‹ Histoire de JérusalemChapitre 16 sur 23 · CHAPITRE !I · texte numérisé non relu

CHAPITRE !I

Le ttjwmt de Jada depuis le aueceuf^r de JQS»}4H^t joiqu'à l^zéçhiay.

(888-e94avantJ.Gj

Nous entrons dans des époques où les cninea et les désastres fi^amonceUent. Presque tous les Représentant? de la monarchie de Jérusalem qui i^pnt passer devant nous ont peu de gloire et peu de génio ; les rayons qui traversent cette nuit morale s'échappent du ciel; ils brillent sur le front des prpphètes, mes^agprs du Seigneur, gardions vigilants de la loi, défenseurs courageux de la nationalité Israélite, énergîqiies et persévérants apôtres de ses futurs destinp.

Josaphat fit une faute en donnant pour épouse ^ son fils Joram Athalie, fille d'Acha}); cette ardente et ambitieuse femme avait du caractère ; elle soumit }e faible Joram à ses volontés, et, comme ses volontés étaient perverses, le successeur 4u saint roi se traîna dans

les voies mauvaises. Le meurtre des quatre frères du nouveau roi fut évidemment une mspiration d'Athalie. Lorsque Joram, oubliant le Dieu de ses pères et brisant Tœuvre réparatrice de ses deux prédécesseurs, souilla son royaume par des idoles, il céda honteusement à une reine élevée dans ks impiétés de Samarie. La révolte des Iduméens, s'afiranchissant du tribut ; la perte de Lobna, ville sacerdotale au midi de la Palestine ; de terribles menaces renfermées dans des lettres du prophète Élie, tous ces avertissements pe servirent de rien à un roi corrompu. C'est à peine s'il s'aperçut que les Philistins et les Arabes, de ravage en ravage, avaient pénétré dans son palais, enlevé tous ses trésors, pris ou égorgé ses femmes et ses enfants, à Texception de Joachaz ou Ochosias, le plus jeune de ses fils. Une maladie honteuse le conduisit lentement au tombeau. Il mourut à trente-neuf ans, après huit ans de règne, et la justice populaire ne permit point qu'il fût enseveli dans le sépulcre des rois.

Ochosias, son fils, docile instrument des passions d'Athalie, ne fait que passer sur le trône; il se montre im moment au siège de Ramoth-Galaad, avec Joram, roi dlsraêl, et puis il est frappé à mort par Jéhu, fils deJosaphat, petit^fils de Namsi. Jéhu, chefdeTarmée de Joram, vainqueur de cette ville de Ramoth-Galaad que les rois d'Israël et de Syrie s'étaient souvent disputée, avait été chargé de l'exécution des arrêts célestes. Un jeune homme est allé le sacrer roi d'Israël de h part d'Elisée. Il lui a annoncé que le Seigneur lui doniiait la misaioud'oUerminer la famille d'Aebab,

de venger le sang des prophètes, répandu par Jésabel. Jéhu fait périr d'une flèche les rois d'Israël et de Juda; par son ordre, Jésabel, qui, depuis trente ans, déchirait le royaume, est précipitée des fenêtres de son palais, foulée aux pieds des chevaux, fet ses restes sont abandonnés aux chiens. Soixante-dix princes du sang d'Achab sont égorgés à Samarie. Il y avait à Jezraël des amis et serviteurs d'Achab ; on les immole tous en un seul jour. Quarante-deux hommes de la famille d'Ochosias, ignorant encore ces catastrophes, s'en allaient visiter à Jérusalem les enfants de Joram ; Jéhu les trouve dans une habitation de bergers, et les fait mourir l'un après l'autre dans une citerne voisine. Revenu à Samarie, l'impitoyable Jéhu s'était arrêté à un moyen terrible de frapper le culte de Baal, ce dieusoleil qui avait ravi des adorateurs à Jéhovah ; il avait imaginé de réunir de tous les points, dans le temple de Baal, ses prophètes et ses sacrificateurs, comme pour une cérémonie solennelle, et, à un signal donné, tous les ministres de Baal étaient tombés sous le glaive. Quelle boucherie de rois, de princes et de prêtres! Quels flots de sang vomis sur la terre î Ce sont des paroles sorties de la bouche d'un adolescent* qui ont commandé ces scènes d'où la miséricorde est absente, et le jeune âge de l'envoyé d'Elisée contraste avec le caractère de sa mission.

Le roi de Juda, Ochosias, avait laissé plusieurs fils en bas âge ; Athalie voulait régner à Jérusalem , au

' Unum de filiis prophetarwn, (Les Aois, liv. IV, chap. s.)

— t78 — lieu d'être la mère de ces princes enfants, elle demt leur bourreau. Un seul échappa au fer, ce fut Joas, sauvé par les soins de Josabeth. Qui ne connaît Thistoire du royal orphelin et de son avènement au trône de David? Elle a inspiré à notre grand Racine le plus bel ouvrage dramatique sorti de Fesprit humain, et Timmortelle popularité à'Athalie vient se mettre à la place de notre récit. Ce n'est point sans quelque joie mêlée de fierté que, repassant de lointaines époques et de tragiques aventures» noua nous trouvons tout à couf. face à face avec une gloire française.

Joas ne se montra pas digne du dévouement qu'il avait inspiré. Joas mardba vers le bien tant que vécut le grand prêtre Jmada, cet homme vertueux, habile et fort ; qui avait conservé la couronne à la race de Davidj^ mais, du jour où ce ferme appui lui manqua, il trébu^ cha, et ne sortit de son mipuissance que pour faire le mal. Depuis plusieurs règnes, Tentretiiîu du temple était négligé ; Athalie et ses fils l'avaient plus d'une foia dépouillé au profit du sanctuaire de Baal; on s'occupa de le réparer et de lui rendre sa splendeur, Joas, pour subvenir aux frais de la réparation du saint monument, rétablit l'impôt général d'un demi-«icle par tête (en* viron dixHsiept sous de notre monnaie)» que Moïse avait exigé de tout Israël dans le désert» à l'époque de la construction du tabernacle. Joïada s'y prêtait peu ; \^ lévites ne percevaient cet impôt qu'avee négligence, ce qui annonce que le peuple de Juda ne l'approuvait point. Le grand prêtre imagina un moyen dont le succès fut immense : il s'adressa à la piété généreuse, fit

placer un tronc à la porte du temple, et recueillit d'énormes sommes. La restauration du temple s'acheva rapidement et avec éclat. Joïada mourut à cent trente ans; il eut, pour récompense de ses services, une place dans le tombeau des rois.

