‹ Histoire de Jésus-Christ d'après les Evangiles et la tradition, expliquée à l'aide des monuments, de la description des lieux et de commentaires des écrivains ecclésiastiquesChapitre 9 sur 22 · LIVRE V · texte numérisé non relu

LIVRE V

Jésus descendit de la montagne, suivi d'une grande multitude qui s'attachait à ses pas. Au moment où il entrait dans une ville de cette contrée, un lépreux, tout défiguré par la plus horrible des maladies, accourut sur sou passage et se prosterna à ses pieds, le priant à genoux en ces termes : « Seigneur, si vous voulez, vous pouvez me guérir. » Jésus eut pitié de lui ; il étendit la main , le toucha, en disant : « Je le veux, soyez guéri. » A peine cette parole fut- elle prononcée, que la lèpre disparut, et le malade fut guéri. Le Sauveur lui défendit de publier ce miracle.

Il le renvoya aussitôt, en lui recommandant d'aller se montrer aux prêtres, et d'offrir le sacrifice ordonné par Moïse, comme témoignage et en action de grâces de sa guérisoii.

Dès qu'il l'eut quitté, cet homme, plein de joie et de reconnaissance, se mit à publier à haute voix et de tous côtés ce qui venait d'arriver. Ce fait eut un grand retentissement , de sorte que Jésus ne pouvait plus paraître en public, ni entrer librement dans aucune \âlle, tant la foule se pressait autour de lui. Afin d'éviter des démonstrations importunes, il se retira dans le désert; mais la multitude le découvrit dans sa retraite, et s'assembla autour de lui pour l'entendre et le prier de guérir les malades.

Le Sauveur n'opérait pas de prodiges en vue d'acquérir de la gloire; au contraire, il réclamait le silence de la part de ceux qui étaient l'objet de ses bienfaits. Ses miracles devaient être divulgués seulement lorsque le temps marqué dans sa sagesse étemelle serait arrivé. C'est pourquoi beaucoup de miracles sont restés inconnus. Les évangélistes se contentent de nous dire qu'il guérissait tous les

iufirmes qui lui étaient amenés. Les démons avaient reconnu leur maîtrç ; mais Jésus leur imposait silence. Sa rénommée néanmoins s'étendait de plus en plus. Alors Jésus s'enfonçait dans la solitude pour prier.

Quelques jours après il revint à Caphar-

naûm. Dès que le bruit de son arrivée se fut

répandu, il se rassembla une telle foule de

peuple, que la maison en fut remplie, et

qu'il y en avait beaucoup dans le vestibule ,

près de la porte et au dehors. Jésus s^assit

(c'était un signe d'autorité), et leur adressa

la parole. Tous prêtaient une oreille attentive

à son enseignement, et l'on remarquait au

nombre des auditeurs des pharisiens et des

docteurs de la loi, qui étaient venus le trouver

de tous les points de la Galilée , de la Judée ,

et même de Jérusalem. En cette circonstance ,

comme tant d'autres fois au milieu de la

prédication, la puissance divine éclate pai*

la guérison des malades.

Tandis qu'il prêche , arrivent quatre hommes portant un paralytique couché sur un lit, et cherchant à pénétrer à l'intérieur de la maison, afin de le placer en présence de Jésus; mais il leur est impossible d'entrer, à cause de la foule, et ils ne voient aucun moyen de percer les rangs serrés de la multitude. Ils montent alors sur le toit en terrasse de la maison, et, usant d'une ingénieuse industrie, ils percent le toit, et descendent le paralytique au miUeu de la chfiunbre, en face de Jésus. Voyant la vivacité de leur foi, le Sauveur dit au paralytique : « Mon fils, tes péchés te sont pardonnes. »

