‹ Histoire de JérusalemChapitre 89 sur 149 · CHAPITRE XXII. «S · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII. «S

ans» qui ai communiqué avec tous les frères, qui ai lu loule FÉcritiire sainte, je ne suis point troublé de ce qu'on nous oppose pour nous faire peur, car ceux qui étaient plus grands que moi ont dit ; U faut obéir à Dieu plutôt qu'aux hommes (i). i Polycrato jouissait d'une grande renommée de vertu; tout en blâmant sa résistance, les Pères de l'Église et les anciens auteurs ecclésiastiques rappellent un saint évéque. Le pape Victor^ sortant de la voie de modéralioD suivie jusque-là par les successeurs de saiut Pierre, voulut retrancher de la communion catholique YÉglise d'Asie, comme on la désignait alors ; mais Fha* l>ile et pacifique intervention de saint Irénée empêcha une scission désastreuse. Le pieux emportement de saint Victor fut peut-être une* faute ; il y aurait eu plus de sagesse dans une patience qui eut laissé ce dernier vestige du mosaïsme s*effiicer de lui-même. Qui sait si les lettres d*excommunication de Victor ne semèrent point des germes de méconlentement d*où sortirent par la suite les schismes d*Orientt L'opinion que Victor s'efforça d'imposer à TÉglise d*Â8ie ne devint loi catholique.que par une décision du concile de Nicée» en 525.

Des merveilles qui édifiaient les contemporains et dont on gardait le souvenir, attestèrent la sainteté de Narcisse de Jérusalem. Au temps d'Eusèbe, on conservait eucore de l'eau changée eu huile, à la piièrc de l'évéque, pour le besoin des lampes du sanctuaire. La calomnie empoisonna une partie de ses jours; les trois témoins qui Tavaient faussement accusé expièrent leur mensonge. Le pontife avait mieux aimé qnîllcr Jérusalem que de lutter avec ses ennemis ; il demeura iuiigtcmps caché au désert et nul ne savait sa retraite. Les solitudes où Narcisse abrita sa peine pouvaient avoir servi de refuge à David persécuté; les plaintils accents du fils d'Isaï convenaient à sa douleur; le saint évéque de Jérusalem disait sans doute avec le haiut roi exilé : c Je suis devenu un sujet d*opprobre pour mes

(1) Ettsèbe Yt hi«t., chap. S.

HJSTOIRE DE JÉRUSALEM.

< voisins , «ne occasion de frayeur pour ceux dont je snis f conna ; ceux qui me voyaient, se sont enfuis loin de € moi, ils m*onl livré à Toubli et je suis comme mort t dans leur cœur, je suis semblable à un vase brisé, j*ai € enlenda le» reproches injurieux de plusieurs de ceux t qui demeurent aux lieux environnants.. • mais j*ai espéré I en vous, Seigneur ; j*ai dit : Vous êtes mon Dieu; mes c destinées sont entre vos mains... Répandez sur votre € serviteur la lumière de votre visage; sauvez-moi dans t votre miséricorde ; Seigneur, que je ne sois pas con-^ € fondu , parce que je vous ai invoqué (i). »

Trois évèques, Dins, Germanion et Gordius avaient été successivement placés à la téle des fidèles de Jérusalem en l'absence de Narcisse; tout à coup , après des années de silence et d*oubli, le pontife qu*on croyait mort parait aux portes de la ville sainte ; on Fentoure, on fait ^ater sur son passage une pieuse joie, on implore sa bénédiction. Narcisse avait dépassé cent ans. Ses traits amaigris et dessécbés» son liront labouré de rides profondes annonçaient à la fois les ravages de la vieillesse, les amertumes delà persécution et les fatigues de Texil. Il reprit le gouvernement de son Église. Mais le pasteur, tout chargé d*ans, ne pouvait suflfire aux soins du troupeau. Eusèbe et saint Jérôme, dans leurs chroniques, nous parlent d*une révélation qui avait averti en même temps des desseins de Dieu le vieux Narcisse, Alexandre, évéque de Gappadoce et les chrétiens de Jérusalem. Saint Alexandre, disciple de saint Clément d*Alexandric, plus d'une fois emprisonné pour la cause de Jésus-Christ sons l'empereur Sévère, obéit à une vision nocturne, quitte la Cappadoce et visite les lieux saints; les clercs et les prêtres de Jérusalem vont à la rencoiUii; du pontife pèlerin, raccucillcnt comme renvoyé de Dieu et lui demandent de soulager le vénérable Narcisse du poids du sacre ministère; leur prière est écoutée, le choix du nouvel évéque est bauctipuné par