Joas, après quarante ans de règne, n'obtint point cet honneur; n'avait-il pas, lâche et infidèle gardien de Jérusalem, envoyé au roi syrien qui le menaçait les trésors de son palais et du temple? N'avait-il pas laissé relever les divinités contre lesquelles s'arma tant de fois le zèle des princes de Juda? Ne fit-il pas lapider le fils même de Joïada, ce Zacharie qui reprochait au peuple son coupable abandon de la loi, et qui, à la pensée du double crime d'impiété et d'ingratitude de Joas, disait en mourant : « Que le Seigneur voie et qu'il juge I » Les Syriens, que ce prince sans bravoure avait désarmes à force de richesses, reparurent à Jérusalem; ils égorgèrent et pillèrent, n'épargnant aucun outrage à Joas, qui, peu de temps après, fut tué dans son lit par les vengeurs du sang de Zacharie.

Le premier acte d'Amasias, son successeur, fut la punition des meurtriers de son père; il arrêta le glaive sur les meurtriers, et ne le porta point sur leurs fils, se souvenant de ces paroles de Moïse : « On ne fera point mourir les pères pour le crime des enfants, ni les enfants pour le crime des pères; mais chacun expiera son propre crime ^ x> Ce précepte, dicté par la justice naturelle, n'avait pas toujours servi de règ*e ar»x

* Deutéronomej cbap, îxjv, verset 16,

princes juifs. Amasias, lidèle aux lais deFéquitc et de la religion, interrompit une paix de douze ans pour diViger une expédition contre les Iduméens; il voulait joindre à ses troupes, dans cette expédition, cent mille combattants d'Israël > payés d'avance; mais un prophète Ten détourna par des motifs religieux qui avaient si souvent fait condamner les alliances des rois de Juda et de Samarie. Amasias mit en déroute, dans la vallée des Salines ou vallée de Jéricho, ceux que rÉcriture appelle les fils de Séir^ et les vainqueurs précipitèrent une multitude de prisonniers du haut d'une grande roche appelée depuis lors Jecteliel*. Par une incroyable grossièreté d'esprit, Amasias se mit à adorer les dieux de la nation dont il venait de triompher.

Les combattants que le roi de Jérusalem avait renvoyés sur l'avis du prophète s'étaient répandus en ennemis depuis Samarie jusqu'à Bethoron. Amasias s*en plaignit au roi d'Israël, Joas, qu'il ne craignit pas de menacer. Le roi des dix tribus lui répondit par cet msultant apologue : « Le chardon du Liban s'adressa au cèdre, en disant : Donnez-moi votre fille en mariage pour mon fils. Et, pendant qu'il achevait de parler, les bêtes de la forêt passaient et écrasaient le chardon sous leurs pieds *. » Joas engage Amasias à demeurer tranquille dans son palais, à ne pas s'exposer lui et son peuple. Une bataille se livra à Bethsamé, aii midi de la Palestine ; le roi de Juda la perdit et fut fait

> Les Roi»f liv. IV, chap. xiv.

• W., ibid.

prisonnier. Joas se rendit triomphalement à Jérusalem avec Amasias enchaîné, renversa quatre cents coudées des murailles de la ville, depuis la porte d*Éphraïm jusqu'à la porte de TAngle, et commanda que les trésors du palais et du temple lui fussent apportés; il reprit ensuite le chemin de Samane. Plus tard, une conjuration éclata à Jérusalem contre Amasias; le souvenir d'une humiliante défaite et Vétat de dépendance sous lequel étak tombé le royaume de Juda visà-vis d'Israël durent enfanter des mécontentements et des haines. Amasias crut échapper au complot en se réfugiant sur les dernières limites de son royaume, à Lachis (El-Arich) ; mais le glaive alla le trouver. On rapporta son corps à Jérusalem dans le tombeau de ses pères.

Amasias, étourdi d'un succès sur les bords de la mer Morte, avait provoqué imprudemment les forces de Joas, et ce fut là sa perte. Le roi de Juda, voulant ressaisir l'intégrité de la monarchie de David et de Sa* lomon, aurait pu appeler la royauté des dix tribus à une sorte de duel solennel; les troubles incessants d'Israël auraient favorisé ses efforts; mais Amasias n'était pas de taille à accomplir une telle œuvre; il aurait fallu pour cela un roi unissant à l'ascendant religieux l'ascendant de la bravoure ; et ce roi na se rencontra point.

Dans le tableau que l'historien sacré^ nous irace du long règne d'Osias, on trouve quelque chose le répa-

* liRi Paralip.f liv. 1I> chap. xiti.

rateur et de paisible qui plaît à Tesprit. Les sages inspirations de Zacharie, qu'il ne faut confondre ni avec le fils de Joïada ni avec le fils de Barachie, veillèrent longtemps autour d'Osias. Le roi releva d'abord et fortifia la portion des murs de Jérusalem renversée par le vainqueur de son père, et d'autres points dans la même direction. Il établit dans la ville un dépôt de boucliers, de casques, de cuirasses, de piques, d'arcs, de frondes : véritable arsenal destiné à la défense du royaume. Il plaça, dans les tours et aux angles des remparts, des machines, les unes pour lancer des flèches, les autres pour lancer de grosses pierres. Osias avait de grands troupeaux aux champs et au désert : il éleva des tours qui protégeaient les bestiaux contre les incursions des Arabes, et creusa des citernes qui recevaient Veau du ciel. L'Écriture nous le montre comme un homme livré aux soins de l'agriculture, et nous parle de ses vignes et de ses vignerons sur les montagnes de la Judée, sur le Carmel. Osias reprit aux Iduméens le port d'Elath, et enleva, aux Philistins, Geth, lamnîa (aujourd'hui Ibelim), et Azoth. Il vécut misérablement dans les derniers temps de son règne; frappé de la lèpre au front pour avoir osé prendre Tencensoir, il se vît relégué dans une demeure séparée. Son fils Joathan gouverna à sa place ; comme la lèpre était un signe de réprobation, le roi, qui, durant cinquante-deux ans de règne, n'eut à se reprocher qu'une atteinte portée à la prérogative du sacerdoce, ne fut point enseveli dans le tombeau des rois, mais dans un champ voisin.

