‹ Histoire de JérusalemChapitre 15 sur 23 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Partage da royaume; là successeurs de Salomon depuis Roboam jusqu'à losaphat.

(97&-889airant J. C.)

Avec plus de bon sens et de sagesse, rbéritier de Salomon, Roboam, né de Naama, aurait pu réparer les torts de la vieillesse de son père. La tribu de Juda et celle de Benjamin, qui n'en formaient plus qu'une seule, avaient salué Roboam pour roi; mais les dix au* très tribus voulaient, avant de se soumettre au fils de Salomon, obtenir un sort meilleur que sous le règne précédent. Un luxe prodigieux, une magnificence royale inouïe, ne pouvaient guère se déployer qu'aux dépens du peuple. Pour qu'à Jérusalem l'or devint commun comme les pierres, selon l'expression déjà rapportée, il fallait qu'il en restât peu dans la demeure des sujets répandu»depuis les sources du Jourdain jusqu'aux limite? du dé«9rt d'IduméCt lea ûix tribus ^'étaient

rassemblées à Sicbem (aujourd'hui Naplous^, la cité biblique bâtie dans le vallon qui sépare le mont Garizzim du mont Hébal, et autour de laquelle Jacob s'é-^ tablit avec sa famille à son retour de la Mésopotamie. ; Roboam parait au milieu des mécontents, qui sollicitent un soulagement dans le fardeau àe» impôts; il demande trois jours pour se décider; les inspirations insensées de quelques jeunes gens l'emportent dans son esprit sur celles des vieillards, çt Boboam répond aii^ di?^ tribus que son petit doigt est plus gros que les épaules de son père; qu'il rendra leur joug plus lourd; que son père les fouettait avec des verges, et qu'il se propose, lui, de les fouetter avec des cordes plombées. Le mécontentement populaire reçoit d'un tel affront une vive énergie. Jéroboam, fils de Nabath, revenu d'Egypte, est établi roi d'Israël, et Sichem devient sa capitale. Un entêtement despotique a provoqué ce démembrement, qui sera fécond en crimes et en calamités; il a éloigné sans retour dix tribus, désormais per* dues pour la cause de Jéhovah et de la nationalité hébraïque.

Roboam met sur pied cent quatre<*vingt mille hom> mes pour soumettre violemment les dix tribus qui lui échappent; mais le prophète Sémé'ias annonce que Jér roboam a été fait roi dlsraêl par la volonté du Seir gneur; les guerriers de Juda et de Renjamin se sépa*rent. Séméïas empêche les horreurs d'une sanglante lutte entre des hommes de la même nation.

Les solennités religieuses attiraient à Jérusalem lep Hébreux de chaque tribu. Jéroboam craignit qu8 ces

fréquents voyages n'affaiblissent ison autorité dans Je nouveau royaume d'Israël, et que la réunion dans h même temple ne provoquât peu à peu la réunion autour de la même royauté, Il imagina dono de donner des dieux à son peuple» ou plutôt de leur rendre )e bœuf Apis, dont le souvenir enchantait toujours Tes^ prit de la multitude des Israélites. Il plaça deux veaux d'or, Tun à Béthel, l'autre à Dan, et bâtit des sanctuaires sur les hauts lieuiL. Sans respect pour les enfants d'Aaron et les prérogatives sacrées de la tribu de Lévi, le roi d'Israël conféra le sacerdoce aux premiers ve*? nus d'entre les Hébreux. Lorsqu'il eut ainsi fait à sa guise des dieux et des prêtres, Jéroboam défendit à POn peuple d'aller au temple de Jérusalem : « Voilà vos dieux, lui dit-il en lui montrant les idoles; voilà les dieux qui vous ont tirés de TÉgypte. » Et le peuple d'Israël se précipita vers cette impure idolâtrie.

