‹ Histoire de JérusalemChapitre 96 sur 149 · CHAPITRE XXiV. i · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXiV. i

elle nous arrive avec les premières impressions da jeune âge, avec les premiers mots qui frappent notre oreille, avec les premières images qui s*offrenl à nos regards curieux; on apprend cette gloire-là sans passer par les sciences humaines; aussi les noms d*Homère etdeCicé* ron , d*Âlezandre et de Gharlemagne, sont bien moins connns que les noms de saint Paul, de saint Denis ou de saint Âudré.

Hilarion laissa en Palestine une sainte postériié qui 8*éteDdit de riduméçau Liban , des rivages de la mer à la chaîne arabique, et celte postérité n'a point fini. Il fallait que l'Église ne cessât jamais d'offrir les specLacles des immolations volontaires; on se jeta dans les austérités du cloître lorsqu'il ne fut plus possible de se jeter dans les tourments de la persécution : les solitaires remplacéi t^at les martyrs. Rien n'iutéresseet n*émeut plus les voyageurs de notre foi que la vue des grottes, des cellules et des débris des monastères de Judée et de Syrie ; tout un monde de prière, de consolation et de pénilt iu e se lève devant vous; le souvenir de ces hôtes do h soliLude jette Tâme dans des rèvcs infinis. La vie des Pères du désert et la vie des saints nous ont l'ait connaître plusieurs de ces destinées qui allaient s'achever sous les arceaux d'un monastère ou dans les flancs d lui jiiuat; mais combien d'anachorètes dont le monde ne saura jamais ni le nom ni Thistoire! Que de drames, d'épisodes, de louchantes scènes ensevelis dans la poussière de ces cellules, sous Therbe et les ronces des ruines de ces cloîires! Que de secrets eiuporlés dans les muettes ténèbres des sépuh res! Quelle perte pour l'histoire du cœur humaiu 1 De tous les coins de l'univers arrivaient des hommes fatigués de la vie ou saisis de ce long malaise qui suit les révolutions; le repentir ou la lassitude se choisissaient une demeure dans les montagnes et les vallons que les mystères chrétiens avaient consacrés.

0 pays de Judée ! que vous êtes fécond en pensées et en. enseignements ! que de choses vous avea à nous redire I

HISTOIRE DK IfillUSALGN.

votre élude osl la plus noble et la plus forte pâture de rintelligencc, parce que, mieux qu'aucune autre conlrée, vous avez les secrets de la vie et de la mort. En creusant votre sol, il semble qu'on descend dans les profondeurs de l'âme humaine; c'est vous surtout qui nous révélez à nous-mêmes, et silol que Thomme, triste abîme, se regarde et se juge, il se bâte de monter à Di< u , comme on se hâte de respirer Tair quand ou a failli étoutler dans le vide.

Nous avons laissé Jérusalem entourée de gloire avec sa bnsilifpje impériale; Macairo, dont Icpiscopat avait été signalé par ce triomphe du christianisme, avait eu pour successeur saint Maxime. Celui-ci fnl remplacé par un homme dont le nom s'est attaché à d'importants travaux ecclésiastiques. Cyrille, né à Jérusalem, élevé au sacerdoce vers Tan 3i5, enseigna, comme calcchisle , les doctrines de l'Église, avant de ceindre la lame d'or des pontifes. Ses Catéchèses (i) ou instructions familières, au nombre de vingt-trois, sont comme un résumé de l'enseip^nomcnt , catholique; on les lit encore avec beaucoup d'intérêt, et c'est une belle chose de voir un prêtre annoncer, il y a qninzè siècles , à Jérusalem , les mêmes vérités qui sont annoncées autour de nous dans les cathédrales et les chapelles. Un protestant n'aurait qu'à lire les Catéchèses de saint Cyrille pour se convaiacre que rien n*a été chaD|[é ' dans les doctrines de l'Église.

Dans la seconde année de Tépiscopat de Cyrille (551) , il arriva à Jérusalem un phénomène qui a plus d'une fois occupé les savants : il apparut une grande lumière en forme de croix , s'étendant du Calvaire an mont des Olives. Saint Cyrille l'écrivit lui-même à l'empereur Constance ; voici sa lettre tirée de Socrate le Scolastiqne , et dont . Tanthenticité n*a jamais pu être sériensement combattne :'

c Bu temps de Constantin , votre père d'heureuse mé* c moire» le bois salutaire de la croix fut trouvé à Jérasa-

(i) OEuvres de Mint Cyrille. Paris, itiâi ei 1740 , m-foi. Paris, 171d, in-l*.

