LIVRE XIII
Chaque jour de cette grande semaine, Jésus se rendait au temple pour y enseigner, et, le soir, il allait sur là montagne des Oliviers pour y passer la uuit. La foule, avide de l'entendre, accourait de grand matin sous les portiques. Nous venons de voir comment les scribes et les pharisiens, jaloux de Tinfluence que Jésus acquérait de plus en plus par ses prédications et ses miracles, lui avaient tendu des embtiches à plusieurs reprises. Chaque fois ces tentatives, en apparence si bien concertées, avaient tourné à leur confusion. Cependant la fête de Pâque approchait; les ennemis du Sauveur résolurent de frapper le dernier coup.
11 n'y avait plus que deux jours jusqu'à la solennité, lorsqu'ils se réunirent en conseil dans 1^ maison du grand prêtre, appelé Caiphe. 11 s'agissait de savoir comment on pourrait s'emparer de Jésus par surprise , et le mettre à mort. L'assemblée était nombreuse : c'était le sanhédrin, composé des chefs des prêtres, des scribes ou docteurs de la loi, et des anciens du peuple. Lorsque les membres étaient tous présents, ils étaient au nombre de soixante -dix, sans compter le président, qui était le soixanteonzième. Le grand conseil des Juifs se composait de trois ordres distincts. Les princes des prêtres, f[ans l'origine, étaient les chefs de toutes les familles sacerdotales descendant d'Aaron : ils devaient se faire remarquer par la gravité de leurs mœurs, leur science de la loi, et leur exactitude à rendre la justice. Mais, au temps où vécut Jésus -Christ, le conseil des prêtres était tombé dans un complet discrédit. Au scandale de la nation, on avait vu s'asseoir dans la chaire de Moïse des grands prêtres ignorants et grossiers : c'étaient des mercenaires, et non des bergers, peu soucieux de la garde du troupeau. Les préteurs romains ven-
(laient là dignité du pontificat , et, afin de rendre ce trafic plus profitable pour eux, ils créaient et renversaient à leur gré les grands prêtres, comme on nomme et révoque des employés subalternes. Aussi le peuple méprisait-il ces pontifes, qu'il appelait des idoles d'or et d'argent. Tel avait été l'abus de ces élections irrégulières, que douze grands prêtres destitués faisaient alors partie du conseil. A ce dernier titre, figurait Anne ou Ananus, vieillard rusé, qui, dépossédé du pontificat, avait vu se succéder dans sa dignité cinq de ses fils, et enfin Caîphe, son gendre. Joseph, surnommé Gaiphe, du lieu de sa naissance, avait pris possession de sa dignité sous le gouvernement de Pilate, et il avait pour suppléant ou vice -président Anne, son beau -père.
Après le conseil des prêtres, venait celui des scribes ou docteurs de la loi. Plusieurs appartenaient à la tribu de Lé vi ; les autres sortaient du reste des tribus indifféremment.
Enfin le conseil des anciens du peuple était composé d'Israélites versés dans la connaissance de la loi, et choisis parmi les personnages les plus considérables de la nation.
Ces trois conseils réunis formaient le grand conseil, qui, en vertu de son institution, avait le droit de délibérer sur les questions d'un intérêt général pour la nation. C'était le tribunal suprême , dont les décisions étaient sans appel. Il jugeait les causes spirituelles, civiles et criminelles. Il pouvait condamner les coupables à l'amende , à la prison , et même à mort. Mais, au temps de Jésus -Christ, et sous le gouverneur Ponce -Pilate, ces attributions du grand conseil n'existaient plus que de nom. Les Romains étaient trop jaloux de l'autorité pour la partager; ils s'étaient réservé le jugement de toutes les causes importantes. Le préteur avait même le droit d'évoquer à son tribunal toutes les affaires contentieuses quand il le croyait opportun, c'est-à-dire selon son bon plaisir. Au gouverneur romain seul appartenaient la connaissance et le jugement des crimes qui emportaient la peine capitale. Les Romains abandonnaient volontiers au grand conseil les causes purement religieuses, dont ils se souciaient peu.