A l'époque même de la fête des tabernacles, Jéro^ boam consacra les veaux d'or à Béthel. Pendant que l'impie brûlait de l'encens, un prophète de Juda s'a^ vança : « Autel 1 autel! s'écrie-t-il, il naîtra delà mai- ' son de David un prince nommé Josias qui immolera sur toi les prêtres qui maintenant te jettent de l'encens, et qui brûlera sur toi les ossements de ces hommes. — Le Seigneur nous donne ce signe, continue le prophète : l'autel va se briser, et la cendre qui s'y trouve se répandra sur la terre. » Jéroboam, furieux^ étend la main comme pour protéger l'autel, et commande qu'on arrête le prophète; soudain, sa main se sèche et demeure étendue, l'autel se brise, et la cendre

des hjlocaustes se répand. A la prière de l'homme de Dieu, le roi reprend Tusage de son bras; un miracle l'avait frappé, un miracle le relève. Jéroboam, dans sa reconnaissance, veut emmener le prophète, lui donner à manger, lui offrir des présents : a Si vous me donniez la moitié de votre royaume, lui répond Fhomme de Dieu, je n'irais pas avec vous, je ne mangerais pas avec vous, et je ne boirais pas une goutte d'eau. Le Seigneur m'a dit : « Tu ne mangeras pas de pain, tu ne c( boiras pas d'eau en ce lieu, et tu ne reviendras pas parle même chemin. » L'homme de Dieu ne suivit donc point, à son retour, le chemin par où il s'était rendu à Béthel.

Il se trouvait dans cette ville un vieux prophète dont les fils avaient été témoins de ce qui venait de se passer; ils le lui racontèrent sur-le-champ. Le vieillard leur demande par quelle route l'homme de Juda s'en était allé, et âes fils lui montrèrent cette route. 11 se fit amener son fine et partit. 11 rencontra le prophète de Juda assis sous un térébinthe, et lui dit : « N'ètes-vous pas l'homme de Dieu qui êtes venu de Juda? — C'est moi, » répondit le prophète. Et le vieillard lui dit : « Venez dans ma demeure, et vous mangerez du pain. » Le prophète répliqua : <k Je ne puis aller avec vous, je no mangerai pas de pain, je ne boirai pas d'eau en ce lieu, parce que le Seigneur me l'a défendu. — Je suis prophète comme vous, dit le vieillard, un ange m'ordonne de vous ramener dans ma demeure pour que vous mangiez du pain et que vous buviez de l'eau. x> Le vieittard de Bétbel trompait l'homme de Dieu; il le

ramena chez lui, et, pendant que le prophète mangeait, le vieillard de Béthel entendit la voix du Seigneur, et, s'adréssant à l'homme de Dieu, s'écna : « Voici ce que dit le Seigneur : Parce que tu n'as pas gardé mes ordres, parce que tu es retourné à Béthel, et que tu as mangé du pain et bu de Teau malgré le commandement du Seigneur, ton corps ne sera point enseveli dans le tombeau de tes pères. » Le prophète de Béthel prêta son âne à Thomme de Juda; celui-ci rencontra un lion qui lui donna la mort; son corps était couché sur le chemin; Tâne restait auprès du lion,et le lion ne quittait point le corps. Voilà que des hommes passent, et voient un cadavre étendu et un lion arrêté auprès du cadavre; ils vont à la ville et répandent cette nouvelle. Le prophète de Béthel comprit que rhomme. de Dieu venait d'être puni de sa désobéissance; il monte sur son âne, et trouve le cadavre, l'âne et le lion. Il prend le corps sur son âne, retourne à Béthel et pleure le prophète de Juda. Le vieillard le fit ensevelir dans le sépulcre des siens, à Béthel, et lui et ses fils le pleurèrent, disant : « Hélas ! hélas ! ô mon frère I » Le vieillard demanda ensuite à ses fils de le mettre, après sa moirt, ùans ie sépulcre où il venait de déposer l'homme de Dieu, de placer ses os à côté des os du prophète. Il finit par annoncer l'accomplissement des paroles de l'homme de Juda contre l'autel élevé à Béthel, et contre tous les sanctuaires bâtis dans les villes de Samarie*.

■ Livre des Aot«, liv. UI, chap. zin.