Les scribes, dont l'intention n'est pas droite, et qui se mêlent à l'assemblée pour surprendre Jésus dans ses paroles, pêœaissent scandalisés en entendant ces paroles. Us se disent en euxmêmes : Quel est donc cet homme? Quel blasphème il vient de prononcer! Dieu seul peut remettre les péchés. Jésus, qui Ut au fond des cœurs, connaît leurs pensées secrètes, et leur dit : « Pourquoi formez -vous de mauvaises pensées en vos cœurs? Lequel est le plus facile de dire à quelqu'un : Tes péchés

te sont pardonnes , ou de lui dire : Lève - toi et marche? Or, afin que vous sachiez que le Fik de Thomme a le pouvoir, sur la terre , de remettre les péchés : Lève -toi, dit-il au paralytique, prends ton lit, et retourne en ta maison. » A Tinstant le malade se lève à la vue de tous, prend le grabat sur lequel ou Favait apporté, et s'en va chez lui, glorifiant Dieu. A ce spectacle, la foule est saisie de crainte et d'admiration de ce qu'une si grande puissance a été donnée aux hommes. Tous rendent gloire à Dieu, et, remplis d'émotion, proclament que jamais on ne vit rien de pareil. « Aujourd'hui, disent-ils, nous avons été témoins de choses merveilleuses. »

La guérison du paralytique est une des preuves les plus frappantes de la divinité du Sauveur. Les docteurs juifs pensaient avec raison que Dieu seul a le pouvoir de pardonner les péchés; de même les miracles, faits extraordinaires au-dessus des forces humaines, doivent être considérés comme son témoignage. Jusqu'alors, aussi bien sur les rives du Jourdain , où ils ont interrogé Jean- Baptiste, que dans les rues de Jérusalem et

au milieu des campagnes de la Galilée, où tant de prodiges ont été opérés déjà par Jésus, ils ferment volontairement les yeux pour ne \}BS reconnaître la vérité. Mais ici le Messie se proclame hautement Fils de Dieu, Dieu lui-même. Il remet les péchés, et, pour montrer qu'il agit de sa propre autorité, il rend sur-le-champ la santé à un malade affligé d'une des plus tristes maladies ([ui désolent l'hiunanité.

Après cela, Jésus sortit, et se dirigea vers le rivage de la mer de Génésareth.

Caphamaûm était alors une ville de commerce, que sa situation favorable au bord de la mer rendait l'entrepôt de toutes les marchandises des contrées voisines. Elle se trouvait sur le chemin de Damas, au pied de l'Hermon et du Liban, entre le cours supérieur et le cours inférieur du Jourdain. Strabon (liv. xvi) nous apprend que les Phéniciens et les Arabes en avaient fait le centre de leur

uégoce. Les Romains ne négligèrent point uu moyen facile d'augmenter les impôts qu'ils avfident l'habitude d'établir sur tous les pays S4mmis à leur empire. Des publicains, espèce de douaniers, étaient attachés au port de Caphamaûm, pour faire payer an profit du fisc un impôt sur toutes les marchandises (pi'on y embarquait ou débarquait : un droit ouéreux frappait également celles qui étaient en transit. Les publicains se trouvaient partout; partout il fallait payer. Le peuple souffrait avec peine les charges qui pesaient sur lui, et la perception de cette sorte d'impôts donnait naissance à mille tracasseries. Les* publicains étaient détestés, de même que les collecteurs de l'impôt qui frappait les maisons et les terres. Ces fonctionnaires, d'ailleurs, étaient trop souvent accessibles à la corruption. Les Juifs les regardaient comme des pécheurs publics, et évitaient de communiquer avec eux, au moins tant qu'ils se li- \Taient à l'exercice de cette profession.

Matthieu ou Lévi, fils d'Alphée, était publicain. Jésus, l'ayant aperçu assis au bureau du péage, lui dit : « Suis -moi. » Aussitôt

Matthieu se leva, laissa tout, et le si Il lui donna dans sa maison un festin se tueux , auquel assistèrent , avec Jésus e disciples, des publicains en grand nomb des pécheurs pubUcs. Les pharisiens i scribes, qui épiaient toutes les actioi! Sauveur, murmuraient, et dirent aux ciples : « Pourquoi votre maître mange avec des publicains et des pécheurs? Et mêmes, comment allez -vous à un banqi pareille compagnie? » Jésus les entenc répondit : « Ceux qui se portent bien pas besoin de médecin; les malades se ont besoin. Apprenez, en vous retirai que signifie cette parole : Je veux la n corde, et non le sacrifice. Je suis ven effet, pour appeler à la pénitence n justes, mais les pécheurs. »

Admirons la conduite de Notre -Sei Toujours encUn à la miséricorde , il ; un pubhcain à prendre place parmi le très, et il ne fait pas difficulté de s à table au milieu des pécheurs. Les él choisis dans toutes les conditions de Us reçoivent le salut à la seule co

DE JÉSUS-CHRÎST. 193

d'imiter la conduite de Tapôtre saint Matthieu ^ qui laissa tout à la voix de Jésus, et s'attacha sans retard ni hésitation à ses pas. Suivant la remarque de saint Jean Chrysostome, Jésus donnait en même temps un exemple que ses disciples devaient suivre un jour s'ils voulaient gagner des âmes à Dieu.

