‹ Histoire de Jésus-Christ d'après les Evangiles et la tradition, expliquée à l'aide des monuments, de la description des lieux et de commentaires des écrivains ecclésiastiquesChapitre 11 sur 22 · S HISTOIRE · texte numérisé non relu

S HISTOIRE

aucune incertitude dans leur esprit, le prophète leur dicta la question qu'ils devaient adresser à Celui vers lequel il les envoyait : « Êtes -vous celui qui doit venir, ou devonsnous en attendre un autre? »

Au moment où les envoyés de Jean arrivèrent, Jésus guérit beaucoup de personnes affligées de toute espèce d'infirmités, de langueurs, de pledes, ou possédées du démon, et il rendit la vue à plusieurs aveugles. Pour toute réponse , il les chargea de rendre compte à Jean de ce qu'ils avaient vu et entendu. « Les aveugles voient, dit -il, les boiteux marchent, les lépreux sont guéris, les sourds entendent, les morts ressuscitent, l'Ëvangile est annoncé aux pauvres. Heureux, ajoutet-il, ceux qui ne méconnaîtront pas ma mission! »

Le Sauveur ne pouvait proclamer plus ouvertement sa mission divine. A Jean-Baptiste, qui demande s'il est bien Celui qui doit être envoyé, il répond , faisant allusion à la prophétie d'Isaie qui avait prédit la venue du Messie, en ces termes : « Alors s'ouvriront les yeux des aveugles et les oreilles des sourds;

la langue des muets sera déliée ; et les boiteux sauteront de joie. »

Dès que les envoyés de Jean - Baptiste se furent retirés, Jésus dit au peuple :

« Qu'êtes -vous ailés voir au désert? Un roseau agité du vent?

« Encore une fois, qu'êtes-vous allés voir? Un homme vêtu avec mollesse? Ce n'est pas au désert, mais dans les palais des rois, que se trouvent ceux qui portent des vêtements précieux et qui vivent dans le luxe.

« Qu'êtes -vous donc allés voir? Un prophète? Oui, je vous le dis, et plus qu'un prophète. C'est de lui qu'il est écrit : Voilà que j'envoie mon ange devant toi, afin de préparer la voie que tu dois suivre. En vérité, je vous le déclare, entre les enfants des hommes, personne n'est plus grand que Jean -Baptiste; toutefois le moindre de ceux qui possèdent le royaume de Dieu est plus grand que lui.

a Si vous êtes en état de comprendre cela, ajouta -t- il, c'est Élie, qui doit venir. »

Les Juifs, en effet, attendaient Élie comme le précurseur du Messie. Jésus leur découvre

comment toutes les prédictions ont reçu enfin leur accomplissement. Entendant ces paroles , tout le peuple et les publicains y qui avaient reçu le baptême de Jean, rendirent gloire à Dieu. Mais les pharisiens et les docteurs de la loi , qui avaient dédaigné ce baptême , méprisaient les enseignements de Dieu.

Un pharisien, nommé Simon, invita Jésus à manger chez lui. Jésus entra dans sa maison, et se mit à table. Une femme de la ville, pécheresse pubUque, ayant appris que Jésus était à table chez le pharisien, apporta un vase d'albâtre rempli de parfums, et se mit à genoux derrière le Sauveur. Elle se mit à arroser ses pieds de larmes, et à les essuyer avec ses cheveux; elle les baisait, et les couvrait de parfums.

La pécheresse, en agissant de la sorte, s'humiliait publiquement, et déclarait qu'elle se consacrait au service de Jésus -Christ. Chez les anciens, c'était la fonction des esclaves de

DE JÉSUS-CHRIST. 22d

laver les pieds de leurs maîtres ^ et souvent ils les essuyaient avec.leiu^ cheveux, qu'ils portaient très -longs à cause de cela. Les femmes juives, en outre, regardaient comme un opprobre de paraître aux yeux des hommes la chevelure dénouée. En détachant elle-même ses cheveux, cette femme confessait l'irrégularité de sa conduite.

