‹ Histoire de Jésus-Christ d'après les Evangiles et la tradition, expliquée à l'aide des monuments, de la description des lieux et de commentaires des écrivains ecclésiastiquesChapitre 10 sur 22 · LIVRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE VI

Jésus, parcourant la terre jadis promise à Abraham et à sa postérité, en quelque province qu'il se trouvât, était toujours suivi d'une foule avide d'entendre sa parole, de voir les prodiges qu'il opérait, ou de lui amener des malades, auxquels il rendait la santé. L'empressement du peuple allait toujours croissant. En vain les pharisiens montraient-ils envers sa personne et son enseignement une opposition constante; la vertu de Dieu triomphait de tous les obstacles. Le peuple y r expérience nous l'apprend, accueille avec défiance les discussions obscures des sa-

vants ; il préfère l'autorité des actes aux sul>tilités de l'argumentation. Aussi accourt-il en foule sur les pas de Jésus non- seulement de la Judée et de la Galilée , mais encore de la Décapole et des régions baignées par les flots de la Méditerranée.

Fuyant le tumulte, Jésus se retire sur une montagne pour prier, et il passe la nuit entière eu oraison. Le matin , dès le point du jour, il appelle ses disciples. Puis il s'assied parmi eux, et il en choisit douze, auxquels il donne le nom d'apôtres, c'est-à-dire envoyés, pour être habituellement avec lui. U leur confie spécialement la mission de prêcher, et leur confère le pouvoir de guérir toute espèce de maladies, et de chasser les démons.

Descendant ensuite de la montagne avec eux , il s'arrête sur une pente doucement inclinée et spacieuse, où la multitude l'attendait. Alors, embrassant du regard tous ses disciples, il dit : « Bienheureux vous qui êtes pauvres, parce que le royaume de Dieu vous appartient; bienheureux vous qui êtes affamés, parce que vous serez rassasiés; bien-

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heureux vous qui êtes dans raffliction, parce que vous serez dans la joie ; vous serez bienheureux lorsque les hommes vous détesteront , vous poursuivront et vous proscriront à cause du Fils de l'homme, car votre récompense sera grande dans le ciel. »

Ce discours achevé, Jésus revient à Caphamaûm. A peine entré dans la maison, il se voit assailli de la multitude , en sorte que lui et ses disciples avaient peine à prendre quelque nourriture. Dès que la nouvelle de son arrivée est répandue en ville, un centurion, dont le serviteur était près de mourir, députe vers lui quelques-uns des anciens du peuple, le priant de venir chez lui guérir son serviteur, auquel il était fort attaché. Les envoyés font de vives instances auprès de Jésus, lui disant que cet oflScier mérite cette grâce , attendu qu'il aime la nation juive, et qu'il a rebâti leur synagogue à ses frais. Jésus cède à leur demande, et se met en marche avec

eux. A peine a-t-il fait quelques pas, que le centurion envoie quelques-uns de ses amis lui dire : « Seigneur, ne prenez point tant de peine, car je ne mérite pas que vous entriez dans ma maison; c'est pourquoi je ne me suis pas jugé digne d'aller à votre rencontre. Dites seulement une parole, et mon serviteur sera guéri. Moi, qui suis sous la puissance d'un autre, et qui ai des soldats à mes ordres, je dis à l'un : Va , et il va ; à l'autre : Viens , et il vient; et à mon serviteur : Fais cela, et il le fait. »

Le centurion n'achève pas d'exprimer sa pensée. Il donne clairement à entendre que Jésus, dont la puissance n'est subordonnée à celle de personne, n'a qu'à prononcer un mot pour accomplir sa volonté.

Entendant ces peu'oles, Jésus fut dans l'admiration, et se tourna vers ceux qui le suivaient : « En vérité, leur dit- il, je n'ai point encore trouvé tant de foi en Israël. Aussi je vous déclare que beaucoup viendront de rOrient et de l'Occident, et auront place dans le rovaume des cieux avec Abraham, Isaac et Jacob ; tandis que les fils , héritiers naturels

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du royaume 9 seront jetés dans les ténèbres extérieures^ où il y aura des pleiurs et des grincements de dents. » Jésus congédia les envoyés, en leur disant que la foi du centurion avait été exaucée.