Ce prophète de Juda, qui tout à coup éclate comme la foudre au milieu des fcteè impies de Béthel; et dont la fidélité religieuse, mise à l'épreuve par un autre pro-> phète, succombe sous de trompeuses insinuations; le spectacle du lion, de l'âne et du cadavre de l'homme de Dieu; ces effets si divers de la puissance divine punissant les violateurs de ses lois, se présentent avec un caractère dramatique et de simplicité naïve qui saisit vivement l'esprit.

Roboam, pendant ses dix-sept ans de règne, répara diverses places situées au midi de la Palestine : Bethléem, Éthan, Thécua, Odollan, Geth, Maresa, Ziph, Aduram, Lachis (aujourd'hui El-Arich), Hébron, Sochot, etc.; voilà tout ce qu'il fit pour la gloire. Les richesses amassées par Solomon et gardées par un suc^ cesseur sans génie ne pouvaient manquer d'exciter l'envie de puissants voisins. Le premier roi de la vingtdeuxième dynastie égyptienne, appelé Schischouk en égyptien S Sésonchis dans le grec de Manéthon, Sesac, Sisak ou Schischiak dans les livres saints, traverse le désert de Syrie avec douze cents chariots» soixante mille cavaliers et une multitude de soldats, s'avance vers Jérusalem, enlève les trésors du temple et les trésors du roi, les boucliers d'or de Salomon, et reprend le chemin de l'Egypte.

Le roi d'Egypte n'emmena point Roboam prisonnier, comme on l'a dit inexactement; le texte de la V-

' Ces noms divers nous ont été conununiqués par M. Gbampollion-Figcac.

ble est formel à cet égard. Le bas^relief découvert à Thèbes, qui représente les Hébreux enchaînés avec d'autres nations par les victoires de Sésonchis, doit s'interpréter, quant aux Juifs, par une soumission et le payement d'un tribut, et non point par une captivité.

Un stupide aveuglement frappait alors les Israélites et leurs chefs. Ce n'était plus seulement à Dan et à Béthel que s'élevaient les autels des idoles; la tribu de Juda elle-même voulut avoir des dieux, et, sous le feuil* lage de chaque arbre, sur les hauteurs de chaque col* Une, nous dit rËcriture, elle dressa des autels et des statues de divinités. Les dieux des nations étrangères, nations soumises, envahissaient victorieusement les Hébreux. Un violent amour pour l'idolâtrie avait saisi le peuple de Dieu; c'était un entraînement universel, une rage frénétique. Le culte de Priape, introduit par la mère d'un roi de Juda, vint couronner toutes ces abominations. Cette déroute des âmes s'explique : les Juifs étaient tombés dans une corruption profonde; les nations étrangères avaient des dieux pour tous les penchants pervers; on courut à ces dieux par la raison qu'on cédait aux passfons. Après Roboam, Âbia, un de ses vingt-huit fils, passe trois ans sur le trône; il gagne une bataille contre Jéroboam au pied du mont Semeron, à deux lieues de Sichem. Mais Thonneur de sa vie, c'est d'avoir donné au trône de Jérusalem Asa, roi vertueux et brave.

Maintenant voici les coups terribles qui vont com* mencer à tomber sur la royauté d'Israël. Le vieux Je-

roboam avait nommé à sa place son fils Nadab; celui-ci, pendant qu'il s'occupe du siège de Gebbethon, ville des Philistins, est poignardé par un de ses ofliciers, Baasa, fils d'Ahias, de la tribu d'Issachar. Baasa se fait déclarer roi par l'armée d'Israël et détruit toute la race de Jéroboam et de Nadab. Le prophète Jéhu, fils d'Hanani, annonce à Baasa, coupable d'idolâtrie, que sa propre race à son tour sera frappée; l'usurpateur nouveau punit de mort celui qui a révélé un aussi sombre avenir : comme si on était responsable des maux qu'on prophétise I

