‹ Histoire de Jésus-Christ d'après les Evangiles et la tradition, expliquée à l'aide des monuments, de la description des lieux et de commentaires des écrivains ecclésiastiquesChapitre 18 sur 22 · LIVRE XII · texte numérisé non relu

LIVRE XII

Jésus avait passé le jour du sabbat dans la maison de Lazare à Béthanie. Le lendemain (jour que les chrétiens appellent le dimanche) , il se mit en marche vers Jérusalem. AiTivé à Bethphagé; village situé entre Béthanie et Jérusalem, et caché, pour ainsi dire, à Tombre de la montagne des Oliviers, il envoya deux de ses disciples vers une maison qu'il désigna, où ils devaient trouver une ânesse avec son ânon. « Déliez-les, dit-il, et amenez-les ici. Si quelqu'un vous demande pourquoi vous faites cela, vous répondrez que le Seigneur en a besoin ; et aussitôt on vous les laissera em-

mener. » Les disciples obéirent. Ils jetèrent un manteau sur Tânon, et Jésus s'assit dessus. Tout cela fut fait pour Taccomplissement de la prophétie de Zacharie, qui avait écrit : « Dites à la fille de Sion : Ne craignez pas, fille de Sion, voici votre Roi qui vient à vous plein de douceur, monté sur un ânon, le petit do rànesse qui est sous le joug. » Les disciples cependant comprirent le sens de cette prophétie seulement après que Jésus fut entré dans sa gloire.

La foule, qui était assemblée à Jérusalem de tous les coins de la terre promise, et même des régions étrangères, pom* la célébration de la Pâque, ayant appris que Jésus approchait de la ville, sortit à sa rencontre. Beaucoup portaient à la main des branches de palmier ; d'autres coupaient des branches d'arbre, et jonchaient le chemin de feuillages; d'autres étendaient leurs manteaux sur la route. En descendant les pentes de la montagne des Oliviers, les disciples, pleins de joie, louaient le Seigneur, ravis des merveilles dont ils étaient témoins, disant à haute voix : « Béni soit le Roi d'Israël, qui vient au nom du Sei-

gneur; paix et gloire au plus haut des cieux ! » La foule qui précédait ou qui suivait criait en chœur : « Hosanna au fds de David ; béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! Béni soit le règne de David, notre père, qui vient maintenant; hoscmna au plus haut des cieux! » Cette procession triomphale descendait lentement les pentes du mont des Oliviers, faisant retentir l'écho de joyeuses acclamations. Les Juifs témoins de la résurrection de Lazare, et tous ceux qui avaient entendu parler de ce miracle éclatant, se montraient les plus empressés à célébrer les louanges de Jésus.

Les ennemis du Sauveur, les pharisiens, se trouvaient mêlés à la multitude , regardcmt et écoutant. Mécontents de cette ovation, choqués des paroles qu'ils entendaient, ils s'adressèrent à Jésus : « Maître, lui dirent- ils, faites taire vos disciples. — S'ils gardent le silence, répondit Jésus, les pierres mêmes crieront. »

On peut remarquer ici que c'était la coutume des Juifs de choisir en ce joiœ, le premier jour de la grande semaine, l'agneau qui devait être immolé pour la Pâque. Cette année-là, les prêtres avaient -ils besoin de l'aller chercher?

i34 HISTOIRE

Celui dont saint Jean avait dit : Voici FAgneau de Dieu qui efface les péchés du monde ^ la grande Victime de la grande Pâque, venait s'offrir volontairement. Mais alors les yeux de tous étaient fermés; personne ne connut ce mystère.

Lorsque Jésus fut assez près pour apercevoir distinctement Jérusalem, il pleura sur cette ville infortunée. « 0 cité malheureuse, dit-il y si du moins en ce jour tu connaissais ce qui peut te procurer la paix ! Mais à présent ces choses sont cachées à tes regards. Viendront des jours où tes ennemis t'environneront •de tranchées y t'enfermeront et te serreront de tous côtés. Ils te renverseront à terre ; ils donneront la mort à tes enfants qui sont dans ton sein; ils ne laisseront pas pierre sur pierre, parce que tu n'as pas com])ris les jours où je t'ai visitée. »

Au moment où Jésus entra dans Jérusalem , toute la ville fut émue. On demandait : « Quel est celui-ci? » et le peuple répondait : « C'est Jésus le prophète , de Nazareth en Galilée. »

Jésus fit son entrée par la porte que plus tard on appela la porte dorée , et qui subsiste

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encore aujourd'hui. Les infidèles, maîtres actuels de Jérusalem, Tout fait murer, persuadés, suivant une de leurs traditions, que les chrétiens doivent y passer quand ils s'empareront de cette ville pour en rester à jamais les maîtres. Nous n'omettrons pas de citer ici une remarque du savant cardinal Baronius. A l'e^idroit même où était Jésus lorsqu'il regarda Jérusalem en versant des larmes, prévoyant la destruction prochaine de cette ville, Titus, à la tête des légions romaines, vint d'abord planter sa tente au commencement du siège. Circonstance frappante, bien propre à mettre en é\âdence l'accomplissement de cette terrible prophétie !

