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CHAPITRE XIII

Mission mystérieuse de Nabucbodonosor. — Désespoir de Jérémie. -^ Résistance et chute de Sédécias. — Jirémic, resté sur les débris de Jérasalem; ses lamentations, sa mort. — Yoya'çe de Baruch à Baby« lone. — Ezéchiel. — Daniel •— Fin de la captivité des Juifs

f 598-536 ayant J. C.)

En partant de Jérusalem, le vainqueur y avait laissé, à la tête des misérables restes de la population juive, le dernier des fils de Josias. Mathanias, dont il avait changé le nom en celui de Sédécias, qui veut dire : justice de Dieu. L'Ecriture nous montre Sédécias faisant le mal devant le Seigneur, et les pauvres débris qu'il gouvernait ne suivant d'autre loi que celle de Tiniquité. Jérémie* était demeuré à Jérusalem pour en être la lumière et le gardien ; il s'épuisait en stériles efforts au milieu des misères dont il élait le triste témoin. Une troupe de Juifs avait pris le chemin de l'Egypte à l'ap-

' Chapitre xiiv.

proche de Nabuchodonosor ; par là ils échappaient à rescla^age et pouvaient adorer à leur aise les idoles contre lesquelles tonnaient les prophètes de Jérusalem.

Il y a, dans la mission de Nabuchodonosor, quelque chose d'inconnu à l'antiquité grecque et romaine, et qui nous saisit par son formidable caractère. Le roi de Babylone est dans la main de Dieu comme un tonnerre; il est sa justice, son glaive, et le monde doit fléchir devant lui. Les calamités qui marquent ses pas sont une expiation, et l'expiation est utfe nécessité sacrée dans le monde moral. Les flots de sang versé sur l'autel des holocaustes avaient été la révélation figurative de ce dogme qu'on retrouve au fond détentes les idées, de toutes les croyances humaine. Du moment que la pieuse immolation des animaux dans le temple n'expiait plus les crimes du peuple ée Jéhovah, il fallait que le peuple lui-même fût en quelque sorte offert en holocauste, et il arriva que Nabuchodonosor devint comme un grand et nouveau sacrificateur que Dieu avait chargé de ses vengeances.

Lorsque Sédécias, voulant résister à l'envahissement babylonien, organise une ligue avec les rois ses voisins, Jérémie, l'homme des décrets divins, avertit et menace. Il met des chaînes à son cou et en envoie de pareilles aux rois d'Idumée, de Moab, d'Âmmon, de Tyr et de Sidon, disposés à se réunir aux eflbrts de Sédécias ; il leur fait dire que Dieu a créé la terre, les hommes et les animaux, et qu'il donne la terre à qui il lui plait, qu'il Fa donnée à Nabuchodonosor ainsi qu'à son fils et à son petit-fils, jusqu'à ce qu*il dis-

pose de ce prince et de son empire. Le Seigneur enverra le glaive, la peste et la famine aux nations qui ne se soumettront point au roi de Babylone. Ces princes, à qui Jérémie offre des chaînes, ne doivent pas écouter leurs prophètes, leurs devins, leurs rêveurs, leurs augures et leurs magiciens; le Seigneur brisera ceux qui résisterout à Nabuchodonosor, mais il relèvera ceux qui courberont la tête sous son joug. Ainsi donc la soumission à Nabuchodonosor est comme une soumission aux décrets du ciel, et se révolter contre lui, c'est se révolter contre la main de Dieu. Quelle effrayante manière de comprendre Vœuvre des conquerantsi

Une ambassade deSédécias va porter des hommages au roi de Babylone pour mieux couvrir les pensées de rébellion; Jérémie confie à l'un des envoyés du roi une lettre adressée au peuple captif; le prophète engageait ses frçres de Texil à se résigner à leur sort, à former des vœux pour la prospérité des Assyriens, à se marier et à multiplier; il leur annonçait que, les soixante-dix ans expirés, le Seigneur les visiterait dans sa miséricorde. Quelque temps après, Sédécias fit luimême un voyage à Babylone; Saraïas, frère de Baruch, qui avait l'emploi de chef des chantres et des musiciens, était de la suite du roi de Jérusalem; Jérémie le chargea d'un livre d^ns lequel il prophétisait la destruction de l'empire babylonien. Saraïas reçut l'ordre de lire et de relire ce livre au peuple juif proscrit, puis de l'attacher à une pierre et de le jeter dans l'Euphrate ; ce livre, lie à une pierre et tombant au fond

du fleuve, était une image de Fempire de Babylone qui devait être englouti; mais il est probable aussi que le prophète voulait dérober aux regards des maîtres assyriens un livre où il avait écrit leur future ruine.

