CHAPITRE XV
Les Séleucides. — Le souverain sacerdoce, à Jérusalem, devenu une cause de discordes intérieures. — Persécutions d'Antiochus IV contre les Juifs. — Les Machabée-s.
{312-30 avant J.C.)
On dit qu'à sa dernière heure Alexandre prononça .ces paroles : c< Je prévois que ma mort sera célébrée par de sanglantes funérailles. » Un suprême regard, jeté sur Tavenir, avait révélé au jeune héros les effroyables révolutions qui suivraient le partage de son empire. Du milieu de cette immense anarchie, sortit la monarchie des Séleucides, qui dura près de trois siècles. Le fondateur de cette dynastie macédonienne, Séleucus Nicator ou le Vainqueur, un des généraux les mieux faits pour continuer l'œuvre d'Alexandre si Alexandre avait pu avoir un continuateur, établit son énergique domination sur la Syrie et sur une partie considérable ie TAsie, C'est de sa conquête de Babylone que date
rère des Séleucides, appelée aussi Tère des Grecs ou d'Alexandre, employée par l'auteur du second livre des Machabées, et conservée aujourd'hui encore en Orient Sous le pouvoir des successeurs de Séleucus, qui avaient Ântioche pour capitale, Jérusalem, soumise seulement au payement d'un tribut, se gouverne paisiblement, d'après ses propres lois, durant Tespace de cent vingtcinq ou vingt -huit ans. Antiochus Soter, Antiochus le Dieu, Séleucus II, Séleucus III, Antiochus le Grand, respectent tour à tour les Juifs dans leurs usages, leur législation et leurs croyances.
Cette heureuse paix de Jérusalem fut troublée sous le règne de Séleucus IV, vers l'an 184 avant J. C, et le coup partit de la perfidie d'un Juif, nommé Simon. Celui-ci parla à un officier du roi de sommes immenses renfermées dans le temple. Séleucus payait aux Romains d'énormes impôts» et avait toujours besoin d'argent. Aussitôt qu'il eut appris que des richesses étaient gardées dans le sanctuaire, il chargea son ministre Héliodore de s'en emparer. Le désespoir du pontife et des prêtres, les prières et les remontrances du peuple, ne purent empêcher les soldats d'exécuter les ordres du ministre, et de s'élancer vers l'argent, placé en dépôt. Tout à coup, dit l'écrivain sacré, une terreur* divine se saisit de cette troupe, qui fut renversée avec son chef; il fallut les prières d'Onias pour rendre la vie à Héliodore, déchiré de coups par deux jeunes hommes brillants de gloire ; ce prodige sauva
* Machabées, Uv. II, chap, m.
les quatre cents talents d'argent et les deux cents talents d'or, confiés à l'inviolable majesté du lieu saint.
Douze ou treize ans plus tard, de plus grandes per sécutions éclatèrent sous le règne d'Antiochus IV, dont le surnom de Theos Epiphanes (dieu présent) fut changé en celui à'Epimanes (fou), et que rÉcriture appelle Racine de péché.
C'est encore du sein du peuple hébreu que s'échappe le nuage portant la tempête. Un frère d'Onias, Jason, obtient, par l'offre d'un tribut annuel d'environ trois millions de notre monnaie actuelle, le souverain sacerdoce, le pouvoir d'établir un gymnase à Jérusalem, et l'élévation des habitants de la métropole Israélite au rang de citoyens d'Antioche. Ces faveurs impies une fois obtenues, il s'occupe de changer les coutumes et les institutions de son pays, et ouvre une académie pour initier la jeunesse aux croyances et aux lois païennes. Les prêtres, acceptant ces mœurs nouvelles, néghgeaient le temple et les sacrifices, couraient aux jeux du gymnase, aux exercices de la lutte et du palet; ils n'éprouvaient plus que du dédain pour ce qu'ils avaient aimé, honoré, admiré jusque-là; il n'y avait de beau que ce que les Grecs réputaient glorieux.
J^son ne garda pas le pouvoir violemment arraché à son frère. Ménélaùs, frère de Simon, le premier auteur des troubles à Jérusalem , promit au roi de Syrie un million de plus que son frère, et se mit à sa place; celui-ci fut supplanté par son frère Lysimaque. Dans des désordres pareils, il y a toujours de la place pour un crime : le grand prOtre Onins, caché près de
Daphné, aux environs d'Antioche, importunait Ménélaùs; un officier de la cour d'Antioche tua le pontife. Pour prix de ce service, il avait reçu des vases d*or enlevés au temple, et, peu de temps après, pour prix du crime, il reçut la mort. Les usurpateurs de Tautorité à Jérusalem avaient amené avec eux l'iniquité et reoiypli la ville de misère. Le fils de cet Onias, qui fut frappé à Daphné, se réfugia en Egypte, et obtint de Ptolémée la faveur d'élever, sur les ruines d'Héliopolis, un temple à Jéhovah. Le Seigneur eut ainsi un sanctuaire au milieu des dieux de TÉgypte, dans ces mêmes lieux où son peuple esclave avait été appelé à la vérité religieuse. Toutefois, en bâtissant ce temple, Onias avait violé les lois fondamentales de la religion israélite. C'est à Jérusalem, et seulement à Jérusalem, comme nous avons déjà eu occasion de le remarquer, qu'on devait offrir à Jéhovah des sacrifices ; cette ville était le siège unique de sa résidence, et la gardienne du service divin. Un ancien décret des Juifs, rapporté par Maimonide*, déclare que « si quelqu'un a transgressé la loi, en élevant un temple autre que celui de Jérusalem, ce temple ne sera pas regardé, à la vérité, comme un sanctuaire d'idoles; mais il ne sera jamais permis au sacrificateur qui aura sacrifié dans ce temple de faire le service dans le sanctuaire de Jérusalem ; il ne sera pas même permis d'employer à l'usage du véritable sanctuaire les vases qui lui auront servi, mais on les cachera. »
* Halacha Btath Eammikda^ch , liv. VIIL
Le même Ptolémée (Philométor), qui avait permis la construction d'un sanctuaire au Sieigneur, condamna les Samaritains dans leurs prétentions d'établir la suprématie du temple de Garizim sur celui de Jérusalem.