Après avoir traversé la ville au milieu des acclamations de la foule, Jésus monta au temple par les degi'és placés à droite. C'était la coutume ; on descendait ensuite par le côté gauche. Au moment où il parut sous le premier portique, les enfants qui se trouvaient dans le temple, probablement élevés dans le saint

lieu, comme autrefois le jeune Samuel, pour le service intérieur du culte, criaient : « Hosanna au fils de David ! » A peine arrivé sous les portiques, Jésus guérit les aveugles et les boiteux qui y venaient habituellement implorer la pitié des passants. A la vue de ces miracles, l'enthousiasme redoubla, et Ton entendait de tous côtés retentir ces mots : « Hosanna au fils de David ! » Les scribes et les pharisiens virent bien les guérisons miraculeuses opérées sous leurs yeux ; mais la haine troublait leur esprit. S'adressaut à Jésus, ils lui dirent, sur le ton du reproche : « N'entendez-vous pas ce que disent ces enfants ? » Jésus se contenta de leur répondre : « Oui, sans doute; n'avez- vous pas lu ces paroles : Vous avez tiré votre louange de la bouche des enfants, et vous l'avez complétée à l'aide des cris des petits enfants encore à la mamelle ? »

Personne ne pouvait résister à son autorité. Ses ennemis les plus acharnés eux-mêmes subissaient l'influence de sa divinité. En vain laissaient-ils éclater leurs murmures ; en vain montraient-ils tous les signes d'une violente colère; ils semblaient paralysés. Le triomphe

du Christ devait être complet. Pénétrant jusque sous les portiques intérieurs, qui se trouvaient dans l'enceinte du temple proprement dit, Jésus, comme deux ans auparavant, à l'époque de la célébration solennelle de la Pâque, rencontra des vendeurs, des acheteurs, et des changeurs de monnaie. Saisi d'une sainte indignation, il chassa tous ceux qui se livraient au trafic dans le temple , renversa les tables des banquiers et les sièges des marchands de colombes, en disant : a II est écrit : Ma maison est une maison de prière ; n'est-il pas connu parmi les nations que ma maison est consacrée à la prière? et vous l'avez transformée en caverne de voleurs. » Personne n'osa lui opposer la moindre résistance. Il sortit ensuite, et, comme le jour était sur son déclin, il se dirigea vers le village de Béthanie , où il passa la nuit avec ses disciples.

Le lendemain matin, comme ils retournaient à Jérusalem, Jésus, sentant la faim, et aperce-

vant un figuier couvert de feuilles près du chemin, s'en approcha pour voir si, par hasard, il n'y pourrait pas cueillir quelques fruits; mais il n'y avait que des feuilles , car la saison des figues était passée : il n'était pas rare cependcuit en Judée, lorsque la saison n'avait pas été très - rigoureuse , de trouver après l'hiver quelques figues au milieu des feuilles. Jésus maudit ce figuier en présence de ses disciples , en disant : « Nul désormais ne mangera de tes fruits. » Et aussitôt cet arbre se dessécha.

Rentré à Jérusalem, Jésus monta au temple/ où il continua le cours de ses enseignements. Les Juifs prêtaient attention à sa parole, et se pressaient autour de sa personne. Les pharisiens en étaient furieux. Us pensaient toujours à le perdre ; mais ils cherchaient un moyen de le faire secrètement, à cause de la frayeur que leur inspirait la présence du peuple. Comment, en effet, auraient-ils pu recourir à la violence, pendant que la multitude était dans l'admiration de sa doctrine et serrée autour de lui , suspendue, pour ainsi dire, à ses lèvres?

Le soir, Jésus se retira de nouveau à Béthanie. Le lendemain matin, en passant, les

disciples remai'quèrent que le figuier était sec jusque dans sa racine. Pierre en fit Tobservatiou. « Maître, dit-il, voilà que le figuier que vous avez maudit est desséché. — Comment, ajoutèrent les autres disciples, s'est- il di?sséché aussitôt? »

Jésus profita de cette circonstance pour leur faire une nouvelle instruction. « Ayez foi en Dieu, leur dit-il; je vous le dis en vérité, si vous avez la foi, non-seulement vous pourrez faire ce qui est arrivé à ce figuier, mais encore , si vous conunandez à cette montagne de se jeter dans la mer, elle vous obéira. Aussi, je vous en donne l'assurance, tout ce que vous demanderez dans la prière, ayez foi que vous l'obtiendrez, et il vous sera donné. Lorsque vous vous mettrez en prière, pardonnez à celui qui vous aura offensé , afin que votre Père qui est dans les cieux vous remette les péchés que vous aurez commis. Si vous ne pardonnez pas à votre prochain, sachez que votre Père céleste ne vous accordera aucun pardon. »

De retour à Jérusalem, il se mit à enseigner, comme à l'ordinaire, sous les portiques du temple. Les princes des prêtres, les scribes et les anciens du peuple vinrent le trouver, et lui dirent : « Faites -nous connaître en vertu de quel pouvoir vous faites ces choses. Qui vous a donné pouvoir?

