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CHAPITRE YII

Les dernières années do David. — Sa mort, (1014 avant J. C.)

Les jours de David étaient devenus nombreux; le froid des vieux ans gagnait son corps ; rien ne pouvait ramener la chaleur dans son sang glacé. Les serviteurs du roi se dirent entre eux : « Cherchons pour notre maître une jeune vierge, qui se tienne devant lui, qui le serve, qui, la nuit, dorme sur son sein, et le réchauffe ^ » On chercha dans tout Israël la vierge la plus belle; le choix tomba sur Abisag, fille de Sunam; elle fut amenée au roi, dont elle devint la servante et' la compagne nuit et jour, mais qui resta toujours avec Abisag comme un père avec sa fille. L'histoire de la jeune Sunamite nous révèle toute la naïveté des mœurs

* Les RoiSf liy. UI, chap. i.

primitives : il y aurait plus de susceptibilité dans nos mœurs modernes, parce qu'il y a moins de pureté.

Avant de mourir, David voulait laisser à son successeur tout ce qu'il fallait pour construire le temple : il acheva de rassembler tous les matériaux, et appela les ouvriers de tous côtés; la plupart de ces ouvriers étaient des Chananéens réduits en esclavage. Le vieux roi avait tracé le plan du temple. Salomon était âgé de vingt-deux à vingt-trois ans; David, son père, l'appelle auprès de lui; il lui dit qu'il a voulu bâtir lui-même une demeure au Seigneur son Dieu, mais que le Seij;neur lui a fait entendre ces paroles : « Tu as répandu beaucoup de sang, et tu as livré beaucoup de combats; tu as fait couler trop de sang devant moi pour que tu puisses me construire une demeure ; le fils qui naîtra de toi sera un homme de paix, je ferai en sorte que ses ennemis le laissent en repos, et c'est pourquoi il sera nommé le pacifique; pendant la durée de son règne, je donnerai au peuple d'Israël tranquillité et loisir, et c'est lui qui m'élèvera un sanctuaire; il sera mon fils et je serai son père; j'afiermirai pour toujours son trône en Israël*. » — « Ainsi donc, ajouta David en s'adressant au jeune Salomon, que le Seigneur soit avec vous, soyez heureux, et bâtissez une demeure à votre Dieu comme il vous l'a commandé. Que le Seigneur vous donne la prudence et le jugement, afin que vous puissiez gouverner Israël et garder la loi du Seigneur votre Dieu. Moi, dans ma pauvreté, j'ai peu à peu pré<

* Paràlipofninetf chap. xiii.

paré de quoi bâtir la maison du Seigneur; je vous laisse cent mille talents d'or et un million de talents d*argent; les amas de fer et d'airain sont inpon^brables; j'ai préparé le bois et la pierre, vous avez tous les ouvriers nécessaires, » etc.

Pavid, réunissant ensuite tous les chefs, leur ordonne de seconder Salomon, son fils; il leur rappelle tant de victoires remportées sur les ennemis, tant de merveilles par lesquelles le Seigneur a manifesté son amour pour Israël, et leur annonce qu'il est temps d'élever un monument pour y recevoir Tarche d'alliance et les vases du sacrifice.

David, dans cette assemblée des chefs et des princH paux officiers du royaume, avait déteigne Salomon peur son héritier. Cet ordre de succession faillit être détruit par la révolte d'Adonias, fils de David et de Haggith, Tune des femmes du roi. Adonias était devenu Tainé des princes de la maison royale par la mort d'Absalon; il vit d'un œil jaloux Télévation de Salomon, le dernier de ses frères, le fils de Bethsabée, et dit : <f Je régne rai. »

U se montrait dans Jérusalem avec des chariots, des cavaliers et cinquante hommes qui couraient à pied devant lui. Son père n'osa pas lui reprocher cette magnificence inaccoutumée; il ne lui dit point : Pourquoi avcz-vous fait cela? Adonias était beau ; il essayait de tous les moyens qui d'ordinaire séduisent le peuple, et renouvelait à Jérusalem les scènes qui avaient précédé Tusurpation d'Absalon. Joab et le grand prêtre Abia-* thar s'étaient secrètement dévoués à sa cause, et lui

avaient promis assistance pour l'exécution du ses pro« jets.