Une vision d'Isaïe est datée de l'année où mourut Osias*; cette vision, qui traversa son génie à Jérusalem, nous appartient comme historien, et les paroles du grand homme inspiré seront les couleurs de notre récit. Le prophète vit, dans le temple, le Seigneur assis sur un trône élevé et entouré de séraphins ; ils avaient SIX ailes, deux pour voiler leurs faces, deux pour voiler leurs pieds, deux pour s*envoler. Il se criaient Tun à Tautre, et disaient : « Saint, saint, saint est le Seigneur Dieu des armées; toute la terre est remplie de sa gloirel » Ce cri des anges ébranla les portes du temple, qui se trouva plein de fumée, témoignage de la présence de Jéhovah. « Malheur à moi, dit le prophète, parce que je me suis tu, parce que mes lèvres sont impures, et que j'habite au milieu d'un peuple qui a aussi les lèvres souillées! — et j'ai* vu de mes propres yeux le Roi, le Seigneur des armées! » Alors un des séraphins touche la bouche dlsaïe avec un charbon de feu et lui rend sa pureté. « Qui enverrai-je, et qui marchera pour nous? s'écrie la voix du Seigneur. — Me voici, envoyez-moi, » répond lefilsd'Amos, Ainsi commence la mission d'Isaïe. A notre tour, nous dirons : Malheur aux hommes qui, ayant reçu la puissance d'agir par la plume ou par la parole, garderaient le silence lorsque autour d'eux le mal s'accomplit, et mêleraient l'iniquité de leurs lèvres muettes aux iniquités de toute une génération !

La grande porte orientale du temple^ des construc-

* Isaîe, chap. ti.

tions autour de la citadelle d'Ophel qui défenda/t la maison du Seigneur, quelques places nouvelles dans les montagnes de Juda, des tours et des forteresses à travers le pays, telles furent les œuvres de Joathan. Une victoire contre les ^fants d'Ammon lui valut, de leur part, pendant trois ans, un tribut de cent talents d'argent, de dix mille mesures de blé et de dix mille mesures d'orge*.

Fils d'un sage et vertueux roi, Achaz renouvela pourtant, dans la vallée de Géhennon, les scènes d'idolâtrie qui, toujours proscrites et toujours ramenées, annoncent, chez le peuple juif de cette époque, une nature étroite, aveugle, corrompue, dont notre intelligence s* étonne. Il consacra au dieu Moloch son propre fils, brula des parfums, immola des victimes sur les hauts lieux et dans les bois sacrés. Les Syriens lui enlevèrent le port d'Élath et remplacèrent les Juifs* dans le commerce du golfe Persique, pendant que le roi se roulait dans la poussière, au pied d'idoles muettes et sourdes.

On comprend la sublime mélancolie d'Isaïe à la vue de l'abaissement moral de cette nation, pour laquelle tant de merveilles s'étaient accomplies : « Le Seigneur a nourri et glorifié ses enfants; ils l'onf méprisé. Le bœuf connaît son maître, et l'âne Tétable où il est nourri ; mais Israël ne connaît plus le Seigneur, et son peuple ne le comprend plus. Que font à Dieu les victi^ mes, le sang des béliers, des veaux, des agneaux et des

* Parahp.y liv. II, chap. xxvii.

• Les fioM, liv. IV, chap. xvi. C'est ici que pour la première fois les Hébreux sont désignes dans la Bible sous le nom de Juifs (Judceos).

boucs? Il les repousse désormais. Ses enfants deviendront ses vengeurs; ceux qui ont abandonné le Seigneur seront frappés ; ils seront comme un chêne que les vents d'automne dépouillent de ses feuilles, comme un jardin sans eau^ »

Déjà battu par Basin, roi de Syrie, Achaz voit périr une foule de ses soldats sous le glaive des combattants d'Israël. Le vainqueur, Phacée, emmène en servitude deux cent mille Juifs, femmes, filles, jeunes hommes. Un prophète, par l'autorité de sa parole, obtint du roi d'Israël une décision pleine d'humanité, qui ne s'est pas rencontrée deux fois dans l'histoire des Hébreux : les captifs de Juda et le butin furent rendus ! On conduisit à Jéricho cette pauvre multitude manquant de tout; on donna des vêtements et des chaussures à ceux qui étaient nus, de la nourriture à ceux qui avaient faim, des montures à ceux que la faiblesse empêchait de marcher. On respire en voyant la miséricorde pénétrer, ne fût-ce qu'un jour, au milieu de ces guerres et de ces révolutions I

Rasin, roi de Syrie, et Phacée, roi d'Israël, menacent Jérusalem. Achaz secoue son criminel sommeil pour appeler à son secours Théglath-Phalasar, premier roi d'Assyrie et de Ninive ; il lui envoie de riches présents pris dans son palais et dans le temple, et se dit le serviteur et le fils du roi des Assyriens. C'est alors qu'Isaïe se lève et fait entendre sa grande voix : il rencontre Achaz à l'extrémité de la piscine supérieure,

* Prophétie d'Isaïe, ihap. i.

dans le chemin du champ du Foulon ; il dit au roi de ne pas craindie les deux torches ardentes allumées par la fureur de Basin et dePhacéc, Gis deRomélias. Da<mas restera la capitale de la Syrie; Samarie, la capitale d'Éphraïm; mais, dans soixante-cinq ans, Éphraim cessera d'être un peuple. Isaïe demande à Achaz quel signe il veut pour gage de sa prochanie délivrance : veut-il un miracle dans la profondeur deTenfer ou dans la hauteur du ciel? Achaz répond qu'il ne demandera rien et qu'il ne tentera point le Seigneur.

