‹ Histoire de Jésus-Christ d'après les Evangiles et la tradition, expliquée à l'aide des monuments, de la description des lieux et de commentaires des écrivains ecclésiastiquesChapitre 15 sur 22 · LIVRE X · texte numérisé non relu

LIVRE X

La fête de la Dédicace se fît à Jérusalem, et Ton était en hiver. Cette fête était célébrée chaque année à Jérusalem le 25 du mois hébraïque correspondant à notre mois de décembre. Elle durait huit jours; mais les Juifs n'étaient pas obligés d'aUer à Jérusalem, comme pour la fête de Pâque et celle des Tabernacles. On l'appelait encore fête des lumières : à l'occasion de cette solennité les habitants de Jérusalem avaient coutume dllluminer la porte de leure maisons. Judas Machabée l'avait instituée à la suite d'une victoire éclatante remportée sur les Syriens, en con-

sacrant de nouveau au culte du Seigneur le temple profané par Antiochus; Tidole de Jupiter y était restée six ans et demi. C'était une fête joyeuse, rappelant aux Israélites et la purification du lieu saint et leur délivrance du joug étranger.

Jésus se trouva à cette fête, et il se promenait dans le temple , sous le portique do Saloinon. Les docteurs avaient habitude do donner leurs leçons en se promenant, et les philosophes de la Grèce conservèrent longtemps le même usage. Ce portique était l)ati sur la gi»ande terrasse élevée de quatre cents coudées au-dessus de la vallée. 11 portait le nom du roi Salomon, qui avait exécuté ce magnifîcpie ouvrage ; mais Hérode en entreprit la reconstruction. Aujourd'hui encore, à la hase des murailles, les archéologues distinguent des restes considérables remontant an règne glorieux du fils de David.

Tandis que Jésus enseignait en marchant, les Juifs l'entourèrent, et lui dirent : « Jusquos à quand tiendrez-vous notre esprit dans l'incertitude? Si vous êtes le Christ, dites-le-nous ouvertement. »

Jésus leur répliqua : « Je vous l'ai dit déjà, et vous n'ajoutez pas foi à ma parole. Les œuvres que je fais au nom de mon Père rendent témoignage de moi. Si vous ne croyez pas en moi , c'est que vous n'êtes pas du nombre de mes brebis. Mes brebis entendent ma voix; je les connais^ et elles me suivent. Je leur donne la vie étemelle, et elles ne seront pas perdues dans l'éternité. Le Père me les a données. Le Père et moi, nous sommes un. »

A peine ces mots sont -ils prononcés, que les Juifs courent chercher des pierres pour le lapider. Jésus leur dit alors : « J'ai fait devant vous beaucoup de bonnes œuvres au nom de mon Père ; pour laquelle voulez-vous me lapider? » Les Juifs répliquèrent : « Nous ne vous lapidons pas pour aucune bonne œuvre, mais parce que vous blasphémez, et que vous vous faites Dieu, quoique vous ne soyez qu'un homme. »

Jésus leur répondit : « N'est-il pas écrit dans votre loi : Je l'ai dit, vous êtes des dieux? Si donc l'Écriture appelle dieux ceux qui ont reçu seulement la parole de Dieu, et s'il est

vrai que l'Écriture ne puisse être détruite, comment pouvez -vous dire à celui que le Père a sanctifié et envoyé dans le monde qu'il blasphème, parce que j'ai dit : Je suis le Fils de Dieu? Si je ne fais pas les œuvres de mon Père, ne me croyez p€tô; mais si je les fais, croyez à mes œuvres. »

Us cherchèrent encore à s'emparer de lui ; mais il leur échappa, et se retira de nouveau au delà du Jourdain, à l'endroit où Jean avait d'abord administré le baptême. Il demeura en ce lieu, sur les limites de la Judée, presque vis-à-vis de Jéricho; ses ennemis ne pouvaient l'y atteindre. Beaucoup de Juifs le suivirent, disant : « Jean n'a fait aucun miracle ; mais tout ce que le prophète a annoncé de Jésus était véritable. » Aussi beaucoup crurentils en lui.