Le royaume de Juda avait besoin d'une main vigoureuse qui rétablit les forces militaires et la discipline, et arrêtât la tendance désastreuse à l'idolâtrie. Âsa fut cette main. 11 se composa une armée de cinq cent quatre-vingt mille combattants pris dans les deux tribus de Juda et de Benjamin. Le faible Roboam avait laissé venir ^ésonchis jusque dans sa capitale; Asa s'en alla à la rencontre d'une immense multitude d'Éthiopiens qui marchaient contre Jérusalem; il les attaqua dans la vallée de Sepha, les poursuivit jusqu'à Gérara et s'enrichit de leurs dépouilles. Azariad, fils d'Oded, lui annonce des malheurs au nom du Dieu qui a été abandonné de son peuple, et, pour détourner les menaçants nuages amoncelés sur son royaume, Asa travaille fortement*à extirper l'idolâtrie. Ce ne fut pas le momdre de ses actes d'énergie religieuse que la destruction du culte de Priape, et la disgrâce absolue de sa mère, Maacha, qui s'en était faite en quelque sorte l'impure prêtresse. Il ordonna la démolition de la grotte où se

pratiquaient ces cérémonies infâmes; Tidole fut mise en pièces, livrée aux flammes, et ses cendres jetées dans le torrent de Cédron. La grotte du culte de Priape était sans doute dans la vallée d*Hinnon ou de Géhémon. Asa, pour effacer plus complètement les traces d'une idolâtrie immonde, et pour rattacher le peuple au Dieu d'Abraham et de Jacob, convoqua les tribus à la dédicace solennelle de Tautel du Seigneur, placé dans le vestibule extérieur du temple. Parmi les hommes de Juda et de Benjamin, on vit des hommes d'Israël qui retournaient au roi Asa, croyant que le Seigneur était avec lui, dit VÉcriture. Sept cents bœufs et sept mille béliers, appartenant au butin fait par les vainqueurs des Éthiopiens, furent immolés; Jéhovah retrouvait sa nation choisie. On dévoua à la mort tout Hébreu qui s'éloignerait du Dieu de ses pères, et Talliance avec le Seigneur se resserra au bruit des trompettes et des clairons.

L'Écriture a reproché deux fautes au roi Asa : la première, c'est d'avoir eu recours à un prince de Da^ mas pour se délivrer du roi d'Israël, Baasa, qui était venu fortifier Rama et qui menaçait de là Jérusalem; la seconde, c'est d'avoir eu plus de confiance dans les médecius que dans le Seigneur pour se guérir, à la fin de ses jours, d'une violente atteinte de goutte aux pieds. II fut enseveli à Jérusalem, dans un sépulcre creusé par ses propres soins. L'auteur du livre des Paralipomènes raconte qu'on brûla autour du corps, placé sur un lit, des aromates et des parfums de courtisanes*; il paraît

* Unguenlis meretriciiSf liv. II des Paralip.f chap. xvi.

ne pas approuver ce genre de luxe funéraire, dont il parie comme d'une nouTeauté. Asa, durant ses quarante ans de règne, reconstitua le pouvoir monarchique qui s'écroulait à Jérusalem ; il sauva alors peutêtre la nationalité des Hébreux en les arrachant à cette iSèvre d'idolâtrie qui les entraînait, car leur existence politique était attachée au cuUe de Jéhovah; le Dieu uni-^ que était la source de leur énergie, de leur puissance, > et le maître de leur destin futur.

«Kosaphat, fils d'Âsa, apparaît sur la terre de Jérusalem comme une belle et sainte image de David. Pen-* dant qu'un chef, digne des regards du Seigneur, monte à la royauté de Juda, voyez les agitations sanglantes, les forfaits autour du trône des dix tribus. Achab est roi, mais que d'horreurs avant son avènement I Le désordre politique a excité les ambitions; on se dispute . la couronne par l'assassinat ; les descendants de Baasa périssent, et leur meurtrier périt à son tour; l'ariàée d'Israël fait des rois qu'elle ne sait ou ne veut point défendre, et, de crime en crime, nous arrivons à Amri, qui, durant un règne de douze ans, bâtit Samariesur le mont Semeron. Achab succède à Amri, son père; il épouse une fille du roi de Sidon; cette fille devint la fameuse Jésabel. Ce n'est point l'histoire particulière des Juifs qui nous occupe, c'est l'histoire de Jérusatem; nous devons donc nous borner à suivre le royaume de Juda, en indiquant seulement ce qui se passe parmi les dix tribus, lorsque les faits d'Israël se lient directement à ceux de Jérusalem.