«Maison de David, écoutez! s'écrie le prophète; c'est peu pour vous de lasser la patience des hommes, il faut que vous lassiez encore la patience de mon Dieu. C'est pourquoi le Seigneur Dieu vous donnera un prodige : voilà qu'une vierge concevra et enfantera un fils, et ce fils sera appelé Emmanuel; il mangera le beurre et le miel, pour qu'il sache réprouver le mal et choisir le bien. Avant que ce fils soit capable de réprouver et de choisir, les deux rois que vous redoutez périront. » Ainsi Tavenir se révélait à Isaïe : cet Emmanuel qui doit naître d'une vierge porte plus haut et plus loin que les événements et l'époque qui nous occupent ici ; c'est l'Emmanuel du salut du monde que découvre ainsi le fils d'Amos : à sept siècles et demi de distance, il a vu le Messie I

Par Tordre du Seigneur, le prophète prend un grand livre, il écrit dans ce Hvre en style d'homme* : Enlève promptemefit les dépouilles^ Mte-toi de ravager. « Et

* StilohominU,

je pris pour témoins, poursuit Isaîe, le grand prêtre Une, et Zacbarie, fils de Banahias; et je m approchai de la prophétesse, et elle conçut, et enfanta un fils, et le Seigneur me dit : — Donne-lui un nom, hâte-toi d'enlever les dépouilles, hâte-toi de ravager. Avant que Tenfant sache nommer son père et sa mère, la force de Damas sera brisée, et les dépouilles de Samarie deviendront la proie du roi des Assyriens. Et le Sei-* gneur ajouta en me parlant : Parce que ce peuple a rejeté les eaux de Siloé qui s écoulent en silence^ et parce qu'il a mieux aimé le roi Basin et le fils de Ro* mélias,'le Seigneur amènera sur lui les vastes et vio* lentes eaux du fleuve, le roi des Assyriens et toute sa gloire, et ce fleuve montera par-dessus toutes ses rives, il débordera au loin, et s'en ira à travers Juda et lui vie]idra jusqu'au cou, et, ses ailes se déployant tou* jours, le fleuve couvrira toute l'étendue de votre terre, ô Emmanuel M »

Avec de la foi, de la bravoure et de l'union, avec un retour sincère à Dieu, d'où découlent l'énergie et la puissance, le peuple de Juda aurait écarté ces tempêtes; mais ce faible peuple avait perdu toutes ses conditions de grandeur ; il n'invoquait plus que les devins et ne croyait plus qu'aux enchantements ; il avait passé de la magnifique et gigantesque épopée de Jéhovah à l'étroite comédie des menteurs mystérieux qui s'enfermaient dans des grottes obscures.

Les rois assyriens qu'on ose attirer dans cette con-

* Prophétie d'Isaîe, chap. vii et vin.

trée, où presque plus rien de grand n'est resté debout, ne la quitteront point sans avoir tout balayé. Au bruit de Tarrivée de Théglath ou Thégath-Phalasar, la ligue des deux rois se dissipe; Rasin court défendre sa ville de Damas ; il est vaincu et tué; le roi d'Assyrie dévaste Damas et transporte ses habitants à Gyrène, dans la Célésyrie. En peu de mois, il enlève au roi d'Israël les places syriennes conquises dans les derniers temps. Achaz était allé remercier à Damas le roi des Assyriens. Il ne crut pas pouvoir mieux témoigner sa reconnaissance qu'en adorant les divinités des bords du Tigre; il avait vu à Damas des sacrifices à l'usage des Assyriens, et avait ordonné au grand prêtre Urie de dresser à Jérusalem un autel pareil à la place de l'autel d'airain élevé par Salomon; la mer d'airain fut séparée des bœufs qui la soutenaient, et ces bœufs apparurent dans le temple comme de nouvelles idoles. Toutes ces lâchetés irréligieuses avaient pour but de désarmer Thiglath-Phâlasar, qui, venu à Jérusalem, ne dépouilla pas moin» le temple et le palais, et soumit le roi de Juda à un tribut.

Le roi Achaz finit par fermer le temple; l'encens brûlait à Jérusalem aux pieds de toutes les divinités étrangères. Nous avons déjà cité Astarté, Moloch, Baal; ajoutez encore les Téraphins, dieux pénates, semblables à ceux que Bachel déroba à son père Laban ; Dagon, le triton philistin , et cette Vénus babylonienne dont les temples, appelés Succoth Benoth (tentes des filles), étaient des lieux infâmes. Les dieux des nations encombraient la ville de David ; un seul y manquait, celui au

nom de qui s'était constituée la puissance des Juifs, celui qui s'était rendu visible au milieu d'eux par cent victoires, et qui avait fait de leur histoire, toute de prodiges, quelque chose de nouveau se détachant des histoires humaines et flottant entre la terre et le cieL L'embellissement de son palais fut le dçmier passetemps d'Achaz; la science égyptienne ou babylonienne Torna d'un cadran solaire. Les restes d'Âchaz auraient souillé la royale poussière de ses aïeux; ils ne furent point admis dans les tombes vénérées.

Des jours meilleurs se lèvent sous le règne du jeune Ézéchias, fils d*un roi pervers, et, tandis que Jérusalem s'éveille à la religion des ancêtres, les derniers coups tombent sur le royaume d'Israël : la prise de Samarie par Salmanasar est la ruine de ce malheureux État, qui avait duré deux cent quarante ans et compté dixneuf rois. Parmi ces princes, Jéhu transmit le pouvoir dans sa famille jusqu'à la quatrième génération ; hors de là, vous ne rencontrerez à chaque règne que révolutions sanglantes autour du trône sorti d'une révolution. Salmanasar emmena les dix tribus en captivité, ne laissant dans le pays que les laboureurs, les vignerons et les bergers chargés de travailler au profit des Assyriens; plus tard, ce débris de peuple alla joindre les tribus captives ; une colonie cuthéenne, ainsi nommée de Gutha, ville voisine de Babylone, remplaça les Hébreux dans la Samarie.