<1) PMuoàe X2UC.

CHAPITltll XXIl

l*assenlîmenl Je tous les évèqiu s de Palestine réunis, et saint Alexandre devient le premier exemple d'un coadjuteur. C'était dans l'année 211 ; Caracalla avait dcpujs pei> commencé sou règne.

Narcisse vécut encore quelques années, car nous Irouvôiis son nom à la ùa d'une lettre qu'Alexandre adressa aux chrétiens d*Anlinople en Égyple, pour rumener la paix parmi eux : i Narcisse, leur dit-il, vous salue, lui t qui, avant moi, a occupé le siège épiscopal, et qui, âgé t d'environ cent seize ans, le gouverne maintenant avec i moi par ses pi ièrc^; ; il vous prie avec moi de yous rao" c ger tous 5 une inêine urtité de pensées (t). »

Le coadjuLcur et le successeur du vieux Narcisse était un des évéques les plus éclairés de son temps ; son premier soin à Jérusalem fût de recueillir les livres ecclésiastiques et d'en former une bibliothèque qu'on peut regarder comme la première bibliothèque chrétienne. Elle existait encore à l'époque d'Eusèbe , qui la consulta fort .utilement pour son œuvre historique sans laquelle la plupart des faits des premiers siècles de la foi nous seraient inconnus.

La gloire d'Alexandre de Jérusalem est d*avoîr , un des premiers, aimé, admiré, soutenu Origënc, ce grand homme qui eut des erreurs en religion, mais dont la vertueuse vie (ut consacrée à renseignement de l'Évangile. Le docienr égyptien qui, à dix-sept ans, eut soif du martyre et ranima le courage de son père Léonlde promis aux bourreaux, s*était retiré à Césarée en 2 i 6; le talent qu^il déploya en remplaçant saint Clément à la tète de réc<^e chrétienne d'Âlexandriç, avait bit voler son nom dans tout TOrient ; les évéques de Palestine demandèrent à Origène, encore simple laïque, âgé alors d*environ trente ans, d'instruire publiquement les fidèles et de leur expliquer les Écritures; Démétrius, évêque d'Alexandrie, en prit le prétexte d'un mécontentement; il s*en plaignit. L*évéquede Jérusalem, imdesphu

(i Saint Jérôme, de Virin Ulmiribus, chap. 26

88 HISTOmE DE jEUUbALEM.

coupable» de cette ^Imtn fwh (i) , dit Tillemout, répondH à Démélrius, de concert avec Thëoclisle de Césarée, que plus d'ane fois déjà les plus saints évéqaes ayaient autorisé des laïques à rompre devant le peuple le pain de la divine imrole. Le retour d*Origène à Alexandrie acheva de calmer Démétrius.