Asa, comme nous l'avons dit, avait travaillé à dé-

truire Tidolàtrie au milieu de son peuple ; content d'avoir renversé les idoles, il n'osa pas interdire aux Jui£s l'adoration du Seigneur sur les hauts lieux ; Josaphat, continuant l'œuvre de son père, s'efforça de ramener son peuple au temple. Il envoya danâ toutes les cités de son royaume des prêtres et des lévites pour y enseigner la loi sainte si longtemps oubliée. Il visita luimême le$ principaux points pour s'assurer que les idoles et les bois sacrés avaient disparu. Le roi établit dans chaque ville, dans chaque lieu de Juda, des juges à qui il fit entendre ces belles paroles: « Voyez ce que vous faites ; ce n'est point le ministère de l'homme, c'est le ministère du Seigneur que vous exercez, et vous serez responsables de tous vos jugements. Que la crainte du Seigneur soit avec vous; faites toutes choses avec diligence; auprès du Seigneur notre Dieu, il n'y a ni injustice, ni acception de personnes, ni amour des présents. » Des lévites, des prêtres, des hommes pris parmi les premières familles, furent constitués juges à Jérusalem.

Dix-huit ans d'une paix profonde permirent à Josaphat d'achever la réorganisation de son royaume, qui avait tant occupé son père Asa. Nous lisons, dans le livre des Paralipomènes, que Josaphat compta jusqu'à onze cent soixante mille combattants; si l'élévation du chiffre des diverses troupes n'est pas l'exagération ou l'erreur d'un copiste, nous ne verrons, dans ces onze cent soixante mille hommes, que le nombre des Juifs dont le roi Josaphat pouvait disposer en cas de guerre, et non point une armée sur pied et constamment en-

tretenue anx frais du gouvernement dé Juda. L'Écriture parle de citadelles, de tours, de divers travaux de défense exécutés par le successeur d'Asa. Du reste, il fallait que la force guerrière du pays de Juda eût grandi sous la main de Josaphat, car aucun peuple n'osait r attaquer, et tous les pays d'alentour le redoutaient. Les Philistins lui envoyaient chaque année des présents et des sommes d'argent, et les Arabes, sept mille et sept cents béliers et autant de boucs.

Josaphat s'était lié avec la maison d'Achab par le mariage de son fils avec une fille du roi d'Israël, Athalie, dont le nom doit plus tard retentir. Il consentit, à joindre ses troupes à celles d'Achab pour aller reprendre une place, Ramoth-Galaad, que les Syriens retenaient en leur pouvoir. Les faux prophètes d'Israël avaient approuvé cette ligue entre le vertueux roi de Jérusalem et le mauvais roi des dix tribus, mais le prophète Michée la blâmait et annonçait des catastrophes. Achab fit emprisonner Michée; ses rigueurs n'empêchèrent point l'accomplissement des paroles prophétiques. Durant la bataille, il s'était déguisé en simple soldat pour tromper la mort dont on l'avait menacé; une flèche, lancée au hasard dans la mêlée, vint ui ôter la vie en le frappant entre l'estomac et les poumons; les armées de Juda et d'Israël se retirèrent. Le prophète Jéhu, fils d'Hanani, reprocl^a à Josaphat d'avoir prêté Tappui de ses armes à un roi impie; le roi de Juda ne reçut son pardon qu'en souvenir de ses courageux et saints eiïorts contre l'idolâtrie.