Tandis qu'Antiochus se préparait à marcher contre l'Egypte pour la seconde fois, des prodiges se montrèrent aux habitants de Jérusalem : durant quarante jours on vit courir dans les airs des cavaliers avec des vêtements d'or et armés de lances, des chevaux rangés en bataille et se précipitant les uns contre les autres, une multitude d'hommes couverts de casques et tenant en main des épées nues. Les boucliers s'agitaient, les dards traversaient l'espace; des armes d'or et des cuirasses resplendissaient au loin ; chacun priait Dieu que ces prodiges tournassent à l'avantage de la cité; mais les événements prouvèrent que ces présages n'annonçaient que des malheurs. Bientôt se répand un faux bruit sur la mort d'Antiochus; Jason, qui, n'ayant pas longtemps joui de la grande sacrificature usurpée, s'était retiré chez les Ammonites, prend avec lui mille hommes, et attaque Jérusalem, dont il parvient à s'emparer; Ménélaûs, son compétiteur au souverain sacerdoce, se sauve dans la forteresse de la ville, Jason fait un carnage dans la cité, sans songer que ce sont des frères qui tombent sous ses coups^, « Il ne considérait pas, dit admirablement l'auteur du second livre des Machabées, que c'est un très-grand malheur d'être heureux dans la guerre qu'on fait à ses proches. » Mais il ne put parvenir à se mettre en possession de l'autorité, et reprit le chemin du pays des Ammonites;
— 2T8 — une conrte captivité l'attendait parmi ce peuple; il s'échappa, et, fuyant de ville en viDe, haï de tout le monde comme un violateur des lois et un ennemi de sa patrie, il atteignit TÉgypte, d'où il s'en alla chercher un refuge à Lacédémone, alliée avec Jérusalem. 11 périt loin de son pays, lui qui avait chassé tant d'hommes de leur région natale ; lui qui avait fait jeter les corps de tant de victimes sans leur accorder la sépulture, mourut sans être pleuré ni enseveli, et sans trouver un tombeau ni chez l'étranger ni dans sa patrie*.
Tout ce qui venait de se passer à Jérusalem avait inspiré à Antiochus des soupçons sur la fidélité des Juifs; peut-être reprochait-il à la ville de ne s'être pas plus vigoureusement défendue contre Jason et de n'avoir pas soutenu plus fortement le grand prêtre qu'il avait lui-même établi. Voilà le roi qui tout à coup quitte rÉgypte et se jette sur Jérusalem, dont la population est immolée par ses ordres. L'historien sacré parle de quatre-vingt mille victimes tombées en trois jours; une erreur de copiste n*a-t-elle pas exagéré ce nombre? 11 est possible Ijue le nombre de quatrevingt mille représente tous ceux qui furent alors enlevés à Jérusalem, soit par le glaive, soit par la captivité. Antiochus entra dans le temple et se saisit des vases qui étaient Tornemcnt et la gloire du sanctuaire. L'historien sacré frémit à la vue de cette profanation criminelle, et observe que si les péchés des habitants
^ Machabées, liv. Il, chap. t.
n'avaient point provoqué de tels désastres, Antiochus eût été fouetté comme Héliodore à son entrée dans le lieu saint. « Mais, ajoute TÉcriture, Dieu n'a pas choisi le peuple à cause du temple; il a choisi au contraire le temple à cause du peuple, » Ce qui veut dire que si le peuple ne lui obéissait pas, ne lui était pas agréable, Dieu n'avait que faire de défendre le temple. Antiochus emporta de la demeure du Seigneur dix- huit cents talents, Tautel d'or, le chandelier avec toutes ses lampes, tous les vases, la table des Pains de Proposition, les bassins, les coupes, les encensoirs d'or, le voile, les couronnes; il brisa tout et s'en retourna promptement dans sa capitale, si rempli d'orgueil et d'extravagance, qu'il s'imaginait^ dit TÉcriture, pouvoir naviguer sur la terre et faire marcher à pied ses troupes sur la mer. 11 y eut alors un grand deuil au milieu du peuple élu; les princes et les anciens gémirent; les vierges et les jeunes hommes furent abattus, et la beauté des femmes fut changée; les maris s'abandonnèrent aux lamentations, et les femmes, assises sur leur lit nuptial, fondaient en larmes*.