Celte colonie, instruite dans la loi mosaïque par des prêtres envoyés des rives de l'exil, fut l'origine des Samaritains. Ce peuple ne s'appelait point ainsi parce

qu'il habitait le pays de Samarie, mais il tira son nom du mot syriaque et hébreu qui signifie les gardiens ; leur prétention était de mieux garder la loi que les jui& eux-mêmes. Dans leur pensée aucun lieu de la terre n'égale en sainteté le Garizzim, et leur temple bâti sur ce mont était bien plus cher à Jéhovah que celui de Jérusalem. On se rappelle les paroles de la Samaritaine au Sauveur : « Nos pères ont adoré sur cette montagne, et vous dites que Jérusalem est le lieu où il faut adorer. » Depuis que Jean Hyrcan, vainqueur de Si-^ chem, renversa ce sanctuaire rival, les Samaritains offraient leurs sacrifices au milieu des débris du temple; ils ont longtemps gravi pieusement ce qu'ils appellent la montagne des Bénédictions, ces sommets mêlés à toute leur histoire; mais depuis près d'un siècle l'accès de ce mont sacré toujours debout devant eux, leur est interdit. Ils conservent dans leur synagogue un manu** scrit du Pentateuque, qui a beaucoup excité la curiosité des savants, et auquel on attribuait une antiquité trés<« reculée; il paraît au contraire que ce manuscrit, en caractères hébraïques mêlés de formes chaldaïques et syriaques, ne remonte pas à plus de mille ans. C'est un long parchemin avec une belle écriture, enfermé dans un étui de cuivre orné d'arabesques et de figures, et recouvert d'un voile de soie verte. Les Samaritains appellent cet étui qabr eUKiteb el-Scherif, tombeau du Livre sacré^. Il y a eu entre TEurope savante et les Sa-

^ Les Samaritain» de Naplout9t épbode d'uu pèlerinage dans les. lieux saints, {^ar M. Tabbé Barges, professeur d'hébreu et de chaldaïque i la Sorbonne. Nous avons lu avec beaucoup d*intérôt et de

maritains de Naplouse d'intéressantes oorrespondances qu'on a appréciées et recueillies*. Les Samaritains ont roulé de misère en misère, attendant le Messie» et sachant par quels signes ils le reconnaîtront. On trouve à peine aujourd'hui à Naplouse une quarantaine de familles de Samaritains; ils habitent un quartier séparé. On en rencontre aussi quelques familles à Gaza,

Méprisés par les musulmans, les chrétiens et les |uifs, les Samaritains achèvent de mourir dans une pauvreté proverbiale en Palestine. Une robe noire, avec un turban rouge, compose leur costume; ils prennent des vêtements blancs pour aller à la synagogue. Le Samaritain, avec sa vie qui ne se mêle à rien, avec sa religion secrète et sa figure mystérieuse et sombre, a survécu à vingt-quatre siècles de bouleversements et de ruines. II est des races pareilles à ces rochers du. rivage que les flots de la mer battent sans cesse : les vagues, dans leur colère, rongent les rochers, les percent, leur enlèvent quelque chose de siècle en siècle; à la fin, après des milliers de tempêtes, Fonde dévorante ne leur laisse plus rien ; ils ont disparu. Ainsi Tantique race des Cuthéens ou des Samaritains, race immobile, battue par les flots des âges et des révolutions, s'amoindrissait peu à peu sous leurs coups en même temps qu'elle leur opposait une forte résistance; elle n'est plus aujourd'hui qu'un humbk débris d'elle-

fruit ce savant écrit, qui doit surtout frapper l'attention des h''j)raî$ants d'Europe.

* Voir, dans les NoUcei et eœtraiu de$ manwcritSj t. XIJ les travaux de M. Sylvestre de Sacy, et le Bepertotiw» d'Ëichhorn, t. IX et XHI.

même, et le jour n'est pas bien loin où les traces des Samaritains s'effaceront.

Il n'appartient point à notre sujet de suivre au pays des Assyriens les dix tribus dlsraêl. Rentrons à Jérusalem pour voir le jeune Ézéchias ouvrir le temple, purifier et réconcilier Juda avec son Dieu, dans une cérémonie d'expiation. Le sang des victimes coule sur l'autel; telle est la multitude des holocaustes, que, les prêtres ne suffisant point à l'immolation, on a recours à de simples lévites. Ézéchias désira réunir ce qui restait de Juifs, depuis Dan jusqu'à Bersabée, à la fête des Azymes, qui, durant plusieurs années, n'avait pas été célébrée ; il envoya des lettres aux tribus d'Éphraïm et de Manassé, et des messagers religieux aux divers pomts de la contrée. On invitait les débris d'Israël restés en Samarie à revenir au Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob, promettant que Dieu lui-même reviendrait à ceux qui avaient échappé à la main du roi des Assyriens. « Ne faites pas, leur disait-on, comme vos pères et vos frères, que le Seigneur a livrés à la mort, comme vous le voyez ; n'endurcissez pas vos esprits comme vos pères ; confiez-vous au Seigneur, venez à son temple, qu'il a sanctifié pour toujours ; servez-le, et il détournera de vous sa colère. Si vous revenez à lui, vos frères et vos fils obtiendront miséricorde auprès de leurs maîtres, qui les ont emmenés en captivité, et reparairont dans cette terre : notre Seigneur Dieu est doux et démenti » Et les messagers d'Ezéchias s'en allaient

* Paralip.f liv. U, chap. xxz.

de cité en cité, dans le pays d'Éphraïm, et les Israélites qu^ils rencontraient les accueillaient avec des moqueries. Les tribus de Juda et de Benjamin n'eurent qu'une âme pour répondre au pieux appel du roi ; mais à peine yit-on arriver à Jérusalem quelques hommes d'Âser, de Manassé et de Zabulon. Les sept jours de la célébration des Azymes ne suffirent point à la piété du peuple ; il prolongea la fête de sept jours, et tout ce temps se passa dans une sainte allégresse. Ceux d'Israël rapportèrent dans leur pays d'Ëphraim une ferveur qui ne fut point stérile.