On s'étonne en effet qu'un roi tel que Josaphat ail

pu s'associer, même un seul jour, à la fortune d^Âchab, et peut-être y reconnaissait-il quelque intérêt polifique, dont Fhistoire ne nous dit rien. Ce qui s'était passé entre Âchab, Jésabel et le prophète Ëlie, avait montré tout le caractère odieux et impie de la royauté d'Israël. Combien de prophètes étaient tombés sous les coups de Jésabel ! Combien encore étaient restés ensevelis dans les profondeurs des cavernes, vivant du pain et de Feau qu'une secrète fidélité leur fournissait 1 Âchab en voulait aux jours d'Elie ; il Taccusait de la famine annoncée par le prophète, mais que ses propres iniquités avaient attirée sur le pays d'Israël.

Qu'il est frappant, ce caractère d'Élie caché au bord du Carith, du côté du Jourdain, buvant Teau du torrent et recevant des corbeaux sa nourriture, ou bien auprès delà veuve de Sarepta, dont un miracle renou velle la farine et l'huile, et dont un autre miracle ressuscite le fils ! Qu'il est grand sur la montagne du Carmel, lorsque, au milieu de la confusion des quatre cent cinquante prophètes auxquels Baal n'a pas ré* pondu, il invoque le feu du ciel, qui, tout à coup, dévore son holocauste et son bûcher en présence d'une immense multitude! Que de poésie dans ce petit nuage, semblable à un pied d'homme, s' élevant de la mer, et changé bientôt en une tempête d'où s'échappent les torrents ! Que dirons-nous de la fuite d'Élie au Sinaï, de cette voix qui lui parle du fond d'une caverne du mont sacré, de la rencontre d'Elisée, à qui il jette son manteau, et qui, laissant ses bœufs, obtient d'aller embrasser son père et sa mère, et suit le prophète! Sur les

cliemms de Patestine, au Carmel, au Jourdain, j*ai pensé plus d'une fois à cet homme couvert de poil, portant à la ceinture une peau de bote*, grave et sombre génie qui passa parmi les vivants comme le messager mystérieux des veng^nces divines, et disparut un jour dans un char de feu sans que nul être humain pût retrouver ses traces. Je lui disais comme le fils de Sirah : « Heureux ceux qui vous ont vu et qui ont trouvé la gloire dans votre amitié* I x>

Depuis les règnes de David etdeSalomon, les flottes juives ne s'étaient pas montrées dans la mer Rouge ; Josaphat et Ochosias équipèrent des navires pour le pays de Tarsis; mais ces navires se brisèrent au sortir du port d'Âziongaber, et ^ quand Josaphat se plaignit au ciel du naufrage, on lui répondit que Dieu le punissait de son union avec le coupable roi dlsraël.

Le dernier événement du règne de Josaphat fut uiie invasion subite des Moabites et des Ammonites, aùx^ quels s'étaient joints des Syriens et desiduméens : leurs légions s'étendaient sut les collines et dans les vallons d'Ëngaddi. Â l'approche de cette multitude m^açante le pieux Josaphat, sans négliger les moyens humains, mit sa confiance en celui qui disperse les ennemis et donne la victoire. Il prescrit un jeûne pour se rendre favorable le Dieu des armées. Tout le peuple de Jérusalem et des cités voisines s'assembla dans le temple

^ Vir pÎ09uSf et èond peUiced accinctus rênthus. (Liv. IV des Roisf chap. I.) * Livre de Y Sccîésiastiquef ctiap. ZLVni.

