‹ Histoire de Jésus-Christ d'après les Evangiles et la tradition, expliquée à l'aide des monuments, de la description des lieux et de commentaires des écrivains ecclésiastiquesChapitre 16 sur 22 · Jésus dit encore · texte numérisé non relu

Jésus dit encore

« Un homme avait deux fils. Le plus jeune dit à son père : Donnez- moi la part de hien qui me revient. Et celui-ci fit le partage de son bien à ses enfants. Peu de jours après, le jeune homme, ayant recueilli tout ce qu'il avait, partit pour un pays éloigné, où il dissipa toute sa fortune en vivant dans la débauche.

« Lorsqu'il eut tout dépensé, une famine affreuse désola ce pays, et il tomba dans la détresse. Il se mit alors au service d'un habitant de cette contrée , qui l'envoya dans une métairie , où il fut employé à garder des pourceaux. Telle fut sa misère, qu'il désirait assouvir sa faim en mangeant la nourriture des pourceaux ; mais personne ne lui en donnait.

« Rentrant alors en lui-même, il dit : Combien de mercenaires ont du pain en abondance dans la maison de mou père; et moi, je meurs ici de faim! Je me lèverai, j'irai vers mon père, et je lui dirai : Mon père, j'ai péché contre le Ciel et contre vous. Je ne suis plus digne d'être appelé votre fils; traitez-moi comme un des mercenaires que vous employez dans votre maison .

« Il se mit en marche, et se dirigea vers son père. 11 était loin encore, et son père le vit, et le reconnut. Ému de compassion, le père courut au-devant de lui, se jeta à son cou, et le baisa. Mais son fils, rempli de confusion et n'osant lever les yeux, lui dit : Mon père, j'ai péché contre le Ciel et contre vous; je ne suis plus digne d'être appelé votre fils. Le père aussitôt dit à ses serviteurs : Apportezlui promptement sa première robe, et l'en revêtez; mettez-lui un anneau au doigt, et une chaussure aux pieds. Allez tuer le veau gras; nous ferons un festin, et nous nous réjouirons ; car mon fils était mort, et il est ressuscité ; il était perdu , et il est retrouvé. Les serviteurs commencèrent aussitôt les apprêts du festin.

DE JÉSUS-CHRTST. 377

« Le fils aîné, qui était aux champs, voyant, à sou retour, toute cette 6igitatiou, et entendant le bruit de la musique et de la danse, appela un des serviteurs pour lui demander ce que c'était.

<c Votre frère est revenu , répondit le serviteur; c'est pourquoi votre père a fait tuer le veau grïtô, en signe de réjouissance de ce qu'il l'a recouvré sain et sauf.

« A ces mots, le frère aîné fut pris de colère, et refusa d'entrer. Le père sortit pour lui faire instance. Alors le frère aîné répondit : Comment! je vous sers depuis tant d'années, et jamais je n'ai commis un seul acte de désobéissance à votre égard; et cependant vous ne m'avez jamais donné un chevreau, afin que je puisse me réjouir en le mangeemt avec mes amis. Tandis que mon frère, qui a dissipé tout son bien dans la débauche, est à peine revenu, que vous avez ordonné de tuer le veau gras en son honneiu*.

« Le père répliqua : Mon fils, vous êtes toujours avec moi , et tout ce que j'ai est à vous : mais il fallait faire un festin et se réjouir, parce que votre frère était mort, et il est res-

suscité; il était perdu, et il est retrouvé. »

4. Jésus ajouta cette autre parabole, en s'adressant à ses disciples :

« Un homme riche avait un économe, qui fut accusé devant lui de dissiper son bien. Il le fit paraître en sa présence, et lui dit : Qu'est-ce que j'entends dire de vous? Rendez-moi compte de votre administration; car désormais vous n'aurez plus la gestion de mon bien.

« L'économe se dit alors en lui-même : Que ferai-je, puisque mon maître ne veut plus que je régisse son bien? Je n'ai pas la force de travailler à la terre, et j'aurais honte de mendier. Je sais bien ce que je ferai, afin de trouver des gens qui me reçoivent chez eux quand j'aurai perdu ma charge. Il fit donc venir chacun des débiteurs de son maître , et dit au premier : Combien devez-vous à mon maître? Cent tonneaux d'huile, répondit le débiteur. Retirez votre obligation, reprit l'économe; asseyez -vous là, et écrivez -en une autre de cinquante.

« S'adressant ensuite à un autre : Et vous , dit- il, combien devez-vous? Cent mesures de

froment, répondit celui-ci. Prenez votre billet, dit- il, et faites -en un autre de quatrevingts.

« Le maître loua l'habileté de cet économe infidèle; car les enfants du siècle sont plus habiles dans leurs affaires que les enfants de lumière.

ce Et moi je vous dis, ajouta Jésus : Faitesvous des amis avec vos trésors d'iniquité, afin que, lorsque vous viendrez à défaillir, ils vous reçoivent dans les demeures étemelles. Celui qui est fidèle dans les petites choses, l'est aussi dans les grandes; et celui qui est infidèle dans les petites choses, le devient également dans celles qui sont importantes.

