LIVRE VIT
L'Évangile se répandait de plus en plus dans les villes et les villages situés autour de la mer de Galilée. Le bruit des miracles de Jésus attirait autour de lui, comme nous l'avons vu, une foule innombrable de Juifs et même d'infidèles. En même temps qu'il guérissait les malades, le Sauveur prêchait sa doctrine, et les prodiges opérés à la vue d'une multitude de spectateurs, rendaient témoignage en faveur de la vérité de son enseignement. Les pharisiens lui tendaient des pièges; mais la sagesse divine s'embarrasset-elle des artificc^s des hommes? Jésus en pro-
fitait pour confondre leur orgueil, démasquer leur hypocrisie, et mettre en évidence les grands principes de la morale chrétienne.
Il résolut de retourner à Nazareth après une absence assez longue, et ses disciples l'accompagnèrent. Suivant son habitude, il entra dans la synagogue le jour du sabbat, et il se mit à enseigner. Ses paroles excitaient Tadmiration; mais Tenvie détruisait le fruit de la prédication. La plupart se disaient en eux-mêmes : « Comment cet homme possèdet-il tant de science et tant de sagesse? D'oii lui vient une si grande puissance? Comment tant de prodiges ont- ils été opérés par ses mains? Ne connaissons -nous pas sa famille et sa condition? »
Dieu pénètre jusqu'au fond des cœurs, où il découvre les plus secrètes pensées. Jésus, sachant leurs mauvaises dispositions , leiu* dit : « Vous m'appliquez le proverbe : Médecin , gyériS'toi toi-même y c'est-à-dire : Les grandes choses que tu as faites à Caphamaûm , renouvelle-les dans ta patrie. » Alors il ajouta : « Un prophète est sans honneur seulement dans sa patrie, dans sa maison et dans sa famille. »
Jésus ne fit pas beaucoup de miracles à Nazareth, dit FÉvangéliste , à cause de Tincrédulité des habitants. Il guérit seulcmeut quelques malades par l'imposition des mains ; telle était leur incrédulité, qu'elle excitait son étonnement. Il se mit alors à parcourir les villages des environs, pour y faire entendre sou enseignement.
L'endurcissement des habitants de Nazareth avait empêché Jésus d'opérer les miracles qu'il avait coutume d'accomplir partout où il prêchait. Suivant l'expression de l'Évangéliste, il ne pouvait faire aucun prodige; mais, au milieu des bourgades d'alentour, l'enseignement finictifiait avec abondance, les miracles se multipUaient , et l'Évangile du royaume de Dieu s'étendait. Tous les malades et les infirmes étaient guéris.
Regardant en compassion cette multitude qui se pressait pour l'entendre, et qui ressemblait à un troupeau sans berger, il dit à ses
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disciples : « La moisson est abondante, mais les moissonneurs sont en petit nombre ; priez donc le maître du champ d'envoyer des ouvriers pour la moisson. »
Alors il réunit autour de lui ses douze apôtres, leur donna de nouveau le pouvoir de chasser les démons et de guérir toute espèce d'infirmités, et leur donna mission d'aller prêcher, leur recommandant d'aller deux à deux. Entre autres instructions, il leur dit : « N'allez point chez les païens, ni dans les villes des Samaritains. Recherchez d'abord les brebis égarées de la maison d'Israël: annoncez que le royaume de Dieu approche. Guérissez les malades, ressuscitez les morts, purifiez les lépreux, chassez les démons. Vous avez reçu ces dons gratuitement, distribuez-les gratuitement. »
Il leur commanda en outre de ne porter avec eux ni or ni argent. « N'emportez rien, leur dit-il, qu'un bâton de voyage. Ne prenez pas de sac de voyage, ni deux tuniques, ni souliers, ni provisions. L'ouvrier ne méritet-il pas sa nourriture ? Ne vous inquiétez point des aliments destinés à votre nourriture, ni