Los disciples de saint Jean se livraient aux jeûnes et à la mortification , suivant en cela les leçons et l'exemple de leur Maître, qui prêchait la pénitence. Les pharisiens jeûnaient également deux fois la semcdne, le lundi et le jeudi ; mais ils étaient en cela conduits par un esprit d'ostentation, qui s'attache aux choses extérieures sans s'appliquer au changement des mœurs. Il s'agit ici, non du jeûne légal, mais de jeûnes volontaires, dont les pharisiens se vantaient pubUquement , et dont ils perdaient ainsi le prix.

A la suite du festin servi chez le pubUcain , des disciples de Jean - Baptiste , auxquels

s'unirent des pharisiens, demandèrent à Jésus pourquoi ses disciples ne jeûnaient pas, tandis qu'eux-mêmes et les pharisiens pratiquaient le jeûne fréquemment. Jésus répondit, dans un langage figuré aisément compris des Juifs : « Les amis de l'époux peuvent- ils être en deuil pendant le temps des noces? Us ne jeûnent pas tant que l'époux est avec eux. Un temps viendra que l'époux leur sera enlevé ; alors ils seront dans la tristesse , et ils jeûneront. »

Les pharisiens, il faut en convenir, n'étaient pas sincères, lorsqu'ils semblaient reprocher aux disciples du Sauveur de ne pas se livrer à la mortification en signe de pénitence. Les disciples de Jésus n'avaient-ils pas embrassé un genre de vie austère, en s'attachant à un maître qui n'avait pas où reposer sa tête ?

Jésus parlait encore et se tenait au bord de la mer , lorsqu'un chef de synagogue , nommé Jaîre, se jeta à ses pieds, le suppliant

de venir en sa maison, parce que sa fille unique y âgée d'environ douze ans, était sur le point de mourir. Ce père infortuné faisait les instances les plus touchantes. « Seigneur, disait -il, ma fille est à l'extrémité; venez, imposez-lui les mains, afin qu'elle soit guérie, et qu'elle vive. »

Jésus s'en alla avec lui , accompagné de ses disciples, et suivi d'une multitude innombrable. Chemin faisant, il était pressé de la foule. Alors une femme, affligée d'une perte de sang depuis douze ans, et qui avait dépensé tout son bien à se faire traiter des médecins sans obtenir de guérison, et même avec augmentation de son mal, se glissa par derrière au milieu de la foule , et touchai le bord de son vêtement. Elle se disait en ellemême : « Si je puis toucher seulement son manteau, je serai guérie. » Aussitôt, en effet, le flux de sang s'arrêta, et elle se sentit pleinement guérie. Au même moment, connaissant en lui-même le miracle qui vient de s'opérer, Jésus se détourne, et demande qui a touché son vêtement. Comme chacun garde le silence, Pierre répond : « Mcutre, vous

voyez comme la foule se presse autour de vous et vous pousse, et vous demandez à savoir qui a touché vos vêtements ! » Jésus insiste, en disant : « Quelqu'un m*a touché , car j'ai senti une vertu s'échapper de moi; » et il continue de chercher du regard la personne qui a fait cela. Comprenant qu'elle ne peut rester cachée, cette femme vient en tremblant se prosterner à ses genoux, et raconte devait la multitude pourquoi elle Fa touché, et comment elle a été guérie sur-le-champ. Jésus lui dit avec douceur : « Ma fille , ayez confiance ; votre foi vous a sauvée ; allez en paix , et soyez guérie. »

