‹ Histoire de JérusalemChapitre 95 sur 149 · CHAPITRE XXiy · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXiy

3aitit iiilanon. — Comuiencemenl du ia vie 8olilaire en Pateëlintt» - SainlCgrrille de Jérusalem. ^t'empeniDrJuUm* *

Élîe, Élysée, Jean-SapUsto , avaient caché leurs jourc dans le désert ; les prophètes et les enfants des prophètes habitatfftt la Mlilude; les ftls de Réchab, loués par lérémie, ne buvaient ni vin ni liqueur enivrante, demeuraient aons dea tentes bien loin des villes. Les thérapeutes, dont nbus avons parlé ailleurs , vivaient au pays d*Égypte dans les privations et le silence de la retraite* Toujours ceux qui avaient voulu chercher Dieu avaient tourné leurs pas vers les lieui inhabités ; le Dieu-Homme lui-même, avant de faire entendre sa parole au monde, se recueille et jeûne quarante jours sur une montagne où il n*a d'autres compagnons que les renards et les aigles. Voilà quels furent les? maîtres, les guides, les fondateurs véritables de la vie solitaire. Paul et Antoine en Égypte, Hllarion en Palestine, ne furent qu'une vivante application de ces enseignements antiques; toutefois celte application surpasse en étendue les divers exemples des temps passés ; or, comme elle fut mervalleusement fiéconde, Paul, Antoine et Hila :

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toi HISTOIRE DE JIÎRUSALEM.

lion onl ni('rilé, eux aussi, d'èlrc appelés ioudaleurs de ia vie monastique.

La philosophie ancienne avail produit des esprits contemplatifs ; rÉcho qu'adorait Pythagore était cette mystérieuse voix révélant les secrets d*cii haut à Tâme solitaire qui écoule ; mais le christianisme seul était capable de peupler les déserts cl d*inondcr de délices le cœur de lliomme qui marque volontairement sa place entre le rocher et le torrent. L'Évangile, en nous disaut que le royaume du ciel est au dedans de nous, nous apprend ce qu'il y a de bonheur à vivre avec soi-même, à se diviniser par le progrès dans la perfection ; il nous apprend que chaque cœur vertueux et détaché de la terre devient le temple de Dieu. L'Évangile est le dernier mot des doctrines du spiritualisme* I^a renonciation à des joies fugitives pour des biens élernels esl le sentiment qui domine la foi chrétienne. La fuite du monde, en pensée ou en action réelle, était donc le résultat naturel» inévilable d'une vive ferveur. Le désert rapprochait du ciel. On s'y réfu« giait aussi pour échapper aux persécutions , à la contagion des mœurs paie mies, aux li acas des révolutions.

Avec quel charuie on relit la vie de cet Hilarion (i) qui fut le pcrc de la grande famille monastique de Judée! toute la poésie des prodiges s'allaclic au récit de ses jours. Né à Thabatha, aux environs de Gaza, dans les dernières années du siècle, il va, encore enfant, étudier en Égyple, s'y fait chrélifn, passe d< u>. mois avec saint Auloinc, el revient, à là^c de quinze ans, s'établir, non loin de son lieu natal, au milieu d'une plage où nul ne trouvait la sécurité. Sa nourriture se composait de quinze figues par jour qu'il mangeait après le coucher du soleil; sa demeure était une cabane faite de jonc et de carex, qui croissaient aux bords des marais, voisins de la mer. Il priait et psalmodiait, tressait, comme Antoine en Égyple, des corbeilles avec des joncs, el , pour fatiguer

<f) Vie de saint Hilarion, par saint Jérôme.