des vêtements destinés à couvrir votre corps. Lorsque vous entrez dans une ville ou dans un village, informez -vous s'il y a quelqu'un chez qui vous puissiez loger, et demeurez dans sa maison jusqu'à votre départ. En entrant chez lui, dites : Paix à cette maison. Si la maison en est digne, votre paix reposera sur elle; autrement votre paix vous reviendra. Quand vous aurez été accueilli dans une maison, ne la quittez point pour une autre. Mangez et buvez ce qu'on vous présente ; n'acceptez point d'invitation au dehors. Mais, si personne ne vous reçoit, ni ne veut écouter votre parole, secouez la poussière de vos pieds, comme témoignage contre les habitants de cette ville , en disant : Nous secouons sur vous jusqu'à la poussière de vos rues qui s'est attachée à nos pieds; sachez cependant que le royaume de Dieu est proche. Quittez ce pays. En vérité je vous le dis, Sodome et Gomorrhe seront traitées moins sévèrement que cette ville au jour du jugement. »
Jésus continua de donner ses instructions aux apôtres en ces termes : « Je vous envoie comme des brebis au milieu des loups. Soyez prudents comme dfel^ serpents, et simples comme des colombes. »
Au temps où Jésus prononçait ces paroles, les Israélites se comparaient à des colombes, et ils appelaient chiens, loups et serpents tous les gentils, sans distinction. La simplicité et la droiture forment le caractère des vrais enfants de Dieu. Les enfants du siècle se reconnaissent à leur circonspection , leur finesse et leur habileté.
« Soyez en garde contre les hommes, dit-il; car ils vous traduiront devant les tribunaux ; ils vous flagelleront dans leurs synagogues; ils vous citeront, en haine de moi, à comparaître devant les rois et les magistrats; mais là vous rendrez témoignage de moi devant eux et devant les païens. Lorsque vous serez en leur présence, ne vous inquiétez pas com-
ment vous paillerez, ni de ce que vous direz; vous saurez à l'heure même ce que vous devrez dire : ce n'est pas vous qui parlerez; c'est l'Esprit de votre Père qui parlera par votre bouche. Je communiquerai à vos discours une sagesse qui déconcertera tous vos contradicteurs.
« Vous serez haïs de tous à cause de moi. Le frère livrera son frère à la mort, et le père son fils; les enfants s'élèveront contre leurs parents. Celui qui persévérera jusqu'à la fin sera sauvé. Le disciple n'est pas au-dessus du maître, ni le serviteur au-dessus de son seigneur. Le disciple et le serviteur ne peuvent pas s'attendre à recevoir un traitement autre que celui du maître. Si le père de famille a été appelé Béelzébub, à plus forte raison appellera-t-on de même ses serviteurs. Ne les craignez point. Rien ne vous a été caché ; c'est pourquoi prêchez hautement et sur les toits ce que vous avez appris. N'appréhendez pas ceux qui tuent le corps, mais qui ne peuvent donner la mort à l'âme. Craignez plutôt celui qui peut précipiter le corps et l'âme dans l'enfer.
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« Si Ton vous persécute dans une ville, fuyez dans une autre.
« Qui vous écoute, m'écoute; qui vous méprise, me méprise, et celui qui me méprise, méprise Celui qui m'a envoyé. Qui vous reçoit, me reçoit; et qui me reçoit, reçoit Celui qui m'a envoyé.
« Quiconque me reconnaît et se déclare pour moi devant les hommes, je le reconnaîtrai devant mon Père qui est dans les cieux. Quiconque me reniera devant les hommes, je le renierai devant mon Père céleste.
« Celui qui aime son père ou sa mère, son fils ou sa fille plus que moi, n'est pas digne de moi.
« Celui qui ne prend pas sa croix pour me suivre, n'est pas digne de moi.
« Ne pensez pas que je sois venu apporter la paix sur la terre ; je ne suis pas venu apporter la paix, mais le glaive. »
Jésus-Christ parle ici de cette fausse paix dans laquelle s'endort la conscience coupable, et qui est le prélude de la mort spirituelle. En une autre circonstance, il dit à ses disciples : « Je vous laisse la paix , je votis donne
ma paix; ]e ne vous la donne pas comme le monde la donne. » La paix du Christ calme le trouble du cœur. Elle rétablit Tordre et l'équilibre entre toutes nos facultés. La paix du monde est une illusion , à l'aide de laquelle les enfants du monde trompent les autres et se trompent eux-mêmes.