Des auteurs ont annoncé que Tobie fut au nombre des Juifs partis de Samarie à la voix d'Ézéchias. Cette assertion ne nous paraît pas exacte; car Tobie, devenu captif comme ses autres frères après la chute du royaume d'Israël, était déjà dans la contrée des Mèdes à l'époque de cette convocation religieuse à Jérusalem. Si le temple ne vit point alors le saint homme de la tribu et de la ville de Nephtali, il avait été plus d'une fois auparavant le témoin de son zèle et de sa fidélité. Le livre qui porte le nom de Tobie est une histoire merveilleusement simple, d'un touchant intérêt, et pleine d'enseignements. Tobie trouva grâce auprès des rois assyriens, et obtint la liberté d'aller partout où il voudrait. L'ami de Dieu en profita pour porter des consolations et des avis salutaires à tous les exilés répandus sur les rives des deux grands fleuves. Il donnait de la nourriture et des vêtements à ceux qui en manquaient, et ensevelissait les morts. Qui de nous ne se souvient de ces douces heures de l'enfance oii, pour

la première fois, nous suivions le jeune Tobie cheminant sous la conduite de l'ange Raphaël, où nous assis* tions à son mariage avec la fille de Raguel, vierge et veuve /de sept maris tués par te pouvoir d'Asmodée? Combien nous aimiofis à nous asseoir avec Anne, la mère du jeune voyageur, sur le sommet de la colline d'où on pouvait voir venir de loin! Le chien qui avait été du voyage prend les devants, annonce le retour à la demeure paternelle, et témoigne sa joie avec sa queue vive et caressante. Le foie du grand poisson du Tigre rend la lumière aux yeux du vieux Tobie, qui, aveugle, s'était levé pour aller embrasser son fils. Notre cœur s'associait à cette scène de famille, et quelle plus douce et plus pure ivresse que celle du retour d'un fils aprè§ ses longues pérégrinations! Heureux le jeune Tobie, qui put compléter la félicité en apportant la guérison à des yeux éteints I

Les prédécesseurs d'Ézéchias qui avaient le plus vii goureusement poursuivi l'idolâtrie n'étaient point par^ venus à interdire la prière et les sacrifices sur les hauts lieux ; le jeune roi eut cette puissance ; il eut aussi celle de briser le serpent d'airain au pied duquel le peuple brûlait de l'encens. Moïse l'avait élevé dans le désert, c'était un monument de la nation juive, monument qui lui était cher ; sa destruction fut un coup d'État courageux.

Tout ce qui tenait à la loi religieuse, au service du temple, fut remis en honneur et complètement rétabU : le sanctuaire reprit sa majesté; la solennité des chants, des parfums et des sacrifices, reparut comme

- 19B une grande image de la foi des aïeux, et comme le témoignage d'une croyance toujours vivante.

Ézéchias, voulant aflranchir les prêtres et les lévites des soins qui pouvaient entraver leur ministère, donna des ordres pour que le peuple leur payât exactement la dime imposée par la loi.

Après rintérét religieux vint Vintérét politique. Âchaz . avait laissé le royaume épuisé d'hommes et d'argent, et sous le coup des menaces des armées étrangères, Son fils organisa des forces militaires et s'occupa de mettre en sûreté les principales places. Il marcha contre les Philistins et s'avança victorieusement jusqu'à Gaza, refaisant ainsi l'œuvre que le glaive Israélite avait tant de fois accomplie, La grande plaie de Juda, c'était alors le tribut énorme qu'il fallait payer aux Asspiens^ c'était le vasselage qui pesait sur la couronne de Jérusalem. La politique d'Ézéçbias tendit à secouer le joug. Elle atteignit ce but, grâce aux armes d'Egypte et d'Ethiopie, qui firent subir une défaite à Sennachérib. Mais l'indépendance d'Ézéchias ne fut qu'une joie passagère. Les Assyriens ont appris les chemins du royaume de Juda ; les voilà envahissant de nouveau le pays à la tête de leur roi Sennachérib.

A la nouvelle de leur marche, Ézéchias travaille à mettre Jérusalem en mesure de se défendre, Il cache le peu de sources qui sont autour de Jérusalem, pour que l'ennemi, manquant d'eau, ne puisse prolonger le siège. Ainsi se ferma l'ouverture extérieure de la source de Gihon, qui abreuvait la cité en passant par un aqueduc; les eaux furent amenées dans la ville basse

à Taide d'un conduit souterrain; on creusa un bassin pour les recevoir. Des tours, des murs, furent ajoutés aux fortifications de Jérusalem. On forgea des armes pour les combattants. Chaque troupe, commandée par un chef» eut sa porte à défendre. Ézéchias rassembla l'armée sur la grande place de la porte de la ville; il l'exhorta à se conduire vaillamment, à ne pas redouter le roi des Assyriens et toute sa multitude : « C'est un bras de chair qui est avec lui , dit le roi, et c'est le Seigneur Dieu tout-puissant qui combattra pour nous*. »

Cette ardeur belliqueuse ne tint pas longtemps; elle tomba devant le bruit de la prise de diverses places dans le royaume de Juda. Pendant que Sennachérib assiégeait Lachis, Ezéchias lui envoya dire humblement qu'il avait fait une faute; il le pria de se retirer, offrant de se soumettre à toutes les conditions qu'il lui plairait d'imposer. Le roi des Assyriens demanda trois cents talents d'argent et trente talents d'or. On lui porta tout l'argent que renfermaient le temple et le palais. Ézéchias enleva, pour les donner aux Assyriens, les battants des portes du temple et les lames d*or dont il les avait ornées lui-même. Les richesses de la maison du Seigneur étaient devenues comme une ressource de l'État dans les moments de danger; chaque roi de Jérusalem y avait recours. Sennachérib reçut les trésors et ne donna point la paix. Il demeura dans le pays, et, comme Ézéchias refusa de lui livrer Jérusalem, il

* Paralip., Uv. II, chap. xxxa.