Deux ans après, un autre coup frappa la ville de Jérusalem : vingt-deux mille hommes armés, profitant du jour du sabbat, achevèrent de décimer la population. L'incendie et la destruction passèrent sur la cité; les vainqueurs emmenèrent les femmes, les enfants et les troupeaux. Ils mirent une garnison de soldats macédoniens dans la citadelle de David, qu'on entoura de
Maohabé$8, liv. I, cbap. U
grands murs et de fortes tours. Jérusaiem devint la demeure des étrangers; ses jours de fêtes se changèrent en jours de pleurs, Topprobre couvrit les jours du sabbat, et Sion fut dépouillée de toute sa gloire. Des lettres d'Antiochus ordonnèrent qu'il n'y eût plus dans le royaume qu'un seul peuple, une seule loi; les Juife perdaient la liberté de leur foi; des lettres particulières, adressées à Jérusalem et au peuple de Juda, prescrivaient aux Hébreux de se conformer aux lois et aux croyances des autres nations. Jupiter Olympien prit la place de Jéhovah dans son temple de Jérusalem, et le temple de Garizim fut consacré à Jupiter Hospitalier. On jetait au feu les livres saints. La peine de mort était prononcée contre les violateurs des décrets d'Antiochus. Des femmes, coupables d'avoir circoncis leurs enfants, étaient précipitées du haut des murailles avec leurs enfants à la mamelle; la flamme dévorait les Hébreux assemblés dans des cavernes pour y célébrer secrètement le sabbat.
La religion des aïeux eut de lâches déserteurs; mais d'héroïques résistances et de sublimes exemples s'offrent à notre admiration. Qui de nous ne se souvient du saint vieillard Éléazar, refusant de porter atteinte à la gloire de ses cheveux blancs et de conserver par un crime le reste d'une longue vie toujours honorée? Quelle belle et touchante histoire que celle des sept frères et de leur mère, préférant d'horribles tourments à la violation des lois de Dieu et de leur pays, méprisant et livrant leur corps au bourreau, mourant avec Tespoir d'être ressuscites à la vie étemelle par le Dieu
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dont ils ont voulu garder fidèlement le culte I Quelle langue pourrait assez louer cette mère qui, ayant de périr, souffre sept fois la mort dans la personne de ses fils, qm soutient leur courage, les aide à passer de ce monde à Tautre, dans les brûlantes chaudières d'airain, sous le fouet ou le ferl « Je ne sais comment vous avez été formés dans mon sein, leuc disait cette admirable mère, car ce n'est pas moi qui vous ai donné Tâme, l'esprit et la vie^ ce n'est pas moi qui ai joint tous vos membres pour en faire vos corps; mais le Créateur du monde, qui a formé Thomme à sa naissance, qui a donné Torigine à tontes choses, vous rendra encore par sa miséricorde l'epprit et la vie, en récompense de ce que vous vous méprisez mahitenant vous-mêmes pour obéir à ses lois ! — Mon fils, disaitelle encore à son septième martyr, ayez pitié de moi qui vous ai porté neuf mois dans mon sein, qui vous ai nourri de mon lait pendant trois ans, et qui vous ai élevé jusqu'à l'âge où vous êtes; je vous demande, mon fils, de regarder le ciel et la terre et toutes les choses qui y sont renfermées, et de comprendre que Dieu les a créés de rien aussi bien que tous les hommes. Ainsi donc ne craignez point ce bourreau, mais montrezvous digne de vos frères, et subissez noblement la mort, afin que je vous reçoive avec eux dans cette miséricorde qui est notre espérance *. »
Les annales de l'antiquité profane n'offrent pas une mère semblable à cette mère juive, dont la postérité
Xachabées, liv. II, chap. vn.
n'a point su le nom; Théroïsme des mères chrétiennes dans la persécution peut seul être comparé à cet idéal du martyre, accompagné de tous les caractères de sublimité que' puisse atteindre la nature humaine I
Aucun malheur n'est épargné à Jérusalem et an peuple élu : tout s'en va, nation, loi, croyance; la féroce tyrannie d'un roi brise et disperse cette grande société qui, revenue au pays à$à aïeux, s'était de nou*veau fortement reconstituée et marchait paistblemeirà à son destin. Son dernier jour est-il venu? Cet avenir annoncé par tant de voix prophétiques ne sera-t-âl que la servitude et la mort? La main de Dieu qui a pris ce peuple au pays de Gesen et^ l'a conduit à travers tant de révolutions et de siècles, s'est-elle tout à fait retirée? La Providence, qui lui a toujours suscité des hommes, n'en veut-elle plus tirer des trésors de sa magnifique bonté? Mais non ; quelques gouttes de la divine rosée descendent sur le sol de la Palestine, et ce sol enfante les Machabées I
Les Machabées I grande famille que nulle famille de rois n'a surpassée, graves et belliqueux génies qui réalisent les plus beaux songes de la muse épique, vengeurs invincibles de Jérusalem, consolateurs puissants, réparateurs hardis et rapides! Ohl que de souvenirs éclatants s'attachent à ce seul nom deMachabée! C'est le patriotisme dans son énergie la plus sainte, la Iu*avoure dans son enthousiasme le plus ardent, la gloire dans sa plus céleste pureté. Les témoignages de vaillance ne manquent pas aux annales israélites, mais
les fils de Matathia$, sauveurs de leurs pays, forment toute une épopée à part dans l'histoire du peuple hébreu.
Judas â donné son surnom illustre à tous les siens. Le mot de Machabée signifie en hébreu celui qui frappe; en grec, celui, qui combat; une autre explicatioû de Torigine de ce surnom nous plaît, c est celle qui nous montre sur les étendards de Judas les premières lettres de chaque mot d'une phrase hébraïque du cantique de Moïse, dont le sens est celui-ci : Qui d'entre les dieux est semblable à vous. Seigneur? C'était là une belle devise à écrire sur les drapeaux de tels guerriers; ce cri dans les combats n'était-il pas un cri de victoire? Les Machabées ont été appelés quelquefois Asmonéens, du surnom du père de Matathias; Asmonée veut dire prince ou ambassadeur.