Le roi, debout au milieu de la fou^e recueillie, hop^ mes, femmes, eutauts, prononça cette prière :

a Seigneur, Dieu de nos pères, vous êtes Dieu dans le ciel, et vous régn^ sur les empires de toutes les na<^ tiens ; laibrce et la puissance sont dans votre main,^ et personne m saurait vous résister. N'est-ce pas vous, notre IMeu, qui avez fait aiourir les habitants de cette terre devant votre peuple d'Israël, et qui Tavez doupé^ pour toujours à la race d'Abraham, votre ami? Les Israélites ont pris possession du pays, y ont élevé un sanctuaire à votre nom, en disant ; « S'il tombe sur fi nous des calamités, te glaive du jugement, la peste, a la famine, nous nous présenterons ep votre présence « dans cette demeure où votre iiom est invoqué; et c( nous crierons vers vous dans nos tribulations, et « vous nous exaucerez, vous nous ^auvejea. y^ Josaphat parle ensuite des enfants d'Ammou» de Moab et d^ Séir, qui sont venus pour chassa le peufde élu; il se reconnaît trop faible pour résister à la multitude en*'' nemie, et, dans son imfmissante ignorance, tout ce qu'il a su £siire, c'est d'implorer la direction et l'appui du Seigneur.

Après la prière du roi, un lévite, saisi de l'espnt divin, prophétisa une victoire sans combat : c'était l'affaire de Dieu ; l'arn^ de Juda devait marcher, mais elle n'aurait à livrer aucune bataille. Eq enten-' dant ces paroles, Josaphat et son peuple se prosternent la face contre terre et adorent le Seigneur. Le lendemain, au lever du jour, on part de Jérusalem, et bient^ m arrive au désert deTbécua. Le roi exhorte son armée

â se oonfier au Seigneur, à croire à ses prophètes; il fait marcher, en tête de chaque troupe, des chantres qui répètent en chœur le psaume de David : Confessez le Seigneur, parce que sa miséricorde est éternelle. Quel beau spectacle que celui de ce peuple armé, s'avançant lentement dans les solitudes, au bruit des saints cantiques, oubliant les glaives, les lances et les flèches pour se placer sous l'invincible protection de Jéhovah, retenant une impatiente bravoure, une bouillonnante ardeur pour attendre l'accomplissement d'une miraculeuse promesse, et. demeurant dans la prière et l'immobile énergie de la foi, malgré le voisinage d'innom* brables bataillons ennemis I

Mais, pendant la religieuse marche de Juda à travers ces pâles collines de Thécua, qui n'ont pas changé depuis tinjgt-huit siècles, les légions réunies contre Josaphat se détruisaient ; les hommes d'Ammon et de Moab avaient d'abord mis en pièces ceux de Séir, et s'étaient ensuite déchirés eux-mêmes ; l'horrible discorde avait fait de cette ligue formidable un vaste et sanglant amas de cadavres. L'armée de Jérusalem put contempler ses ennemis étendus sur la terre, comme si l'ange exterminateur eût promené son glaive parmi eux; elle passa trois jours à recueillir l'immense butin. Le quatrième jour, tous les hommes de Juda, dispersés pour la recherche des dépouilles, se rassemblèrent dans une vallée à laquelle on donna le nom de vallée de la Bénédiction, parce qu'on y avait béni le Seigneur. Cette vallée, selon nous, est celle au milieu de laquelle s'éleva plus tard une forteresse appelée au*

jourd'hui le Mont-Français ^ Les vieux souvenirs de la France se mêlent ainsi dans ce désert aux lointains et merveilleux souvenirs de la nation choisie. L'armée de Josaphat rentra à Jérusalem au son des hai*pes, des guitares et des trompettes, et vint remercier Dieu dans son temple. Cette victoire, que le Seigneur avait remportée au profit du royaume de Juda, valut à Josaphat une heureuse paix jusqu'à la fin de son règne; il dura vingt-cinq ans, et sa place est belle dans les annales monarchiques des Hébreux. ,

Le livre des Rois et le livre des Paralipomène^ disent que Josaphat fut enseveli dans Jérusalem avec ses pères. Il n'a donc pas reposé dans le sépulcre qu'on lui assigne au pied du mont de l'Offense et qui a donné le nom de ce saint roi à la vallée deveQue la plus délèbre de Tunivers. Gomme le tombeau d'Âbsalon, celui de Josaphat, qui l'avoisine, est resté vide. La Judée est la terre des sépulcres, et, chose étrange! nous en trouvons qui n'ont rien eu à dévorer !

* Correspondance d'Ortent^ tome V.

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