Le fidèle disciple , qui marche sur lès traces de son Maître , ne doit être arrêté par aucun obstacle. Si l'épreuve vient de ceux qui lui sont attachés de plus près par les liens du sang, qu'il triomphe de la séduction, dit le pape saint Grégoire le Grand, en fuyant ses parents, en méprisant tous les avantages du monde périssable. « En effet, dit Jésus-Christ, je suis venu séparer l'homme de son père, la fille de sa mère, la belle -fille de sa bellemère. »
Après avoir ainsi donné ses instructions aux apôtres, Jésus s'en alla continuer le cours de ses prédications. Les apôtres partirent surle-champ, annonçant la bonne nouvelle dans les villes et les bourgades, exhortant à la pénitence, chcissant les démons, opérant des guérisons, et faisant des onctions d'huile sur
beaucoup de malades, qu'ils rendaient à la santé.
Dès que les habitants des lieux où Jésus venait prêcher apprenaient son arrivée, ils couraient et envoyaient dans toute la contrée pour en donner avis. Alors affluaient les malades, et l'on apportait sur leurs lits ceux qui étaient dans l'impossibilité de marcher. En quelque ville ou bourgade qu'il entrât, sitôt qu'on l'avait reconnu, on mettait les malades sur les places publiques, et on le priait de leur permettre de toucher seulement le bord de son manteau. Tous ceux qui le touchaient étaient guéris. Aussi, voyant ces miracles se renouveler chaque jour, la foule le suivaitelle partout sans vouloir le quitter.
Tout entier au ministère de la parole et aux œuvres de sa mission divine, le Sauveur n'avait aucun souci des choses de ce monde. Afin de pourvoir aux besoins de ses disciples et à ceux auxquels il s'était assujetti en pre-
nant la nature humaine, il avait permis à plusieurs saintes femmes de l'accompagner et de l'aider de leurs ressources. L'Évangile nomme Marie- Madeleine, Jeanne, femme de Chusa, intendant d'Hérode, et Susanne, qui l'assistaient de leurs biens. Une pieuse tradition rapporte que Susanne est l'épouse des noces de Cana. Parmi les autres femmes qui eurent le bonheur de vivre dans la société de Jésus, les écrivains sacrés mentionnent encore Salomé, mère des fils de Zébédée; Marie Cleophas, belle-sœur de la sainte Vierge, et mère des trois apôtres cousins germains de Jésus, appelés ses frères, comme nous l'avons dit précédemment; Marie Marc, de Jérusalem; enfin Marthe et Marie de Béthanie. Une tradition , dont plusieurs écrivains ecclésiastiques ont été l'écho, nous apprend que Marie, femme d'Alphée ou de Cléophas , outre les trois apôtres , et Joseph ou José, eut deux filles, également cousines germaines du Sauveur : ce sont ces Nazaréennes que l'on appelait les sœurs de Jésus. En Judée, c'était la coutume que les docteurs fussent accompagnés d'honnêtes matrones, occupées de pourvoir à leurs besoins.
Les ennemis de Jésus -Christ, habitués à cet usage, n'y trouvèrent jamais un prétexte d'accusation contre sa personne, quoique chaque jour à la recherche de tout ce qui pouvait lui être reproché.