« Nul serviteur, continua le Sauveur, ne peut servir deux maîtres; car ou il haïra l'un et aimera l'autre, ou il s'attachera à l'un et méprisera l'autre. Vous ne pouvez pas servir à la fois Dieu et Mammon. » (Mammon est un mot syro-chaldaïque qui signifie les richesses, et l'idole qui les symbolise.)

Les pharisiens, dont l'avarice était connue de tous, se raillaient de Jésus en lui entendant prononcer ces paroles. Mais Jésus leur dit :

Ci Vous cherchez à paraître justes devant les hommes ; mais Dieu connaît vos cœurs : souvent ce qui semble grand aux yeux des hommes est abominable devant Dieu. »

5. Pour réprimer l'orgueil des pharisiens, Jésus continua en ces termes :

c< Il y avait un homme riche, vêtu de pourpre et de lin, qui tous les jours se livrait à la bonne chère. 11 y avait en même temps un mendiant nommé Lazare, couvert de plaies, et couché à la porte du riche. Le malheureux Lazare aurait bien voulu se rassasier des miettes qui tombaient de la table du riche; mais personne ne lui en donnait. Les chiens venaient lui lécher ses plaies. Ce mendiant mourut, et fut porté par les anges dans le sein d'Abraham. Le riche mourut aussi; mais il fut enseveli dans l'enfer. Comme il était dans les tourments , il leva les yeux , et vit de loin Abraham, et Lazare dans son sein. Il poussa un grand cri : Abraham, mon père, disait- il, ayez pitié de moi; envoyez Lazare, afin qu'il trempe le bout de son doigt dans l'eau pour me rafraîchir la langue ; car je suis horriblementtourmenté dans cette flamme.

« Mon fils, répondit Abraham, souvenezvous que durant votre vie vous possédiez des biens, et Lazare n'avait que des maux; celui-ci maintenant est consolé, et vous, vous êtes dans les tourments. Il existe à présent et à jamais un abîme entre vous et nous, en sorte que nul ne pourrait aller d'ici jusqu'à vous , ou venir à nous du lieu ou vous êtes.

« Mon père, je vous eu prie, continua Ic^ riche, envoyez -le du moins dans la maison de mon père; car j'ai cinq frères. 11 leur attestera ces choses, afin qu'ils évitent de venir, eux aussi, dans ce lieu de tourments.

« Abraham répondit : Ils ont Moïse et les prophètes; qu'ils les écoutent.

« Le riche insista : Père Abraheun, si quelqu'un d'entre les morts va les trouver, ils feront pénitence.

« S'ils n'écoutent pas Moïse et les prophètes, reprit Abraham, quand bien même un mort ressusciterait, ils ne croiraient pas. »

La doctrine qui ressort de ces paraboles est évidente : c'est toujours la charité, le pardon, la pénitence remplaçant l'innocence; l'aumône, l'amour du prochain, l'oubli des

injures 9 le mépris des richesses temporelles, l'estime des richesses spirituelles; qui ne périssent pas, et méritent les récompenses éternelles. Les pharisiens recherchaient uniquement l'apparence de la justice, peu soucieux de pratiquer les préceptes essentiels de l'amour de Dieu et du prochain, sans lesquels s'évanouit toute idée de perfection religieuse et morale. Fiers d'être les descendants d'Abraham , ils s'imaginaient qifô le sang de ce grand patriarche dans leurs veines était une garantie assurée de salut. Us regardaient la possession des richesses comme une récompense de leur prétendue fidélité à observer la loi. Si Jésus, connaissant leurs injustices, leur rapacité, et la dureté de leur cœur à l'égard des pauvres, enseigne que personne ne peut servir deux maîtres, Dieu et l'argent, ils se moquent de sa parole. Mais le Sauveur montre leur sort futur en racontant l'histoire ou la parabole du mauvais riche et du pauvre Lazare. Leur endurcissement est si grand , qu'ils sont hors d'état de comprendre la loi de Moïse et l'enseignement des prophètes. En vain Dieu leur fait -il entendre de salutaires avertissements :

ils méconnaissent sa voix; ils ferment l'oreille aux prédications de ses envoyés. Jésus a beau leur rappeler la vérité en la présentant à leurs yeux sous toutes les formes, ou suaves, ou terribles, ils refusent de l'écouter . Quand bien même quelqu'un ressusciterait d'entre les morts, ils ne croiraient pas.