GUAPiTRË XXIV. m

son corps, fouillait la terre avec un hoyan ; il ne se coupait les cbeveuz qu^une fois Tan, le jour de Pâques, et ne lava jamais le sac dont il était revêtu , trouvant inutile la propreté d*un eiltce; il fallait que sa tunique fût en lambeaux pour quMl la renouvelât; son lit était uue natte, de jonc. Le jeune Hilarîon réduisait son corps en servitude, et lorsque, malgré ces macérations, il sentait s'allumer en lui l'ardeur des voluplés, il se frappait et se meurtrissait : ( Pc lit àne , disait-il alors en parlant à son corps, moi je c ferai lu ^orte que lu ne regimbes pas, .et je te nourri- « rai , non point d'orge , mais de paille; je le ferai mourir i de faim et *lc soil , je te chargerai de pesants fardeaux; ( je te ferai marcher par le Iroirl et par la chaleur, afm ( que tu songes plutôt à la nouiriluie qu a la lascivité. » . Comme sa cabane ne pouvait résister aux vents et aux orages, il habita une cellule de cinq pieds de haut, de quatre de large, semblable à un tombeau, cl qu'on voyait encore du temps de saint Jérôme. De vingt et un ans à vingtquatre ans, le solitaire se conlenlail de manger par jour un demi-selier de lentilles trempées dans de l'eau froide ; de vingt-quatre à vingt sept ans, il s était réduit au pain sec, à Veau et au sel ; de vingt-sept à trente ans , il vivait d*berbes sauvages et de racines crues; de trente et un à trente-cinq ans, il s'accorda six onces de pain d'orge, quelques berbes peu cuites et sans huile; des infirmités lui firent une loi d*ajouler un peu d'huile à cette nourriture. 11 vécut ainsi jusqu'à soixante-trois ans. Par un dernier effort, de soixante-quatre à quatre-vingts ans, Hilarion se relrancba le pain ; on lui composait une nourriture avec de la farine et des berbes hachées , de manière que son boire et son manger pesaient à peine cinq onces. Ces détails surprenants qui sont de Tbistoire» nous donnent ridée d^une existence angélique , presque dégagée des besoins de la terre; ils nous montrent une nature d'homme se spirîtualisant à force de lutter contre la matière* On y trouve aussi un remarquable exemple de la puissance de |i*homme sur lui-même, ou plutdt sur cette grossière por-

M UlSTOmii; DE JtHUSÂLEM.

tion de lui-même qu^il a été condamné à traîner ici-ba8« L'âme d*HiiarioD, montée au sommet de la domioalion, traitait son corps comme un esclave et ne le comptait plus poar rien; et ce corps, ainsi vaincu, dura quatre vingts ans I

Il en est de la sainteté comme de la royauté , comme du génie; elle ne saurait se cacher longtemps, et ne se dérobe pas plus aux yeux qu'«M mUe placw tur une mootagw, pour nous servir d*une expression de saint Mallbieu. Le bruit des vertus d'Hilarion se répandit au loin ; vint lui demander de guérir les malades et dé délivrer les possédés, t Hilarion, serviteur du Christ, rends-moi mes enfants, • lut dit un jour une noble dame dont les enfants étalent menacés d*on mal mortel. Un grand et vigoureux jeune homme du territoire de Jérusalem, qui jusque-là avait mis sa gloire à porter loin et longtemps sur soô épaule quinze boisseaux de blé, et à triompher des ânes, saisi d*uu méchant démon, brisait les chaînes et les entra* ves , les gonds elles serrures , cassait la jambe à celui-ci, la mâchoire à celui-là ; arrachait avec ses dents , aux uns leiir nez, aux autres leurs oreilles; il était devenu la ter- ' reur du pays. Ou put cuOn s*emparer de lui et le traîner aux pieds d'IIilarion comme un taureau furieux; lo solitaire lui rendit son repos. Quelquefois des malades de Syrie s'en aliaicnL en Égyptc pour iiii[)lurer l'assistance de saint Antoine : < !^lu^(|uoi vous ialiguer à venir de si

< loin, leur disait [e vieillard, puisque vous avez là-ba^

< mon fils Hilariou? »

Un monastère s'était élevé autour de Vhumble cellule; de tous cotés on arrivait pour embrasser la vie d'Hilariou , et, dans les coulrccs voisines, il s'établissail de pieuses communautés à l'image de celle de Maiom i ; le désert avait ses c<tloiiies , attirées par le goût de la jxhiilence, de Toraison et du travail. Hilarion , le père de toutes ces familles volontairement exilées, allait tous les ans les visifrr; c'était à l'époque qui précède les vendanges ; des U)iUiers de moines l'accompagnaient. À la iin, ba piéié

s'alarma de cette foule de disciples accourus pour cultiver sous ses yeux les fleurs du ciel. Une image des cités avait remplacé sa solitude; il pleui ait chaque jour au souvenir de sa première vie et à la pensée qu'il s'était fait un nom chez les hommes. < Je suis rentré dans le siècle, disait f Hilarion en gémissant, et j*ai reçu en celle vie ma récom- « pense. Voilà que les habitants delà Palesline s'imaginent « que je suis quelque chose, et sous prétexte que je prends t soin du monastère, que je pourvois aux nécessités de», c frères, voilà que je possède un malheureux mobilier ! »