Quand vint l'époque où son complot semblait pouvoir éclater avec succès, Adonias fit préparer un ban* quet hors de la ville, auprès de la fontaine de Rogel, et invita tous les princes, fils de David, les principaux personnages et les officiers du palais ; la réunion fut nombreuse. Parmi ceux qui avaient refusé de se rendre au banquet, on citait le grand prêtre Sadoc, Banaïas, fils de Joïada; le prophète Nathan, deux officiers considérables du roi, appelés Sémeï et Reï, et les trente Forts de David. Des soupçons sur une rébellion prochaine étaient entrés dans la pensée des plus fervents amis du roi. Le prophète Nathan alla trouver Bethsabée, mère de Salomon, et lui dit : « Savez -vous qu Adonias, fils d*Haggith, veut régner? David, notre seigneur, rignore; venez donc, suivez mon conseil, et sauvez votre vie et celle de votre fils Salomon; allez trouver le roi David, et dites-lui : Seigneur mon roi, vous l'avez juré à moi, votre servante ; vous m'avez promis que mon fils Salomon régnerait après vous, et qu'il s'assiérait sur votre trône; pourquoi donc Adonias règne-t-il? — Et, pendant que vous parlerez encore, ajouta le prophète, moi j'arriverai et je compléterai vos paroles. » Bethsabée alla dans la chambre du roi, et trouva le vieux David avec la jeune Sunamile ; elle se prosterna à ses pieds. c< Que souhaitez-vous? dit le roi. Bethsabée lui répéta les paroles inspirées par Nathan. a Seigneur mon roi, dit Bethsabée en finissant, tout Israël vous regarde et attend de vous pour savoir qui

doit s'asseoir sur le trône après vous. Lorsque le seigneur mon roi dormira avec ses pères, mon fils Salomon et moi nous serons dédaignés. »

Bientôt après parut le prophète Nathan, comme'il était convenu ; il appuya de ses respectueux avis les prières de Belhsabée. « Vive le Seigneur, qui m'a délivré de tant de périls, dit David à Bethsabée ; je vous ai juré, par le Seigneur Dieu d'Israël, que votre fils Salomon régnerait après moi; eh bien, c'est aujourd'hui que je remplirai ma promesse. — Vive à jamais mon seigneur David I » s'écria Bethsabée en se prosternant la face contre terre. David fit appeler Sadoc, Nathan, Banaïas, et leur ordonna de placer Salomon sur sa mule, de le conduire à Gihon, de le sacrer roi, de sonner de la trompette et de crier : Vive le roi Salomon! Les ordres du roi furent promptement exécutés. Sadoc montait à côté du jeune Salomon, portant une corne pleine d'huile qu'il avait tirée du tabernacle; il donna au fils de Bethsabée l'onction royale. Le peuple de Jérusalem suivait le roi, remplissant l'air de cris et du son des instruments. Les convives d'Adonias avaient entendu le bruit de la trompette et les cris qui partaient delà ville. Jonathas, fils du grand prêtre Abiathar, va leur annoncer que David a établi Salomon roi d'Israël; les convives épouvantés se dispersent ; Adonias court chercher un refuge auprès du tabernacle; il attendra au pied de l'autel le châtiment de son crime ou la nouvelle de son pardon. C'est par un pardon que le jeune roi voulut se venger.

David avait depuis longtemps réglé l'administration

militaire et lo service de son palais; il lui restait à s' occuper du culte ; la prochaine construction du temple faisait songer à Forganisalion religieuse. Il fallait, pour le service sacerdols(l, une pompe solennelle, en harmonie avep la magnificence 'du monument qui se préparait. David ordonna un premier dénombrement de la tribu de Lévi; on compta trente-huit mille lévites depuis trente ans et au-dessus ; six mille d'entre eux furent chargés de rendre la justice ; quatre mille devaient garder les portes du temple, quatre mille devaient chanter les louanges du Seigneur, les psaumes dont David lui-même avait composé la musique; vingtquatre mille lévites étaient destinés aux cérémonies du temple. Un second dénombrement de la même tribu, depuis vingt ans et au-dessus, présenta sans doute autant de lévites que le premier; TEcriture n'in* dique point le nombre. Tous les lévites étaient soumis aux descendants d'Âaron en ce qui touchait au service de la maison de Dieu, dans le vestibule, le portique, le lieu de purification et le sanctuaire. Notons ici que Nadab et Abm, fils d'Aaron, étaient morts jeunes et sans postérité, et que les deux autres fils d'Aaron, Éléazar et Ithamar, étaient les seuls chefs des familles sacerdotales; Sadoc était de la famille d'Ëléazar, Abiathar appartenait à celle d'ithamar; la première se trouvait plus nombreuse que la seconde. Les descendants d'Aaron, partagés en vingt-quatre classes, faisaient le service du temple ; chaque classe avait sa semaine. Le devoir des prêtres était de veiller sur le pain de proposition, sur tous les détails du sacrifice, sur le