Mal^é les leçons sévères que Jésus adressait aux pharisiens quand s'offrait une occasion favorable, ceux-ci n'en continuaient pas moins de lui tendre des pièges. Us s'approchèrent donc de Jésus, et lui proposèrent cette question ; « Est-il permis à un homme de renvoyer sa femme pour quelque cause que ce soit? »

En rinterrogeant eu ces termes , les pharisiens comptaient bien surprendre Jésus. Si, en effet, il répondait affirmativement, ils l'accusaient de prêcher une morale relâchée, ou ils éloignaient de lui le peuple , en tout temps opposé à la faciUté du divorce; si, au con-

ti'aire, il répondait négativement, ils étaient disposés à déférer sa doctrine au grand conseil, ou à le dénoncer au tribunal d'Hérode- Antipas, parce que ce prince avait renvoyé sa femme injustement. Ce fait nous montre à quel état de dépravation les mœurs étaient tombées chez les Juifs au temps où Notre - Seigneur vécut. Le mariage était fréquemment déshonoré par le divorce ; en sorte qu'une institution étabUe de Dieu au commencement du monde, comme le fondement de la société civile, se trouvait avilie et méprisée. La dignité de l'épouse était foulée aux pieds. Trop souvent aussi les femmes , par le dérèglement de leur vie, augmentaient la dissolution générale. Si nous tracions ici le tableau de la corruption répandue parmi les païens, on détournerait la tête de dégoût. Le monde était descendu à peu près aussi bas qu'avant le déluge. La pure morale de l'Évangile pouvait seule le tirer de l'abîme.

Ramenant les pharisiens à l'institution primitive du mariage, Jésus répondit : « N'avezvous pas lu que le Créateur, au commencement, fit l'homme et la femme? A cause de

cela, l'homme quittera son père et sa mère, et s'attachera à sa femme, et ils seront deux dans une seule chair. Ce que Dieu a uni , l'homme ne doit pas le séparer.

— Pourquoi, répliquèrent les pharisiens, Moïse a-t-il commandé de donner à la femme un acte de répudiation, et de la congédier? »

On voit que les pharisiens, par suite d'une confusion involontaire ou calculée, prennent l'exception pour la règle, et regardent une simple tolérance pour un commandement.

c< C'est à cause de la dureté de votre cœur, ajoute Jésus, que Moïse vous a permis de renvoyer votre femme; mais il n'en fut pas ainsi h l'origine. Pour moi, je vous le dis, quiconque renvoie sa femme, sinon pour cause d'adultère, et en épouse une autre, commet un adultère ; celui qui épouse une femme séparée de son mari, commet également un adultère. »

Il était impossible de proclamer d'une manière plus claire l'indissolubilité du mariage. Tant que vivent deux époux , ils ne peuvent se dégager du lien qui les unit : la mort seule rom[)t leurs engagements. « Si la femme, dit

saint Paul dans sa première épître aux Corinthiens, est séparée de son mari, elle ne peut en épouser un autre. » (vu, 10.) Dans l'Évangile, Jésus-Christ n'interprète pas seulement la loi de Moise ; il parle en législateur de la nouvelle alliance à ses disciples, et, en leur personne, à tous les peuples. La défense est formelle : quiconque renvoie sa femme et en épouse une autre, commet un adultère. Quand bien même les époux se quitteraient pour de graves motifs, ils ne recouvrent pas leur Uberté : il leur est mterdit de convoler à de secondes noces, tant que la mort de l'un des conjoints n'a pas détruit la loi qui les domine * . Lorsque les disciples furent rentrés à la maison , ils questionnèrent Jésus sur le même objet, et lui dirent, d'après les préjugés des Juifs : « Si telle est la condition de l'homme avec la femme , il n'est peis avantageux de se marier. — Tous, répondit Jésus, ne comprennent pas cette parole, meiis ceux-là seulement auxquels il a été donné de la com-

1 (S. Paul. I Corinth. — Rom. vu. 1. 3. ) Vtd. Conc. Trid. Sess, 24, de Matrimonio , can, 7.

prendre. Il y en a qui sont condamnés au célibat par un vice de naissance, d'autres par l'action des hommes ; d'autres embrassent cet état volontairement, à cause du royaume des cieux. »

Il n'est pas douteux que Jésus enseigne ici à ses disciples le mérite et la supériorité de la continence p6ufaite sur l'état ordinaire du mariage. Mais cette parole ne peut être comprise de tous; ceux-là seuls en ont l'intelligence, qui sont appelés à cette vie des anges par une vocation spéciale. Pour être méritoire, ce sacrifice doit être volontaire : la violence est un crime qui perdrait les âmes.

Depuis que le Sauveur a révélé cette doctrine nouvelle à ses apôtres, l'Église a vu briller d'un éclat merveilleux une vertu jusqu'alors inconnue du monde. La virginité, cette fleur suave et délicate ^ a répandu son parfum céleste dans toutes les contrées du monde. A l'exemple des apôtres , le clergé , voué au sei*vice des autels et au ministère de la sanctification des âmes, pratique, avec l'aide de l'auteur de tout don parfait, ce genre de vie, qui donne pleine liberté à son zèle , délivre le cœur

de toute sollicitude terrestre, permet à Tâme de prendre l'essor, et de s'élever jusqu'au trône de Dieu sur les ailes de feu de la prière. Combien de pieuses vierges, dans la solitude du cloître et au milieu de l'agitation du siècle, adonnées à la contemplation ou à l'exercice des œuvres de charité, ont embrassé cette vie chaste et mortifiée à cause du royaume des deux! Spectacle sublime, propre à édifier les fidèles, à encourager les faibles, à faire rougir ceux qui se laissent aller à de coupables défaillances !