Qu'il nous soit permis, d'après des textes anciens et les habitudes communes des Juifs contemporains de Notre-Seigneur, de tracer le tableau de Jésus dans ses voyages quotidiens et ses prédications à travers la Judée. Vêtu de la tunique brune de Galilée, qui couvre tout le corps depuis le cou jusqu'aux talons, les pieds chaussés de la sandale de bois, de jonc ou d'écorce de palmier, retenue et attachée à l'aide de cordons de cuir, la tête nue, ou couverte d'ime espèce de chaperon, le plus souvent rejeté sur les épaules. Une ceinture de cuir serre la tunique autour des reins, et la maintient élevée jusqu'au-dessus des genoux durant le voyage. Les gens riches portaient, dans les cérémonies, ime ceinture précieuse de laine, de coton ou de soie, ornée de broderies et de fds d'or ou d'argent, plus large que la main. Comme ses disciples, il n'use point de souliei's, espèce de chaussure
alors en usage seulement chez les personnes efféminées. Les bas étaient inconnus : aussi , quand on arrivait de voyage, on avait l'habitude de se laver les pieds; présenter de l'^au à l'étranger était un des premiers 46voirs de l'hospitaUté. Par- dessus la tunique, on avait coutume de jeter sur les épaules un ample manteau de laine. Ce manteau était composé simplement d'un morceau d'étoffe carré, assez large pour envelopper le corps entier. Jésus ne porte point de sac de voyage, ni de large ceinture pour mettre l'or et l'argent. Judas seul tient la bourse; c'est l'économe de la petite communauté. Selon l'usage constant des voyageurs en Orient, ils ont tous une fiole d'huile pour oindre et fortifier leurs membres, fatigués par l'excès de la chaleur. Au milieu de la foule qui s'attache aux pas du Sauveur, les saintes femmes, enveloppées d'un long voile , partie essentielle du costume des femmes juives, se chargent de quelques provisions, et sont attentives à pourvoir aux besoins du Maître et des disciples ^ Rien ici
< Voyez Sepp , La Vie de Noire-Seigneur Jésus-Christ, tom. I, 4* sect. , ch. xi, p. 394. — Archaeologia Biblica.
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ne sent le luxe ni les raffinements de la mollesse; tout, au contraire, respire la simplicité. Ce qui donne à la marche de Jésus son véritable caractère, ce sont les malades qui réclament la guérison, c'est la multitude avide d'écouter sa parole, de se nourrir de la nourriture spirituelle, dont les âmes droites sont affamées. Entendez le peuple, qui crie sans cesse : « Nous n'avons jamais rien vu de pareil en Israël ; un grand prophète a paru parmi nous, et Dieu a visité son peuple! » Pour compléter le tableau, voyez, parmi ces hommes simples, se glisser des scribes et des pharisiens, se déguisant pour mieux surprendre Jésus dans ses actes ou dans ses paroles, jaloux de sa sagesse et de sa puissance, cherchant l'occasion de dénaturer ses actions ou d'en atténuer la portée, afin de le compromettre et de le perdre.
Pendant que Jésus poursuivait le cours de
ses prédications et opérait tant de prodiges
en Galilée, Jean le précurseur, après une longue détention dans la forteresse de Machéronte, versait son sang pour la cause de la justice. Le prophète, comme nous l'avons vu précédemment, avait hautement reproché à Hérode le scandale de sa conduite. Hérodiade cherchait depuis lors une occasion favorable pour se venger en faisant mettre à mort le courageux défenseur de la sainteté inviolable du mariage : elle la trouva enfin.
Hérode, à Timitation des païens, célébrait le jour anniversaire de sa naissance en donnant un festin somptueux aux chefs des soldats, aux grands de la cour et aux principaux de la Galilée. Les Romains avaient emprunté aux Grecs, et les Juifs aux Romains, l'usage de terminer les repas de fête en introduisant dans la salle du festin des chanteurs et des danseurs. En cela les Juifs contrevenaient à leurs lois, qui proscrivent ces spectacles comme entachés d'idolâtrie et propres à corrompre les mœurs.
Vers la fin du festin, Salomé, fille d'Hérodiade, dansa au milieu de la salle. Cette jeune fille était digne de sa mère. Déjà très-snvanto
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dans l'art de la coquetterie, elle plut tellement à Hérode, que ce prince, la tête échauffée sans doute par les fumées du vin, jura de lui donner tout ce qu'elle lui demanderait, fût-ce la moitié de son royaume. Cette dernière promesse était une formule solennelle qui donnait plus de poids à la parole engagée, sans tirer H autre conséquence.
