‹ Histoire de JérusalemChapitre 11 sur 23 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Depuis la répression de la révolte de Séba jusqu'à Tapparition de l'ange exterminateur-.

(1023-1015 avant J. G.)

On se rappelle les lullès qui précédèrent ravénement de David à la couronne, luttes passionnées entre la tribu de Juda, à laquelle appartenait David, et les onze tribus qui avaient donné la royauté à Isboseth, dernier fils de Saûl. Quand celui-ci fut mort, le sacre du fils d'Isaï à Hébron, au milieu des acclamations des douze tribus réunies, devint comme un pacte d'universelle concorde ; mais au fond de cette paix se montraient des germes indestructibles de rivalité, des animosités jalouses qui devaient tôt ou tard se réveiller. Les Juifs de Jérusalem, avertis du retour de David, s'étaient mis en route pour Galgala ; la moitié seulement du peuple des onze tribus, informée trop tard de la venue du roi, avait pu se rassembler aux bords du Jourdain ; de là

des reproches, des plaintes adressés aux hommes de Juda. (( David nous touche de plus près que vous, leur répondaient les hommes de Juda, pourquoi vous irriter sur ce point? Avons-nous mangé quelque chose du roi? en avons-nous reçu des présents? » Les hommes d'Israël parlaient dé la supériorité de leur nombre, se regardaient comme outragés, et ceux de Juda avaient fini par leur faire entendre de dures paroles. C'en est fait, Tunité du royaume sera brisée; de longues guerres intérieures ensanglanteront le pays.

Tout à coup, aux rives du Jourdain, un puissant Israélite, delà tribu de Benjamin, Séba, fils deBochri, sonne de la trompette en signe de rébellion et de guerre, et s'écrie : « David n'est plus rien pour nous ; Israël, retournez à vos tentes. » Les onze tribus se laissent entraîner; David revient à Jérusalem, n'ayant pour cortège que les hommes de Juda. Son premier soin, en retournant dans son palais, fut d'assigner une demeure séparée aux dix épouses déshonorées par Absalon, et de les condamner à passer leurs jours dans le veuvage et la solitude.

A peine délivré d'une révolution, le toi avait à combattre une révolution nouvelle; déjà plusieurs places au nord du royaume de Jérusalem appartenaient au parti de Séba ; David envoie des troupes pour le réduire; il confie le commandement au brave Amasa, qui périt victime de la préférence du roi ; Joab, dont la sotubre jalousie veillait toujours, tue Amasa dans un guetapens, comme il avait tué Abner. C'était un terrible homme de guerre, mais il ne reculait pas devant un

crime. I/expédition se poursuit ; Joab assiège la ville d'Abela, dans laquelle Séba s'était renfermé; sa troupe se prépare à renverser les murs de la cité. Une femme, renommée par sa sagesse, paraît sur les remparts, et demande à parler à Joab; elle lui rappelle l'ancien proverbe : Que ceux qui cherclient conseil cherchent à Abela, « N'est-ce pas moi, dit-elle, qui rends les oracles en Israël? et tu cherches à détruire la ville, à détruire une des mères d'Israël! » Joab répond qu'il ne veut rien démolir, et que, si on lui livre Séba, qui a levé la main contre son roi, il s'éloignera d'Âbela. — Eh bien, réplique la femme, nous vous enverrons sa tête par-dessus le mur. » En effet, elle parla saffemen^ au peuple de la ville, dit Thisforien sacré, et puis on coupa la tête à Séba, et on la jeta aux pieds de Joab. Ainsi finit cette expédition.