Jésus était encore au delà du Jourdain, lorsque tomba malade Lazare de Béthanie, village où demeuraient Marie et Marthe, ses sœurs. Les deux sœurs envoyèrent aussitôt un messager vers Jésus pour lui dire : « Celui que vous aimez est malade. — Cette maladie, répondit Jésus, ne va point à la mort; elle a été permise seulement pour la gloire de Dieu, et afin que le Fils de Dieu soit glorifié. »

Jésus aimait Lazare^ ainsi que ses sœurs ^ Marthe et Marie ; il reçut fréquemment Thospitalité dans leur maison à l'époque de ses voyages et de son séjour à Jérusalem. Après avoir appris la maladie de Lazare ^ il resta deux jours encore sur les rives du Jourdain. C'était une coutume, chez les Juifs, que les amis et les parents éloignés allassent seulement le troisième jour visiter un ami ou un parent, quand la maladie n'était pas réputée dangereuse. Alors il dit à ses disciples : « Allons en Judée. » A ces mots, les disciples, effrayés, s'écrièrent : « Maître , il n'y a pas longtemps les Juifs voulaient vous lapider, et vous retournez en Judée ! »

Jésus leur donna à entendre que son heure n'était pas arrivée ; il n'avait rien à redouter de la part de ses ennemis. Puis il ajouta : « Notre ami Lazare dort, et je vais l'éveiller. »

Les disciples n'étaient pas rassurés. Au lieu de combattre directement une seconde fois la résolution de leur Maître, ils saisirent cette occasion pour lui dire : « S'il dort, il est mieux , et il reviendra à la santé. » Mais ils n'avaient pas compris que Jésus faisait allusion à sa

A ce spectacle, Jésus pleura. Les Juifs se disaient entre eux : « Voyez comme il Taimait. » D'autres disaient : « Lui qui a rendu la vue a l'aveugle de naissance, ne pouvait-il pas empêcher Lazare de mourir? »

Jésus, frémissant de nouveau en lui-même, s'approcha du tombeau. C'était une grotte, dont une pierre fermait l'entrée. Jésus commanda d'ôter cette pierre. « Seigneur, lui dit Marthe, sœur de Lazare, il sent déjà; car il y a quatre jours qu'il est déposé là. — Ne vous ai-je pas annoncé, reprit Jésus, que vous verrez la gloire de Dieu, si vous croyez? »

On enleva donc la pierre. Jésus alors, levant les yeux au ciel , dit à haute voix : « Mon Père , je vous rends grâces de ce que vous m'avez exaucé. Je sais bien que vous m'exaucez toujours; mais je pai'Ie ainsi pour ce peuple qui m'environne , afin qu'il croie que vous m'avez envoyé.»

Après avoir prononcé ces mots, il cria d'une voix forte : a Lazare, sortez. » Le mort sortit aussitôt, les pieds et les mains enveloppés de linges et de bandelettes, et le visage couvert d'un suaire. Jésus leur dit: i< Déliez-le, et laissez-le aller. »

Beaucoup de Juifs ^ parmi ceux qui étaient venus chez Marthe et Marie, témoins du miracle opéré par Jésus, crurent en lui désormais. Plusieurs autres, au contraire, allèrent trouver les pharisiens, et leur apprirent ce qui venait de se passer.

A cette nouvelle, les princes des prêtres et les pharisiens réunirent le grand conseil ; c'était, pour ainsi dire, le sénat de la nation. Le grand prêtre en était président. Le malheur des temps Tavait privé de son indépendance. Toutefois il délibérait encore avec une apparence de liberté sur les questions religieuses et sur r interprétation des points obscurs de la loi mosaïque. L'assemblée tenait ses séances dans une salle faisant partie des dépendances du temple de Jérusalem.

« Que faisons-nous? disaient les pharisiens. Cet homme opère beaucoup de prodiges. Si nous lui laissons la Uberté d'agir, tous finiront par croire en lui. Alors viendront les Romains,

qui détruiront notre ville, et extennineront notre nation. »

Curieuse délibération ! Les miracles de Jésus-Christ montrent clairement qu'il est le Messie. Tous sont forcés de le reconnaître; mais les membres du grand conseil sont décidés à résister à l'évidence. Pour voiler leur lâcheté et leur infidélité, ils mettent en avant des considérations politiques. Ils prétextent l'obéissance due à la puissance romaine , et la crainte de voir la nation juive dispersée ou réduite en esclavage.

Quel parti prendront-ils cependant? Plusieurs d'entre eux, probablement, auront fait remarquer que Jésus ne s'est rendu coupable d'aucun crime ni d'aucune infraction à la loi.

Alors Caïphe, grand prêtre cette année-là, prit la parole, et dit : « Vous n'y entendez rien. Ne comprenez-vous pas qu'il vaut mieux pour nous qu'un seul homme meure pour tout le peuple, que de voir périr la nation entière? »

Caïphe, selon la remarque de l'Èvangéliste , ne prononça pas cette parole de lui-même; elle lui fut suggérée d'en haut. Comme il était grand prêtre cette année -là, il prophétisa que

Jésus devait mourir pour sa nation. Cette mort^ néanmoins, ne devait pas procurer le salut seulement à la nation juive; elle allait racheter le genre humain de la servitude du péché, et réunir enfin dans une même foi les enfants de Dieu dispersés par toute la terre.