« Je vous adresserai aussi une question, répliqua Jésus. Si vous y répondez, je vous dirai par quelle puissance je fais les choses dont vous êtes témoins. Le baptême de Jean, de qui était- il? de Dieu, ou des hommes? répondezmoi. »

A ces mots, ils furent très-embarrassés. Après réflexion , ils se disaient : « Si nous répondons : De Dieu , il nous dira : Pourquoi n'avez- vous pas cru en lui? Si nous disons : Des hommes, nous serons lapidés; car le peuple est convaincu que Jean était vraiment prophète. » Ils répondirent donc : « Nous ne savons pas. — Puisque vous ne répondez pas

à ma question, ni moi non plus je ne vous dirai pas par quelle puissance je fais ces choses. »

Jésus alors se mit à parler en paraboles. « Que vous semble, dit-il, de ceci: Un homme avait deux fils. S'adressant d'abord au premier, il lui ordonne d'aller travailler à sa vigne. Celui-ci répond qu'il n'ira pas. Bientôt, se repentant de sa faute , il y va. Cependant le père donne le même ordre à son second fils. Celui-ci répond : J'y vais ; mais il n'y va pas. Lequel des deux a fait la volonté du père? — Le premier, » répondirent -ils. c< Eh bien, répliqua Jésus, je vous le dis en vérité, les publicains et les pécheresses vous précéderont dans le royaume de Dieu. Jean est venu à vous dans la voie de la justice , et vous avez refusé de croire à sa parole. Les publicains, au contraire, et les femmes pécheresses ont ajouté foi à sa parole. Pour vous cependant, témoins de ce fait, vous n'avez point fait pénitence, et vous n'avez pas honte de votre incrédulité. »

« Écoutez une autre parabole , continua Jésus. Un père de famille planta une vigne, Tentoura d'une haie, y bâtit un pressoir et une tour, et la loua à des vignerons avant de partir pour un lointain voyage. Il resta longtemps absent. Quand le temps des vendanges fut proche, il envoya un sei'viteur vers les vignerons pour recevoir sa part de la récolte. Mais ceux-ci prirent le serviteur, le battirent, et le renvoyèrent les mains vides. Le maître envoya un autre serviteur pour recueillir ce qui lui revenait. Celui-ci fut reçu à coups de pierres, blessé à la tête, chargé d'injures, accablé d'outrageS; et renvoyé également les mains vides. Un troisième serviteur ftit aussi maltraité, et enfin mis à mort. Plusieurs autres subirent le même sort. Enfin le père de famille, incertain de ce qu'il devait faire, prit la résolution d'envoyer son fils unique, persuadé que personne n'oserait lui manquer de respect. Quand les vignerons virent le fils, ils formèrent un complot criminel. Voici l'héritier, se dirent-ils:

tuons -le 9 et nous partagerons son héritage entre nous. Ils s'emparèrent donc de sa personne, le chassèrent de la vigne , et le mirent à mort. Lorsque le maître de la vigne viendra lui-même 9 quel traitement fera-t-il éprouver H ces vignerons? » Tous répondirent d'une seule voix : (f II condamnera ces méchants à mourir, et louera sa vigne à d'autres vignerons, qui lui donneront sa part des fruits quand la saison des vendanges sera venue. »

Entendant ces paroles, quelques-uns, c'étaient sans doute des pharisiens , répliquèrent : « Il se contentera de châtier les coupables. » Jésus, jetant les yeux sur eux, leur dit : <c Que signifient donc ces paroles de l'Écriture : La pierre rejetée par ceux qui bâtissaient est devenue la pierre angulaire? Le Seigneur a opéré cette œuvre , et elle est admirable à nos yeux . C'est pourquoi je vous dis que le royaume de Dieu vous sera enlevé , et sera transporté à une nation qui produira des fruits. »

Il ajouta, pour continuer la figure de la pierre angulaire : « Quiconque tombe sur cette pierre, sera brisé; et celui sur qui elle tombe, sera broyé. »

Dès que Jésus eut fini de raconter cette parabole, les princes des prêtres, les scribes et les pharisiens en saisirent le sens ; ils comprirent qu'elle s'appliquait à eux. Ils auraient bien voulu mettre la main sur lui à Tinstant même ; mais ils eurent peur de la foule , parce que le peuple regardait Jésus comme un prophète.

Jésus ne pouvait enseigner plus clairement la vocation des gentils, et annoncer la substitution des infidèles au peuple choisi. Les Juifs, comblés de toutes les bénédictions célestes, séparés des autres nations en prévision de l'avènement du Messie , ont maintes fois rompu les conditions de l'alliance divine. Dieu leur a envoyé des prophètes, ses serviteurs; mais ils le j ont insultés , maltraités , exilés , ou condamnés à mort, sans vouloir les écouter. Enfin le Fils unique du Père est venu faire un dernier appel, répandant partout ses bienfaits, instruisant les pauvres , rappelant aux autres la vérité , qu'ils semblent avoir oubliée ; con-

firmant sa doctrine par des miracles. Quel traitement lui réservent -ils? Venez, disent -ils, tuons-le; son enseignement nous offusque; ses reproches nous pèsent; sa vue même nous est pénible.