Ajoutons que la division, parmi les membres du conseil judaïque, même sous le rapport
religieux, avait achevé de le discréditer dans l'opinion. Les deux partis principaux étaient celui des sadducéens et celui des pharisiens. Les sadducéens, espèce de philosophes, ne croyaient ni à la résurrection ni a riramortalité de l'âme : sorte d'épicuriens contents de jouir des biens terrestres et des plaisirs de ce monde , sans élever plus haut leurs aspirations et leurs espérances. Ils coloraient leur incrédulité de raisonnements subtils, comme ils le montrèrent lorsqu'ils crurent embarrasser Jésus eu lui parlant de la femme qui avait eu successivement sept maris. Les pharisiens n'étaient guère moins corrompus; mais ils cachaient leurs vices sous une grande ostentation de vertu et même d'austérité, faisant consister la perfection dans la pratique extérieure des prescriptions légales. Au moyen de leurs interprétations, et sous prétexte de garder les traditions, la religion dégénérait en un culte surchargé d'observances puériles. Ils tenaient plus à ne pas se mettre à table sans s'être lavé les mains qu'à donner l'aumône aux veuves et aux orphelins. C'étaient des hypocrites. Aussi Jésus poursuivit-il constamment avec vigueur
ces fanfarons de vertu, démasquant leur orgueil et leurs fourberies.
Les membres du conseil des prêtres étaient la plupart sadducéens. A eux , excités par la jalousie des pharisiens , revient la part principale dans la condamnation du Sauveur. Us auraient dû s'assembler dans une salle spéciale attenant au temple. Nous venons de les voir réunis dans la maison de Caîphe, qui remplissait les fonctions de grand prêtre cette année -là 9 afin que, dans la condamnation de Jésus, l'illégalité fût jointe à l'injustice.
La délibération du conseil se prolongeait sans résultat. Les plus acharnés n'hésitaient point sur le but à atteindre ; mais ils ne savaient comment y réussir. Us redoutaient le peuple. Aussi étaient-ils d'avis de n'agir qu'après la fête, afin d'éviter une émeute populaire. Tandis que les esprits étaient en suspens, une circonstance imprévue vint les tirer d'embarras. Pendant que Jésus était à Béthanié,
Satan était entré dans le cœur de Judas Iscariote. Cet apôtre infidèle conçut le dessein de trahir son maître. Il vint trouver les princes des prêtres, et leur proposa de le leur livrer. Ceux-ci furent très-joyeux de cette ouverture, et lui offrirent une somme d'argent. « Combien me donnerez-vous ? » demanda le traître. « Nous vous donnerons, répondirent-ils, trente pièces d'argent. » Judas acquiesça, et le marché fut conclu. Il ne s'agissait plus que de saisir le moment opportun pour exécuter cette infâme convention à l'insu de la multitude.
Pendant que ses ennemis concertaient sa perte, Jésus était à Béthanie, dans la maison de Simon le lépreux. Tandis qu'il était à table, une femme s'approcha de lui, brisa un vase d'albâtre rempli de parfums, et répandit la précieuse liqueur sur sa tête. Quelques-uns, parmi les disciples, étaient mécontents de voir ainsi prodiguer un parfum d'un prix considérable. Us étaient indignés de la conduite de
cette femme. Jésus l'excusa , comme il avait fait pour Marie dans la maison de Lazare , en disant qu'elle avait pris Tavance en pratiquant sur son corps les onctions qui précèdent la sépulture.