A partir de ce jour, la résolution de faire mourir Jésus fut arrêtée. Jésus, connaissant ces noirs desseins, évita de paraître en public au milieu des Juifs. Bientôt après il se retira dans la ville d'Ephraim, près du désert de Judée. Ses disciples l'accompagnèrent, et il y séjourna quelque temps.

Ephrem ou Ephraim, qui donna asile au Sauveur, était une petite ville de l'ancien royaume d'Israël, non loin de Bethel, et à trente kilomètres environ de Jérusalem, située sur la lisière d'un désert qui s'étend au nord vers la Galilée, et, au midi, jusqu'à la mer Morte. Plus d'un des anciens prophètes, fuyant la persécution, se réfugia dans ce désert rocailleux, où règne une perpétuelle stérilité. Jésus y continua le cours de ses prédications. « Il est impossible, dit-il à ses disciples, qu'il n'arrive pas de scandales; mais malheur à

celui qui les donne. Il vaudrait mieux pour lui d'être précipité dans la mer, une pierre attachée au cou, que de scemdaliser les petits et les faibles.

« Si votre frère, ajouta Jésus, commet une faute à votre égard, reprenez -le, et, s'il fait pénitence, pardonnez-lui. S'il renouvelle sept fois sa faute, et qu'il montre du repentir, pardonnez-lui sept fois. »

Jésus savait que l'heure de sa passion approchait. Il quitta Ephraïm pour faire une courte apparition en Galilée. Avant de souffrir à Jérusalem , il tint à revoir les lieux où tant de prodiges s'étaient accomplis, où il avait reçu tant de témoignages de l'admiration des peuples. L'Évangile, tout en se taisant sur les circonstances de ce dernier voyage en Galilée, ne laisse pas la moindre incertitude sur le fait lui-même, en nous apprenant que les saintes femmes, présentes à Jérusalem durant la pas-

sion, étaient venues de la Galilée eu compagnie de Jésus.

Chemin faisant , à travers la Galilée et la Samarie, et à l'entrée d'un village, dix lépreux vinrent à sa rencontre. Ces infortunés, que leur mal contagieux forçait à rester à distance, élevèrent la voix, et criaient de loin : « Seigneur, ayez pitié de nous ! » Jésus s'approcha d'eux, et leur dit : « Allez, montrez- vous aux prêtres, suivant le devoir imposé par Moïse aux lépreux dont le mal est guéri. »

Les dix lépreux obéirent. Tandis qu'ils étaient en route pour Jérusalem, ils se trouvèrent pleinement guéris. L'un d'eux revint vers Jésus, louant Dieu à haute voix de ce qu'il avait obtenu sa guérison. Il se prosterna aux pieds du Sauveur, lui rendant grâces du bienfait reçu. Or cet honmie était Scunaritain. <c Tous les dix n'ont -ils pas été pareillement guéris? demanda Jésus; les neuf autres, où sont-ils? »

Quoique tous eussent reçu la même grâce, et fussent guéris d'une maladie incurable, aucun ne vint remercier Jésus, sauf cet étranger. En récompense do sa conduite , Jésus lui

dit : « Levez -vous, allez; votre foi vous a sauvé. »

Les pharisiens, que nous trouvons toujours à la suite de Jésus, lui posèrent cette question : (c Quand le règne de Dieu viendra-t-il ? — Le règne de Dieu, répondit Jésus, ne vient pas d'une manière apparente. On ne peut pas dire : Il est ici, ou : Il est là. Le règne de Dieu est au dedans de vous. »

Le règne de Dieu, en effet, est avant tout un règne spirituel ; il a son siège dans le cœur de rhomme. La foi et la charité, vertus surnaturelles , en sont les deux principaux fruits ; mais ce sont des vertus intérieures. Les actes qui en découlent sont les marques extérieures qui en indiquent l'existence. Les bonnes œuvres doivent donc être regardées comme le signe de ce règne fortuné, objet des vœux les plus ardents des âmes prédestinées.

Le Sauveur est descendu du ciel pour établir le règne de Dieu sur la terre; mais les

hommes, séduits par des apparences trompeuses, entraînés par des convoitises de toute espèce, ont refusé de prêter l'oreille à ses instnictions, et d'ouvrir leur cœur aux douces influences de sa grâce. « Viendront des jours, dit Jésus, où vous désirerez voir, où vous souhaiterez ardemment retrouver un seul des jours que vous avez passés avec le Fils de rhomme, et vous ne le trouverez pas. Alors on vous dira : Le Fils de l'homme est ici, ou : Il est là. N'y allez point; no suivez pas ces fausses indications.

« Le Fils de l'homme reviendra. Comme l'éclair brille soudain d'une extrémité du ciel à l'autre, ainsi en sera-t-il de la venue du Fils de l'homme en ce jour. Ce qui se passait au temps de Noé , arrivera à l'époque du retour du Fils de l'homme. Jusqu'au moment de l'entrée de Noé dans l'arche , les hommes se livraient à la bonne chère , et célébraient les noces ; mais le déluge survint, qui les perdit tous.