Cependant le pharisien se disait en luimême : c( S'il était prophète , il saurait bien que cette fenune qui le touche est une pécheresse. » Répondant à sa pensée , Jésus lui dit : « Simon, j'ai quelque chose à vous dire. — Maître, parlez, » répondit le pharisien. Jésus reprit : « Un créancier avait deux débiteurs ; l'un lui devait cinq cents deniers, et l'autre cinquante. Mais, comme ils n'avaient pas de quoi le payer ni l'un ni l'autre, il leur remit leur dette à tous deux. Dites -moi lequel des deux dorénavant l'aimera davantage? — Ce sera, sans doute, répUqua Simon, celui auquel il a été le plus donné. — Vous avez bien jugé, » dit Jésus. Puis, se tournant vers la femme, tout en s'adressant à Simon, il continua en ces termes : « Voyez -vous cette femme? Je

suis entré dans votre maison, et vous ne m'avez point donné d'eau pour me laver les pieds; celle-ci les a mouillés de larmes, et les a essuyés avec ses cheveux. Vous ne m'avez pas donné de baiser à mon arrivée (c'était la coutume de donner le baiser de bienvenue à ceux qu'on invitait); et celle-ci n'a cessé de me baiser les pieds depuis qu'elle est entrée. Vous n'avez pas répandu d'huile sur ma tête ; et celle-ci a oint mes pieds avec des parfums. Aussi, je vous le dis, il lui a été remis beaucoup de péchés, parce qu'elle a beaucoup aimé. Vous venez de le dire, celui à qui l'on remet moins, aime moins. » Ensuite il dit à la femme : « Vos péchés vous sont pardonnes. » Ceux qui étaient présents murmuraient dans leur cœur, se demandant quel était celui qui remettait même les péchés. Sans se mettre en peine de redresser leurs pensées, Jésus dit à cette femme : « Votre foi vous a sauvée; allez en paix. »

Quelle est cette femme, qui a mérité par sa foi et sa charité d'entendre des paroles si consolantes de la bouche du Sauveur? On a souvent regardé cette pécheresse comme

étant la même personne que Marie de Béthanie, sœur de Lazare et de Marthe; on Fa confondue aussi avec Marie - Madeleine ; des historiens, d'après le témoignage de plusieurs Pères, ont distingué clairement trois personnages. Cette dernière opinion parait la plus probable. A la vérité, Marie de Béthanie oignit aussi le Sauveur de la même manière , lorsqu'il était assis à la table d'un certain Simon. Mais ni la ressemblance du nom de Simon, qui, au surplus, a été fort commun, ni celle de l'action, ne prouvent rien, puisqu'il est évident qu'il y eut une différence de temps et de lieu. La pécheresse avait oint Notre - Seigneur en Galilée, quelques années avant que Marie l'eût fait à Béthanie. Des personnages qui invitèrent Jésus, l'un était Simon le pharisien, l'autre Simon le lépreux. A cette dernière onction, qui eut lieu quelques jours seulement avant la passion, et racontée par saint Matthieu, saint Marc et saint Jean, personne ne blâme les mœurs de Marie, qui, selon toute probabihté, n'a jamais mené une vie honteuse, puisque, après la mort de Lazare, plusieurs Juifs, c'est-

à- dire des hommes distingués et des pharisiens^ selon la remarque de saint Jean , étaient venus vers elle et vers Marthe , sa sœur, pour les consoler. L'évangéliste saint Luc dit de Marie -Madeleine que Jésus l'avait délivrée de la possession du démon , sans la confondre avec la pécheresse. Il est donc très -probable que la pécheresse de Naim, Marie de Magdala et Marie de Béthanie étaient trois personnes différentes \

Puisque nous sommes entrés dans ces détails, relatifs aux personnes, qu'il nous soit permis d'ajouter ici quelques lignes, propres à montrer la mauvaise foi des Juifs dans les temps anciens et dans les temps modernes. Il ne paraît guère douteux, d'après le sentiment des premiers écrivains ecclésiastiques, que Marie, originaire du bourg de Magdala, d'où elle tira son surnom de Madeleine, ne fut une femme mondaine et légère avant sa conversion. Qui croiredt que les rabbins ont cherché à confondre Marie de Nazareth, la

^ M. le comte de Siolberg, Histoire de Jésus -Christ, liv. III, ch. xxin.

Vierge sans tache, mère de Jésus, avec Marie

(le Magdala , qui fut possédée du démon ? Ce mensonge a été répété ; mais il a tourné à la confusion de ceux qui l'ont inventé. Dieu n'a pas permis qu'il y eût une question historique plus évidente que celle qui établit la distinction entre la vierge Maine et Marie -Madeleine '.