Les pharisiens, comme nous venons de le voir, n'étaient arrêtés dans l'exécution de leurs sinistres projets que par la peur. Ils n'ignoraient pas les sentiments de la multitude. Us gardèrent le silence, et restèrent en observation. Jésus proposa une autre parabole. « Il en est, dit-il, du royaume des cieux comme d'un roi qui fit des noces à son fils. Ce roi envoya prévenu* les invités; mais ceux-ci refusèrent de venir. Il envoya d'autres serviteurs, avec ordre de dire aux conviés : Mon festin est prêt; on a tué mes bœufs et tous les animaux que j'avais fait engraisser; tous les préparatifs sont terminés; venez aux noces. Les conviés ne tinrent aucun compte de cette démarche; ils s'en allèrent, l'un à sa maison de campagne, l'autre à son négoce. D'autres se saisirent des serviteurs, les chargèrent d'outrages, et les tuèrent. Apprenant cette conduite révoltante, le roi fut rempli d'indignation; il envoya une

armée y qiii extermina ces meurtriers , et réduisit leur ville en cendres. Puis il dit à ses serviteurs : Le festin est prêt ; mais ceux que j'avais invités n'en étaient pas dignes. Allez à l'issue de tous les chemins ; et ceux que vous rencontrerez, invitez-les aux noces. Les serviteurs exécutèrent les ordres de leiur maître; ils coururent sur les chemins , et amenèrent tous ceux qu'ils trouvèrent, bons et mauvais. Ainsi la salle du festin fut remplie de convives. A la fin, le roi entra pour voir ceux qui étaient à table. Apercevant un homme qui n'était pas revêtu de la robe nuptiale, il lui dit : Mon ami, comment êtes-vous entré ici sans avoir la robe nuptiale? Cet homme n'eut rien à répondre. Alors le roi ordonna à ses ministres de lui lier les pieds et les mains, et de le jeter dans les ténèbres extérieures, où il y aura des pleurs et des grincements de dents. Car il y en a beaucoup d'appelés, mais peu d'élus. »

Les ennemis du Sauveur, aussi mécontents du sens de cette seconde parabole que de la première, s'esquivèrent, et disparurent.

Les pharisiens se concertèrent pour essayer de nouveau de surprendre Jésus dans ses paroles. Ils attachaient beaucoup d'importance à cette manière d'agir, parce que si le Sauveur se compromettait dans quelque discours, même dans une simple réponse, ils étaient décidés à mettre la main aussitôt sur sa personne. Le peuple, témoin de la faute, serait désabusé; personne ne prendrait la défense d'un coupable. Le plan était adroitement conçu; mais la sagesse divine pouvait-elle être embarrassée de ces vaines combinaisons?

Les pharisiens choisirent donc quelques-uns d'entre eux, qui devaient faire semblant d'être favorables à Jésus, et lui tendre un piège. Us étaient accompagnés de plusieurs des gens d'Hérode, ayant pour instruction de s'emparer de Jésus, et de le livrer sur-le-champ à la puissance et au tribunal du gouverneur romain. Les premiers dirent à Jésus en l'abordant : « Maître, nous savons que voire enseignement

est vrai, et qu'en prêchant la vérité vous ne faites pas acception des personnes. Vous considérez la vérité, sans vous mettre en peine de l'opinion des hommes. Vous instruisez les autres dans la vraie voie de Dieu, et vous n'êtes arrêté ni par l'apparence, ni par ménagement pour qui que ce soit. Dites-nous votre opinion : devons -nous payer le tribut à César? ou pouvons-nous le refuser? »

L'historien Josèphe nous apprend comment les Juifs supportaient impatiemment le joug étranger. Plus d'une fois ils refusèrent de payer l'impôt; ils allèrent même jusqu'à la révolte contre les représentants de l'autorité étrangère, et se livrèrent à des actes de violence envers les agents du fisc. En adressant cette question insidieuse, les pharisiens étaient sûrs d'entrer dans les passions de la multitude ; car en tout pays le peuple regarde presque comme une oppression la dure nécessité de l'impôt, et les Israélites, en outre, faisaient valoir des motifs religieux comme excuse à leur conduite.

Les Juifs, en grand nombre autour de Jésus, étaient très-attentifs à cette scène. Les députés

des pharisiens semblaient triompher; mais Jésus j connaissant leur malice , et démêlant leur fourberie , leur dit : « Hypocrites ! pourquoi me tentez -vous? Montrez- moi la monnaie du tribut? »

Us lui présentèrent un denier.

« De qui est cette image et cette inscription ? » demanda Jésus. « De César, » répondirent-ils. « Eh bien, reprit Jésus, rendez à Césai' ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. »

Eu écoutant ces paroles, tous furent dans Tétonnement. Les phmsiens n'y trouvèrent rien à reprendre, et le peuple ne cachait pas son admiration. Voyant leur peine perdue, les pharisiens, sans dire mot, se retirèrent à l'écart, et bientôt s'en allèrent.

A peine étaient-ils partis, que les sadducéens s'approchèrent de Jésus. Les sadducéens niaient la résurrection des morts et la vie future. Us posèrent cette question: « Maître,

Mo'ise a ordonné que , si un homme , après avoir épousé une femme, meurt sans enfants , son frère prenne sa veuve , afin de donner une postérité au défunt. Or il y avait chez nous . sept frères. L'ainé se mma, et mourut sans laisser d'enfants. Le second épousa sa veuve, et mourut également sans avoir d'enfants. Le troisième fit de même. Tous les sept eurent le même sort; ils moiunirent tous sans postérité. La femme, enfin, mourut la dernière. Dans l'autre vie , après la résurrection , de qui serat-elle la fenune, puisque les sept frères l'ont eue pour épouse? »

Jésus leur répondit :

« Votre erreur vient de l'ignorance des Écritures , et vous ne connaissez pas la puissance de Dieu. Les enfants de ce siècle con-^ tractent des mariages; mais, dans l'autre vie, après la résurrection des corps, il n'y aura plus d'alliances de cette nature, les hommes n'étant plus sujets à la mort. Ils seront semblEibles aux anges, et enfants de Dieu.