CHAmRfi XXIV. M

i Icm ; de noire temps , les miracles ne viennent plus de

< la terre, mais du ciel. Car, pendant ces saints jour'; de % la Pentecôte aux nones de mai , vers rhcurc de tierce ,

< une très-!:^rnii(le croix, composée de lumière, a paru c au-dessus du saint (jolgolha, s'élendant jusqu'à la sainte f montagne des Olives, et s'est montrée très-çlairement, I non à une ou deux personnes , mais à lout le peuple de c la ville, et D*a point été, comme on pourrait penser, un i phénomène passager ; il a subsisté sur la terre pendanl t plusieurs heures, visible aux yeux, et plus éclatant que f le soleil dont la lumière l'aurait effacé si la sieune n'eût c été plas forte. Aussitôt tout le peuple de la ville est I acooura dans relise , arec une crainte mêlée de joie « t les jeunes et les vieux , les homnes et les femmes , et c jusqu'aux filles les plus retirées; les chrétiens du pays 4 et les étrangers, et les païens qui étaient Venus de divers i lieux. Tous d'une voix louaient Notre-Seigneur Jésufr*

< Christ, le Fils unique de Dieu, le lEiiseur de miracles, i voyant par expérience la vérité de la doctrine chré- ( tienne , à qui le ciel rend témoignage, etc. (i). i

La croix dont Cyrille raconte ainsi Tapparition,* celle qui prophétisa la victoire à Constantin , et celle qui se moutra pcndaiU la nuil au temps de l'empereur Julien, ne furent, disent des critiques, que des phénomènes naturels; ces phénomènes , ajoutent-ils , sont les halos, ces couronnes lumineuses qui parfois entourent les astres et surtout le soleil et la lune; celte explication ne détruirait pas le miracle, car la physique no nous apprend point qu'un halo puisse avoir la forme d'une croix.

Ën ?S57, une famine ayant désolé le pays de Jérusalem, le peuple eut recours à l'évéque qui fut obligé de vendre une partie des trésors de «on église pour empêcher les pauvres de mourir de faim. Cette action devint le prétexte d*accusation8 vives de la part de l'évéque de Césarée, Àeace, entaché d'arianisme. Celui-ci prétendait encore au

(1) Fleury, Ilist. ecel., snnée

m HISTOIRE DE JÉRUSALEM.

droit desnprémalie sur le sij%e de JérusaleiA. Deuxeoociles ariens, Fun à Gësarée, Taiitre à ConstanliDople, àépÔ3èrent saint Cyrille; dans rintervalle de ces deux conciles, il avait été chassé de Jérusalem et rétabli nominalement par une assemblée catholique tenue à Séleucie, auprès de Tembouchure de l'Oronte. Le pontife exilé trouva . un refuge à Antioche et à Tarse. Il finit par rentrer à Jérusalem , non point pour reprendre le gouvernement de son troupeau confié à un autre pasteur en son absence , mais pour achever A vie dans la cité qui Tavaît vu naître. Il assista en 381 au second concile «ecuménique , composé de cent cinquante évéques catholiques tous orientaux, concile qui anathématîsa toutes les hérésies et ajouta au symbole de Nieéejdes[paroles destinées à prévenir ou à com- . battre les erreurs dans les matières fondamentales de la foi .

L*empereur Julien, dont M. de Chateaubriand a si bica dit que la nature ne lui avait laissé que le choix du /a/m- <^ iisme (4), prélude par des persécuUoiis à ses icnlatives coulrc la véi ilé chrelienne à Jérusalem. A Héliopolis (aujourd'hui Balbek) le diacre Cyrille avail eu levenUe fendu, et le •paganisme s'élail vengé de la dcslrucUoa du temple de Vénus en exposant des vierges aux insultes de la populace, eu faisant manjjer de l'orge aux pourceaux dans leurs entrailles ouvertes. Les mêmes scènes s'éiaieni renouvelées à Àscalon et à Gaza; à Sébaste le tombeau de saint Jean-Baptiste avait été ouvert, et ses cendres et ses os jelés au vent; des moines de Jérusalem , venus à Sébaste, pour prier sur le tombeau du précurseur, avaient ramassé quelques unes de ses reliques. Une statue en bronze qu'où croyait représenter Jésus-Christ était debout près d'une fontaine à Panéas, aux sources du Jourdain ; Julien la fît abattre et mita sa place la sienne que la foudre brisa, diton ; au temps de Sozomène, on envoyait encore les débris noircis par le feu du ciel. Le dieu des vendanges avait remplacé le Dieu du Calvaire dans l'église d'Émesse.

(I)£indethuu>riqaet.

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