poids et la mesure des offrandes; la musique du temple, une des parties les pliis importantes du ministère religieux, avait à sa tcte trois hommes, dont rÉcriture nous a conservé le nom, Âzaph, Héman et Idithum.

Le livre des Paralipomènes nous donne, sur l'organisa tion du culte et sur les prêtres et les lévites, de nombreux détails que nous ne pouvons reproduire ici. Mais qu'on se représente tous ces milliers de lévites et de prêtres, réalisant une société spirituelle, un monde mystique dans la cité de Jérusalem , et, dans leur grande et brillante multitude, formant en quelque sorte la cour de Jéhovah, le Seigneur, le vrai roi des Hébreux.

David convoqua une dernière fois les principaux dlsraêl, pour leur dire sa suprême parole sur la construction du temple, celte grande préoccupation de sa vieillesse. En présence de tous les anciens et de tous les chefs assemblés, David remit à son fils Salomon les plans du portique, du temple, des magasins, des salles, des chambres; les plans de tous les parvis, de tous les logements; il lui fit donner les règlements qu'il avait faits pour le service des prêtres et des lévites ; ensuite il lui indiqua les ornements dont il devait enrichir le temple : des vases d'or et d'argent, des chandeliers et des lampes d'or avec leurs poids et mesures, des chandeliers et des lampes d'argent, des bassins, des encensoirs d*or, des lions et des lionceaux d'or et d'argent; l'autel des parfums avec des chérubins couvrant de leurs ailes l'arche d'alliance, et présentant la forme d'un char*

C'est le Seigneur lui-même, dit David, qui m'a tracé de sa main tous ces plans. «Agissez virilement, ajoutet-îlen s'adressant à son fils Salomon, ayez courage et ne craignez rien; le Seigneur mon Dieu sera avec vous et ne vous abandonnera point. » Puis, parlant à rassemblée : « Dieu a choisi mon fils Salomon encore enfant et dans Fâge tendre, poursuit David; l'œuvre est grande ; ce n est pas à un homme, c'est à Dieu qu'il s'agit de bâtir une demeure. J'ai tout prépairé, l'or et l'argent, l'airain et le fer, le bois et la pierre, les pierres précieuses de toute espèce, le marbre de Paros. De plus, je donne de mon coffre particulier trois mille talents d'or d'Ophir, sept mille talents d'argent éprouvé pour revêtir les murs intérieurs du temple. »

David finit par dire que si quelqu'un dans l'assemr blée a des dons à offrir pour la construction du temple, il n'a qu'à remplir ses mains et à présenter ses dons au Seigneur. Les chefs des familles, les chefs des tribus d'Israël, les tribuns, les centurions, les gouverneurs des domaines privés du roi, promirent leur concours à l'œuvre; pleins d'un saint enthousiasme, ils donnèrent six mille talents et dix mille sous en or, dix mille talents en argent, dix-huit mille en cuivre et cent mille en fer ; chaque assistant fit le sacrifice de ses pierres précieuses. Ce pieux empressement, ces élans soudains de générosité, étaient de bon augure pour l'exécution du vaste dessein depuis longtemps médité; David eut le cœur joyeux ; il en bénit Dieu en présence de la multitude assemblée.