« Quant à la résurrection des morts , Moïse on parle assez clairement, lorsqu'il nous montre, près du buisson ardent, Dieu lui

parlant en ces termes : Je suis le Seigneur, Dieu d'Abraham, Dieu d'Isaac, Dieu de Jacob. Or Dieu n'est pas le Dieu des morts, mais des vivants; car tous vivent devant lui. Ainsi vous êtes dans une grande erreur. »

La foule était de plus en plus remplie d'admiration au sujet de la doctrine de Jésus. Les sadducéens furent réduits au silence. « Vous avez bien répondu, » dit un docteur de la loi. Et, à partir de ce moment, personne n'osait plus l'interroger.

Jésus profita de cette occasion pour imposer également silence aux pharisiens. Ceux-ci se croyaient plus habiles que les sadducéens. Ils éprouvèrent cependant le même sort. S'adressant aux pharisiens, Jésus leur dit : a Que vous semble du Christ? De qui est -il fils? » Us répondirent : « De David. — Comment donc , répliqua Jésus, David, qui était inspiré, l'appelle-t-il Seigneur, en disant : Le Seigneur a dit à mon Seigneur : Asseyez-vous à ma droite , jusqu'à ce que j'aie fait de vos ennemis l'escabeau de vos pieds? Si donc David l'appelle son Seigneur, comment est-il son fils? »

Personne ne put lui répondre.

Jésus s'assit près du tronc des offrandes, regardant la foule y jeter de l'argent. Quelques personnes riches y mettaient des pièces d'une vedeur considérable. Une pauvre veuve s'approcha, et y jeta deux petites pièces de monnaie de la valeur d'un quart de sou. Jésus le remarqua, et dit à ses disciples : « En vérité, je vous le déclare, cette pauvre veuve a domié plus que tous ceux qui ont mis avant elle leur offrande dans le tronc; les autres, en effet, ont donné de leur abondance ; celle-ci, au contraire, dans son indigence, a offert même ce qui était nécessaire à sa subsistance, en donnant tout ce qu'elle possède. »

Cette remarque de Jésus contient une grande leçon. Dieu ne regarde pas tant la quantité de la somme offerte pour l'entretien du temple on pour le soulagement des pauvres, que les dispositions intérieures. Que les riches donnent en abondance : ils recevront leur récompense; les autres, en donnant une modeste pièce de

monnaie, eulevée, non à leur superflu, mais à leur nécessaire, n'obtiendront pas une moindre récompense. Jésus, dont l'œil divin pénétrait jusqu'au fond des cœurs, parmi la multitude qui faisait de riches offrandes, distingua uniquement l'humble don d'une pauvre veuve.

A l'entrée du temple, et sous le portique des femmes, il y avait plusieurs boîtes ou ti'oncs, destinés à recevoir les offrandes publiques. L'argent qu'on y déposait était consacré à des usages particuliers. Un de ces troncs contenait l'impôt de l'année courante ; l'autre était réservé aux arrérages ; le troisième avait pour but de fournir les sommes nécessaires à l'achat des colombes offertes en sacrifice. Ces trois troncs étaient les principaux; ils étaient ouverts trois fois l'année , à l'époque des trois grandes fêtes. D'autres boîtes étaient destinées à payer l'encens, les libations, le sel, les pains, les vêtements sacerdotaux ; à pourvoir, en un mot, à tous les besoins du culte. On recevait

également des dons volontaires en faveur des lépreux , des pauvres , des femmes indigentes pour soigner leurs enfants nouveau-nés, et des femmes infirmes. Les uns apportaient du bois pour les holocaustes, d'autres amenaient différents animaux pour servir de victimes expiatoires. Dans les immenses réunions qui avaient lieu à Jérusalem à l'occasion des grandes solennités, les offrandes volontaires étaient ordinairement très -considérables. Aussi le service du temple se faisait-il chaque jour avec régularité et une extrême magnificence. La fumée de l'encens et des victimes inondait les portiques, et s'élevait en nuée jusqu'au ciel.

Par suite des événements que nous venons de raconter, les pharisiens furent entièrement déconcertés. Ils se disaient les uns aux autres : ce Voyez, nous n'avons rien gagné; tout le monde suit Jésus. »

Il y avait alors à Jérusalem quelques gentils de race grecque , venus à la fête pour adorer

et prier. Émus de tout ce qu'on leur racontait, ils s'adressèrent à Philippe, natif de Bethsaîde, en Galilée , pour lui exprimer le désir qu'ils avaient de voir Jésus. Philippe fit part à André de cette demande, et tous deux la firent connaître à Jésus.

Faisant allusion à sa passion prochaine, Jésus leur répondit : « L'heure est venue où le Fils de l'homme doit être glorifié. En vérité, je vous le dis, si le grain de froment n'est recouvert de terre, et ne meurt en germant, il est stérile. Si, au contraire, il germe et périt, il porte des friiits abondants. Qui aime sa vie , la perdra; et qui dédaigne sa vie en ce monde , la garde pour la vie étemelle. Que celui qui veut être mon serviteur me suive. Où je suis, là doit être mon serviteur. Celui qui sera mon serviteur sera glorifié par mon Père. En ce moment mon âme est troublée. Que dirai-je? M'adresserai-je à mon Père, en disant : Mon Père, secourez-moi à cette heure? Non; car c'est pour cela que je suis venu à cette heure. Mou Père, glorifiez votre nom! » Au même instant une voix du ciel retentit : « Je l'ai glorifié, et je le glorifierai encore! »

La foule qui entourait Jésus , en entendant cette voix, fut vivement surprise. Les uns disaient : « C'est le tonnerre; les autres : Un ange de Dieu a parlé.