Tandis que Jésus parlait encore, les serviteurs du chef de la synagogue vinrent lui dire : « Votre fille vient de mourir ; ne donnez pas au Maître la peine d'aller plus loin. » Entendant ces paroles, Jésus dit au père : « Soyez sans crainte et sans inquiétude ; croyez seulement, et elle sera sauvée. » 11 ne permit à personne de le suivre, à l'exception de Pierre, de Jacques, et de Jean, frère de ce dernier. Étant arrivé à la maison, il y trouva des gens qui faisaient grand bruit, des joueurs de flûte,

et une troupe confuse qui pleurait et se lamentait. C'était, en effet, la coutume chez les Juifs, dès qu'une personne avait rendu le dernier soupir, d'introduire dans la maison mortuaire des musiciens chargés d'exécuter des airs funèbres, et des pleureuses à gages : les femmes les plus pauvres avaient leur convoi accompagné de deux joueurs de flûte. Ajoutons que les cadavres étaient enlevés peu de temps après le décès , afin qu'on évitât de contracter des souilliu^s légales.'

A son entrée, et à la vue de cette scène de deuil, Jésus commanda de cesser ces démonstrations funèbres. « Retirez -vous , dit-il, car la jeune fille n*est pas morte ; elle dort. » Mais ces gens se riaient de lui, sachant bien qu'elle était morte.

Jésus, les ayant tous éloignés, prit avec lui ses trois disciples, ainsi que le père et la mère de la jeune fille, et pénétra dans la chambre où la défunte était gisante. Il la prit par la main, et dit à haute voix : « Fille, levez-vous. » A cette parole toute -puissante, l'âme vint de nouveau habiter son corps , et la jeime fille se leva aussitôt, et se mit à marcher. Le Sau-

veuT ordonna de lui servir à manger. A ce spectacle, les parents, naguère consternés, furent scdsis d'étonnement et de joie. Mais Jésus leur défendit fortement de dire à personne ce qui s*était }>assé. Le bruit de ce prodige, cependant, se répandit promptement dans tout le pays.

Comme la fête de Pâques approchait, Jésus monta à Jérusalem pour assister à cette grande solennité des Juifs. 11 existe à Jérusalem, près de la porte des Brebis, une grande piscine, appelée en hébreu Bethsaida, entourée de cinq portiques. Là se tenait habituellement un grand nombre d*infirmes, d'aveugles, de boiteux, de malades dont les membres étaient desséchés, attendant que les eaux fussent agitées. A certains moments, en effet, uu ange de Dieu descendait dans la piscine, et agitait Teau; celui ensuite qui se plongeait le premier dans la piscine était guéri, de quelque maladie qu'il fût atteint. Or parmi

ces malheureux se trouvait un homme paralytique depuis trente -huit ans. Le voyant étendu sur son grabat , et sachant qu'il souffrait depuis longtemps, Jésus en eut pitié. « Voulez- vous être guéri?» lui dit-il. « Seigueur, répondit le malade , je n'ai personne qui me jette lorsque l'eau est agitée, et, avant que je puisse arriver, un autre est descendu avant moi. » Jésus lui dit alors : « Allez, prenez votre grabat, et marchez. »

Ce fait avait lieu le jour du sabbat. Le paralytique fut guéri sur-le-champ; il prit son lit, et s*en alla. Mais les Juifs lui disaient : w C'est aujourd'hui le sabbat ; il ne t'est pas permis en ce jour d'emporter ton grabat. — Celui qui m'a guéri, répliqua cet homme, m'a dit: Prenez votre Ut, et allez- vous- en. — Quel est l'honune qui t'a dit cela? » demandèrent-ils. Mais celui qui venait de recouvrer miraculeusement la santé ne savait ([ui c'était, car Jésus s'était retiré, et il y avait en cet endroit une grande foule.

Jésus rencontra ensuite dans le temple Thonune qu'il avait guéri, et il lui dit : « Vous avez recouvré la santé; ne péchez plus, de

peur qu'il ne vous arrive quelque chose de pire. » Cet homme s*en alla, et annonça aux Juifs que c'était à Jésus qu'il devait sa guérison.