, Matathias, prêtre de la race de Joarib, était sorti de Jérusalem pour se retirer sur la montagne de Modin, à trois heures à l'ouest de la ville sacrée; il avait avec lui ses cinq fils : Jean surnommé Gaddis, Simon surnommé Thasi, Judas appelé Machabée, Eléazar surnommé Abaron, Jonathas surnommé Âpphus. « Malheur à moi ! dit le vieux prêtre à ses fils réunis autour de lui; malheur à moil Suis-je donc né pour voir l'affliction de mon peuple et la ruine de la ville sainte, pour venir m'asseoir ici, tandis que Jérusalem est livrée aux mains de ses ennemis I Son sanctuaire est au pouvoir des étrangers, son temple est traité comme un homme infâme. Les vases de sa gloire ont été emportés comme des captifs; ses vieillards ont été tués sur les
Daphné, aux environs d*Antioche, importunait Ménélaùs; un officier de la cour d'Antioche tua le pontife. Pour prix de ce service, il avait reçu des vases d'or enlevés au temple, et, peu de temps après, pour prix du crime, il reçut la mort. Les usurpateurs de Tautorité à Jérusalem avaient amené avec eux l'iniquité et renipli la ville de misère. Le fils de cet Onias, qui fut frappé à Daphné, se réfugia en Egypte, et obtint de Ptolémée la faveur d'élever, sur les ruines d'Héliopolis, un temple à Jéhovah. Le Seigneur eut ainsi un sanctuaire au milieu des dieux de TÉgypte, dans ces mêmes lieux où son peuple esclave avait été appelé à la vérité religieuse. Toutefois, en bâtissant ce temple, Onias avait violé les lois fondamentales de la religion israélite. C'est à Jérusalem, et seulement à Jérusalem, comme nous avons déjà eu occasion de le remarquer, qu'on devait offrir à Jéhovah des sacrifices ; cette ville était le siège unique de sa résidence, et la gardienne du service divin. Un ancien décret des Juifs, rapporté par Maimonide*, déclare que « si quelqu'un a transgressé la loi, en élevant un temple autre que celui de Jérusalem, ce temple ne sera pas regardé, à la vérité, comme un sanctuaire d'idoles; mais il ne sera jamais permis au sacrificateur qui aura sacrifié dans ce temple de faire le service dans le sanctuaire de Jérusalem ; il ne sera pas même permis d'employer à l'usage du véritable sanctuaire les vases qui lui auront servi, mais on les cachera. »
* Halacha Btaih EammikdaKh, liv. VIIL
Le même Ptolémée (Philométor), qui avait permis la construction d'un sanctuaire au Seigneur, condamna les Samaritains dans leurs prétentions d'établir la suprématie du temple deGarizimsur celui de Jérusalem.
Tandis qu'Antiochus se préparait à marcher contre rÉgypte pour la seconde fois, des prodiges se montrèrent aux habitants de Jérusalem : durant quarante jours on vit courir dans les airs des cavaliers avec des vêtements d'or et armés de lances, des chevaux rangés en bataille et se précipitant les uns contre les autres, une multitude d'hommes couverts de casques et tenant en main des épées nues. Les boucliers s'agitaient, les dards traversaient l'espace; des armes d'or et des cuirasses resplendissaient au loin ; chacun priait Dieu que ces prodiges tournassent à l'avantage de la cité; mais les événements prouvèrent que ces présages n'annonçaient que des malheurs. Bientôt se répand un faux bruit sur la mort d'Antiochus; Jason, qui, n'ayant pas longtemps joui de la grande sacrificature usurpée, s'était retiré chez les Ammonites, prend avec lui mille hommes, et attaque Jérusalem, dont il parvient à s'emparer; Ménélaûs. son compétiteur au souverain sacerdoce, se sauve dans la forteresse de la ville. Jason fait un carnage dans la cité, sans songer que ce sont des frères qui tombent sous ses coups^ « Il ne considérait pas, dit admirablement l'auteur du second livre des Machabées, que c'est un très-grand malheur d'être heureux dans la guerre qu'on fait à ses proches. » Mais il ne put parvenir à se mettre en possession de l'autorité, et reprit le chemin du pays des Ammonites;
qu'avait préparée sa courageuse fidélité; il mourut à cent quarante-six ans, et l'historien sacré nous a conservé les belles exhortations adressées à ses fils : a Souvenez-vous, leur disait-il| de ce que vos aïeux ont fait dans leur temps, et vous recevrez une grande gloire et un nom éternel. » Jamais exhortation d'un vieux père mourant ne fut suivie avec plus de fidélité; jamais promesse de gloire ne s'accomplit mieux. Matathias désigna Simon comme homme de conseil et Judas Machabée comme chef de la troupe juive^ après cela, il bénit sa famille et fut réuni à ses pères. Ses fils Tensevelirent à Modin dans le sépulcre des ancêtres, et tout Israël le pleura.