— Ce n'est pas pour moi, reprit Jésus, que cette voix s'est fait entendre ; c'est pour vous. C'est maintenant que le monde va être jugé ; maintenant le prince de ce monde est chassé. Mais, lorsque je serai élevé de terre , j'attirerai tout le monde à moi. »

En parlant ainsi, dit l'Évangéliste, Jésus faisait allusion au genre de mort qu'il devait souffrir.

L'effet de la rédemption était de briser l'empire de Satan, le prince du monde dégénéré. Le peuple alors dit à Jésus : ce La loi nous apprend que le Christ demeure éternellement. Comment dites -vous : Il faut que le Fils de l'homme soit élevé de terre? Quel est donc le Fils de l'homme? »

Jésus répondit : « La lumière est au milieu de vous pour peu de temps. Marchez pendant que vous avez encore la lumière, avant que les ténèbres ne vous environnent. Qui marche dans les ténèbres ne sait où il va. Tandis que

DE JÉSUS-CHRIST. 4o7

VOUS avez la lumière, croyez, afin d'être des des enfants de lumière, w

Malgré tant et de si grands prodiges opérés en leur présence, beaucoup de Juifs ne croyaient point en Jésus. Leur aveuglement était Taccomplissement de la prophétie d'Isaîe, lorsqu'il dit : « Seigneur, qui a cru aux paroles sorties de votre bouche? » Le même prophète ajoute : « Il a obscurci leurs yeux, il a endurci leur cœur; de sorte que leurs yeux ne voient point, leur cœur est dénué d'intelligence; en cet état, ne comprenant rien, ils ne peuvent être guéris. » Tel est le langage d'Isaîe, voyant dans l'avenir la manifestation de la gloire du Messie.

Plusieurs, néanmoins, même parmi les princes, crurent en lui; mais ils n'osaient confesser leur foi, par peur des pharisiens, craignant d'être chassés de la synagogue. Ces hommes préféraient la faveur des hommes à la gloire de Dieu.

Jésus, en ce moment, élevant la voix, disait, de manière à être entendu de tous : « Qui croit en moi, ne croit pas seulement en moi, mais en Celui qui m'a envoyé. Qui me voit, voit

Celui qui m'a envoyé. Je suis la lumière venue en ce monde; celui qui croit en moi n'est pas dans les ténèbres. Si quelqu'un écoute mes paroles, et ne les observe pas, je ne le juge pas ; car je ne suis pas venu juger le monde , mais le sauver. Toutefois celui qui me méprise, et n'accueille pas mes paroles, trouvera son juge. La parole que je lui ai annoncée ser^ vira à sou jugement au dernier jour; car je n'ai point parlé de moi-même ; j'ai parlé au nom de mon Père, qui m'a envoyé, et m'a prescrit tout ce que je dois enseigner. »

Comme Jésus sortait du temple, un de ses disciples lui en fît remarquer la magnificence. Les autres, de concert, en vantaient l'architecture, les matériaux choisis et les ornements, sans omettre les dons nombreux qui l'enrichissaient. Le temple de Jérusalem, en effet, restauré par Hérode le Grand, était un édifice dont rien, en Orient, n'égalait la splendeur. Les murs étaient bâtis en marbre blanc, vert,

OU nuancé; toutes les pierres étaient taillées, et régulièrement ajustées les unes aux autres. Le sanctuaire élevait dans les airs ses masses imposantes. Une partie du monument était revêtue de lames d'or; les rayons du soleil, en frappant sur ce métal précieux, se réfléchissaient en gerbes étincelantes. Parmi les dons offerts au temple, vases, couronnes, armes, trophées, on distinguait, à la porte du sanctuaire , un pied de vigne dont la tige et les feuilles étaient d'or,.tandis que les grappes, longues d'une coudée, étaient formées de pierres précieuses.

(c Vous voyez tout cela, dit Jésus; mais, je vous le dis en vérité, viendront des jours où il ne restera pas pierre sur pierre. Ces édifices superbes seront entièrement démolis. »

Ils continuèrent leur marche jusque sur le mont des Oliviers, où Jésus s'assit pour se reposer. Pierre, Jacques, Jean et André s'approchèrent de lui, et lui dirent en particulier : « Maître, faites -nous connaître quand ces choses arriveront, et quel signe annoncera leur accompUssement. Quel signe précédera votre venue et la fin du monde? »

Rien de plus solennel et de plus mystérieux que cette conversation entre le Sauveur et ses apôtres. La scène elle-même est imposante. Assis au haut de la montagne des Oliviers, en face du temple de Jérusalem , leurs regards peuvent embrasser à la fois le mont Moria, Sion, Acra, les principaux édifices et les maisons de la ville. A leurs pieds ^ s'étend la vallée de Josaphat, où le torrent de Cédron se creuse un lit profond avant de se précipiter dans la mer Morte. Non loin , se dresse le mont du Scandale y oii Salomon, après sa chute, consacra des bosquets et des statues aux idoles de Sidon^ de Moab et d'Ammon. Au delà des habitations, se trouve le Golgotha. Derrière eux, le lac maudit de Sodome remplit Tair de vapeurs lourdes et malsaines.