Dix ou doose ans plus lard, Alexandre de Jérusalem el Théocliste, ayant élevé au sacerdoce Origène passant à €ésarée pour se rendre h Athènes, le mécontentement du pontife d'Égyptfe monta jusqu'au courroux. Il en écrivit à toute la terre, dit saint Jérôme qui, de même qu'Eusèbe, suppose à Démétrius une vive jalousie. JLe fils deLéonide, dans sa jeunesse, dévoré d'un zèle guî n'était pa$ uHon la teUnce (i), se mutila pour échapper avec certitude aux dangers des passions et aux troubles dont elles remplissent la vie; ce secret était depuis longtemps connu de Tévèque d'Alexandrie qui n'avait pas cru devoir en fkire un sujet d'interdiction pour Origène. Dès qu'il sut la nouvelle de son ordination, Démétrius annonça partout qu'elle élait entachée d'irrégularité par la mutilation ; il invoquait la discipline ecclésiastique qui, sur ce point, est constamment restée la même. La déposition, rexcommunicalion retcnlirent comme des coups de tonnerre sur la tète du nouveau prêtre; des accusations d'hérésie se mêlèrent au reproche d'irrégularité; la Palestine fut le plus sûr abri d'Orîgcneau milieu de cette tempête soulevée contre lui. Césarée et Jérusalem étaient tour à tour sa demeure. Alexandre avait pénétré fort avant dans l'Ame et la conscience de Tillustre persécuté; il se montra son meilleur ami, et dans un éccrit destiné à justifier Tordination faite à Césarée, il rappela qu'il avait imposé les mains à Origène sur le témoignage de Démétrius lui-même.

Les erreurs d'Origène, principalement renfermées dans son Traité des principes ou PctriavcJion touchent à la triuité, à la résurrection, aux peines éternelles, à la nature

(1) Mémoires pour servir à l'Hist. eccl-, loin* UL

(2) Saint Jérôme, kllre XLl.

CUÂMTRE XXIL êi

4e râme, à la pënite&oe des démons. Les liérétiqaes et les ennemis d'Qrigène ont noirci sa mémoire; les nns» pour placer des nouyeautés impies sons Fautorité d*un grand nom» les autres pour Intimer d*inju9tes Tiolences. Saint lérème se serait chargé Tolontiers» disait-il» des calomnies dirigées contre Orlgène» pourvu qu*à ce prix il eût pu avoir sa science profonde des Écritures. Pressé de traduire que]ques>unes de ses hmiUe$, il n*osait U mlwv fur atte profatuU mm, dê pewr â^étn aecabU par la grandênr de$ chom wmtM par deê vag%u$ IotîNm; il trouvait , lui Jérôme, ion loujfb trop faible pour nmpUr In magnifique fromjMfle d$ ion éloqurnice (i). Le même père se plaignait que tant de travaux et de peines eussent abouti à des condamnations; il ajoutait 'qu'on ne Tavait point persécuté pour des dogmes nouveaux et des opinions hérétiques, mais parce qu'on ne pouvait supporter l'éclat de son éloquence et rimmensilé de son savoir. Il est vrai qu'après ces premiers témoignages d*un yif enthousiasme , saint Jérôme reconnut et combattit les atteintes portés par Origène à la foi catholique, mais alors même il répétait qu'il n'avait pas l'habitude d'insulter aux erreurs de ceux dont il admirait le génie (s). * \ Gel Origène qu on osa appeler fils du diable, tombé comme un éclair du ciel en terre, et qu'on ne craignit point de comparer à la seiche jetant son noir veniu , souffrit avec le courage des martyrs au temps de la persécution de Dèce; le premier, il commenta rÉcrilurc tout entière ; il publia plus de mille traités ou homélies, et, peu de temps avant que le froid de la mort eût glacé sa main , il ferma celle liste d'œuvres resplendissanles de lumière chrétienne par le livre contre Celse , admirable plaidoyer en faveur de noire foi, monument solide qui redit de siècle en siècle la diviiiilé de l'Évangile. Le seul désir d'éclairer les hommes, la pieuse importunilë de ses amis, et non point l'amour delà gloire» poussaient Origène à tous ces travaux.

(1) Lettre XLI, h Panuoachiat et à Océtnat. (3) Lettre XLL

Cet homme qui composa tant d^oavrages ne eompesati qn^avec trdnUe et répugnance ; rÉcritare Tavait averti que Umg$ ditewrt ne font point exmpu de picki ; il regardait comme une chose dangereuse deheancoup parler de IHeu , de penr de ne pas en parler convenablement.