Le règne de David devait être une époque toute de combats et d'épreuves. Voilà qu'une famine arrive (l'an 1017 avant J. C); elle dure trois ans. L'oracle du Seigneur fut consulté, comme cela se pratiquait dans toutes les circonstances solennelles : « C'est à cause de Saùl et de sa maison sanguinaire qui a fait périr les Gabaonites, » répondit l'oracle. Les Gabaonites, Amorrhéens d'origine, avaient obtenu de Josué et de ses successeurs grâce pour leur vie, en se soumettant à la religion des Hébreux et aux tributs; Saùl donna la mortà plusieurs Gabaonites, sans tenir compte de celte vieille alliance. David, instruit par l'oracle, appela les chefs de ce peuple et leur demanda quels sacrifices ils souhaitai^t «n e&piatiou d« l'injuatice

commise envers eux. a Livrez-nous sept hommes de la race de Saùl, pour les crucifier à Gabaa, répondirent les chefs. — Je vous les livrerai,» dit le roi. Miphiboseth, qui avait trouvé Thospitalité sur le mont Sion, et qui était fils de Jonathas, ami de David, fut épargné ; les Gabaonites reçurent leur sept victimes, qu'on crucifia sur la montagne de Gabaa.

• Cette sanglante immolation se passait aux premiers jours de la moisson; on commençait à couper Torge. Respha, mère de deux des victimes, donna un touchant exemple de tendresse : elle demeura sur la roche où pendaient en croix ses deux fils, depuis le commencement de la moisson jusqu'à ce que l'expiation eût rouvert les sources du ciel fermées par les crimes de Saùl; la bonne mère écartait de ces corps précieux les oiseaux pendant le jour et les bêtes pendant la nuit. David, à qui on annonça cet exemple de dévouement, voulut rendre les honneurs de la sépulture aux malheureux restes d'une race proscrite. Il enleva de Jabès Gâlaad les ossements de Saùl et de Jouathas, tués à la bataille de Gelboé, détacha des croix de la montagne de Gabaa les corps des sept victimes, et déposa toutes ces dépouilles dans un commun sépulcre, dans celui de Gis, père de Saùl. Après cela, dit TÉcriture *, Dieu se réconcilia avec la terre.

Les intérêts religieux se trouvaient ici d'accord avec les intérêts politiques. Le crucifiement des derniers descendants de Saùl, qui donnait satisfaction à la jus-

*■ Les Raisp livre lE, chap» xxi, vers. 14.

tice divine, profitait à l'œuvre monarchique de David. L'immolation d'une dynastie rivale détruisait des causes de perturbation pour l'avenir. On verra, dans la suite de ce récit, tous les soins, toutes les précautions de David pour assurer un paisible règne à son jeune fils Salomon, né de Bethsabée.

Les Philistins reparurent à la suite de la famine ; ils espéraient trouver l'État affaibli, découragé, par ces longs fléaux. Ils livrèrent et perdirent quatre batailles. La vaillance des Hébreux ne se lassait point.

David, chef d'un royaume fondé et agrandi par la victoire, eut l'idée de faire le dénombrement complet de tous les Hébreux en état de porter les armes. Depuis Dan jusqu'à Bersabée, d'après le livre des Paralipo^ mènes, on en compta quatre cent soixante-dix mille dans la tribu de Juda ou tribu noble, et onze cent mille dans les onze tribus^ ; d'après le livre des Rois ', on en compta cinq cent mille en Juda et huit cent mille en Israël. On a de la peine à s'expliquer la différence de trois cent mille dans l'évaluation des deux historiens, pour le dénombrement des onze tribus.

Moïse avait ordonné de payer au Seigneur un demisicle par tête, à chaque énumération du peuple; David ne s'était point ressouvenu de ce commandement. Ce n'était pas seulement l'oubli de l'ordre de Moïse qui devenait une faute ; ce fait, qui provoqua d'universels murmures et le courroux du Seigneur, n'a pas été,

• Livre I, chap. xxi, vers. 5 ■ Livre II, cluip. xxiv, vers. 9.