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envoya des chefs de son armée demander au roi dé Juda pourquoi il osait résister.

Il s'établit alors, en dehors de la ville, auprès de Taîqueduc de la piscine supérieure, entre les envoyés de Sennachérib et les représentants d'Ézéchias, une conférence curieuse dont nous devons parler. Rabsacès, prenant la parole au nom de son maître Sennachérib, s'efforçait de prouver toute l'inutilité des efforts d'Ézéchias et tout le néant de ses espérances : « Peut-être le roi de Jérusalem attend-il des secours d'un Pharaon; mais l'appui égyptien est un roseau brisé qui perce la main de celui qui s'y appuie. Est-ce dans le Seigneur qu'il a mis sa confiance? mais c'est par la volonté du Seigneur que Sennachérib est entré dans ce pays pour le détruire; le Seigneur lui a dit : Va dans cette terre et ravage-la ^ » Les ministres d'Ézéchias sont embarrassés, troublés de ce langage que pourraient entendre les Hébreux du haut des murailles; ils supplient les envoyés assyriens de leur parler syriaque, car ils comprennent cette langue, et de ne pas leur parler hébreu devant le peuple qui écoute. Rabsacès répond que lui et ses compagnons sont arrivés pour ramener ce peuple égaré par ses chefs, ce peuple qui bientôt sera réduit à manger les ordures* et à boire son urine. Il se met donc à haranguer, en langue hébraïque, les hommes qui l'écoutent sur les remparts; il les presse, de la part de son maître, de ne pas croire aux promesses d'Ezé-

* Les floi*, liv. IV, chap. xviii.

• M., ibid.

chias, de se rendre, leur annonçant que chacun d'eux pourra manger du fruit de sa vigne et de son figuier, et boire de l'eau des citernes, jusqu'à ce que Sennachérib les transporte dans une contrée fertile oii le pain et le vin abondent, une terre d'huile et de miel où ils vivront et ne mourront point. Ce peuple de Jérusalem ne doit pas espérer que le Seigneur le sauvera ; aucune des nations dont le glaive assyrien a triomphé n'a pu être sauvée par son dieu, et le Seigneur ne délivrera pas Jérusalem des mains de Sennachérib. — Le peuple écoute tout en silence, ainsi que Tavait ordonné Ézéchias.

Mais, après cette conférence, les ministres du roi de Juda vont, les habits déchirés, lui rapporter ce qu'ils ont entendu; Ézéchias, à son tour, déchire ses vêtements et se couvre du sacde Taffliction. Par son ordre, le chef de sa maison, son secrétaire et les plus anciens des prêtres se couvrent de sacs et vont trouver Isaïe : i< Ce jour est un jour d'affliction, de reproches et de blasphèmes, disent-ils de la part du roi; Jérusalem est comme une femme en travail qui souffre et ne peut achever l'enfantement. Les paroles des Assyriens ont outragé le Dieu vivant; que le prophète prie pour sauver ce qui reste ! » Isaïe rassure Ezéchias ; le Seigneur enverra à Sennachérib un esprit qui lui fera reprendre le chemin de son pays, où il périra par l'épée.

Les députés assyriens retournent auprès de leur roi, qui, bientôt après, adresse à Ezéchias une lettre remplie de menaces. Celui-ci se rend dans le temple, déploie la lettre devant le Seigneur et invoque ce Dieu

qui est assis sur les chérubins, qui est le Dieu de tou$ les rois du monde et qui a fait la terre et le ciel. Les divinités des nations vaincues par Sennachérib n'ont pu les sauver, parce qu'elles n'étaient que de vaines images de bois et de pierre ; mais le Seigneur délivrera son peuple, afin que tous les royaumes de la terre sachent qu'il est seul le vrai Dieu. Le prophète fait dire à Ëzé* chias que le Seigneur a entendu sa prière, et que l'impiété et Torgueil de Sennachérib ne resteront point sans châtiment. Ce monarque s'était vanté d'être monté, avec la multitude de ses chariots, sur les bau* teurs du Liban, d'avoir abattu ses plus beaux cèdres, ses plus beaux sapins et les arbres du Carmel, d'avoir séché toutes les eaux sous les pas de son armée. Le Seigneur lui demande s'il n'a pas entendu parler d^ ce qu'il fait dès le commencement ; il lui dit qu'il exé* cute ce qu'il a arrêté dès ses jeunes années, qu'il a renversé les villes fortes, et que les habitants épouvantés sont devenus comme le foin des champs, comme l'herbe des toits desséchée avant le temps, 11 a prévu dans son éternité la demeure de Sennachérib, son entrée, sa sortie, son chemin et sa fureur contre sa grandeur divine. Pour le punir de ses blasphèmes, il mettra un cercle à ses narines, un mors à sa bouche, et le renverra par le môme chemin. Or, une nuit, la peste, portée par l'ange de la colère, frappe quatrevingt mille hommes dans le camp des Assyriens*, au jour naissant, lorsque Sennachérib se lève, il voit tou9 ces corps étendus et retourne k Ninive^ Peu de temp9

* Los BoiSf \ï7. IV, chap, xix.

après, il fut tué à coups d'épée, par ses deux fils, dans le temple de Nesroch, constellation ou soleil adoré sous la forme d'un vautour.

Toutes ces scènes sont empreintes d'un magnifique caractère de poésie. Elles commencent aux menaçants discours des envoyés assyriens près du Champ du Foulon, et se terminent par Textermination soudaine d'une grande armée. Ce roi, ces ministres, ces prêtres les plus anciens, couverts du sac, implorant l'assistance d'un prophète au milieu de Jérusalem troublée, menacée ; cette prière d'Ëzéchias que Dieu écoute, et à laquelle Dieu répond par la bouche d'Isaïe; la majesté superbe de Sennachérib, qui apparaît sur les sommets du Liban comme pour se mesurer avec la majesté de Jéhovah, tout, dans ce tableau dont nous avons présenté les principaux traits, est marqué d'un intérêt grave, d'une sublimité frappante.