Deux aveugles s'attachèrent aux pas de Jésus, et le suivirent en criant: « Jésus, fils de David, ayez pitié de nous. » C'est la première fois que l'Évangile rapporte cette invocation publique, qui équivalait à une reconnaissance du Messie. Déjà, quand ils furent témoins de la guérison d'un homme aveugle et muet, les Juifs se demandaient si Jésus n'était pas le fils de David, c'est-à-dire le Messie. Jésus rentra dans sa demeure, toujoure accompagné des deux aveugles. Il leur

I Voyez le D"" Sepp, Vie de Jésus ^Christ, tom. I, î> sect. , ch. XXIII, p. 356.

dit : « Croyez- vous que j'aie la puissance de faire ce que vous demandez? — Oui, Seigneur, » répondirent-ils. Alors il leur toucha les yeux , en disant : « Qu'il vous soit fait selon que vous avez cru. » Un miracle fut la récompense de leur foi. Aussitôt leurs yeux s'ouvrirent, et ils virent cledr.

Jésus leur défendit de publier le prodige opéré en leur faveur. Mais, à peine sortis, ils proclfimièrent de tous côtés et le bienfait et le bienfaiteur. Ils n'étaient pas loin, qu'on amena un homme muet, possédé du démon.

Jésus chassa le démon, et le muet parla. A la vue de cette merveille , le peuple laissait éclater son admiration en exclamations bruyantes : « Jamais, disait -on, rien de semblable ne se vit en Israël. » Furieux de ces manifestations et de ces témoignages extraordinaires, les pharisiens criaient : « Il est possédé du démon; c'est au nom de Béelzébub qu'il chasse les démons. »

Ces vociférations furent tellement violentes, qu'elles parurent un instant trouver écho dans la multitude. Les scribes, comme les pharisiens, répétaient que la puissance de Jésus

sur les démons lui venait du prince des ténèbres. Ils voulaient le faire passer pour un magicien, assez fort pour disposer à son gré d'influences infernales. L'évidence des faits les empêchait de nier les prodiges accomplis sous leurs yeux; ils s'efforçaient d'en déna* turer l'origine et la portée.

A ces clameurs 7 (juelques-uns des siens, effrayés, accourent près de lui, pensant qu'il avait besoin de secours. Mais cette tempête et ces blasphèmes vont promptement tomber.

Jésus confond en quelques mots l'insolence des scribes et des pharisiens. « Si, dit -il, Satan fait la guerre à Satan , son royaume est divisé , et sera bientôt détruit. D'ailleurs , si je chasse les démons par Béelzébub, au nom de qui vos enfants les chassent-ils? Ceux-ci donc seront vos juges. Mais si je chasse les démons par l'esprit de Dieu, le royaume de Dieu est donc parvenu jusqu'à vous ! »

Ces observations étaient sans répUque. Le Messie devait venir sur la terre pour renverser l'empire du prince du mal. Les démons devaient fuir à sa voix, et reconnaître son autorité ; auraient-ils été assez maladroits pour

conspirer eiix-mêmes contre leur propre puissance? Lorsque Jésus les forçait à quitter le corps des malheureux qu'ils tourmentaient, ils obéissÉÛent en disant : « Vous êtes le Fils de Dieu. » La vérité s'échappait malgré eux. La haine seule des pharisiens était capable d'interpréter d'une manière perfide les prodiges qui excitaient l'admiration générale. Jésus les réduit au silence en faisant ressortir la fausseté de leurs accusations ; il porte enfin le coup le plus sensible à leur jalousie, à leur orgueil et à leur malignité, en disant qu'il est venu établir le royaume de Dieu an milieu d'eux.

Cependant, comme la foule accourait et se pressait avec une plus grande affluence, les pharisiens, dissimulant leur dépit, et désirant lui tendre un piège, lui dirent : a Maitre, nous voudrions bien être témoins d'un prodige opéré par vous. »

Comment pouvaient- ils espérer que leur requête serait accueillie favorablement, après tout ce qui venait de se passer? Aussi Jésus, découvrant leurs mauvaises intentions, et mécontent de leurs iniques procédés à son

égardy se borne- 1- il à répondre : « Cette génération coupable demande un signe; elle n'aura pas d'autre signe (jue celui du prophète Jonas. De même que le prophète Jonas est resté trois jours et trois nuits dans le corps de la baleine, de même le Fils de l'homme sera trois jours et trois nuits dans le sein de la terre. »

Jésus, s'adressant à la multitude, continua : « Au jour du jugement, les habitants de Ninive se lèveront contre cette génération, et la condamneront; csir ils ont fait pénitence à la voix de Jonas, et ici il y a quelqu'un de supérieur à Jonas. La reine du Midi, venue des extrémités de la terre écouter la sagesse de Salomon, se lèvera, au jour du jugement, contre cette génération, et la condamnera, car ici il y a quelqu'un de supérieur à Salomon. »

Pendant que Jésus parlait ainsi, une femme éleva la voix du milieu de la foule , et dit : « Bienheureux le sein qui vous a j)orté ; bienheureuses les mamelles qui vous ont nourri !

