théodorel les accuse d'avoir nié la divinité de Jésus-ChrisL , saint Épiphane n'ose rien affirmer sur la manière dont ils comprenaient le double mystère de rincarnation et du Dieu fait homme; saint Jérôme et saint Augustin ne leur reprochent d'autre tort que celui d'avoir trop voulu judaiser notre foi. Ces tendances ne les empêchaient point d'être compris dans les malédictions et les auatbèmes qui, trois fois par jour, partaient de toutes les synagogues contre les chrétiens. Les ébionites dont nous avons prononcé le nom à propos de Tévangile de saint Jean , avaient pour fondateur Ébion ( le pauon}, disciple de Gérinthe; après avoir prêché sur la rive orientale du Jourdain, cet ennemi des traditions apostoliques enseigna ses erreurs dans Tile de Chypre, dans J*Asie Mineure et jusqu'à Rome. Sorti de Técole des nazaréens, il était allé plus loin que ses maîtres. Les partisans

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