« Il en fut de même au temps de Loth. Les hommes mangeaient et buvaient; ils achetaient et vendaient ; ils plantaient et ils bâtis-

saient. Le jour où Loth quitta Sodome y une pluie de feu tomba du ciel, et les dévora tous.

« Ces faits sont l'image de ce qui se passera au second avènement du Fils de Thomme.

A cette heure -là, que celui qui se trouve sur la terrasse de sa maison ne descende pas prendre les meubles qu'il a laissés à Tintérieur, et que celui qui est dans les champs ne retourne pas en aiTière. N'oubliez pas le sort de la femme de Loth. Quiconque cherchera de la sort^ à sauver sa vie, la perdra. »

En manifestant ainsi les circonstances du dernier avènement du Fils de l'homme, Jésus emploie des images saisissantes, et un langage plein de mystères. Ses apôtres, effrayés, demandent une explication; mais ils n'obtiennent qu'une réponse obscure. Le Sauveur refuse de parler plus clairement en présence des pharisiens. Il en a assez dit pour ceux qui croient.

Quelques instants après, il dit à ses disciples : « Il faut que le Fils de l'homme souffre beaucoup, et qu'il soit rejeté par cette génération. »

La pensée de la passion prochaine ne quitte plus le Sauveur. Il l'exprime souvent, devant

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ses disciples^ en des termes qui ne laissent pas la moindre incertitude. A mesure que le moment approche, les circonstances mêmes de ce terrible drame sont prédites en détail. Jésus veut fortifier l'âme de ses disciples en les préparant d'avance à ce grand événement, en les prémunissant contre la tentation.

Pour montrer la nécessité de la prière, et l'efficacité de la persévérance dans Toraison, Jésus proposa la parabole suivante.

« Il y avait un juge qui ne craignait point Dieu, et ne s'inquiétait nullement des hommes. Une veuve , habitant la même ville , se présenta devant lui, demandant justice de son adversaire. Le juge refusa longtemps d'écouter ses justes réclamations. A la fin, vaincu par les instances de cette femme, il se dit en lui-même : Quoique je n'aie aucune crainte de Dieu et nul souci des hommes, néanmoins, parce que cette veuve me fatigue de ses importunités , je lui

rendrai justice, de peur qu'à la fin elle ne vienne à me faire quelque affront.

« Vous entendez, continua Jésus, ce que dit ce juge d'iniquité ; et Dieu ne ferait pas justice à ses élus qui crient vers lui jour et nuit, et il souffrirait qu'on les opprime ! Je vous le dis en vérité , il leur rendra justice. »

Puis, revenant sur la question de son avènement futm% qui venait de l'occuper récemment, il ajouta : « Quand viendra le Fils de l'homme, pensez-vous qu'il trouve de la foi sur la terre? »

Jetant alors les yeux autour de lui, il aperçut quelques-uns de ses ennemis, dont la perfidie infatigable cherchait toujours à le surprendre. Ces pharisiens hypocrites étaient pleins de mépris pour les autres hommes, à cause de leur confiance en leur justice prétendue. Jésus dit une autre parabole.

« Deux hommes montèrent au temple pour prier; l'un était pharisien, et l'autre publicain. Le pharisien, se tenant debout, priait ainsi en lui-même : Mon Dieu, je vous rends grâces de ce que je ne suis pas comme le reste des hommes, qui sont voleurs, injustes, adultères,

ni même comme ce publicain. Je jeûne deux fois chaque semaine ; je donne aux pauvres la dîme de tout ce que je possède.

« Le publicain , de son côté , se tenait à distance, n'osant même pas lever les yeux au ciel. Il se frappait la poitrine en disant : Mon Dieu, ayez pitié de moi, qui suis un pécheur.

« Je vous le dis , ce dernier s'en retourna justifié, et non pas l'autre. Quiconque, en effet, s'élève, sera abdssé ; et celui qui s'abaisse, sera élevé. »

Il est facile de se rendre compte de l'effet que produisaient sur la multitude ces discours du Sauveur. Le peuple détestait les pharisiens, dont l'excessif orgueil hii était odieux ; il accueiUait ces paraboles comme un acte de justice. Le masque était enlevé, la vérité brillait avec éclat. En face même des hypocrites, qui se vantaient de leurs mérites supposés, et qui, satisfaits de l'apparence , se mettaient peu on peine de pratiquer les vertus qui rendent l'homme vraiment agréable aux yeux de Dieu, Jésus, agissant comme ayant autorité, renverse ce fragile échafaudage de vaine gloire. Dieu ne juge pas d'après l'extérieur; son œil

scrutateur perce jusqu'au fond des cœurs ; il connaît les dispositions intérieures. L'humble pécheur, contrit et pénitent, obtient son pardon ; tandis que le pharisien superbe quitte le temple sans être justifié.