Quel tableau que celui du vieillard, près d'entrer dans le sépulcre, rappelant à ses fils les illustres exemples de r histoire des aïeux, leur montrant l'espérance en Dieu comme le secret de la force, leur apprenant à ne pas craindre les paroles du méchant dont la gloire n'est que poussière et ver, qui s'élève aujourd'hui et qui demain aura disparu ; les excitant au courage pour la défense de la loi, et s'attristant sans doute de les quitter en ce monde au moment où commençaient pour eux les travaux d'une guerre sacrée, au moment où allaient se décider les destinées de Jérusalem confiées à leur vaillance!
Nous avons vu dans le pays de Modin des vieillards et de jeunes montagnards qui, par l'imposante noblesse de leur attitude, la fierté de leur regard, Tâpreté de leur visage, la grave simpUcité de leurs vêtements, nous faisaient songer à Matathias et à ses fils :
l'aspect de ces jeunes Arabes que nous ayons trouvés quelquefois rangés en cercle autour du vénérable chef de la famille nous faisait mieux comprendre la scène du vieux père des Machabées disant à ses fils armés les dernières paroles et le dernier adieu.
Toutes les peintures de Thistorien sacré qui se rapportent à Judas Machabée nous le montrent avec un frappant caractère; pendant que la désolation s'étend sur le peuple hébreu, Judas s'est retiré, lui dixième, en des lieux déserts, vivant sur les montagnes parmi les bêtes, avec l'herbe des champs pour seule nourriture, afin de ne prendre aucune part à la souillure commune ^ Quand Theure des batailles est arrivée, nous le voyons revêtu de la cuirasse comme un géant, se couvrant de ses armes, protégeant le camp avec son épée, semblable à un Uon dans ses fureurs et à un lionceau qui rugit à la vue de sa proie. Placé à la tête d'un corps de sept mille hommes grossissant tous les jours, le guerrier terrible poursuivait les soldats d'Antiochus, les harcelait, les taillait en pièces, surprenait pendant la nuit les villages et les places ennemies, et les livrait aux flammes.
Philippe de Phrygie, resté gouverneur de Jérusalem, sollicite des secours contre cette puissance nouvelle qui s'est levée, et dont les progrès lui paraissent formidables. Apollonius, gouverneur de Samarie, met sur pied des bataillons nombreux qui viennent se briser contre la force des Machabées; Jiula? le lue de sa
• Machabées, liv. II, cliap. v.
main et lui prend son épée, qu'il garde pour achever de délivrer son pays. Seron, Nicanor, gouverneur de la basse Syrie, Gorgias, Lysias, lui-même, Timolhée, Bachide, gouverneur de la Mésopotamie, subissent tour à tour de honteuses défaites et se demandent quel Dieu inconnu les pousse à la ruine. Nicanor, qui avait amené mille marchands pour leur vendre les Juifs esclaves, et qui avait promis de payer avec le prix des captifs le tribut aux Romains, se trouva heureux de gagner les côtes de la mer et de s'enfuir dans une barque vers Antioche. Nous ne raconterons point tant de merveilleux combats livrés aux environs de Modin, d'Emmaûs, de Bethoron. Si parfois la petite troupe commandée par Judas et par ses frères intrépides se troublait à la vue de troupes dix fois plus nombreuses, Judas lui répétait que la victoire ne dépend point du nombre des combattants, et que Dieu seul la donne. Cette poignée de héros se préparait souvent aux batailles par le jeûne, avec la cendre sur la tête et le ciliée pour vêtement; lorsqu'ils entendaient Judas leur promettre le triom* phe, c'est Dieu même qu'ils croyaient entendre; lorsqu'il priait le Seigneur à Masphah, ses compagnons croyaient voir des anges porter au ciel ses oraisons. Les malades, les vieillards, les orphelins et les veuves, avaient leur part des dépouilles, et la charité fraternelle sanctifiait ainsi la victoire.
Judas n'avait point attendu ses derniers triomphes pour entrer dans Jérusalem et purifier le temple; la ville sainte n'offrait qu'un désert; l'étranger demeurait enfermé dans la forteresse ; toute joie avait été bannie
de Jacob, dit rÉcriture\ et la flû(e et la harpe y étaient muettes. Les pieux guerriers avaient déchiré leurs vêtements et s'étaient couverts de cendres au douloureux spectacle du temple solitaire et profané. I^s ronces ef les arbrisseaux croissaient dans le parvis comme ils croissent dans les montagnes; les portes étaient brûlées; les édifices attenant au temple étaient renversés. On releva rapidement les ruines du sanctuaire, on fit disparaître les impures idoles. A la place de Tautel des holocaustes souillé, un nouvel autel s'éleva et'fiit consacré, au bruit des cantiques, des lyres et des timbales. La célébration de la fête des lumières^ parmi les Juifs, est le souvenir de cette dédicace, qui dura huit jours.
Les Hébreux bâtirent sur le mont Sion une citadelle, pour l'opposer à celle que retenaient encore les sol-* dats macédoniens, et la remirent aux mains de bons gardiens. Ils ne s'étaieiït' point occupés de chasser l'ennemi de la forteresse de Jérusalem ; il aurait fallu passer de longs jours au pied de ces tours et de ces murailles; les vaillants défenseurs d'Israël étaient appelés à de plus rapides et à de plus utiles exploits. ' Lorsque Ântiochus mourut de rage (164 avant J. C), ludas Machabée et ses frères avaient partout battu ses/ iïoupes, non-seulement dans le pays de Jérusalem,' mais dans la Galilée, dans les contrées d'Hébron et d'Azot, et jusqu'au delà du Jourdain. Ce roi, dont toute la gloire est d'avoir travaillé à faire achever le
* MacIutbéeSf liv. I, chap. ni.
