‹ Histoire de JérusalemChapitre 4 sur 23 · TH · texte numérisé non relu

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méttie des lois de la civilisation chrétienne. Pendant que la politique humaine prend sa visée et tnet tout en mouvement pour arriver à ses fins, Dieu fait soti œuvre.

Quand nous retracions les prodigieuses destinées de la cité des prophètes^ du Christ et des croisades, les descendants des anciens libérateurs du saint sépulcre ne connaissaient plus la route de Jérusalem, la présence d'un Français dans la ville sacrée était un événement, les monuments de la Rédemption n'étaient visités que par de rares voyageurs d'Europe et par les hadjis grecs et arméniens. Les solitudes de la Judée ont tressailli; elles sont maintenant traversées par des caravanes françaises, animées de la foi et du patriotismô : des princes de notre tetnps ont été vus sur les chemins dé Sion. Â de fréquents intervalles, déjeunes homnies, dans les i^angs desquels se montrent des ecclésiastiques éclairés, renouvellent les pieux spectacles de nos vieux siècles chrétiens; ils s'en vont pleins de confiance et d'élan : leur marche semble présager de . grandes choses pour l'avenir, comme les pèlerinages d'autrefois précédèrent des mouvements immenses.

Ces nombreux pèlerins qui ont foulé la terre des miracles racontent beaucoup à leur rentrée dans

— vin — leurs foyers: ils ont vu ce que désormais ils ne peuvent plus oublier; ils ont dormi sur la pierre qui fut l'oreiller de Jacob, ils ont respiré Tair que respira le Fils de THomme, ils rapportent dans leurs yeur et sur leur front un rayon lumineux du ciel de la Palestine. Quelle propagande que ces récits du retour! Ils enfanteront des légions de pèlerins. C'est par les pèlerinages que les croisades commencèrent; ils prépareront, ils prophétiseront la paciflque délivrance du divin sépulcre dans le dix-neuvième siècle.

Vienne le jour où Jérusalem reprendra son rang au cœur même de la société française, où nous aimerons à confondre son sort avec le nôtre, où nous ne voudrons pas séparer nos intérêts de ceux de sa gloire! Jérusalem au pouvoir des Turcs, en face de l'Europe chrétienne toute-puissante, c'est quelque chose d'étrange et qui ne peut pas toujours durer. Les efforts des hommes sont impuissants à soutenir ce qui est condamné à une chute irrémédiable. L'intérêt religieux palpite au fond de tout ce qui se remue en Orient; malgré la redoutable obscurité des complications politiques, la vérité chrétienne, au milieu de toutes les ténèbres, saura bien se faire sa part. Comment cette part s'accomplira-t-elle? Nous l'ignorons. Le

— lï — comment est dans le secret de Dieu. La puissance des idées est lente à nos faibles yeux, parce que leur développement tient au développement même du plan de Dieu sur le monde; mais cette puissance est invincible : on n'enraye pas le char divin de la vérité.

Lors des dernières conférences de Vienne, l'ambassadeur qui représentait le sultan à ces conférences, lisant dans les journaux le récit de tremblements de terre en Orient, s'interrompit par ces mots : « Plût à Dieu qu'un tremblement de terre fît disparaître les Lieux Saints de la Palestine! l'empire ottoman en serait plus en sûreté. » Ces mots d'un ministre de la Porte nous rappellent des pensées musulmanes d'une autre époque. En H87, après la prise de Jérusalem par Saladin, ses conseillers les plus zélés pour l'islamisme lui proposèrent de détruire les sanctuaires vénérés, de faire passer la charrue sur le sol de l'église du saint sépulcre, afin de mettre un terme, disaient-ils, aux pèlerinages chrétiens et à la pieuse ambition des Francs; d'autres reconnurent que cette destruction ne servirait à rien, et que, quand même la terre serait jointe au ciel^ les nations chrétiennes ne cesseraient d'accourir à Jérusalem. En effet, tant que la foi chrétienne subsistera

sous le soleil, quelque chose d'Invîncible poussera les âmes du côté du Calvaire et du saint tombeau; les entrainements seront plus ou moids vifs, selon l'énergie ou l'affaiblissement des croyances, mais la terre de la rédemption gardera sa place dans la mémoire humaine* Il y eût un temps où l'emplacement de Jérusalem dévastée fut semé de sel^ où la ville sainte n'était plus appelée de son nom dans le monde romain; la piété chrétienne n'avait pas pour cela perdu de vue ces chères ruines^ et la cité sacrée conservait son nom dans l'impénétrable asile des cœurs soumis au Christ, Que ces murs, ces monuments, ces sanctuaires, disparaissent; que ces grottes et ces collines où Ton croit sentir encore Tesprit de Dieu s'effacent; ces lieux, quelle que soit la forme que pourraient leur donner les ravages d'un ennemi ou les révolutions de la nature, ne seraient jamais confondus avec le reste de l'univers ; cette région parlerait toujours plus haut que toute autre région dans le monde ; un grand mystère y planerait, et les croyants iraient encore en pèlerinage aux déserts et aux abîmes.

L'étude des anciens âges et des âges nouveaux de Jérusalem ne peut que nous attacher à sa destinée; l'histoire des Hébreux, cette nation qui ne

ressemble à aucune autre, s'y déroule depuis Moise jusqu'à la ruine de la cité par les armées romaines; la vie et la mort du Sauveur occupent dans ce tableau une place devant laquelle pâlissent tous les spectacles humains ; les premiers siècles du christianisme y apparaissent avec leurs sublimes nouveautés, avec la grandeur de leurs luîtes et les prodiges de la vie monastique, avec la chute de Rome, dont les vivants débris vont chercher les solitudes de la Judée; on y voit poindre, se développer et grandir, les mouvements de rOccident vers la contrée évangéliquej l'islamisme, en mettant la main sur Jérusalem, commence cette série de douleurs chrétiennes qui doivent retentir au loin et longtemps; puis l'Europe frémissante se précipite contre FÂsie musulmane, et Jérusalem, après d'héroïques combats qui l'arrachent à la servitude et la couronnent de gloire, après des vicissitudes qui la rejettent sous le joug des mahométans, redevient captive comme elle l'était au temps d'Omar : en plein dix-neuvième siècle, les chrétiens ont besoin de la permission des Turcs pour visiter 1g tombeau de Jésus-Christ!... Telle esiV Histoire de Jérusalem. En offrant au public, après une révision sévère, une nouvelle édition de ce livre con-

sacré aux plus grands souvenirs du genre humain, noire vœu le plus cher serait de contribuer un peu à préparer pour le berceau du christianisme un temps de liberté et d'honneur.

POOJOULAT.

Novembre 186S.

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