Salomé sortit sur-le-champ, et consulta sa mère sur ce qu'elle devait demander. Hérodiade, dont la résolution était arrêtée depuis longtemps, n'hésita pas un instant : « Va, lui dit-elle, et demande la tête de Jean-Baptiste. » A cette étrange requête de la part d'une jeune fille, le roi fut contristé; néanmoins, à cause de son serment et de ceux qui étaient à table avec lui, il ne voulut pas refuser. Il envoya aussitôt un de ses gardes avec ordre d'apporter la tête de Jean dans un bassin. Le garde courut à la prison , trancha la tête de Jean , apporta cette tête sanglante sur un bassin, et l'offrit à la jeune fille : celle-ci remit sur-lechamp ce fatal présent à sa mère.
C'est ainsi que la débauche conduit à la cruauté, et l'ivresse à la faiblesse et au crime.
La vie de saint Jean fut le prix d'une coupable complaisance. Hérode et Hérodiade ont transmis à la postérité un nom à jamais flétri. Saint Jérôme et l'historien Nicéphore racontent qu'Hérodiade perça la langue du Précurseur avec des aiguilles, comme si elle eût craint encore les reproches, ou qu'elle eiit cherché à assouvir sa vengeance sur l'organe qui avait prononcé cette parole, toujours retentissante : « Il ne t'est pas permis d'avoir la femme de ton frère. »
Les disciples de Jean, ayant appris la mort de leur maître, enlevèrent son corps, et lui donnèrent la sépulture. Ensuite ils allèrent trouver Jésus pour lui annoncer ce qui s'était passé. Le jour suivant, Jésus annonça la mort de Jean à ses disciples. Alors ceux-ci lui demandèrent pourquoi les scribes et les pharisiens disaient qu'Élie dût venir comme précurseur. « Élie doit venir, en effet, répondit Jésus. Toutefois je vous le dis : Élie est déjà venu, et ils ne l'ont point reconnu : ils l'ont traité comme il leur a plu. » Les disciples comprirent qu'il avait parlé do Jean -Baptiste.
A quelque temps de là, Hérode entendit parler des miracles de Jésus, et la renommée lui apprit quelques-uns des faits extraordinaires qui se passaient chaque jour. Il s'en inquiéta, car les uns disaient : « C'est Jean qui est ressuscité; » d'autres prétendaient que c'était Élie ou un des anciens prophètes revenu à la vie. Mais Hérode avait la conscience troublée de remords. « J'ai fait décapiter Jean , dis6dt-il à ses familiers ; cet homme qui opère tant de prodiges n'est pas autre que Jean. » C'est pourquoi il désirait ardemment voir Jésus.
Le Sauveur ne voulut pêis rester plus longtemps à l'endroit où il se trouvait quand la mort de Jean lui fut annoncée ; il passa la mer de Galilée, et resta sur la rive opposée. De retour de leur mission, les apôtres lui rendirent compte de tout ce qui leur était arrivé, de leur enseignement et de leurs actes. Il leur dit : « Venez à l'écart, en un lieu désert, afin
de VOUS y reposer un peu. » L'afflueuce des gens qui aliment et veument était si considérable autour d'eux, qu ils n'avaient pas même le temps de manger.
Ils montèrent tous sur une liarque, et se retirèrent dans le désert, du côté de Bethsaïde. Ce pays n'était pas sous la dépendance du meurtrier de Jean-Baptiste; il faisait partie de la tétrarchie de Philippe. Jésus et les apôtres n'y avment rien à craindre. Plusieurs, les ayant vus s'embarquer, remarquèrent la direction qu'ils prenaient. Dès que la foule eu fut avertie, elle accourut de toutes les villes voisines, et remplissait le désert avant qu'ils y fussent arrivés. Les personnes même les plus faibles et les plus délicates n'hésitaient pas à entreprendre cette course à pied. Au sortir de la barque , Jésus rencontra une multitude innombrable; il en eut pitié, et se mit aussitôt à l'instruire. Son enseignement embrassait beaucoup de choses, et il leur parlait du royaume de Dieu. Ceux qui étaient atteints de quelque maladie ou infirmité recou>Tèrent la santé.