Saint Jérôme» étonné des innombrables productions de ce vaste génie, s*écriait : t Qui de nous pourrait lire auf tant qu'il a écrit (i)? t On lui reprocha d'avoir recueilli les livres d'Origène avec plus d'empressement que personne; il ne chercha point ù b'cii justifier et convint (ju'il avait épuisé sa bourse à faire venir d'Alexandrie tous ses ouvrages. Un secret penchant attire les unes vers les autres les grandes intelligences; Origèue exerça une vive séduction sur le solitaire de Bethléem, et voilà pourquoi celuici n'avait vu d'abord dans le docteur d'Alexandrie qu'un esprit d'une prodigieuse pénétration, uue scieuce d'une rare profondeur.

Origène n'avança jamais comme des vérités la partie de ses doctrines qui n'étaient point rdiironiîes à renseignement catholique. Il y mêlait une forme dubitative, incer- ^laine, se soumettant d'avance au tribunal de l'Église; son allure était celle d'un esprit sincère cherchant la lumière sur tous les points, et de temps en temps essayant de s'ouvrir des voies nouvelles pour arriver à une plus complète solution des problèmes religieux. Il obéissait à cette ardente inquiétude du génie qui ne peut goûter le repos tant que le doute l'environne ; Origène oubliait que tout homme ici-bas marche avec le voile qui couvrait la face de Moïse ; ce voile nous empêche de contempler la vérité tout entière, et ne sera écarté que par le vent divin qui souille au delà du tombeau.

Lorsqu^un grand homme s^égarOt parfois ses défenseurs le compromettent plus que ses propres erreurs; c'est ce qui arriva à Origène. Il eut des apologistes ignorants, maladroits ou passionnés qui précbèrentsou infaillibilité ;

(I ) Préface à Héraclius.

CHAPfTBE un. M

lout, selon eux, était parfait, inattaquable dans les ouvrages du docteur; ils regardaient comme un recueil d*oraclcs et d^articlcs de foi ce fameu^i Traite des principei où les hérésiarques ont trouvé tout ce qu'ils ont voulu , et qui ne fnt qu'un puissant eflbrt philosophique, quelquefois malheureux , pour mettre en perpétuel accord les doctrines de ^^omme-Dieu avec celles de Platon. S'il eut de tristes apologistes, il en eut de saints et de célèbres, tels que saint Pamphile et Eusëbe de Césarée, Taveugle Didyme d'Alexandrie, saint Basile et son frère saint Grégoire deMysse» saint Grégoire de Nazianze, saint Vincent de Lerlns; ces hommes ëminents ne s'avisèrent point d*envélopper les «ouvres d'Origènedans une condamnation absolue, parce qu*eUes renfermaient des erreurs ; ils rendirent hommage, comme saint iérdme , & tout ce qu'elles renfermaient de bon , d'utile et d'admirable. Et quelle . plus magnlUque apologie d'Origène que son ^ole d*oi^ sortirent tant de pontifes et de martyrs !

Avec quelle vivacité de sentiment s'exprime sur Origèno saint Vincent de Lerins! Parmi les hommes qui ont été un sujet de lenLation pour les fidèles, il n'en trouve aucun de comparable au fils de Leonide; au premier abord, il semble qu'il aurait fallu ajouter foi à tous ses jugements. Sa vie fut un modèle de prudence, de chasteté, de patience et de modération; il grandit en vertu dans les angoisses d'une sainte pauvreté. Il avait tant d'élévation d'esprit , de profondeur, de subtilité, d'élégance, qu'il surpassait de beaucoup presque tout le reste des hommes. < U était, t poursuit Vincent , d'un savoir si vaste, d'une érudition c si colisommée, qu'il y a peu de choses dans la philosoc phie divine, qu'il n'y a presque rien dans la philosophie t humaine qu'il ne connût à fond. Après avoir épuisé « tout ce qu*il y avait de science chez les Grecs, il I s'adonna aux études hébraYqoes* Mais que dirai-je de son f éloquence t Son langage était si agréable, si doux et si t poli, que les choses qui sortaient de sa bouche parais- < saient être moins des paroles que du miel. Qu'y a-t-il de

Page 1