Jésus répond en ces termes à la question qui hii est adressée : « Prenez garde de vous laisser séduire ; car beaucoup de faux prophètes viendront en mon nom , disant : Je suis le Christ ; le temps est accompli. Ils séduiront la multitude ; et ils opéreront des prestiges si extraordinaires, que les élus eux-mêmes y seraient trompés, si cela était possible. Soyez sur vos

gardes; car je vous prédis toutes ces choses. Si donc on vous dit : 11 est dans le désert, n'y allez pas ; 11 est dans le lieu le plus secret de la maison, ne le croyez point

« Lorsque vous entendrez des bruits de guerre, de batailles et de séditions, ne vous troublez pas; soyez sans crainte, car il est né- (^essaire que ces choses aiTivenl; mais ce n'est pas encore la fin. Ou verra alors se lever peuple contre peuple, royaiune contre royaume. Il y aura, en différents pays, de violents tremblements de terre, la peste, la famine, des signes effrayants dans le ciel. Tout cela encore n'est que le commencement des douleurs.

« On mettra la main sur vous, et l'on vous persécutera. Vous serez exposés à des tribulations de tout genre. Ou vous traînera devant les tribunaux ; on vous flagellera dans les synagogues. Vous comparMtrez en présence des rois et des gouverneurs pour reiidi-e témoignage de moi. Loi'S(|ue vous serez cités, ne vous inquiétez pas de ce que vous devrez répondre à l'interrogatoire (pi'oii vous fera subir. Le Saint-Esprit vous mettra sur les lèvres les paroles que vous aurez à n'-poudre. Je vous

donnerai moi-même des paroles et une sagesse auxquelles tous vos adversaires ne pourront ni résister ni rien opposer. Vous serez livrés par vos parents et vos frères, par vos alliés et vos amis; et vous serez l'objet de la haine, chez tous les peuples, à cause de mon nom. Cependant un seul cheveu ne tombera pas de votre tête. Beaucoup seront scandalisés, et se laisseront séduire par les faux prophètes ; leur charité se refroidira en présence de tant d'iniquités. Mais celui qui aura persévéré jusqu'à la fin sera sauvé. Cet Évangile sera prêché dans tout l'univers, afin d'être en témoignage pour tous les peuples : alors viendra la fin. »

« Lorsque vous verrez l'abommation et la désolation, prédites par le prophète Daniel, régner dans le lieu saint; lorsque Jérusalem sera entourée par une armée, sachez que la ruine de cette ville est proche. Que celui qui est en Judée fuie alors dans les montagnes ; que celui qui est au milieu de la ville en sorte

au plus vite; que celui qui se trouve sur la terrasse de sa maison n*en descende pas pour emporter quelque chose ; que celui qui est aux champs n'entre pas en ville chercher son vêtement. Ces jours-là sont des jours de vengeance, pendant lesquels s'accompliront toutes les prophéties. En ce temps ^ malheur aux femmes enceintes et aux nourrices ! Priez pour que ces événements n'aient pas lieu durant l'hiver, et pour que votre fuite ne s'effectue pas dans la mauvaise saison ou le jour du sabbat. Car il y aura alors une grande tribulation, telle qu'il n'y en a point eu de semblable depuis la création du monde , et qu'il n'en existera jamais. D'effroyables calamités tomberont sur la terre, et la colère de Dieu s'appesantira sur ce peuple. Les uns tomberont sous le tranchant du glaive ; les autres seront emmenés en captivité; et Jérasalem sera foulée aux pieds par les païens, jusqu'à ce que le temps des païens soit aussi accompli. Je vous le dis en vérité, cette génération ne s'éteindra pas avant que toutes ces choses soient accomplies. »

En interrogeant leur Maître sur l'époque de la destruction de Jérusalem, les apôtres lui avaient également demandé quel signe précéderait sa venue et la fin du monde. Aussi, dans une même réponse , après avoir parlé des malheurs qui devaient fondre sur la cité coupable , Jésus continue, en indiquant les signes qui doivent annoncer la fin du monde et le jugement dernier. « De même, dit-il, que l'éclair qui brille du côté de l'orient resplendit jusqu'au couchant, ainsi en sera-t-il de l' avènement du Fils de Thomme. Il y aura alors des signes dans le soleil, dans la lune et dans les étoiles. Le soleil s'obscurcira, la lune ne répandra plus de lumière , et les vertus des cieux seront ébranlées. Tous les peuples seront en proie à une angoisse terrible en entendant le mugissement des flots de la mer; ils sécheront d'effroi dans l'attente de ce qui doit arriver au inonde entier.

« Alors le signe du Fils de rhomine appa-

raitra dans le ciel. Toutes les nations de la terre se lamenteront; elles verront au même instant le Fils de l'homme venir sur les nuées du ciel avec une grande puissance et une grande majesté. Alors il enverra ses anges, qui, au son éclatant de la trompette, rassembleront ses élus des quatre vents de la terre, du haut des cîeux jusqu'à leurs dernières profondeur. Mais personne ne connaît ni ce jour ni cette heure. De même que l'éclair qui brille illumine subitement toute l'étendue du ciel, ainsi sera Tavénement du Fils de l'homme. Veillez, afin que vos cœurs ne soient pas appesantis par l'intempérance ou les soucis de cette vie. Autrement vous serez sm^pris par ce jour, qui adviendra subitement; car il tombera comme un filet sur tous les hommes qui habitent l'univers. 11 en sera de la venue du Fils de l'homme comme du déluge. Au temps de Noé, les hommes se livraient à la bonne chère , contractaient mariage , et célébraient des noces : ils continuèrent jusqu'au jour où Noé entra dans l'arche, sans connaître le moment du déluge, qui arriva soudain, et les engloutit tous.