Jésus rappelle sans cesse à ses apôtres les prédictions qu'il leur a déjà faites de sa mort prochaine. « Vous savez, dit-il, qu'après-demain se fera la Pâque, et le Fils de l'homme sera livré, et mis en croix. »
Tout se prépare pour le grand sacrifice. La victime sera bientôt remise entre les mains de ceux qui doivent l'immoler. Judas avait reçu le prix de la trahison. Helcias, au rapport de l'historien Josèphe, était alors trésorier du temple : c'est lui, sans doute, qui donna les trente pièces d'argent. Selon les calculs d'un écrivain érudit, cette somme correspond à cent francs environ de notre monnaie. Ce n'était pas sans un dessein de la Providence que le prix de la trahison fut fixé à trente
deniers. C'était le prix d'achat d'un esclave. Ainsi s'accomplit la prophétie de Zacharie : « Il a été estimé comme un esclave, et son prix a été fixé à trente deniers. » Quelle dégradation a donc subie l'âme d'un apôtre! Celui-là même qui murmurait, chez Lazare, à la vue de Marie versant sur la tête de Jésus un parfum qu'il estime valoir plus de trois cents deniers, ne rougit pas de vendre sou maître trente deniers ! Par une effroyable punition, quarante -deux ans après cet acte impie, lorsque Jérusalem fut renversée, et la nation juive réduite en esclavage, les fenunes et les enfants au-dessous de dix -sept ans furent vendus ti'ente pour un denier; et encore personne ne se présentait pour les acheter.
Judas devait attendre un moment favoral>le pour livrer son maître. L'occasion n'était pas difficile à trouver. Le traître connaissait bien les habitudes du Sauveur, qui se retirait chaque son* sur la montagne des Oliviers pour y passer la nuit. En conséquence, dès la première entrevue l'heure fut fixée, des soldats ftirent désignés, et toutes les mesures arrêtées.
Le premier jour des Azymes , jour oii la loi prescrivait d'immoler Tagneau pascal , les disciples vinrent trouver Jésus, et lui demandèrent où il fallait aller faire les préparatifs pour manger Fagneau de la Pàque. Jésus choisit Pierre et Jean , et les chargea du soin de tout préparer. « En quel lieu? » demandèrent les deux disciples. Jésus reprit : o Allez à la ville; vous trouverez à la porte un homme portant une amphore pleine d'eau. Suivez-le, et, lorsqu'il sera entré , dites au mcutre de la maison : Le Maître vous envoie dire : Mon temps est proche ; je fais la Pâque chez vous avec mes disciples : où est la salle à manger où je puis fêter la Pâque avec mes disciples? Alors il vous montrera une grande salle ornée de tapis. Préparez -la pour nous. »
Les deux apôtres obéirent sur-le-champ. Ils vinrent à Jérusalem, où ils trouvèrent tout comme Jésus l'avait indiqué, et ils préparèrent la pâque, selon Tordre qui leur avait été donné.
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La tradition nous apprend que le cénacle était situé sur le mont Sion.
Le soir étant venu, Jésus se mit à table avec ses disciples. On ne commençcdt ce repas sacré que lorsque la nuit était close , et que les étoiles se distinguaient au firmament. Dix personnes au moins devaient être réunies pour manger un agneau pascal : le cénacle en contenait treize. Les convives se plaçaient^ suivant une coutume d'Orient, sur des espèces de lits trèsbas , le coude gauche appuyé sur la table , les pieds touchant au sol. Pierre était à la droite de Jésus, et Jean à sa gauche, c'est-à-dire près de la poitrine de son Mcdtre : ce qui explique le mot de TÉvangéliste. Les autres apôtres étaient rangés probablement suivant l'ancienneté de leur vocation à l'apostolat.
