CHAPITRE XXIU. M
Eaal^ nous parie d'un Égyptien nommé Jean , qui Ait ttn des derniersmarlyrsde la Palestine, et dont la mémoire avait retenu TÉcriture tout entière. Ce ditétien ëlall déjà devenu aveugle et boiteux dans les tounnenis de la
persécution.
c J'avoue, dit Eusèbe, que moi-même je fus surpris la c première fois que je le vis dans l'église , debout au mit lieu d'une grande mullilude, récilanl quelque parlie c de rÉd iUii e divine. Tant que je irenlendis que sa voix, c je crus qu'il lisait, comme un a accoulumë de le faire « dans les assemblées , mais quand je fus assez proche c pour voir ce qui se passait , que tous les autres , avec f de bons yeux étaient debout tout autour, etquelui^ne € se servant que des yeux de l'âme, parlait comme un pro- < phète, je nepouva^^pasassez admirer et louer Dieu
Une grande révolu lion morale sortit de Fédit de Constantin et de Liciiiius , qui vint établir la liberté religieuse (542); cette révolution fui féconde en événements réparateurs. Tout changea de face en Judée comme en d*autros contrées de l'Orient et de l'Occident , car trois siècles avaient suffi pour faire accepter la folie Je la croix dansiez diverses parties de l'univers connu. Voilà donc les chrétiens , jusque-là excommuniés de la société politique, précipités du rang d'hommes , traqués sur les chemins du monde comme des êtres impurs et funestes, n'ayant d*aatre existence que celle de la faiblesse qu'on écrase à son gré; voilà les disciples du Crucifié , jusque-là jugés bons uniquement à occuper les bourreaux , à réjouir les bêtes du cirque et à distraire les multitudes, renaissant à la vie publique, reprenant leurs droits , jouissant de l'air et delà lumière comme les autres hommes ! Quel immense mouvement dans Tempire romain ! Il y avait de tous cdtds des chrétiens proscrits, des chrétiens emprisonnés, ^es chrétiens dépouillés ; et le décret impérial écarte les bourreaux, ouvre les prisons , rappelle les bannis, remet
(1) Fleury, Hl»l. ecd., année 310.
iêù HlSTUtBB DE JËBlSALklM.
les anciens persécutés eu possession de leurs biens ! Qne d*amis, de frères, de parcnls dispersés se relronvent enfin ! qne de Joies rendues anx familles! La célébration des saints mystères n'est plus nn crime • on peut s*agenooil- 1er au pied de la croix en face du soleil ; on peut bâtir des églises ; le signe de la rédemption a obtenu le droit de se , Bsontrer au monde qu'il a sauvé ! Le fidèle de Palestine ne sera plus conduit sur cette route de Césarée, d*où nul ebrétien ne revenait; il sortira du fond des mines de cuivre oh le travail Tenchainait comme un esclave , il quittera les carrières du Liban et n*ira plus manger en Égyple le pain de Texil.
Les puissances delà terre ont donné le repos & l'Église, mais ici-bas son destin est de combattre ; la justice a éteint la foudre dans la main des empereurs; rbérélîque, ce transfuge de la foi , doit durer plus longtemps que les persécutions : nous Pavons vu debout autour du berceau du ebristianisme; il a traversé trois siècles et cbeminé au milieu du sang des martyrs; il est encore là et maintenant s'appelle Arius. La consobstaniialité du Verbe est niée dans une lettre à Eusèbe de Nicomédîe; Arius cite MacairCf évêque de Jérusalem, le successeur d'Hermon, au nombre des trois pontifes qui repoussent ses doctrines. Le clergé, et même les peuples s'agileul pour ou contre le prêtre d Egypte , condamné enfin dans le concile de Nicée (325), cette mémorable assemblée calLolifjue , d*où rÉglise sortit plus puissante et plus belle comme après une seconde création.
La construction du temple en Thonneur du Dieu fait homme avait -été la première pensée , la première ambition des chrétiens devenus libics sons ('onstanlin. Les honteuses images de la mylholoi^ic souiUaiiMiL encore les lieux les plus saints de la terre. On chassa de Jérusalem Jupiter et Vénus. On déblaya la grotte du divin sépulcre ensevelie sous des amas impurs. C'est la mère de Constantin qui, malgré son î^ge avancé, alla présider clîe-nième à ce travail de réparation; elle s'était chargée défaire exécuter
CHAPITRÉ XXIII. iOI
les ordres de son Vih qui voulait élever daus la cité sainte un temple dont la beauté surpassât celle de tous les moniimeiils connus , comme il l'avait écrit à révoque fliacaire. Des fouilles profondes, faites auprès du Calvaire sous les yeux de sainte Hélène, amenèrent la découverte des trois croix et des divers inslruraenU de la Passion. Un miracle aida Tevéque de Jérusalem à recoonaitre la croix du Sau- * year. 11 fallut six ans pour achever la basilique ; elle fut appelée Martyrium ( témoignage), parce que la résurrection» dont elle glorifiait le souvenir, est le principal (émoignage, le fondeme;nl de la vérité chrétienne.
On en célébra la dédicace en 355^ au milieu d*un grand nombre d*évéqoes et d*une immense mnltitude de chrétiens. Eusèbe , qui assistait à la féte, nous en a raconté les détails eta décrit la magnificence delà nouvelle basilique ; elle renfermait le saint tombeau , et quelques' lieux de la Passion. Une ^lise s*éleva aussi sur la montagne des Olives en mémoire de Tascension ; une autre église enferma dans son enceinte rélablc de Bethléem , délivrée du bois profanateur consacré à Adonis. Jérusalem, reslauréi' par l'ordre impérial , cessa d'èlrc appelée iElia pour reprendre cel ancien nom biblique sous lequel les prophètes et le Christ l'avaient avcrlie , menacée ou pleurée. Les lieux saints sont entourés d'honneurs, et du fond du sépulcre vide une grande voix semble crier encore : t 0 mort ! je € serai ta mort! ô enfer, je serai ta mine! i l.e Fils de Marie qui, durant trois cents ans, a continué en quelque sorte sa passion dans la personne de son Église, va commencer sur la terre sou règne glorieux.
Parmi les témoins de la dédicace de Téglise du Saint- Sépulcre, il y avait ce prêtre célèbre dont les doctrines avaient mis en feu la catholicité; la foule des évêques 8*élait réunie à Jérusalem pour un concile bien plus que pour une féte d'inauguration. Constantin, d'après une lettre d'Ârius , Tavaii cru soumis à la décision du concile de Nicée; il avait envoyé à rassemblée éplscopalede Jérusalem la nouvelle profession de foi de Thérésiarque et
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ravaiL invitée à prononcer sur son orthodoxie. Les évéques ariens se trouvant nombreux 4ans celte réunion de h ville sainte, le chef de l'hérésie fui' reçu en personne an concile et replace au bercail catholique. On rouvrit les portes de TÉglise à tout le dérivé et à tout le peuple du parti ci'Arius, rassemblés l\ Jérusalem. Une lettre synodale annoni;â cette nouvelle aux évéques de TÉgypte, de la Thébaïde, de la Libye, aux prélats, aux prêtres et aux diacres (la monde entier; Arius obtenait à Jérusalem la même victoire qu'il avait obtenue à Tyr. Mais ce prétendu . retour à la foi n'allesUiL que les artificieux etforls d'un chef de parti; il avait pu tromper Constantin ; il ne trompa point rÉpflise; l'année suivante (536), quand la mort arrêta subileinenl sa marche trioni|»baIe dans les mes île Constat] linople , le symbole de Nicée planait sur sa tète comme une condamnation.