JËffrayé de Tempressemenl dont il est Tobjet , Uilarion s*en va, âgé de plus de soixanla-trois ans; il visite dans la Thébaïde le lieu où Anioine avait vécu ; uue vision lui avait annoncé la mort du saint vieillard. Deux disciples du bienheureux anachorète montraient ce qui restait de ses vestiges, c Voilà , disaient-ils à Uilarion , voilà] oi!i il f avait coutume de chanter des psaumes, voici où il f priait ; c'est ici qu*il travaillait, c*est là que, fatigué, € il s'asseyait ; ces vignes , ces arbustes, c*est lui*m6me . c qui les a plantés; lui-même de ses mains a disposé cette I aire ; c'est iui qui , avec beaucoup de travail , a fait ce I réservoir pour arroser son humble jardin ; cette bêche c lui servit plusieurs années à labourer la terre. » Hila» rion , dit saint Jérôme , se couchait sur le lit d'Antoine cl le baihail comme s'il eût été encore chaud. Le solitaire de l^ateàtine se lemi lour à tour en Sicile, dans la Dalmalie et dans les Cyclades, cherchant un coin de terre où il puisse vivre inconnu , i'uvaut partout le monde, il s'ailligcait que son silence ne lui servît de rien et que ses miracles parlassent de lui. Uilarion avait cru trouver une inj|iéiiélrable retraite en Chypre, dans des montagnes qui élaienl probablement celles qu'on appelle aujourd'hui Buflavcnti. < Sors, que crains-tu? sors, ô mon Ame! dit sait-il à l'heure de l'agonie.; tu as servi le Christ euvi> I roD soixante et dix ans, et tu appréhendes la mort ! > Son compagnon , Uesychius, à qui il avait l^é son Évangile, la tunique, sa cape ci son peltl mante^m tomant loua SM

108 UliiTOIRB M JKRUSALEll.

tr^rs, emporla son corps , à Tinsu des Chypriotes , au ' pays de Gaza, dans son monastère dont il ne.restail que les ruines, car Julien en avait ordonné la deslmction. On

lui fil à Maioma des funérailles auxquelles assistait une multilucic innombrable de moines de Judée el d'habilaiiU des cités voisines.

Cet llihu ion qui avait tant peur des villes et du monde, qui , sépare de Jérusalem par une vingtaine de lieues, ne Voulut se permeUrc t^u une seule fois de porter ses prières au pied du saint tombeau el sur le Calvaire, tant il fuyait les cites! cet homme qui souffrait dans son âme parce qu'on le croyait quelque chose, parce qu'on prononçait son nom de Gaza à Anlioche, nous occupe après quatorze siècles, el nous écrivons son nom, et ce nom a K ienli dans tous les pays , el dans lofitos les langues de la Icrrc! Que d'hommes se sont enfermés nuit el jour, ont tourmenté leur vie pour laisser après eux une trace dans la mémoire des peuples, et n*onl pas obtenu ce qu'a trouvé malgré lui le pauvre yn'acbonjte de Thabatha î

Toutes les fois qu une sainte renommée apparaît dans le monde, elle s'empare en quelque sorte de l'immense famille chrétienne qui lui reste éternellement lidèle ; nous pouvons faire ici une intéressante observation : c*e$t que la religion donne la gloire , même ici-bas , mieux qu*aucune puissance de la terre. Yoyea tous les saints que FÉglise honore; y a-t*il des noms plus connus , plus populaires? Ces noms-là nous attendent à l'entrée de la vie et font, pour ainsi dire, partie de nous-mêmes; ils sont inscrits dans les livres, inscrits sur les monuments; ils sont redits, célébrés dans les prières et les hymnes; leur immortalité est confiée à la pierre» au marbre et au bronze, confiée à Tàme humaine et au souvenir de tous. Tout le monde ne connaît pas les noms des philosophes et des poètes, des grands rois et des grands conquérants , maïs tout le monde connaît les noms des saints apôtres et des martyrs. Et, remarquei qu'il tt*est besoin d'aucun effort pour apprendre la gloire des saints personnages;

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