Jésus sait que son heure est venue de quitter ce monde et de retourner à son Père. Comme il avait aimé les siens qui étaient en ce monde, il les aima jusqu'à la fin. « J'ai désiré vivement, dit-il, manger cette pâque avec vous avant de soufiBfir. Je vous le dis en vérité, je ne la mangerai plus désormais, jusqu'à ce que l'accomplissement du règne de Dieu arrive. »
Jésus alors ^ en compagnie des douze apôtres, mangea l'agneau pascal , observant toutes les cérémonies prescrites, figure de l'institution d'une nouvelle Pâque. Dès que la cène fut achevée, le démon ayant déjà poussé Judas Iscariote à la trahison, Jésus, sachant que son Père lui a tout remis entre les mains, et qu'étant sorti de Dieu, il retourne à Dieu, se lève de table, et quitte ses vêtements. Il prend un linge, dont il se ceint les reins, verse de l'eau dans un bassin, et commence à laver les pieds de ses disciples, les essuyant avec le linge dont il est ceint. Il vint devant Simon-Pierre ; celuici s'écria : « Seigneur, vous me laveriez les pieds! — Ce que je fais, répliqua Jésus, tu l'ignores à présent; mais tu le sauras plus tard. — Non, reprit Pierre, vous ne me laverez jamais les pieds. — Si je ne te lave les pieds , continua Jésus , tu n'auras point de part avec moi. — Seigneur, répondit Pierre, non -seulement les pieds, mais encore les mains et la tête. — Celui qui est déjà lavé, répondit Jésus, a besoin de se laver les pieds seulement, et il est pur; or vous êtes purs, mais non pas tous. »
Jésus connaissait cehii qui le devait trahir ;
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c'est pourquoi il ajouta : « Vous n'êtes pas tous purs. »
Quand il eut fini de leur laver les pieds , il prit ses vêtements, et se remit à table. « Comprenez-vous, dit-il, ce que je viens de vous faire? Vous m'appelez Maître et Seigneur, et vous avez raison; car je le suis. Si donc je vous ai lavé les pieds, moi qui suis votre Seigneur et votre Maître , vous devez aussi vous laver les pieds les uns aux autres; car je vous ai donné l'exemple, afin que ce que j'ai fait, vous le fassiez également. En vérité, je vous le dis, le serviteur n'est pas plus grand que son maître, ni l'apôtre plus grand que celui de qui il tient sa mission. Heureux si vous comprenez cela, et si vous le mettez en pratique 1 »
Jésus ajouta aussitôt : « Je ne dis pas cela de tous; je sais qui j'ai choisi; mais il faut que l'Écriture s'accomplisse*: celui qui mange le pain avec moi, lève le pied contre moi. Je vous le dis maintenant, avant que la chose arrive, afin que, le fait accompli, vous reconnaissiez qui je suis. En vérité, en vérité je vous le dis, qui reçoit mon envoyé, me reçoit; qui me reçoit, reçoit Celui qui m'a envoyé. »
A peine ces paroles sont- elles prononcées^ que Jésus paraît ému profondément. Il reste à table néanmoins y et dit à ses disciples : « Je vous le dis en vérité, un de vous me trahira. » A ces mots, les apôtres, vivement attristés, se mirent à dire Tun après l'autre : « Seigneur, est-ce moi ? » Jésus leur répondit : « C'est un des douze, celui-là même qui porte la main au plat avec moi en ce moment. Le Fils de l'homme s'en va comme il a été prédit de lui ; mais malheur à celui qui trahira le Fils de l'homme. Il vaudrait mieux pour le traître de n être jamais né. )>
Élevant la voix en cet instant. Judas le traître dit : « Est-ce moi. Maître? — Vous l'avez dit, » répondit Jésus.