— Bienheureux plutôt, répUqua Jésus, ceux qui écoutent la parole de Dieu, et qui la mettent en pratique ! »

Il n'avait pas encore achevé son discours, quand sa mère et ses frères, c'est-à-dire ses cousins germains, se présentèrent pour lui parler. Us avaient été effrayés, sans doute, par les clameurs et les menaces des pharisiens. Mais la foule était si compacte, qu'il leur était impossible de pénétrer jusqu'à lui. Quelqu'un dit à Jésus : « Voilà que votre mère et vos frères vous cherchent, et désirent vous voir. » Alors Jésus, embrassant du regard ceux qui se tenaient autour de lui, répondit : « Qui est ma mère, et qui sont mes frères? Ma mère et mes frères sont ceux qui écoutent et observent la parole de Dieu. Quiconque, en effet, accomplit la volonté de mon Père qui est dans les cieux, celui-là est mon frère, ma sœur et ma mère. »

Un jour, Jésus sortit de la maison qu'il habitait, et alla sur le bord de la mer de Gêné-

sareth. Une grande foule, venue des villes voisines, se réunit autour de lui, afin d'entendre ses enseignements. 11 monta sur une barque, et la multitude s'assit sur le rivage. Alors il se mit à les instruire en paraboles, leur annonçant le royaume de Dieu sous forme de comparaisons.

1. « Un semeur, dit- il, sortit pour semer son grain. Mais une partie de la semence tomba sur le chemin ; elle fut foulée aux pieds par les passants, et les oiseaux du ciel mangèrent le reste. Une partie tomba sur un sol pierreux, où la terre était peu profonde. Elle leva promptement; mais, dès que le soleil pai-ut, elle fut binUée par la chaleur, et la racine se dessécha à cause du manque d'humidité. Une autre partie tomba au milieu des épines; mais les épines, en poussant, l'étouffèrent, de sorte qu'elle ne porta pas de fruits. Une autre partie, enfin, tomba dans la bonne terre ; elle ne tarda pas à lever , à croître et à mûrir; chaque grain rapporta ici trente pour un, là soixante, et ailleurs cent pour un. »

En terminant, Jésus éleva la voix en criant : « Que celui qui entend comprenne. »

2. Il leur proposa une autre parabole . « Le royaume du ciel est semblable à un homme qui avait semé de bon grain dans son champ. Mais, pendant que ses gens dormaient, son ennemi survint, sema de l'ivraie au milieu du froment, et s'en alla. La semence étant poussée et montée eu épis, Tivraie devint trèsapparente. Alore les serviteurs du père de famille vinrent le trouver, et lui dirent : « Maître , n'avez -vous pas semé uniquement de bonne semence dans votre champ? D'où vient donc qu'il s'y trouve de l'ivraie? » 11 leur répondit : « C'est l'œuvre de l'homme qui est mon ennemi. — Voulez- vous, répliquèrent les serviteurs, que nous allions l'arracher? — Non, reprit le mmtre, de peur qu'en arrachant l'ivraie vous ne déraciniez le blé. Laissez l'un et l'autre croître jusqu'au temps de la moisson. Alors je dirai aux moissonneurs : Cueillez d'abord l'ivraie, liez-la en bottes pour la brûler; amassez ensuite le blé dans mon grenier. »

3. 11 leur proposa encore une autre parabole. « A quoi, dit-il, comparerons -nous le royaume de Dieu? Sous quelle image le représenterons-nous ?

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« Le royaume du ciel est semblable à un grain de sénevé qu'un homme prend et sème dans son jardin. C'est assurément la plus petite de toutes les semences; mais, dès qu'il est levé , il pousse , et devient plus grand que tous les légumes du jardin; ses rameaux le font ressembler à un arbre, où les oiseaux du ciel viennent se reposer et se mettre à l'abri. »

i. 11 dit de nouveau : « A quoi comparer le royaume de Dieu ? Il est semblable au levain qu'une femme prend et pétrit avec trois mesiu*es de farine, jusqu'à ce que tout soit fermenté.