Umple de Jupiter ûlympi^p à Athènes, exerça contre les Juib des crup^ulés qui furent l'œuvre d'un petit esprit} sa p^uyre tcte pe put sQutenir les revers 4e ses armées. )1 l'était pris (Iq b^lle passion pour les fêtes mythologiques d'Athèpes, d'ûlympie et de Délos, et trouvait sublime d'entreprendre àepaganiser le peuple hébreu I Ce n'était pas vers» les dieqx d'Qomère que marchait le monde, mais vers le Dieu d'Isaïe et de Daniel.
Toute la force d'une grande mouarchie était impuissante à tenir tête à une petite légion de n^ontagnards combattant pour leur religion et leur pays. Dans leur duel avec Iqs fils de Matathias, les desceqds^nts de Seleucus ne connaissaient que la défaite. L'attaque la plus redoutable que les Macbabéeii eurent à soutenir fut l'expédition du jeune Antiochus Eupator, dirigée par Lysias« spn tuteur. Cent mille hompies de pied et vingt mille cavaliers s'avancèrent vers Jérusale^!;; ils avaient avec euK treute-deux éléphants dressés au cQmbat, portant chacun une tour de bois renfermant trente-deux guerriers; chaque éléphant avait uu Indieu pour conducteur : on montrait à la béte du jus de raisin et de mûres afiu d^ l'exciter par ce|te apparente couleur du sang. Les boucliers d'or et d'airain resplendissaient sous les rayons du soleil levant dans le pays de Judée; leurs reflets couvraient les montagnes, qui brillaiciiC au loin comme des lampes ardentes. Ce formidable appareil n'épouvante pas Judas ; il va au-devant de l'armée macédonienne ; son glaive et celui de ses compagnons jonchent la terre de six cents cadavres. Ëléazar, un de
ses firères, ayant aperçu un éléphant plus grand que les autres et couvert des armes du roi, avait cru qu'Antiochus était dessus; il s'élance vers la béte, se place sous le ventre de Téléphant, qu'il tue avec son glaive et qui l'écrase aussitôt dans sa chute : inutile dévouement qui enleva un héros à la phalange israélite!
Judas se retira prudemment devant Timmense supériorité du nombre pour s'enfermer dans sa citadelle autour du temple. Sa résistance y fut prodigieuse : c'était Tannée où les Hébreux ne labouraient ni ne semaient; chaque jour la famine arrachait des défenseurs à la forteresse. Judas était toujours là, malgré des assauts multipliés, malgré l'action incessante des machines qui lançaient des feux, des pierres, des dards. Â la un, l'armée macédonienne reprit le chemin d'Antioche. Lysias, averti des projets de Philippe contre le pouvoir du roi, conseilla ce retour à Antiochus, au lieu de se consumer en vain devant les murs d'une citadelle. On fit un traité de paix par lequel les Juifs rentreraient dans la liberté de leur loi. Antiochus se montrait peu disposé à rester fidèle à ce traité; mais une révolution lui ôta la vie, ainsi qu'à Lysias. Démétrius, assis sur un trône qu'il avait ensanglanté, voulut établir à Jérusalem un grand prêtre, Alcine, bientôt repoussé par Judas. Il envoya Nicanor, que Judas battit deux fois dans cette campagne : d'abord à Capharsalama, où plus tard s'éleva Antipatride sur la route de Césarée, ensuite à Adarsa, à trente stades* de la Basse-Betho-
* Trcnle stades t'ont un peu plus que quatre milles romains.
ron» où le général syrien perdit la vie. Le jour de ce dernier triomphe fut inscrit au nombre des jours de -fête; c'était le treizième du mois d'adar, qui correspond à notre mois de mars. Les Séleucides continuaient à être vaincus par les Machabées.
SUITE DU CHAPITRE PRECEDENT
Judas avait été nommé par le peuple grand sacrificateur; c'était la première fois qu'à Jérusalem le pouvoir religieux et le pouvoir civil se trouvaient réunis dans la même mam. Les Hébreux, d'une commune voix, dans l'intérêt de leur existence nationale, avaient dérogé à leur ancienne coutume en faveur de celui qui venait de sauver leur pays.
Le nouveau chef du peuple juif entend parler des Romams, de leurs conquêtes, de leur puissance, de leur • sagesse, de leur fidélité aux alliances ; il apprend que les Romains donnent ou retirent à leur gré la royauté, et que pourtant nul d'entre eux ne porte le diadème et ne se revêt de la pourpre pour s'élever au-dessus des autres; qu'ils ont établi un sénat dont les décrets sont la règle de leur politique. Judas songe qu'une lutte
perpétuelle contre la domination grecque est impossible, et s'arrête à Tîdée de chercher un appui dans une alliance avec les Romains. Il leur envoie deux ambassadeurs, Eupolemus, fils de Jean, petit-fils de Jacob, et son neveu Jason, fils d'Éléazar, qui, après un long chemin, dit rÉcriture, parviennent à la ville desSept-Collines. Les deux députés israélites arrivaient à Rome dans Une époque où retentissaient de grands noms : ils auraient pu voir le vieux Paul-Émile, vainqueur de Persée et de la phalange macédonienne, recevant les honneurs du Capitole; ils auraient pu rencontrer sur les bords du Tibre le Jeune Scipion-Émilien, l'ami de Polybe, qui plus tard devait détruire Carthage et Numance. Représentons-nous Feutrée au sénat de ces deux envoyés d'un peuple dont les Romains avaient à peine entendu prononcer le nom, et qui n'avait ni les mœurs ni les croyances du monde conquis parleurs armes; représentons-nous les deux Israélites avec leur mélange de surprise, de respect et de fierté, en présence de la majesté de la ville éternelle. Quel est celui des trois cents sénateurs qui aurait imaginé que de la nation de ces deux étrangers, objets de leur curiosité, sortirait, dans un temps peu éloigné, un homme, un Dieu, changeant de sa parole la face des royaumes de la terre et se mettant à la place de tous les dieux de Rome et des natioM connues.