En Fabsence de Sédécias, la courageuse parole de Jérémie retentissait dans les vallées de Tophet et de Géhennon. Un faux prophète osa le frapper, et, soutenu par un parti d'hommes pervers, le faire emprisonner; dès le lendemain, on lui rendit sa liberté, parce qu'on craignait le peuple, sur qui Jérémie exerçait une puissante action. Mais le dégoût, Tennui, le désespoir, venaient de temps en temps le saisir ; il sentait cet abattement qui atteint parfois les plus grandes âmes. <x Seigneur, ne m'avez-vous pas trompé? disait-il dans sa mélancolie; vous avez été le plus fort et vous avez triomphé; j'ai été un objet de risée pendant le jour, et tous m'ont insulté. Il y a bien longtemps que je parle, que je reproche l'iniquité, et que j'annonce la dévastation. La parole du Seigneur est devenue pour moi une cause d'opprobre et de moquerie. Et j'ai dit : Je ne me souviendrai plus du Seigneur, je ne parlerai plus en son nom ; un feu dévorant s'est allumé dans mon cœur, il brûle mes os; j'ai succombé, ne pouvant pllis soutenir le poids qui m'accable. J'ai entendu autour de moi des outrages et des menaces. » La plainte de Jérémie s'élève ensuite jusqu'à l'imprécation; il maudit le jour où il est né, l'homme qui a annoncé sa naissance à son père, l'homme qui ne l'a pas tué dans le sein de sa mère, pour que sa mère devînt

son sépulcre! Fallait-il qu'il arrivât à la vie pour la peine et la douleur?

Dans la cinquième année de la captivité, Ézéchiel avait prophétisé la ruine de Jérusalem ; il avait tracé sur une brique une image de la ville avec l'appareil d'un siège dirigé contre elle ; il voyait les habitants manger le pain au poids et dans la frayeur, boire Teau par mesure et dans les angoisses. « Une affliction vient, une autre affliction arrive, disait le prophète; la fin vient, la fin vient; elle s'avance contre nous; la voilà qui vient. » Dans une de ses visions, Ézéchiel fut transporté à Jérusalem par l'esprit de Dieu ; il vit le temple rempli d'abominations; la prochaine dévastation de la cité passait devant son génie sous des figures et des emblèmes. Le peuple de Juda recherchait l'aUiance du roi d'Egypte et ne supportait qu'en frémissant le joug du roi de Babylone. Ézéchiel, pour détourner de cette alliance la nation captive, composa la poétique parabole des deux aigles et de la vigne. Un aigle, avec de grandes ailes, un long corps, des plumes de couleurs variées, s'était abattu sur le Liban et avait emporté la moelle d'un cèdre; une graine qu'il avait confiée à la terre était devenue une vigne dont les branches se tournaient vers lui : ce premier aigle représentait Nabuchodonosor, et la vigne, le peuple israélite établi dans le royaume babylonien. Il parut un grand aigle déployant aussi de grandes ailes et montrant un riche plumage, et la vigne étendit bientôt ses branches et ses racines vers lui comme pour implorer des eaux fécondes : ce second aigle désignait le

roi d'Egypte. Le prophète ajoutait, que la vigne ne pouvait manquer de périr.

Sédécias, décidé à refuser le tribut, s'assure le secours de rÉgypte, réunit à Jérusalem tout ce que son malheureux royaume renferme d'hommes en état de combattre, et attend dans ses murs la puissance du dévastateur babylonien. Ni lui ni les braves qui lui restent ne s'épouvantent des misères et des périls d'un siège ; ils savent que le triomphe d'un ennemi dont ils auraient bravé les forces serait mille fois plus terrible : leur détermination n'en est point ébranlée.

Nabuchodonosor arrive; il enferme la place dans des retranchements. C'est surtout par le côté septentrional qu'il dut Tattaquer. Ce côté, qui offre un terrain plat, est le plus favorable pour dresser et faire mouvoir des machines. Au bruit de la marche des troupes égyptiennes, commandées par le pharaon Aprics, de la vingt-sixième dynastie, le roi des bords du Tigre interrompt le siège et va les mettre en pièces. Sédécias, réduit à ses propres ressources, aux seules inspirations de son courage et du courage des siens, ne renonce point à la lutte. La rude opiniâtreté du caractère juif se montra pour la première fois dans cette difficile résistance.