Le soir étant arrivé, et le jour commen-
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çaut à baisser, les apôtres s'approchèrent de Jésus, et lui dirent : « Ce lieu est désert, et il est déjà tard; congédiez le peuple, afin que chacun puisse se procurer dans les villages et les hameaux les plus rapprochés la nourriture dont il a besoin. — Ne pouvez- vous pas, répondit Jésus, leur donner à manger? — Pourrions-nous, répliquèrent-ils, aller acheter pour deux cents deniers de pain ? » Parcourant des yeux les rangs pressés de la foule , et voyant combien elle était considérable, Jésus dit à Philippe : « Où achèterons-nous assez de pain pour tant de monde ? » Il disait ces mots pour l'éprouver, car il savait bien ce qu'il devait faire. « Deux cents deniers, répondit Philippe, ne suffiraient pas pour acheter tout le pain nécessaire, quand bien même on n'en donnerait qu'un très-petit morceau à chacun. »
Alors Jésus demanda à ses apôtres combien ils avaient de pains. « Allez, dit- il, et voyez. » André , frère de Simon-Pierre , lui dit : « Il y a ici un jeune homme qui a cinq pains et deux poissons; mais qu'est-ce que cela pour tant de monde? — Apportez-les-moi, dit Jésus, et faites asseoir en ordre , et par troupes de cent
OU de cinquante, toutes les personnes présentes. » n y avait beaucoup d*herbe en ce lien. Quand tous furent assb, il se trouya environ cinq mille personnes. Jésus prit les pains, leva les yeux au ciel, rendit grâces à Dieu, les bénit, les rompit, et les remit à ses disciples pour être distribués à la foule. Il agit de même pour les deux poissons, qui furent partagés. Tous mangèrent autant qu'ils voulurent, et furent rassasiés. Quand le repas fut achevé, Jésus ordonna aux disciples de recueillir les restes. Les douze apôtres passèrent dans les rangs, et remplirent douze corbeilles des morceaux qui restaient.
Les témoins de ce miracle furent frappés d'une si vive admiration, qu'ils se disaient entre eux : « C'est là vraiment le prophète qui doit venir au monde. » Jésus alors força ses disciples de monter sur la barque pour passer à l'autre rive, jiendant qu'il congédierait le peuple. Sachant que cette multitude songeait à venir l'enlever pour le proclamer roi, il profita des ombres de la nuit pour s'enfuir seul dans le heu le plus retiré de la montagne. 11 y resta quelque temps en prière.
Dociles à Tordre du Maître^ les disciples descendirent sur le bord de la mer, entrèrent dans la barque, et se mirent en devoir de se diriger vers Capharnaûm. Déjà depuis quelque temps la nuit était close. La barque voguait au milieu de la mer, et Jésus n'avait pas paru. Les ténèbres étaient profondes, et un vent violent contrariait la marche du navire. Les flots étaient agités, et, malgré les efforts des rameurs, ils avaient à peine parcouru vingtcinq à trente stades à la quatrième veille de la nuit. Tout à coup ils aperçurent Jésus marchant sur les eaux, qui s'approchait de la barque conmie s'il eût voulu les gagner de vitesse. D'abord ils le prirent pour un fantôme, et eurent peur. Ils poussèrent un cri; mais Jésus aussitôt leur adressa la parole, et leur dit: « Rassurez- vous; c'est moi, ne craignez point. »
Alors Simon-Pierre lui dit : « Si c'est vous, Seigneur, ordonnez -moi d'aller à vous sur
Feau. — Venez, répondit Jésus. » Pierre descendit de la barque , et se mit à marcher sur les flots. Mais, comme le vent était très- fort, il fut effrayé; dès lors il commença à s'enfoncer, a Sauvez-moi, Seigneur, s'écria-t-il. » Alors Jésus lui tendit la main, le prit, et lui dit : « Honune de peu de foi, pourquoi avezvous douté? »