5. « Le royaume du ciel ressemble encore à un trésor caché dans un champ. Si quelqu'un le trouve, il le cache de nouveau, et, plein de joie, il s'en va vendre tout ce qu'il possède, et achète ce champ.

6. « Le royaume du ciel est semblable encore à un marchand qui est à la recherche de perles fines. Ayant trouvé une perle précieuse, il vend tout son bien afin de pouvoir l'acheter.

7. « Enfin, il en est du royaume des cieux comme d'un filet qu'on jette à la mer, au

moyen duquel on pêche une grande quantité de poissons, bons et mauvais. Lorsqu'il est rempli, on le tire à terre, on s'assied, et l'on choisit les poissons ; les bons sont mis à part dans un vase , et on jette les mauvais. Il en sera de même à la fin du monde ; les anges viendront, qui sépareront les bons des méchants : ces derniers seront précipités dans la fournaise , où il y aura des pleurs et des grincements de dents. »

Après avoir fini son discours, Jésus dit à haute voix : « Qui entend comprenne. »

Jésus parlait ainsi au peuple en paraboles, afin d'accomplir cette prophétie, relative au Messie : « J'ouvrirai la bouche pour parler en paraboles, et je manifesterai ce qui était caché depuis la création du monde. » Il congédia ensuite la foule, et rentra dans la maison. Dès qu'il s'y trouva seul, les apôtres l'interrogèrent, pour avoir le sens de ces enseignements cachés. « Pourquoi, lui dirent-ils, parlez-vous ainsi en paraboles? » Jésus leur répondit : « 11 vous a été donné , à vous , de connsdtre les mystères du royaume de Dieu ; mais pour ceux du dehors, ils n'ont pas reçu

la même faveur : c'est pour cela qu'on leur propose seulement des paraboles. Je leur parle en figiu*es, parce qu'ils n'ouvrent point les yeux pour voir, ni les oreilles pour comprendre, de manière à se convertir et à obtenir le pardon de leurs péchés. Ainsi s'accomplit en eux la prédiction du prophète Isaïe : Vous entendrez avec vos oreilles, et vous ne comprendrez pas; vous regarderez avec vos yeux, et vous ne verrez pctô; car le cœur de ce peuple est endurci , et leurs oreilles entendent difficilement. Ils se sont fermé volontairement les yeux et les oreilles, afin de ne point voir, de ne point entendre, et de ne point comprendre, dans la crainte de se convertir, et de peur que je ne les guérisse. Heureux les yeux qui voient ce que vous voyez, et les oreilles qui entendent ce que vous entendez! car, je vous le dis en vérité, beaucoup de prophètes , de rois et de justes ont souhaité de voir ce que vous voyez, et ne l'ont point vu, et d'entendre ce que vous entendez, et ne l'ont point entendu.

« Voici l'explication de la parabole du semeur. Le grain de blé signifie la parole de

Dieu, et le semeur est celui qui prêche la parole de Dieu. La semence tombée sur le chemiu représente ceux qui écoutent la parole de Dieu, mais qui ne s'appliquent point à la garder; le démon vient enlever la semence» de leur cœur, de sorte qu'ils perdent la foi, et ne sont pas sauvés. Celle qui est tombée sur un sol aride et pierreux se rapporte à ceux qui entendent d'abord et reçoivent la parole de Dieu avec plaisir; mais, comme en eux la foi n'a point de racines, dès qu'il s'élève des troubles et des persécutions à cause de cette paœole, ils se scandalisent aussitôt, et succombent au moment de la tentation. L'autre partie de la semence qui est tombée au milieu des épines représente ceux qui, après avoir écouté la parole de Dieu, s'embarrassent daus les inquiétudes de ce monde, se laissent prendre aux illusions de la richesse, à l'amour des jouissances, au désir des choses mondaines, et étouffent ainsi dans leur cœur la parole de Dieu, qui ne porte aucun fruit. Celle, enfin, qui est tombée en bonne ten^e signifie ceux qui écoutent la parole de Dieu , la reçoivent, la comprennent, la conservent

dans un cœur pur et vertueux , et produisent des fruits par la persévérance, les uns trente pour un, les autres soixante, et les autiTS cent pour un.