La maladie d'Ézéchias ajoute au merveilleux de cette époque une touchante mélancolie. Isaïe lui annonce que sa dernière heure est prochaine; le roi tourne sa face vers le mur et prie Dieu de se ressouvenir qu'il a marché dans la vérité et dans la droiture du cœur; il verse d'abondantes larmes à la pensée de cette vie qu'il lui faut sitôt quitter, à la pensée de la mort, dont le mystère est toujours si terrible, et sans doute aussi en songeant que, ne laissant point de fils après lui, la race de David va s'éteindre. Avant qu'Isaïe soit sorti du palais la voix, du Seigneur lui ordonne de retourner auprès d'Ézéchias : le Seigneur a entendu sa prière et vu ses pleurs ; le malade sera guéri, dans trois jours

il montera au temple, quinze année^s lui seront accordées; en témoignage de cette miraculeuse promesse, Tombre du cadran d'Achaz recule de dix degrés ; le soleil remonta donc à Thorizon du côté de Torient, et la journée fut plus longue de dix heures. La maladie du roi était un ulcère qui devait le conduire rapidement à }a mort; Isaïe le guérit avec une masse de figues qu'il fit appliquer sur la plaie. On a cru écarter tout le merveilleux de la guérison d'Ézéchias en reconnaissant que les figues sont en effet un remède contre les ulcères; mais il faudrait pouvoir supprimer aussi le prodige du soleil rétrogradant dans le ciel, prodige qui parut à Babylone comme à Jérusalem, et sur lequel les ambassadeurs des rives du Tigre et de TEuphrate interrogèrent Êzéchias. Le chant du roi enlevé à Fombre menaçante du trépas est admirable par une douce et calme poésie. Chose remarquable 1 il y a une tristesse vague dans ce chant d'un homme guéri tout à coup d'un mal mortel. L'imagination trouve sur le visage d'Ézéchias comme la funèbre pâleur du sépulcre auquel il vient d'échapper. Nous allons traduire ce cantique, que Jean-Baptiste Rousseau a si heureusement imité :

a J'ai dit : Lorsque je ne suis encore qu'à la moitié de la vie, je m'en vais aux portes du tombeau. Je cherche en vain le reste de mes années. J'ai dit : Je ne verrai plus le Seigneur Dieu sur la terre des vivants ; je ne verrai plus aucun homme, aucun de ceux qui habi-^ tent dans le monde. Mon existence finit, elle m'est enlevée comme la tente des bergers qu'on plie et qu^on

emporte ; lè âl de ma vie est coupé comme le fil de la toile est coupé par Je tisserand ; mes jours sont retranchés quand ils commençaient. Le matin je disais : Seigneur, vous me laisserez jusqu'à ce soir, et, le soir, j'espérais vivre à peine jusqu'au matin; car Dieu, semblable à im lion, avait brisé mes os; et, le matin, Je redisais : Seigneur, vous me donnerez encore ce jour. Je crierai comme le petit de Thirondelley je gémirai comme la colombe; mes yeux se sont lassés à force de se lever en haut. Seigneur, je souffre violemment, répondez pour moi. Que dis-je? que pourra- t-il me répondre, puisque c'est lui qui a fait tout cela? Je repasserai devant vous toutes mes années dans Tamertume de mon âme. Seigneur, si c'^st ainsi que Ton vit, et si telle est la vie de mon esprit, vous me châtierez et vous me vivifierez. Voilà que l'affliction la plus amère m'a conduit à la paix. Mais vous. Seigneur, vous m'avez empêché de mourir ; vous avez jeté derrière vous toutes mes fautes. Ceux qui sont dans le sépulcre ne vous béniront point, et les morts ne chanteront point vos louanges ; ceux qui descendent dans le lac ténébreux ne peuvent plus attendre l'accomplissement de vos promesses. Ce sont les vivants, ce sont les vivants qui tous béniront, comme moi je vous bénis aujourd'hui. Le père apprendra votre vérité à ses enfants. Sauvezmoi, et nous chanterons vos cantiques dans votre maison tous les jours de notre vie*. »

Les historiens sacrés* énumèrent les richesses d'É-

* Isaïe, cbap. xxxvm.

* Paralip.i liv. II, chap. xxsu.

zéchias, son or et son argent, ses pierres précieuses, ses aromates, ses armes de toute espèce, ses vases d'un grand prix, ses entrepôts de froment, devin et d'huile, ses étables pour les bêtes de somme, et ses parcs pour d'innombrables troupeaux. Lorsque les ambassadeurs du roi de Babylone vinrent à Jérusalem féliciter Ézéchias de sa guérison et lui proposer une alliance, le roi de Juda se plut à leur montrer tous ses trésors. Par là^ il excitait et appelait contre lui l'ambition cupide des Babyloniens. Isaïe lui reprocha cette faute, et lui annonça qu'un jour les richesses amassées dans sa royale demeure seraient emportées à Babylone sans qu'il en restât rien, et que ses petits-enfants seraient pris pour être eunuques dans le palais du vainqueur. Ézéchias inclina son front résigné, et demanda de pouvoir au moins achever ses jours dans la paix et la vérité. Apres vingt-neuf ans de règne, quand il s'endormit avec ses aïeux, on lui fit de belles funérailles. II n'avait rien pu accomplir d'assez grand pour sauver ce pauvre royaume menacé par les formidables dominations des rives de l'Euphrate et du Tigre, mais il s'était efforcé de reconstituer la vie morale et religieuse au milieu de son peuple, et avait cherché a vivifier une société dégénérée en la retrempant dans son prmcipe et dans la sainte énergie delà loi. Malheureusement l'impulsion donnée à Jérusalem changeait à chaque roi nouveau, et Toeuvra du pieux Ézéchias ne fut point continuée par son fils Menasses.

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