Aveuglés par leurs préjugés et leur haine, les pharisiens persécutaient Jésus, sous prétexte qu'il avait agi ainsi le jour du sabbat ; ils désiraient même le mettre à mort. La violation apparente du sabbat excitait leur fanatisme. Jésus se contenta de leur dire : « Mon Père n'interrompt jamais son œuvre, et moi aussi je poursuis la mienne. »

Les pharisiens poussaient de plus en plus les Juifs à le faire mourir, non -seulement parce qu'il violait le sabbat, mais encore parce qu'il avait nommé Dieu son Père, se faisant égal à lui.

La circonstance était favorable pour faire reconnaître la divinité de sa mission; aussi Jésus- Christ leur parla-t-il en ces termes : « En vérité , en vérité je vous le déclare , le Fils ne peut rien faire de lui-même, si ce n'est ce qu'il voit faire au Père ; mais ce que le Père fait, le Fils le fait en même temps que lui. Le Père aime le Fils, et lui suggère

tout ce qu'il fait. Il lui suggérera même des œuvres bien plus grandes que celles dont vous avez été témoins , et qui vous rempliront d'admiration ; car, de même que le Père ressuscite les morts, ainsi le Fils donne la vie à qui il veut. Le Père ne juge personne : mais il a remis tout jugement au Fils, afin que tous honorent le Fils, comme ils honorent le Père : quiconque refuse d'honorer le Fils, n'honore pas le Père, qui l'a envoyé. En vérité, eu vérité je vous le dis, quiconque écoute ma parole , et croit à Celui qui m'a envoyé , a la vie étemelle ; au jour du jugement il ne sera pas condamné , car il a passé de la mort à la vie. En vérité, en vérité je vous l'assure, l'heure approche , et elle est déjà venue , où les morts entendront la voix du Fils de Dieu , et ceux qui l'auront entendue vivront. Comme le Père possède la vie en soi, de même le Fils a la vie en soi ; et il lui a donné le pouvoir de juger parce qu'il est le Fils de l'homme. Ne vous étonnez pas de cela, car l'heure est arrivée où ceux qui sont dans les tombeaux entendront la voix du Fils de Dieu. Et ceux qui auront fait le bien se lèveront pour la

éternelle, sans avoir recours à moi. » Ces paroles ne sont- elles pas la condamnation formelle des hérétiques modernes, qui, à l'exemple des pharisiens, prétendent trouver le salut dans la lecture seule de la Bible , et ne font pas difficulté de se séparer de l'Église, au sein de laquelle Jésus-Christ est toujours vivant? Comme les Juifs, ils seront condamnés par l'Écriture , car ils ne comprennent pas ce qu'ils lisent, en punition de leur aveuglement volontaire.

Huit jours après la fête de Pâque, Jésus, accompagné de ses disciples, passait, un jour de sabbat, le long d'un champ de blé. Pressés de la faim, et n'ayant rien pour la satisfaire, les disciples cueillirent des épis, qu'ils froissaient entre leurs mains, afin d'en manger le grain. S'apercevant de cela, les pharisiens dirent à Jésus : a Voyez, vos disciples font ce qu'il est défendu de fmre le jour du sabbat. » Jésus leur répondit : « N'avez-vous pas lu ce

que fit David lorsque lui et ses compagnons eurent faim? Conunent il entra dans la maison de Dieu , au temps du grand prêtre Abia-* thar, prit les pains de proposition , en mangea, et en distribua à ses compagnons , quoique cela fût interdit à tous, excepté aux prêtres? N'avez- vous pas lu dans la loi que le jour du sabbat les prêtres violent le repos sacré dans le temple sans être coupables? Je vous le dis : il y a ici quelqu'un plus grand que le temple. Si vous aviez saisi le sens de cette parole : J'aime mieux la miséricorde que le sacrifice, vous n'aïunez pas condamné des innocents. » Il ajouta : c< Le sabbat a été fait pour l'homme, et non l'homme pour le sabbat. Sachez que le Fils de l'homme est maître même du sabbat. »