Les bords du Jourdain étaient encore remplis du souvenir de Jean-Baptiste. On n'avait pas oublié le témoignage éclatant que le Précurseur avait rendu à la divinité de Jésus- Christ à plusieurs reprises. Après les prodiges sans nombre opérés dans toutes les régions de la terre occupée par les enfants d'Israël,

comment une foule d'âmes droites am^cdentelles pu résister à l'évidence, et ne pas reconnaître le Messie en la personne de Jésus?

Se voyant accompagné d'une foule innombrable, attirée par le bruit de ses miracles (»t sa réputation de sainteté, Jésus s'an'êta pour lui adi'esser la parole. Le Sauvem* n'ignorait pas que plusieurs étaient attirés à sa suite par la curiosité, cédant à cet attrait qui pousse la multitude vers la nouveauté; plusieurs aussi étaient animés de mauvaises intentions, car nous voyons constamment les pharisiens s'attacher à ses pas dans l'espérance de le compromettre. Beaucoup, sans doute, étaient mus par une admiration stérile. « Si quelqu'un, dit Jésus, vient à moi, et aime plus que moi son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères, ses sœurs, et même sa propre vie, il ne saurait être mon disciple. *

ce Quiconque ne renonce pas à tout ce qu'il possède, ne peut être mon disciple.

« Oelui qui ne veut pas porter sa croix et me suivre, ne peut être mon disciple. »

« Quoi donc ! dit Clément d'Alexandrie , Jésus nous ordonne -t-il de haïr ou de mépriser ceux qui nous touchent de plus près en ce monde , lui qui nous commande d'aimer nos ennemis? Faut-il rompre les liens étroits qui nous attachent à des personnes si chères, comme nos parents, nos enfants? Non, assurément. Jésus nous défend d'avoir pour eux un attachement désordonné, de même que pour les richesses périssables, de manière à compromettre les intérêts de notre salut. »

Une autre fois, la foule s'assembla autour de Jésus. On remarquait aux premiers rangs des publicains et des pécheurs, qui s'approchaient pour l'entendre. Les pharisiens et les scribes, à cette vue, laissaient éclater leurs murmures. « Voyez, disaient-ils, il accueille les pécheurs, et il ne fait pas difficulté do prendre ses repas avec eux. »

Jésus ^ témom des mauvaises dispositions des pharisiens , et voulant manifester ouvertement la doctrine évangélique de la miséricorde à l'égard du pécheur repentant , proposa les paraboles suivantes :

1. « Quel est celui d'entre vous qui, ayant cent brebis, s'il vient à en perdre une, ne laisse pas les quatre-vingt-dix-neuf autres dans le désert, pour courir à la recherche de celle qui s'est égarée, jusqu'à ce qu'il la retrouve? Lorsqu'il l'a retrouvée, il la met sur ses épaules, et la rapporte en Icdssant éclater sa joie. De retour chez lui, il appelle ses amis et ses voisins. Réjouissez -vous avec moi, leur dit-il, parce que j'ai retrouvé la brebis qui était perdue.

« Je vous assure, ajouta le Sauveur, qu'il y a également dans le ciel plus de joie à l'occasion d'un pécheur qui fait pénitence, que pour quatre-vingt-dix-neuf justes qui n'ont pas besoin de faire pénitence. »

2. Jésus continua : « Quelle est la femme qui, ayant dix drachmes, si elle vient à en perdre une, n'allume sa lampe, ne balaie sa maison, et ne cherche soigneusement jusqu'à

ce qu'elle l'ait trouvée? Lorsqu'elle Ta trouvée, elle convoque ses amies et ses voisines. Réjouissez- vous avec moi, leur dit-elle, car j'ai réussi à trouver la drachme que j'ai perdue.

« Ainsi, je vous Étôsure, sera la joie des anges de Dieu au sujet d'un pécheur repentant. »

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