Pendant que Jésus et Pierre montaient dans la barque, le vent s'apaisa, et bientôt ils abordèrent au rivage. Ce prodige plongea les disciples dans Tétonnement et l'admiration. Ils s'avancèrent tous, et se prosternèrent aux pieds de Jésus, en disant : « Vous êtes vraiment le Fils de Dieu. »
Le lendemain, la foule, restée sur le rivage , attendait Jésus. On avait remarqué qu'il n'y avait, la veille au soir, qu'une seule barque, et que Jésus n'était pas entré dans cette barque avec ses disciples. Le bruit du miracle de la multiplication des pains s'était répandu. D'au-
très barques vinrent de Tibériade vers l'endroit où le prodige s'était opéré. Bientôt on sut que Jésus et ses disciples n'étaient plus là. La foule emplit les barques, et l'on navigua vers Caphamaûm. En le rencontrant de l'autre côté de la mer, plusieurs lui dirent : « Maître , quand êtes -vous venu ici? — En vérité, répondit Jésus, je vous l'assure, vous ne me cherchez pas parce que vous avez vu des prodiges , mais parce que vous avez été rassasiés des pains que j'ai bénis et rompus au milieu du désert. Ne vous inquiétez donc pas d'une nourriture passagère, mais de celle qui dure jusque dans la vie éternelle, et que le Fils de l'homme vous donnera : le Fils de l'homme a reçu mission du Père. »
Les Juifs lui demandèrent alors : « Que devons-nous faire pour opérer les œuvres de Dieu? » Jésus leiœ répondit : « L'œuvre de Dieu est que vous croyiez en Celui qui m'a envoyé. »
Ils lui répliquèrent : « Quel miracle faitesvous sous nos yeux , afin que nous croyions en vous ? Quelle œuvre accomplissez -vous ? Nos pères ont mangé la manne dans le désert.
comme il est écrit : Il leur a doimé à manger le pain du ciel. »
Jésus leur répondit: « En vérité, en vérité je vous le dis, Moïse ne vous a point donné le pain du ciel; c'est mon Père qui vous donne le véritable pain du ciel; car le pain de Dieu descend du ciel, et donne la vie au monde.
— Maître, dirent-ils, donnez -nous de ce pain.
— C'est moi, continua Jésus, qui suis le pain de vie ; quiconque vient à moi , n'aura pas faim; et celui qui croit en moi n'aura jamais soif. Mais, je vous l'ai déjà dit, vous m'avez vu, vous avez été témoins de mes œuvres, et vous ne croyez point en moi. Tout ce que me donne mon Père vient à moi; je ne repousse point celui qui vient à moi. Je suis descendu du ciel, non pour suivre ma volonté, mais pour accomplir la volonté de Celui qui m'a envoyé. Or la volonté de mon Père, qui m'a envoyé, est que je ne perde aucun de ceux qui m'ont été donnés. Quiconque voit le Fils, et croit en lui, possède la vie éternelle ; au dernier jour je le ressusciterai. »
Les Juifs murmuraient contre lui, parce
qu'il avait dit : Je suis le pain vivant descendu du ciel. « N'est-ce pas là, disaient-ils, le fils de Joseph? Ne connaissons-nous pas son père et sa mère? Comment donc peut- il dire qu'il est descendu du ciel? »
Jésus, prenant la parole, ajouta : « Ne murmurez pas ainsi entre vous. Personne ne vient à moi sans que mon Père l'attire. Il est écrit toutefois dans les Prophètes : Tous seront capables de recevoir l'enseignement de Dieu. En vérité, en vérité je vous le dis : Qui croit en moi, a la vie éternelle. Je suis le pain de vie. Vos pères ont mangé la manne dans le désert, et ils sont morts. Je suis le pain vivant descendu du ciel; quiconque mange de ce pain vivra éternellement. Le pain que je donnerai est ma chair pour la vie du monde. »
A ces mots, les Juifs se mirent à disputer entre eux. « Comment, disaient -ils, celui-ci peut- il nous donner sa chair à manger? »
Jésus n'a pas employé un langage symbolique. Il insiste en ces termes : « En vérité, en vérité je vous le dis, si vous ne mêingez la chair du Fils de l'homme, et si vous ne buvez son sang, vous n'aurez pas la vie en vous.