« Soyez béni, Seigneur Dieu dlsraël ! s'écria le vieux

roi ; c*est à yous qu'appartiennent la gloire et la grandeur, la victoire et la puissance; à yous la louange; le ciel et la terre sont à vous; vous êtes au-dessus de tous les dominateurs. Qui suis-je? et mon peuple, qu'est-il, pour que nous puissions vous promettre ces choses? Tout vous appartient, et nous ne faisons que vous rendre ce que nous avons reçu de vos mains. Nous sommes devant vous des voyageurs et des étrangers comme Font été nos pères; nos jours sont comme l'ombre sur la terre, et nous ne faisons que passer. Ces biens, que nous réservons pour votre demeure, ont découlé de vos mains. Je sais, ô mon Dieul que vous sondez les cœurs, que vous aimez la droiture, et c'est dans la droiture de mon cœur que je vous ollre joyeusement tous ces trésors, et j'ai vu avec une joie vive mon peuple, qui est là, vous offrir ses dons. Seigneur» Dieu d'Abraham, d'Isaac et de nos pères, d'Israël, maintenez toujours mon peuple dans ces pensées; faites qu'il conserve éternellement cette vénération pour votre nom; donnez à mon fils Salomon un cœur parfait, pour qu'il garde vos commandements, vos lois, vos cérémonies, et qu'il bâtisse le temple dont j'ai amassé les matériaux M x>

Quel noble et touchant spectacle que celui du vieux roi David au bord du sépulcre, remettant à son fils Salomon le plan du temple du Seigneur, lui retraçant tout ce qu'il a fait, tout ce qu'il a préparé, médité, pour l'œuvre sainte dont l'accomplissement ne doifl^pas lui

' Paraîip.t tiv. I, ch. xxix.

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appartenir, s' assurant de l'aide des anciens et des principaux du royaume, et contemplant le trépas sans murmure, heureux de la pensée que la main de son jeune fils élèvera au Seigneur un monument digne de sa majesté éternelle I

L'assemblée bénit le Seigneur, le Dieu de ses pères; tous s'inclinèrent, adorèrent Dieu, et se prosternèrent aux pieds du roi. Le lendemain, des sacrifices furent oflfertSt dans le but de consacrer, par une sanction religieuse, les serments et les promesses de la veiUe; on immola mille taureaux, mille béliers, mille agneaux, on fit les libations accoutumées; les grands et le peuple mangèrent de ces hosties dans un grand banquet. A la fin du jour, Salomon reçut une seconde fois l'onction royale, et Sadoc l'onction pontificale, pour imprimer à cette double royauté politique et religieuse un caractère plus légitime, plus inattaquable.

David, sentant qu'il allait entrer dans la voie de la mort qui attend toute créature, fit venir Salomon et lui donna ses instructions dernières. Après de pieuses et salutaires exhortations, après d'utiles conseils pour bien gouverner, David, que la sûreté et le repos du royaume occupaient toujours, signala à son fils deux personnages dont il l'engageait à se débarrasser : Joab, le meurtrier d'Abner et d'Amasa, récemment complice d'Adonias, et Sémeï, cet homme de la famille de Saûl qui avait insulté et maudit David sur le chemin de Bahurim, quand le roi fuyait devant Absalon. On peut s'étonner d'abord de trouver de semblables avis dans la bouche de David à l'approche de la tombe, qui

d'ordinaire n'inspire que des pensées de paix; mais Tâme naturellement bonne du vieux roi se roidissait et s'armait d'énergie à la vue des difficultés qui menaçaient la stabilité de son œuvre monarchique. Dans ses adieux à son fils et à la vie, il ne manqua pas de recommander au jeune roi les enfants du vieux Berzellaï de Galaad, cet homme d'au delà le Jourdain dont l'hospitalité avait été si précieuse au moAarque fugitif.

Le roi mourut dans une bonne vieillesse S plein de jours, de richesse et de gloire; il était âgé de soixantedix ans et quelques mois; son règne avait duré quarante ans; sept ans à Hébron, et trente-trois ans à Jérusalem. L'époque de sa mort est placée dans l'année 1014 avant Jésus-Christ. David fut enseveli à Jérusalem, in civitate. Ce sépulcre était magnifique, s'il faut en croire l'historien Josèphe ; le tombeau de David avoisinait son palais sur le mont Sion; aujourd'hui le voyageur ne trouve plus ni la demeure de ce grand homme pendant sa vie, ni sa demeure après sa mort; Tétroite et funèbre grotte qu'on nous a montrée sur remplacement de Tancien cénacle u'a point satisfait notre curiosité historique. Mais on ne foule pas cette montagne de Sion sans respect et sans émotion pieuse, car la terre où Ton marche a pu se mêler à la poussière du roi à qui Dieu avait donné le génie, et dont il avait fait le confident prophétique de la Rédemption I

* in senectute bond, (Paraît/)., liv. I, ch. xxix, vers. 28.)

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