Les pharisiens qui suivaient Jésus, épiant ses démarches, commentant ses paroles avec malveillance , dénaturant ses actions , devaient entendre avec ime fureur concentrée ces paraboles, dont le sens est assez clair. D'ailleurs, ils ne prenaient guère la peine de dissimider leur haine. Aussi Jésus, quoique à la veille de tomber entre leurs mains, ne recule-t-il pas devant le devoir de proclamer la vérité. Sou cœur est inaccessible à la peur, ainsi qu'à la dissimulation. En outre, en s'adressant aux pharisiens, qui le poursuivent si lâchement, il a en vue les hypocrites de tous les âges. Sa parole retentit à travers tous les siècles : c< Quiconque s'abaisse, sera élevé; et celui qui s'élève, sera humilié. »

Alors on lui amena de petits enfants pour qu'il leur imposât les mains, ou au moins qu'il les touchât en priant sur eux. Voyant cela, les disciples repoussaient ceux qui les présentaient, les réprimandant en termes durs. Témoin de la conduite de ses disciples, Jésus s'en indigna, et leur dit : « Laissez les petits enfants venir à moi ; ne les repoussez pas ; car à ceux ([ui leur ressemblent le royaume des cieux appartient. Je vous le dis en vérité, quiconque ne reçoit pas comme up enfant le royaume de Dieu, n'y entrera pas. » Jésus alors les embrassa, leur imposa les mains, et les bénit. Puis il quitta le lieu où il était.

Au moment où Jésus se mettait en chemin, un jeune homme, appartenant aux premiers rangs de la société, accourut vers lui. Il se prosterna à ses pieds, en lui disant : « Bon

Maître, que dois -je faire pour obtenir la vie étemeUe? — Poiu'quoi, répondit Jésus, m'appelez-vous bon? Dieu seul est véritaWemeiit bon, et mérite ce titre par excellence. » Puis il ajouta : « Si vous voulez arriver à la vie éternelle, observez les commandements. Vous les connaissez. — Lesquels?» répliqua le jeune homme.

Jésus reprit : a Vous ne commetti'ez point l'homicide, ni Tadultère, ni la fornication, ni le larcin, ni le faux témoignage, ni la fraude. Honorez votre père et votre mère, et aimez le prochain comme vous-même.

— J'ai observé tous ces préceptes dès mon enfance , répUqua le jeune homme. Que me manque-t-il encore? »

Entendant cette réponse, Jésus jeta sur lui un regard de tendresse , et lui dit : « Il ne vous manque qu'une chose ; si vous voulez êti'e parfait, vendez tout ce que vous possédez, donnez-en le prix aux pauvres , et vous aurez un trésor dans le ciel; ensuite venez, et suivez-moi. »

A ces mots, le jeune homme fut rempli de tristesse, et s'en alla; car il était très-riche.

Jésus, ayant remarqué sa tristesse, porta ses regards sur ses disciples , et leur dit : « Qu'il est difficile aux riches d'entrer dans le royaume de Dieu ! » Voyant Fétonnement de ses disciples, il ajouta : « Mes fils bien- aimés, qu'il est difficile à ceux qui mettent leur confiance dans l'argent d'entrer dans le royaume des cieux ! Je vous le dis en vérité, il est plus aisé de faire passer un câble par le trou d'une aiguille, que de faire arriver au royaume des cieux un homme attaché aux richesses. »

Les disciples étaient de plus en plus étonnés. Ils se disaient les uns aux autres : « Qui donc pourra être sauvé? » Jésus, devinant leur pensée, et arrêtant son regard sur eux, leur dit : (c Cela est impossible aux hommes; mais tout est possible à Dieu. »

Prenant alors la parole, Pierre dit à Jésus : « Nous avons tout quitté pour vous suivre ; que nous sera-t-il donné? — Je vous le dis en vérité, répondit Jésus, lorsque le temps de la régénération sera venu , et que le Fils de l'homme siégera sur le trône de sa gloire, vous qui m'avez suivi, vous serez assis sur douze trônes, pour juger les douze tribus

dlsraël. En vérité je vous le dis, nul ne quittera pour moi , pour le royaume de Dieu ou pour l'Évangile, sa maison, ses parents, ses frères ou ses sœurs, son père ou sa mère, sa femme ou ses enfants, ou ses champs, qui ne reçoive au centuple et au delà, dans ce monde, tout ce qu'il aura abandonné, ainsi que des persécutions, et, dans le siècle futur, la vie éternelle. »

Jésus- Christ insiste fortement sur le mépris des richesses de ce monde. Celui qui en fait l'objet de ses affections, et qui est prêt à tout sacrifier pour les obtenir ou les augmenter, n'est pas digne du royaume de Dieu. L'expérience de chaque jour, hélas! il faut le dire, une déplorable expérience nous apprend que les hommes cupides, toujours occupés du soin d'accroître leur fortune, négUgent trop souvent des intérêts plus importants: que dis-je? foulent aux pieds les devoirs essentiels de la justice et de la probité. « Là où est votre trésor, dit Jésus-Christ, là est votre cœur. » Quiconque est esclave des désirs déréglés ayant pour principal objet la possession des avantages terrestres, ne saurait être disciple de l'Évangile.