Nous lisons au livre du Deutéronome qu'il était permis de détacher des épis avec la main le jour du sabbat, mais qu'il était défendu d'en arracher la tige. La moisson ne pouvait jamais se faire durant le repos sacré; tout transgresseur de ce précepte devait être lapidé. Les Juifs interprétaient ces prescriptions avec une rigueur toute pharisaïque, lorsqu'ils

reprochaient aux disciples, dénués de tout, de manger quelques grains de blé cueillis le jour du sabbat. Ce fait est propre à montrer quelle était la pauvreté de ceux qui s'étaient attachés à la personne du Sauveur. Les juifs avaient coutume de faire trois repas copieux dans le cours de la journée du sabbat. Les pharisiens étaient- ils bien venus à reprocher aux disciples Faction à laquelle les avait poussés la nécessité? Aussi Jésus, pour les excuser, se bome-t-il à citer des exemples tirés de TÈcriture, où l'extrême nécessité excuse toute espèce de fautes. D'ailleurs, en cas de besoin, n'est- il pas le dispensateur de la loi et le montre même du sabbat?

Un autre jour de sabbat, Jésus entra dans une synagogue, et y enseigna. Il se trouvait parmi les assistants un homme qui avait la main droite desséchée. Or les scribes et les pharisiens observaient attentivement Jésus, pour voir s'il le guérirait le jour du sabbat,

afin d'avoir un sujet d'accusation contre lui. Leur intention n'était pas douteuse; ils lui adressèrent donc cette question : « Est -il permis de guérir un jour de s€d)bat? » Connaissant leur pensée , Jésus dit à Thomme infinne : « Levez-vous, et tenez-vous debout au milieu de rassemblée. » L'homme obéit sur-le-champ; il se leva, et resta debout. Jésus alors, interpellant à son tour ceux qui l'avaient interrogé : « Je vous demande, dit-il, s'il est permis de faire du bien ou du mal, de sauver la vie ou de l'ôter, le joiu» du sabbat. » Ils gardèrent le silence. « Qui d'entre vous, continua Jésus, possédant une seule brebis et la voyant tomber dans une fosse le jour du sabbat, ne s'empresse de l'en retirer? Un homme n'est -il pas de beaucoup supérieur à une brebis? 11 est donc permis de faire du bien le jour du sabbat. » Les regardant ensuite avec indignation, bien qu'afiQigé de l'aveuglement de leur cœur, il dit au malade : « Étendez votre main. » Celui-ci étendit la main, et fut guéri sur l'heure.

Les pharisiens, outrés de dépit et de fureur, sortirent sur-le-champ. Ils se concèr-

tèrent ensemble sur les moyens de perdre Jésus. Informé de leurs mauvais desseins , celui-ci se retira, suivi d'une foule considérable.

Le bruit de tant de prodiges remplissait toute la Palestine et les contrées limitrophes. Une multitude innombrable, venue de la Galilée, de la Judée, de Jénisalem, de Tldumée , des pays situés au delà du Jourdain , et des alentours de Tyr et de Sidon, se pressait autour de lui, près de la mer de Génésareth, où il se trouvait en compagnie de ses disciples. Il était si gêné par la foule, qu'il demanda à ses disciples de lui amener nue barque. Il avait guéri un si grand nombre de malades, que tous se jetaient sur lui; car il suffisait de le toucher pour être guéri de quelque mal que ce fut. Il guérit tous les malades , en leur enjoignant de ne pas le découvrir. A son aspect, ceux qui étaient possédés du démon tombaient à ses genoux en

criant : « Vous êtes le Fils de Dieu. » Mais Jésus leur défendait avec menace de révéler qui il était 9 afin d'accomplir cette parole du prophète Isaîe : « Voici mon serviteur que j'ai choisi, mon bien-aimé en qui j'ai mis toutes mes complaisances : je ferai reposer mon esprit sur lui, et il annoncera la justice aux nations. Il ne disputera point; il ne criera point; personne n'entendi^a sa voix retentir sur les places publiques. Il n'achèvera pas de rompre le roseau brisé, ni d'éteindre la mèche qui fume encore, jusqu'à ce qu'il assure la victoire à la justice. Et les nations espéreront en son nom. »

On lui présenta alors un sourd -muet possédé du démon, et aveugle. Jésus le guérit; et aussitôt cet homme vit et parla. Tous étaient dans l'étonnement, et disaient : a N'est-ce pas le fils de David (c'est-à-dire le Messie)? » Mais les pharisiens, qui poursuivaient Jésus de leur jalousie et d'une haine aveugle, soutenaient qu'il chassait les démons au nom de Béelzébub, prince des démons.

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