selon nous, complètement apprécié par les commentateurs. Les dénombrements ont toujours été fort rares chez les peuples orientaux, parce que, dans leurs idées de fatalité, Ténuméralion des forces humaines semblerait mettre Faction de l'homme à la place de l'action de Dieu. La nation israélite, qui marchait et combattait sous la protection divine, devait trouver quelque chose de contraire à ses croyances dans le dénombrement militaire commandé par David. Compter ses forces, c'est mettre en elles sa confiance; le roi blessait ainsi le sentiment religieux. Il ne tarda pas à reconnaître son tort : c( J'ai beaucoup péché en cela, dit-il au Seigneur ; pardonnez l'iniquité de votre serviteur ; j'ai trop agi en insensé ^. »

La religion des Hébreux n'était pas une religion de miséricorde; toute faute recevait un châtiment, et un châtiment terrible. Le prophète Cad parait devant David, et, parlant au nom du Seigneur, lui donne le choix entre une famine pendant sept ans, des revers pendant trois mois ou la pesté pendant trois jours* Quelle effroyable alternative! David accepte la calamité la plus rapide, la peste pendant trois jours; soixantedix mille hommes périssent, depuis Dan jusqu'à Ber^ sabée. Au rapport de l'Écriture, David voit lui-même l'ange exterminateur, planant entre le ciel et la terre» avec une épée nue tournée contre Jérusalem : c< C'est moi qui ai péché, s'écriait David, la face prosternée

* David défendit qu'on parlât du dénombrement dans les fastes de son règne. C'est le livre des Pcaralipomènei qui indique les fastes du règne de David, dont toute trace a été perdue.

dans la poussière ; c'est moi qui ai fait le mal ; ces pauvres brebis, qu'ont-elies fait? Seigneur, que votre main se tourne contre moi et contre la maison de mon père! »

C'est assez» avait dit le Seigneur, et Tange avait suspendu ses coups. L'ange se trouvait alors dans la direction d'une aire située sur le mont Moriah, une des montagnes comprises dans Tenceinte de Jérusalem. Cette aire appartenait à un Jébuséen converti au judaïsme, nommé Aréuna selon le livre des Rois, et Oman selon les Paralipomènes. Le, prophète Cad ordonna à David d'élever un autel en ce lieu. David se rendit à l'aire. Oman battait son grain, aidé de ses quatre fils; lorsqu'il avait aperçu tout à coup l'ange du Seigneur, il s'était éloigné rempli d'effroi. En voyant David s'avançant vers son aire, Oman va sa prosterner à ses pieds, et lui dit : « Quel sujet amène le seigneur mon roi auprès de son serviteur? — Je viens, lui répond David, acheter votre aire pour y élever un autel au Seigneur, et faire cesser le fléau qui désole mon peuple. — Prenez, répliqua Oman, et que le seigneur mon roi fasse ce qu'il lui plaira ; je donne mes bœufs pour l'holocauste, mon chariot pour le bûcher, mon blé pour le sacriGce. — Cela ne sera point ainsi, dit David, mais je vous en payerai la valeur; je ne dois vous rien enlever, ni offrir au Seigneur le bien d'au- Irui. » Et David acheta l'aire et les bœufs au prix de cinquante sicles d'argent. 11 donna six cents sicles d'or pour la cession du terrain qui entourait l'aire d'Oman. David y dressa un autel, y offrit des holocaustes et des

hosties pacifiques. Le ciel redevint propice à la terre, dit rÉcriture.

Le roi désirait aller offrir de nouveaux sacriBces auprès du tabernacle construit par Moise au désert, et sur l'ancien autel des holocaustes ; mais ces précieux monuments de la foi judaïque étaient alors gardés sur les hauteurs de Gabaon; David, scion TÉcritureS avait été tout ébranlé de Taspect du glaive de Tange, et sa faiblesse extrême ne lui permit point de se rendre à Gabaon ; il retourna offrir des sacrifices sur l'aire d'Oman, et s'écria • à Cest ici la maison du Seigneury et cest ici ïautel pour l'hohcamte d'Israël. » La splendeur future du temple de Jéhovab se révélait au roi prophète.

^ Para/tf omérMf, livre I, dbap. zxi.

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