Jérémie, qui avait lu dans l'avenir, ne voyait d'autre moyen que la reddition pour sauver la ville et le temple : il prêchait au peuple et aux combattants la soumission. Quelques centaines de familles se présentent au camp des Assyriens, mais le roi veut se dé-

fendre jusqu'au bout. Deux influences politiques se partageaient Jérusalem : celle de Scdécias et celle de Jérémie. 11 fallut de la part du roi une remarquable énergie pour entretenir Tardeur de la masse des habitants et les dérober à Topiiiion du prophète. Nous ajouterons que, s'il eût été un méchant prince^ il aurait commencé par se débarrasser de Jérémie, dont la persévérante opposition entravait la défense de la place. Lorsque les principaux et les plus intrépides du peuple, lassés des discours du sage d'Ânathot, Temprisonnèrent comme un séditieux, comme un ami de l'étranger, comme un homme vendu à Nabuchodoncsor, Sédécias aurait voulu lui rendre la liberté; et, lorsque Jérémie fut sauvé de ce puits sans eau et plein de boue au fond duquel on devait le laisser mourir, le Ubérateur obéissait sans doute à quelque ordre secret du roj.

Les écrivains sacrés qui regardaient la résistance au roi de Babylone comme une sorte de rébellion contre Dieu ont passé sous silence Théroïsme de ce peuple subissant les longues privations, les longs assauts, les longs tourments de la faim, pour défendre ce qui était la patrie. L'histoire ne pouvait ici les imiter, elle avait à parler avec respect de cette forte lutte soutenue pendant trente mois. Sédécias, dernier roi de la monarchie des Hébreux, ne fut point fidèle à la loi religieuse, mais il eut de la vigueur et de la bravoure, et le trône de David et de Salomon ne s'écroula point sans honneur.

Détournons nos regards des scènes qui ensanglan-

T. I. iG

tent la victoire des Babyloniens, et de cette impitoyable vengeance qui n'épargne ni les femmes, ni les enfants, ni les vieillards. Après qu'il a vu ses fils égoi^és, on crève les yeux à Sédécias, qu'on envoie prisonnier à Babylone.

Ainsi finissait cette royauté de cinq siècles. Des ruisseaux de sang baignèrent les débris du temple magnifique qui, pendant plus de quatre siècles et demi, avait retenti de prières, les débris de ce palais où vingt et un rois avaient passé.

Les dépouilles de la cité dévastée et une troupe de Juifs du parti de Nabuchodonosor furent transportées dans les contrées d'Assyrie. On laissa au pays de Jérusalem des laboureurs et des vignerons chargés de la cul* ture des terres au profit du vainqueur ; ils eurent pour gouverneur un homme de leur nation placé sous l'autorité babylonienne. Jérémie, que l'ennemi avait respecté, obtint de rester avec son disciple Baruch dans cette pauvre Judée, où la destruction venait d'imprimer une si profonde trace. Quelques mois avant l'effroyable chute de Jérusalem, il avait fait enlever du temple Tarche d'alliance, Tautel des holocaustes et le feu sacré, et les avait fait porter dans une caverne hors de la ville; nous pensons que cette caverne est ce qu'on appelle aujourd'hui le Tombeau de la Vierge, au pied du mont des Olives. Après le départ de Nabuchodonosor, le prophète, suivi de quelques Juifs fidèles, se rendit au souterrain, chargea ses compagnons de l'arche et de l'autel, les mena au delà du Jourdain, et cacha ce double trésor dans une grotte de la montagne

de Nébo. Ces restes vénérables du culte d'une nation frappée, ces deux monuments de la religion de Jéhovah, portés avec mystère dans la contrée où s'était achevée la mission de Moïse, ces images de la proscription des Hébreux rencontrant le souvenir de leur première grandeur morale et politique , frappent vivement Tesprit. Jérémie avait laissé le feu sacré dans le souterrain de Gethsémani ; ce feu ne devait pas mourir dans le pays de Juda; celui dont la parole demeure éternellement avait fait des promesses impérissables à la grande race israélite.