« Le ciel et la terre passeront; mais mes paroles ne passeront point. »

L'annonce de ces grandes et terribles scènes, avec leurs circonstances principales, était bien propre à jeter l'épouvante dans l'esprit des apôtres. Jésus profite du trouble dans lequel cette prophétie les a jetés pour les exhoi'ter (le nouveau à la vigilance. Un pareil avertissement s'adresse à tous les hommes. « Prenez garde, dit Jésus, veillez et priez; cai* vous ignorez quand viendra le Fils de l'homme. Quel est le serviteur prudent et fidèle que le père de famille a établi sur sa maison? Heureux ce serviteur s'il ne se laisse pas surprendre par le retour inattendu de son Maître , et s'il accomplit constamment son devoir I Je vous avertis tous, ajoute Jésus; veillez. »

C'est à la suite de ces enseignements que le Sauveur proposa à ses disciples la parabole des dix vierges.

a Le royaume des cieux est semblable à dix vierges, qui, leurs lampes en main, allèrent au-devant de l'époux et de l'épouse. Parmi elles, cinq étaient sages, et cinq étaient folles. Celles-ci négligèrent de metti'e de l'huile dans leui's vases, en même temps qu'elles prirent leurs lampes. Les autres, au contraire, eurent soin de se pourvoir d'huile. L^époux tardant à venir, toutes s'endormirent. A minuit, un cri s'éleva : Voici l'époux qui arrive ; allez audevant de lui. Alors les dix vierges se levèrent, et préparèrent leurs lampes. Les folles dirent aux sages : Donnez-nous de votre huile, cai' nos lampes s'éteignent. Les vierges sages répondirent : De peur que notre provision ne soit pas suffisante pour nous et pour vous, allez plutôt chez les marchands, et achetez-en. Pendant que les folles allaient en acheter,

l'époux arriva; celles qui étaieut prêtes entrèrent avec lui dans la salle du festin nuptial, et la porte fut fermée. Les autres vinrent enfin, et se mirent à crier : Seigneur, seigneur, ouvrez-nous. Mais répoux leur répondit : Je vous le dis en vérité, je ne vous connais point. Veillez donc, puisque vous ne connaissez ni le jour ni l'heure. Vous ne savez quand le maître de la maison arrivera : le soir, à minuit, au chant du coq, ou au matin. Quelle que soit l'heure de sa venue, faites en sorte qu'il ne vous surprenne pas endormis. »

ce Lorsque le Fils de l'homme viendra dans sa gloire, entouré d'anges, il se placera sur un ti*ône de majesté. Toutes les nations seront assemblées devant lui, et il opérera parmi elles une séparation, comme le berger sépare les brebis d'avec les boucs. 11 placera les brebis à sa droite, et les boucs à sa gauche. Alors il dira à ceux qui seront à sa droite : Venez, les bénis de mon Père, possédez le royaume pré-r

paré pour vous dès l'origine du monde ; car j'ai eu faim y et vous m'avez donné à manger; j'ai eu soif, et vous m'avez donné à boire; j'étais sans asile, et vous m'avez logé; j'étais nu, et vous m'avez vêtu: j'étais malade, et vous m'avez visité; j'étais en prison, et vous êtes venus à moi.

« Les justes répondront : Quand est-ce, Seigneur, que nous vous avons vu affamé, et que nous vous avons nourri; altéré, et que nous avons étanché votre soif; dépourvu de vêtements, et que nous vous avons couvert; malade ou prisonnier, et que nous sommes allés vous visiter?

« En vérité, en vérité, répliquera le souverain Juge, chaque fois que vous avez fait une de ces choses à l'un des moindres de mes frères , vous l'avez fait à moi-même.

« Alors, se tournant vers ceux qui seront à sa gauche, il leur dira : Retirez- vous de moi, maudits, et allez au feu étemel préparé pour Satan et pour ses anges. J'ai eu faim, et vous avez refusé de me donner à manger; j'ai eu soif, et vous ne m'avez pas donné à boire ; j'étais sans asile, et vous ne m'avez pas donné

l'hospitalité; j'étais malade et prisonnier, et vous ne m'avez pas visité.

« Eux aussi répondront : Seigneur, quand avons-nous vu que vous étiez affamé, altéré, étranger, nu, malade ou prisonnier, et quand avons-nous refusé de venir à votre secours ?

« Et le Juge répliquera : En vérité, en vérité je vous le dis, chaque fois que vous avez refusé de venir en aide au moindre de mes frères , vous me l'avez refusé à moi-même.

« Ces derniers iront subir un supplice éternel, tandis que les justes jouiront de la vie étemelle.

c< Veillez donc; priez sans cesse, afin d'échapper aux malheurs réservés aux méchants, et de mériter de vous tenir avec confiance en présence du Fils de l'homme. Ce que je vous dis, je le dis à tous : Veillez. »

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