« Persoune ne peut servir deux maîtres à la fois : Dieu et Fargent. »

Qu'on ue dise pas que les apôtres avaient quitté peu de choses, puisqu'ils ne possédaient rien. Celui-là, dit saint Augustin, fait un grand sacrifice, qui abandonne tout ce qu'il possède, et renonce à acquérir quoi que ce soit. Les apôtres laissèrent généreusement ce qu'ils avaient : Relictis omnibus, secuti sunt eum. L'homme du peuple, en renonçant au peu qu'il possède, au petit patrimoine légué par son père, au champ acquis au prix de ses sueurs, à la chaumière où sa tête trouve un abri, où sa famille se presse autour de son modeste foyer, fait-il un acte moins courageux et moins méritoire que celui qui dès son enfance nage dans l'abondance , tient d'héritage un large domaine? Peut-on demander quelque autre chose à qui laisse tout, même l'espérance?

La récompense future de celui qui, voulant être parfait, se dépouiUe, au profit des pauvres, de toutes ses richesses, est bien propre à séduire le cœur du vrai croyant. Mais tous les hommes ne sont pas appelés à la perfec-

tioQ, ni à la pratique des conseils évangéliques. « Si vous voulez entrer dans le royaume de Dieu, dit le Sauveur, observez les commandements. » TeUe est la condition imposée à tous sans exception.

Jésus, à la suite des discours qu'il venait de prononcer sur le royaume des cieux, et faisant allusion à la vocation des gentils, ajouta : « Beaucoup qui sont les premiers deviendront les derniers, et plusieurs qui sont les derniers seront les premiers.

ce II en est, dit-il, du royaume des cieux comme d'un père de famille qui sortit dès la première aube du jour afin de louer des ouvriers pour sa vigne. Il convint avec eux d'uu denier par jour, et les envoya dans sa vigne. Vers la troisième heure , il sortit de nouveau , et rencontra sur la place publique d'autres ouvriers inoccupés. Il leur dit : Allez aussi dans ma vigne, et je vous donnerai ce qui sera juste. Et ils y allèrent. Il sortit encore vers la

sixième et vers la neuvième heure, et il fit la même chose. Enfin, sur la onzième heure, il trouva encore des ouvriers sans rien faire. Pourquoi, leur dit-il, restez-vous oisifs toute la journée? Personne, répondirent-ils, ne nous a loués. Et vous aussi, reprit le père de famille, allez à ma vigne.

« Le soir venu, le mmtre dit à son intendant : Appelez les ouvriers, et payez -les, en commençant par les derniers.

« Les ouvriers de la onzième heure se présentèrent, et reçurent chacun un denier. Les premiers vinrent ensuite, comptant recevoir davantage; mais ils reçurent également chacun un denier. En le recevant, ils murmuraient contre le père de famille. Ces derniers, disaientils, n'ont travaiUé qu'une heure, et vous les traitez de la même manière que nous, qui avons porté le poids du jour et de la chaleur. Alors le père de famille, s'adressant à l'un d'eux, lui dit : Mon ami, je ne vous fais aucun tort. N'êtes -vous pas convenu d'un denier avec moi? Prenez ce qui vous revient, et aUezvous-en. Il me plfidt de donner à ce dernier autant qu'à vous. Est-ce qu'il ne m'est pas

permis de faire ce que je veux? Votre œil est-il mauvais parce que je suis bon? C'est ainsi que les derniers seront les premiers, et que les premiers seront les derniers. Il y a beaucoup d'appelés, mais peu d'élus. »

S'il y avait la moindre obscurité dans la signification de cette parabole , les saints Pères l'auraient dissipée. Dieu est le père de famille; les ouvriers sont tous les chrétiens ; et la vigne est la sanctification de l'âme. Dieu invite les hommes, à tous les âges de leur vie, à travailler à l'œuvre de leur propre sanctification, la plus importante, la seule vraiment importante. Il ne repousse pas ceux qui ont déjà passé la moitié de leur existence ; il ne rejette pas non plus les vieillards. L'ouvrier de la onzième heure, par la miséricorde du Père céleste, recevra la même récompense que l'ouvrier appelé dès la première heure, et fidèle à sa vocation, ce Vous tous, dit saint Jean Chrysostome, qui avez follement dissipé les meilleures années de votre vie au service du monde, vous êtes appelés par le Seigneur à travailler à la culture de sa vigne, c'est-à-dire à votre salut. Quand même vos cheveux au-

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raient blanchi , quand même vos pas seraient chancelants et vos mains tremblantes, ne soyez pas sourds à l'appel du Mmtre. Soyez courageux; travaillez, tandis que sur l'horizon brillent un reste de jour et quelques rayons d'espérance. Entrez dans la vigne avant que le soleil ait disparu. Il serait trop tard quand les ténèbres couvriront la terre. L'intendant du Père de famille vous appeUera avec les autres. Quoique vous ayez passé une partie du jour à ne rien faire, vous serez néanmoins compris au nombre des enfants de lumière. Vous mériterez ainsi de recevoir le denier qui doit exciter le désir des chrétiens. »

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