Représentons-nous Jérémie parcourant les ruines de cette Jérusalem qui, tant de fois, avait entendu ses avertissements inutiles. La demeure divine où la multitude s'était souvent rassemblée autour du prophète, la demeure royale où son audace inspirée avait tait trembler les mauvais princes, les tours et les murs dans lesquels les rois plaçaient leur confiance, n'offraient plus que des monceaux de pierres et de décombres. Un peuple, dont les chariots étaient plus rapides queTouragan, ('ont les coursiers étaient plus prompts que les aigles, avait entouré Jérusalem comme un champ, et la destruction était tombée sur les sacrées montagnes. Jérémie soupira sur les débris. Les Lamentations sont les poétiques larmes qui coulèrent alors des yeux du prophète. Combien ces plaintes sont tristes! comme elles sont touchantes! Jérémie est bien le poète des grandes douleurs.

Aux jours de la sainte semaine, quand les splendeurs du culte ont fait place aux images austères, et

qu autour de Tautel chrétien les anges invisibles penchent la tête et pleurent, on écoute avec recueillement les belles et graves lamentations. Au bruit de ce chant, l'imagination prend son vol du côté de Jérusalem, et se promené parmi les ruines de la cité qui faisait la joie de toute la terre. Je n'oublierai jamais l'impression profonde que produisaient en moi les Lamentations de Jérémie, chantées à Jérusalem, en face du divin tombeau, par les religieux franciscains. Je n'étais pas loin de ia grotte de Jérémie, et la ville de Jérusalem, au milieu de laquelle je me trouvais, était misérable et soumise au tribut, comme au temps où pleurait le prophète. 11 me semblait entendre la voix de Jérémie lui-même gémir à mon oreille; le passé d'Israël sortait da la tombe et m'apparaissait avec tous ses malheurs. Jérusalem n'avait pas même un peu de paix après sa dévastation. Les Hébreux de Sichem, de Silo et de Samarie, qui, la barbe coupée et les vêtements déchirés, étaient venus offrir de l'encens et des présents sur les débris du temple, sont massacrés. Johannan, ancien officier de Sédécias, réunit tous les Juifs qui restaient à Jérusalem et dans le pays, et les conduit en Egypte, malgré les sévères remontrances de Jérémie. Ce grand homme fut contraint de s'en aller du côté des bords du Nil; son disciple l'accompagnait. Ses prophéties contre les Juifs d'Egypte, accomplies avec une désastreuse vérité, furent les- dernières inspirations de l'homme d'Anathot. C'est au pays des Pharaons qu'il mourut. Il est à regretter que Baruch ne nous ait rien appris sur la fin de son maître, sur la manière dont

il quitta ce monde, sur le lieu de sa sépulture. Après avoir si longtemps exposé sa tôte aux orages de la place publique, aux tempêtes des passions populaires, Jérémie périt-il de la main des Juifs d'Egypte qu'il importunait par ses discours? Quelques auteurs l'ont pensé, mais un mystère a couvert pour nous sa mort et sa tombe, et peut-être les os du prophète se sont mêlés au sable du désert qui bat le pied des pyramides.

Nabuchodonosor, dans un dernier passage en Syrie, avait achevé ses œuvres de ruine et de mort; il soumet, dépouille ou emmène les peuples qu il rencontre; il est chargé de Taccomplissement des prophéties d'Isaie et d'Ézéchiel qui annonçaient le renversement de Damas et de Tyr; les restes des Syriens périssent comme la gloire des enfants d'Israël; Damas cesse d'être une ville et n'est plus qu'un monceau de pierres; les vaisseaux de la mer peuvent crier et hurler, parce que cette ville de Tyr, nourrie par les moissons de rÉgypte, et qui était le comptoir des nations, est tombée; la cité qui se vantait de son antiquité a vu ses enfants s'en aller à pied bien loin dans les terres étrangères; cette place, dont les marchands étaient des princes, dont les trafiquants étaient des hommes illustres, a été frappée par l'humiliation des superbes; le Seigneur a étendu sa main sur la mer, il a ébranlé les royaumes*.