A l'heure même le serviteur fut guéri, et les envoyés, de retour à la maison, trouvèrent le malade en parfaite santé.

Jésus alla ensuite dans une ville de Galilée appelée Naîm, accompagné de ses disciples, et suivi d'une foule nombreuse. Cette petite ville était située dans une position charmante, sur une légère éminence, d'où Ton découvre le petit Hermon, le mont Thabor, et l'immense plaine d'Esdrelon, arrosée par le Cison. L'horizon s'étend jusqu'aux dernières pentes du Liban et du Carmel. Ce n'est plus aujourd'hui qu'un pauvre village, Nam, où l'on remarque les débris d'une petite basilique, œuvre des chrétiens, bâtie en souvenir du miracle que nous allons raconter.

Au moment où Jésus approchait des portes de la ville, ou emportait un mort. C'était le fils unique d'une femme veuve. Le cortège funèbre se composait de beaucoup d'habitants de cette ville. A la vue de la mère désolée , Jésus fut ému de compassion, et lui dit : « Ne pleurez pas. » Puis il s'approcha, fit arrêter le convoi, et toucha la bière, en disant : « Jeune homme, lève- toi, je te le commande. » Aussitôt le mort se leva sur son séant, et commença à parler. Chez les Juifs, comme chez plusieurs peuples de l'antiquité , les morts étaient portés le visage découvert , couchés sur une espèce de lit funèbre, le corps enveloppé d'un linceul. Alors Jésus rendit le fils à sa mère. Tous les témoins de cette résurrection furent saisis d'effroi. Ils rendirent gloire à Dieu, en disant : « Un grand prophète a paru parmi nous, et Dieu a visité son peuple. »

Le bruit d'un miracle si éclatant se répandit dans toute la Judée et les pays voisins. Les disciples de Jean firent connaître à leur maîti*e tous les prodiges qui venaient de s'accomplir.

Jean était en prison lorsque ses disciples vinrent lui raconter les miracles dont tout le monde s'entretenait en Judée. Ils n'ignoraient pas le témoignage que Jean avait rendu à Jésus sur les rives du Jourdain. Le Précurseur allait lui-même recevoir un témoignage de la part du Sauveur.

Pourquoi le prophète avait-il été jeté en prison? A cause d'Hérodiade, femme de Philippe. Hérode-Antipas, tétrarque de Galilée, avait épousé la fille d'Arétas, roi des Arabes; mais, épris d'une passion criminelle pour la femme de son frère, il l'avait enlevée. Cette action révoltante avcût excité les murmures du peuple, et le roi des Arabes avait pris les armes pour venger l'insulte faite à sa fille. Jean -Baptiste, prenant la défense des lois étemelles de la morale et de la justice, n'avait pas craint de dire au prince coupable : « Il ne vous est pas permis d'avoir la femme de votre frère. » Ce reproche, adressé avec une

sainte liberté, avait mis Hérodiade en fureur. Cette femme artificieuse lui dressait des embûches, et voulait le faire mettre à mort. Mais Hérode, craignant un mouvement populaire s il faisait mourir le prophète , se contenta de le jeter en prison. Le lieu de la détention fut la forteresse de Machéronte , située sur la rive gauche du Jourdain, non loin de l'endroit où le fleuve se perd dans la mer de Sodome. Le prince, voluptueux et faible, s'imaginait peutêtre avoir satisfait ainsi au ressentiment d'une femme comme Hérodiade. Nous verrons bientôt jusqu'à quel point ime épouse coupable , sourde à la voix de sa conscience, s'irrite des reproches trop mérités d'un prophète, et peut pousser la vengeance.

Après avoir écouté le récit de ses disciples, Jean-Baptiste voulut qu'ils fussent eux-mêmes témoins des miracles dont chacun se rendait l'écho, et qu'ils apprissent de la bouche de Jésus l'arrivée du Messie. Afin de ne laisser

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