Ces députés de Jérusalem se présentent au sénat au nom de Judas Machabée et de ses frères, au nom du peuple juif; ils demandent à faire alliance et amitié avec les Romains; les représentants de la république
les écoutent favorablement. Dans tin décret gfâté stth des tables d'airain et destiné à être conservé à Jérusalem comme un monument dé cette alliance, le Aétiat souhaitait tous les bien» aux Romain» et aut Jtii& Vùf mer et sur terre, faisait des vœut pour ^tiô Vépèé «l l'ennemi restassent loin d'eiii, et stipulait qu'en (3ii8 de guerre les deux nations yiendraieAt tnâtUélleiUent él gratuitement à leur aide. Le sédatflt êévôir aUMitôt âu roi Démétrius que, la nëtiôti i^raétit^ étatit deyenuë ralliée de la nation romaine, là république rattaqué^ rait par terre et par mer âMl osait de nouveau maltrai* ter les Juifs*.
Mais, lorsque cette déclaratioU ^aHinl à Antiôché, Démétrius avait déjà fait marcher 60titre Jérusalem Bacchide et Âlciné à la tête de vingt mille soldât» d'élite; cette troupe s'était avancée jusqu'à Bérée OU Berseth, dans le voisinage de Jérusalem; Juda» cAmpait à Laïza, du côté d'Âzot, avec trois mille ôOtûbâltAttte accoutumés à ne pas redouter le nombre, et qui p<mrtant furent saisis d'eiTroi à la vue de la belliqueuse ooff>tenance de la légion macédonienne; pltls dêa deux tiers s'enfuirent ; Judas ne put retenir que huit cents guerriers; vingt mille soldats aguerris les attendaient et les menaçaient. « Allons et marohons contre noa ennemis; » dit le héros au petit nombre de Sê6 compasgnons. On lui fait entendre que le eombat est impossible, qu'une aussi petite troupe ne peut rien tenter Contre utie telle armée, qu'il faut se retirer et rassembler
^ Machabeeif liv. \, cfa. un.
les guerriers israélites dispersés. « Dieu nous garde d'en user ainsi, répond Judas, Dieu nous garde de fuir devant les ennemis I Si notre heure est arrivée, mourons courageusement pour nos frères, et ne souillons point notre gloire ^ I »
L'armée ennemie sort de son camp, et, se partageant en deux corps, vient à la rencontre de Judas au bruit des trompettes; la petite troupe israélite se met en marche, et les trompettes sonnent aussi dans ses rangs; les combattants se mêlent avec fureur; la terre retentit du bruit des armes. Étrange lutte I Huit cents guerners contf e vingt mille ! Le moment où va commencer une bataille porte toujours avec lui un caractère d'imposante et lugubre solennité; mais, quand une trop grande inégalité dans les forces vous révèle d'avance Tissue du combat, l'admiration et la tristesse vous saisissent, et vous vous attachez avec des sentiments pénibles à ces courages qui doivent inévitablement succomber.
C'est dans l'aile droite de la légion macédonienne que résidait la principale force de l'ennemi; Judas, accompagné des plus vaillants des siens, s'élance contre elle, parvient à la rompre, et poursuit le corps fugitif jusqu'à la montagne d*Azot; que de bravoure pour un tel exploit! Mais l'aile gauche, voyant l'aile droite vaincue, suivit Judas par derrière, l'entoura, l'accabla; après une défense qui dut être prodigieuse, le héros périt (160 avant J. C), et cette défaite fut plus glorieuse que toutes ses victoires. Judas tomba, et tous les au-
* MaehàbéeSf \vr. T, ch. a«
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Ires s'enfuirent, dit TÉcrilure; quel bel éloge dans ces seuls mots ! Le combat avait dure depuis le malin jusqu'au soir; la mort de Judas finit la bataille. Jonathas et Simon emportèrent le corps de leur frère et Fensevelirent dans le sépulcre de leur père à Modin. Tout le peuple fit un grand deuil et pleura le héros plusieurs jours.
Judas Machabée est un de ces personnages qui, dans notre imagination, marchent avec la main de Dieu sur leur tête, et nous nous étonnons que le trépas puisse les atteindre; nous répétons ces paroles que la terre de Judée entendit au loin : Comment est tombé cet homme pmssaiU qui sauvait le peuple d^lsraël? Judas Machabée est FAchille des Hébreux, et, si un Homère chrétien se saisissait de cette figure, quels tableaux il aurait à nous retracer I Judas vécut dans le siècle des Scipions; aussi grand qu'eux par la vaillance, il fut plus admirable. Il ne combattait point pour asservir des peuples et dans l'espoir de monter au Capitole, mais il se dévouait, répée à la main, à ses frères d'Israël menacés dans leurs lois et leurs croyances; il se dévouait au salut de sa nation, et parvint à Taccomplir.