Durant la captivité de Babylone, des Juifs de tous les eoins de la Judée et de Samarie se réunissaient au mi-

* Frophéliê dlsaie, cbap. ma.

lieu des ruines de Jérusalem. Baruch, revenu parmi ses frères des bords du Gédron, après avoir reçu le dernier soupir de Jérémie,- les consolait et les instruirait. Il fut envojé auprès de Nabucbodonosor, comme ambassadeur des misères de Jérusalem, pour obtenir la restitution des vases d'argent du temple détruit. Une lettre, rédigée par Baruch lui-même, retraçant les maqx de Sion, fit fondre en larmes les captifs de TEuphrate et du Tigre. Il rapporta les vases, le produit d'une généreuse collecte faite parmi les exilés, et une réponse, qui forme les cinq premiers chapitres du livre de Baruch : pénitence, résignation, espoir d'un avenir meilleur, tels sont les caractères de cet écrit, qui, dans la suite» était lu sur les ruines du temple aux jours des grandes solennités.

Le plan de notre travail ne nous permet ponit do retracer l'histoire des Juifs dans leur exil lointain, suspendant leurs lyres muettes aux saules des fleuves étrangers; mais^ au nombre des consolateurs des tribus captives, il en est un, Ézécbiel, dont nous avons déjà parlé, et devant qui pourtant notre esprit veut s'arrêter encore. De tous les écrivains hébreux, Ézécbiel est celui qui emploie le plus souvent le style figuré, Son ton, sa marche, son allure, révèlent à tout moment l'inspiration. Si le sacré caractère d'un pro^ phète du Seigneur n'interdisait point ici toute comparaison profane^ nous dirions qu'il est hale(|int comme la sibylle, avec la poitrine gonflée, les yeux enflammés, le visage changeant de couleur : la majesté de Dieu pèse sur lui. Lorsqu'il a parlé de la chute du peuple hébreu

~ 347 ~ et de la vie nouvelle qui lui est réservée dans les trésors de la miséricorde du Seigneur, il étale aux yeux la scène la plus dramatique, la plus extraordinaire que rimaginalion ait jamais conçue ; voici le prophète au milieu d'un champ couvert de squelettes humains : I « Fils de rhomme, lui dit le Seigneur, crois-tu que ces ossements soient vivants? — Seigneur, mon Dieu, répond Ézéchiel, vous le savez. » Le Seigneur lui ordonne de parler à ces ossements et de leur dire : Ossements arides, écoutez la parole du Seigneur : « Je vais vous animer de mon spuffle et vous vivrez; je ferai naître la chair sur votre surface desséchée ; j'y étendrai des nerfs, j'y étendrai une peau nouvelle et vous vivrez; et vous saurez que je suis le Seigneur Tout-Puissant. » Le prophète a parlé aux ossements comme le Seigneur le lui avait commandé, et, au moment où il a élevé la voix, il s'est fait un bruit et un mouvement subits; les ossements se sont approchés entre eux, chacun à la place qu'il doit occuper. Ézéchiel regarde et voit s'étendre sur les ossements la chair, les nerfs et une peau nouvelle, mais l'esprit de vie ne les animait pas. « Fils de l'homme, parle à l'esprit, » dit le Seigneur au prophète. Et l'ordre divin fait sortir le souffle de l'esprit des quatre coins du monde; il anime les morts, et les morts revtvent; se dressant sur leurs pieds, ils forment une armée immense. Le Seigneur expUque au prophète que tous ces ossements représentent la maison d'Israël; ses enfants disent : Nos os se sont desséchés, et tout notre espoir est évanoui. Eh bien, le prophète est chargé de leur annoncer que le Seigneur ouvrira leurs

tombeaux' qu'il les appellera du fond de leurs sépulcres, et qu'il les ramènera sur la terre d'Israël, dans le pays de leurs pères.

' A ce récit, où le prophète nous montre, dans une poésie surhumaine, la résurrection politique de la nation des Hébreux, Fintelligence est saisie, la langue reste muette; on sent, on voit les sépulcres vides; on entend le bruit des os qui s'agitent, s'entrechoquent et se redressent vivants sous le souf&e de rÉtemel.

L'historien de Jérusalem ne saurait passer sous silence un chant d'Ézéchiel ^ qui raconte le destin de la cité sous les traits d'une femme née dans la poussière, parvenue au trône, précipitée dans le malheur en expiation de ses désordres, et retrouvant ensuite le pardon.

a Votre souche et votre génération, dit le Seigneur à Jérusalem^ viennent de la terre de Chanaan, votre père était Amorrhéen, et, votre mère Céthéenne; lorsque vous vîntes au monde, on ne vous lava point dans une eau salutaire, on ne vous purifia point avec du sel, on ne vous enveloppa point dans des langes, aucun regard n'eut pitié de vous, et, le jour de votre naissance, vous fûtes jetée sur la terre nue comme un objet de mépris. Et, passant auprès de vous, je vous vis foulée dans votre propre sang, et je vous dis : Vivez, vivez, quoique couverte de votre sang. Je vous fis croître alors comme Therbe des champs; vous grandîtes, vous entrâtes dans l'âge et vous devîntes une