« Quant à la parabole de Tivraie, celui, dit Jésus-Christ, ipii sème le bon grain, c'est lo Fils de rhomme; le champ, c'est le monde; h» bon grain, ce sont les enfants du royaume; et l'ivraie, ce sont les enfants du mal. L'ennemi qui a semé l'ivraie, c'est le démon; la moisson, c'est la fin du monde; les moissonneurs, ce sont les anges. De même qu'au temps de la moisson on arrache l'ivraie pour la jeter au feu; de même, à la fin du monde, le Fils de l'homme enverra ses anges pour séparer les hommes de scandale et de péché, et les précipiter dans la fournaise, où il y aura des hurlements et des grincements de dents. Les justes, au contraire, brilleront comme le soleil dans le royaume de leur Père. »

Si Jésus emploie les figures et les symboles en s'adressant à la foule, c'est par compassion et par bonté. Ceux dont l'orgueil et la malice avaient endurci le cœur ne comprenaient rien à la doctrine. Les autres, sans en saisir toute

la profondeur, écoutaient avec simplicité, et étaient initiés ainsi peu à peu aux secrets de la sagesse divine. Les peuples d'Orient avaient l'habitude d'user de compcœaisons analogues dans leur enseignement public. Leur esprit se plaisait à ces images demi-transparentes; il découvrait et retenait fidèlement la vérité cachée sous l'emblème.

Du sermon prêché sur les bords de la mer, il ressort que la foi, don de Jésus -Christ, se conserve seulement dans les cœurs droits et purs, qui persévèrent dans la pratique des commandements, tandis qu'elle se perd aisément chez ceux qui consument tout leur temps à la poursuite des affaires et des plaisirs. « L'intelligence de toutes ces choses, dit Jésus-Christ, sera accordée avec surabondance aux esprits simples et droits; aux superbes, il sera ôté même ce qu'ils croient avoir. »

Vers le soir, Jésus monta sur une barque avec ses disciples, et leur demanda de passer

de l'autre côté du lac de Génésareth. La foule qui l'avait suivi fut congédiée ; plusieurs autres barques, toutefois, l'accompagnèrent. Tandis cpi'ils ramaient, Jésus s'endormit. Bientôt une tempête s'éleva, et le vent était si violent, qu'il lançait les vagues jusque dsns la barque, qui s'emplissait, et menaçait de couler bas. Jésus cependant continuait de dormir, couché à la poupe sur un oreiller. Ses disciples, effrayés, le réveillèrent en disant : « Seigneur, sauveznous, nous allons périr. — Hommes de peu de foi, leur dit Jésus, pourquoi êtes -vous si timides? » Alors il se leva, commanda au vent et à la mer, et il se fit un grand calme. « Où est donc votre foi? ajouta-t-il. Comment êtesvous si craintifs ? N'avez-vous pas encore de foi? » Saisis d'étonnement et d'admiration, les hommes qui montaient les autres barques se disaient les uns aux autres : « Quel est donc celui-ci , pour que les vents et la mer obéissent à ses ordres ? »

Ils traversèrent ainsi le lac, et abordèrent au pays des Gadcœéniens ou Géraséniens, situé vis-à-vis de la Galilée. La ville de Gadara, qui donnait son nom à cette contrée, était placée

Jésus le refusa, et lui dit : « Allez chez vous, vers vos proches, et racontez à tous les grandes choses que Dieu a faites en vous dans sa miséricorde. » Cet homme s'en alla donc, et se mit à publier par tout le pays de la Décapole ce que Jésus avait fait en sa faveur, de sorte que tous étaient en admiration.

Jésus repassa la mer, et rentra dans la ville de Capharnaùm.

Ce miracle éclatant était propre, de sa nature, à produire une impression profonde. La délivrance de ces possédés, la terreur des contrées voisines, ne pouvait manquer d'avoir un immense retentissement. Jésus-Christ même ordonne à celui qui voulait s'attacher à lui de retourner au sein de sa famille, et de faire connaître partout la merveille opérée en sa personne. Si le Sauveur, toujours porté à l'indulgence et au pardon, permet aux démons de pousser dans la mer un troupeau nombreux de porcs, c'est à la fois la répression d'un scandale, puisque la loi défendait aux Juifs de manger de la viande de porc, et un châtiment, soit de la cupidité des Juifs , soit de l'idolâtrie des Gadaréniens, puisque

ces animaux étaient destinés communément à être sacrifiés aux idoles. Les habitants , effrayés de la rigueur de cet acte de justice, ne firent entendre aucune réclamation ; ils se contentèrent de prier Jésus de s'éloigner de leur territoire, craignant sans doute la punition d'autres désordres.

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