Ma chair est vraiment une nourriture, et mon sang un breuvage. Celui qui mange ma chair et boit mon sang, demeure en moi, et je demeure en lui. Celui-là possède la vie éternelle, et je le ressusciterai au dernier jour. Voici le pain descendu du ciel. Ce n'est pas comme la manne que vos pères ont mêuigée dans le désert, et qui ne les a pas empêchés de mourir. Quiconque mange ce pain vivra dans l'éternité. »
Ces paroles furent prononcées dans la synagogue de Capharnaiim, où Jésus enseignait. Plusieurs de ses disciples, ne saisissant pas le vrai sens de ce discours, disaient : « Cette parole est dure; qui peut l'entendre?» Cette plainte est exprimée selon une formule alors usitée communément. Connaissant en lui-même les murmures de ses disciples, Jésus leur dit : « Cela vous scandalise-t-il? Les paroles que j'ai prononcées sont esprit et vie. C'est l'esprit qui vivifie; la chair ne sert de rien à l'inteUigence des choses spirituelles. 11 y en a parmi vous qui n'ont pas la foi. » Jésus connaissait ceux qui ne croyaient pas , et celui qui devait le trahir. A partir de ce moment, phisieui^ de
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ses disciples s'éloignèrent, et ne marchèrent plus en sa compagnie. S'adressant aux douze apôtres : « Voulez-vous aussi vous retirer ? » leur dit Jésus. « A qui irions-nous? répondit Simon-Pierre ; Seigneur, vous avez les paroles de la vie étemelle ; nous savons et nous croyons que vous êtes le Christ, le Fils de Dieu. — Ne vous ai -je pas choisis, répliqua Jésus, au nombre de douze? et pourtant l'un de vous est un démon. » Il désignait ainsi Judas Iscariotes, qui devait le trahir.
Après avoir nourri la multitude d'un pain miraculeux mais terrestre, Jésus s'adresse à ceux qu'il vient de rassasier dans le désert, pour leur apprendre qu'il existe un pain plus admirable encore, le pain céleste, le gage et la source de la vie étemelle. Ce pain descendu du ciel est l'eucharistie ; c'est le corps et le sang de Jésus-Christ lui-même. En promettant à ses serviteurs cette nourriture divine, le Sauveur n'entendait pas parler uniquement delà foi, nourriture de l'intelligence, aliment de l'âme chrétienne. Autrement il n'eût pas laissé partir ses disciples. Ceux-ci, d'ailleurs, étaient accoutumés à entendre parler du pain
<î^ U d'M:lnhér : fin p^r^rfl lan^r^o? p->avait-îl
U''uhrti*:\i yifïui les termes ijuil vient demj#Ioyrrr: il reprend, au coii traire, en ternif^s |#lii5 »-fierj^iqijes : « 0.'liii ipi ne mange [*a5 ma cliair et qui ne l^oit [»a> mon sang, n*a pas la %'ie i'u lui. i>
I>*H Juif^ prenaient cette doctrine dans un vn.s frr^is?*ier. Avant de quitter la terre, Jésus- Oiri.st nouH appnaidra comment nous devn>ns faire u.vige de la nourriture divine qu'il vient de promettre. Le sacn*ment de nos autels contient le c^jqis, le sang, Tâme et la divinité de JéHU5$-f christ, et ce sacrement est distribué ctiiupie jour aux fidèles, comme la nourriture et le breuvage par excellence. Semblables aux diHi^ipIes infidèles, les hérétiques modernes ne veulent pas croire à la parole de Jésus ; ils la détournent de son sens naturel. Ils refusent de croire à la présence réelle de Jésus-Christ dans reucharistie. Mais les catholiques, comme lc»s apôtres, acceptent à la lettre la parole du Maître. L'Église répète aux fidèles : « Voici le pain descendu du ciel; quiconque mange de ce pain vivra éternellement. »