■ Gliap. m.

femme... Je vîs que votre temps était arrivé, et que vous étiez dans l'âge d'être aimée. J'étendis sur vous mon vêtement, et je couvris votre ignominie, et je jurai de vous aimer. J'entrai dans une alliance avec vous, et vous fûtes à moi. Je vous lavai avec de l'eau; ^ je vous purifiai de vos souillures, et je répandis de l'huile de parfum sur vous. Je vous revêtis de robes brodées et je vous chaussai richement, je vous parai de ce qu'il y avait de plus magnifique. Je passai à vos mains des bracelets, et un collier autour de votre cou; je vous donnai une parure pour votre front, des anneaux pour vos oreilles, et je posai sur votre tête une couronne de beauté. Vous fûtes couverte d'or et d'argent, vêtue de lin et de robes de plusieurs couleurs ; vous eûtes pour nourriture le pain du froment le plus pur, le miel et l'huile; vous devîntes accomplie et vous montâtes au rang de reine. Votre éclat et vos charmes rendirent votre nom célèbre parmi les nations, et vous étiez parfaite par la beauté que j'avais mise en vous. » Rien ne manque à cette peinture ; elle abonde en traits de mœurs de la vie des anciens temps, en précieux détails sur la jeune fille des premiers âges du monde. Voilà l'amie du Seigneur entourée de gloire, belle entre toutes les femmes, et digne du maître qui l'avait prise dans la poudre pour l'élever jusqu'à lui. Mais bientôt Jérusalem, jeune infidèle, quitte son époux pour chercher des étrangers ; elle se livre aux enfants de l'Egypte qui ont de grands corps, et aux enfants des Assyriens ; femme adultère, elle sera frappée avec des pierres ; ses ennemis la perceront de leurs épées et

embraseront son palais. Après que Jérusalem aura expié la Tiolation de ses serments, le Seigneur se ressouviendra de son alliance faite avec elle au jour de sa jeunesse, et contractera une alliance nouvelle qui durera ét^nellement. Nous avons supprime, dans le récit d'Ëzéchiel, des expressions, des images, des détails, que notre langue ne souffrirait point : il est à remarquer que plus un peuple est corrompu, plus sa langue est chaste, et que c'est sur tout chez les nations austères que le langage a le plus de liberté.

Daniel, sorti de la tige de Juda, enlevé encore enfant au pays de Jérusalem, n'eut guère d'autre patrie que la contrée babylonienne, où son génie lui conquit une immense influence. Il joignit aux lumières de la civilisation israélite les lumières de la civilisation chaidéenne, et fit servir au profit des Juifs son crédit auprès de Nabuchodonosor et de son successeur, dont plus d'une fois pourtant sa parole hardie excita le courroux. Deux fois jeté dans la fosse aux lions, il en était sorti deux fois victorieux : la Providence garde ceux qu'elle a choisis, et tous les monstres des forêts sont impuissants devant les enfants de Dieu à qui une tâche sublime est réservée en ce monde. Daniel eut des visions prophétiques dont la plus fameuse marquait la naissance du Sauveur après soixante-dix semaines, composées chacune de sept années, ce qui donnait un espace de quatre cent quatre-vingt*dix ans. Quarante-six ans avant cette vision, il avait obtenu de Cyrus un édit qui autorisait les Hébreux à reprendre les chemins de leur patrie et à rebâtir le temple. L'édit royal assignait au

temple une hauteur de soixante coudées, une égale largeur, trois rangs de pierres polies et un rang de bois, de celui qui croît en Syrie.

Les oracles divins s'accomplissaient : les soixantedix ans marqués par Jérémie allaient finir. Cyrus, qu'Isaïe avait vu et nomnié à deux siècles d'intervalle, et qui, arrachant le royaume des Perses à une étroite obscurité, le met tout à coup à la place des empires des Mèdes et des Assyriens, apparaît pour justifier les anciennes et prophétiques paroles sur le retour du peuple proscrit. C'est ici une grande époque ; il semble que les cieux s'ouvrent et oue la vérité s'élance à travers la terre.

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