L'ennemi, profitant de la stupeur et du décourage* ment qui suivent la mort de Judas Machabée, opprime et souille le pays; mais tous les Machabées n'ont pas rejoint leur père dans le funèbre monument de Modin. Jonathas remplace Judas, commence par venger son frère Jean, tombé victime d'une trahison au delà du Jourdain, et change en malheur et en funérailles les fêtes d'une noce chez les fils de Jambri; il fait essuyer
une perte de mille hommes à Bacchide, qui était venu l'attaquer du côté de la mer Morte et du Jourdain. Bientôt la mort d'Alcine, frappé d'une horrible paralf^ sie en renversant les murs de la partie intérieure dtt temple et les ouirrages entrepris à la voii d'Aggée et de Zacharie, déterminent Bacchide à reprendre le ehdmin d'Antioche.
Des rancunes de rois avaient suscité contre Démétrius un jeune aventurier, nommé Bala, présenté comme fils d'Antiochus Épiphanes. Aleiandre Bala, appuyé secrètement par trois princes, et ralliant autour de lui les mécontents de Syrie, menaçait le trône de Démétrms, et venait de s'emparer de Ptolémaïs. Les deux rivaux 8è disputent une alliance avec Jonathas, établi à Jérusa* lem, qu'il répare et qu'il fortifie. Démétrius Offre de remettre aux Juifs tous les tributs, dé faire de Jérusa^ lem une ville libre et du temple ub lieu dé refuge ifi-violable, de rendre la liberté à tous les Juifs esclaves, de donner au sanctuaire de Jérusalem Ptolémaïs et son territoire, et un revenu annuel de quinze mille sieles d'argent*. Mais les promesses de l'ennemi d'Israël inspiraient à Jonathas peu de confiance; il aima mieux faire cause commune avec Alexandre, qui lui avait envoyé une robe de pourpre et une couronne d'or. Comme pour reconnaître son autorité, et qui avait l'appui de l'Egypte. Le chef du peuple juif alla visiter, à Ptolémaïs, le nouveau roi de Syrie, après sa victoire sur Dé* métrius, et assista à son mariage avec une fille de Ptô*
* Machahmj liv. L, chap. x.
lémée. L'historien sacré nous apprend qu'Alexandi^e fit revêtir Jonathas de la pourpre, et qu'il lui prépara une sorte de triomphe dians les rues de Ptolémaïs*.
La royauté d'Alexandre ne dura que cinq ans; Thêritage de Démétrius Soter revint à son hh Démétrius Nicator. Ptolémée Philotoétor, qui avait donné à Bala lé trône et sa fille en mariage, lui ôta son trône et sa femme, pour la donner au jeune Démétrius : le capriee immoral d'un roi devient ici toute la politique des nations. Jonathas n'obtint de Démétrius que d'inutiles promesses; trois mille Juifs dés plusi taillants avaient sauvé le roi d'une révolte à Antioche, et avaient brûlé la ville pour châtier les ennemis du prince. Démétrius ne tint aucun compte de ce service. Anliochus VI, fils d'Alexandre Bala, qui fut mis à sa place, donna à Jonathas le droit de boire dans une coupe d'or» de porter la pourpre et Tagrafe d'or; mais les caresses du les menaces de ces rois d'un jour touchait peu le grand prêtre de Jérusalem, qui avait pour lui le génie de là guerre. Il tourne le dos à cette politique incertaine, part avec les siens, et soumet tour à tour Ascâlon et Gaza; puis, passant en Galilée, remporte, du côté de Cadès ou Cédés de Nephtali, une victoire qu'il ne doit qu'à sa bravoure. Il fait éclater son courage en vingt autres rencontres, et la terreur de son nom protège Jérusalem mieux que de fortes murailles.
Jonathas se ressouvint de l'alliance que son frère Juda avait faite avec Icâ Romains, et de celle que le
* MachabéeSf liv. I, chap. x.
grand prôtre Onias avait faite avec Lacédémone ; il envoya des députés pour renouveler cette double alliance. En voyant Jérusalem tourner ainsi sou espérance vers Rome, on songe involontairement que c'est de là que doit lui venir la ruine.
La iin de Jonatbas est une étemelle souillure pour ce Tryphon ou Diotote, qui, voulant saisir la couronne de Syrie et redoutant l'intervention du grand prêtre, le fit prisonnier à Ptolémaïs par une lâche violation de la parole donnée. L'âme souffre quand elle voit Théroîsme succomber ainsi dans les pièges que lui dresse Tiniàme calcul d'un ambitieux.
Simon, dont le courage avait été tant de fois éprouvé par Tennemi, veut sauver Jonatbas; il est touchant lorsqu'il excite le peuple à la délivrance de son frère, lorsqu'il rappelle au peuple comment toute la maison de son père a combattu pour les lois et pour le saint temple. « Tous nos frères sont morts pour Israël, dit-il, et il ne reste plus que moil mais je n'épargnerai pas ma vie toutes les fois que nous serons dans le péril; je ne ferai pas meilleur marché de mes jours que n'ont fait mes frères. Je vengerai donc ma nation et le sanctuaire, nos enfants et nos femmes, parce que les ennemis se sont assemblés contre nous. — Soyez notre chef à la place de Judas et de Jonatbas, » lui crie le peuple tout prêt à se mettre en marche*.
Tryphon demande à Simon cent talents d'argent et les deux fils de Jonatbas en otages. A cette condition,
* Mnehabéetf Ht. I, chap. xiq.