Or, pendant qu'ils achevaient de manger l'agneau pascal, Jésus prit du pain, rendit grâces, le bénit, le rompit, le donna à ses disciples, en disant : c< Prenez et mangez; ceci EST MON Corps, qui est donné pour vous; faites cela en mémoire de moi. »
De même, prenant le calice, il rendit grâces, et le leur remit, en disant : « Buvez -en tous; ceci est mon sang, le sang de la nouvelle al-
liance, qui sera répandu pour beaucoup eu rémission des péchés. »
Ils en burent tous, et Jésus ajouta : « Eu vérité y je vous le dis , je ne boirai plus désormais de ce fruit de la vigne , jusqu'au jour où je le boirai de nouveau avec vous dans le royaume de mon Père. »
Puis 9 revenant une seconde fois sur une pensée désolante : « Quelqu'un de vous, dit-il, me trahira; la main du traître est appuyée sur cette table. » Les disciples se regardaient entre eux , ignorant de qui il voulait parler. Comme ils se demandaient les uns aux autres quel était celui qui pouvait commettre une pareille trahison, Simon-Pierre fit signe à Jean, placé à la gauche de Jésus, et, à cause de cette position, pouvant seul lui parler à voix basse, de lui demander qui c'était. Jean alors se rapprocha de son Maître, et lui dit : a Seigneur, qui est-ce? » Jésus répondit : « C'est celui auquel je vais présenter du pain trempé. » Au même moment, il offrit du pain trempé à Judas Iscariote. A peine le traître eut-il pris la bouchée qui lui était adressée, que Satan entra en lui. Jésus lui dit : « Ce que tu fais, fais-le
vite. » Or aucun de ceux qui étaient présents ne comprit le sens de ces dernières paroles. Les uns crurent , à cause des fonctions de Judas, qui avait la bourse commune, que Jésus lui avait ordonné d'acheter les objets indispensables à la célébration de la fête; les autres pensèrent qu'il lui avait commandé de donner quelque chose aux pauvres. Ces deux suppositions des apôtres sont faciles à expliquer. Durant la solennité, il était défendu, comme au jour du sabbat, de rien acheter, comme de faire aucune œuvre servile : il était donc nécessaire de prendre ses précautions à Tavauce. En outre, pour la célébration de la pâque, il était recommandé aux Israélites de donner de leur superflu aux indigents, afin que ceux-ci pussent acheter et manger l'agneau pascal.
A peine Judas eut- il pris la bouchée qui lui était présentée par son Maitre, qu'il quitta la salle. La nuit alors était complète. Dès que le traître fut sorti, Jésus adressa à ses apôtres ce
discours suprême , qui renferme ses dernières instructions^ en même temps que l'expression de ses sentiments de bonté paternelle à leur égard.
« A présent, dit-il, le Fils de l'honmie a été glorifié, et Dieu l'a été en lui. Si Dieu a été glorifié en lui, Dieu le glorifiera aussi en luimême, et ce sera bientôt.
c< Mes enfants bien-aimés, je n'ai plus qu'un peu de temps à rester avec vous. Vous me chercherez; mais, comme je l'ai dit aux Juifs, vous ne pouvez venir où je vais. Voici le signe auquel on vous reconnaîtra pour mes disciples : Si vous vous aimez les uns les autres , comme moi-même je vous ai aimés. »
Simon-Pieire lui dit alors : « Où donc allezvous, Seigneur? — Où je vais, reprit Jésus, tu ne. peux me suivre ; mais tu me suivras plus tard. — Pourquoi, répliqua Pierre, ne puis-je vous suivre à présent? Je donnerais ma vie pour vous. — Tu donnerais ta vie pour moi ! continua Jésus. En vérité, en vérité je te le dis, le coq n'aura pas chanté, que tu m'auras renié trois fois. »
A ce moment solennel, les apôtres discu-
taient entre eux pour savoir qui serait le plus grand. Jésus leur dit : « Les rois des nations dominent sur eUes; il n'en est point ainsi entre vous. Que celui de vous qui est le plus grand , devienne comme le moindre ; et que celui qui a la première place , soit comme le serviteur. Quel est le plus grand , de celui qui est à table, ou de celui qui sert? N'est-ce pas celui qui est à table? Et moi je suis au milieu de vous comme celui qui sert.
« Pour vous, qui m'êtes restés fidèles dans les épreuves que j'ai souffertes, je vous prépare le royaume que mon Père m'a préparé, afin que vous mangiez à ma table dans mou royaume, et que vous soyez assis sur douze trônes, jugeant les douze tribus d'Israël. »
Puis, s'adressant à Pierre, il ajouta : « Simon, Simon, voilà que Satan a demandé avons cribler comme on crible le froment; mais j'ai prié pour toi, afin que ta foi ne défaille point; et toi, une fois converti, confirme tes frères. »
Pierre répondit sur-le-champ : « Seigneur, je suis prêt à vous accompagner, soit en prison, soit à la mort. — Je te le dis , Pierre , répliqua Jésus, avant le chant du coq, cette
nuit même, trois fob tu nieras que tu me conncdsses. »
Puis il continua, en parlant aux apôtres : « Lorsque je vous ai envoyés prêcher, sans bourse, sans provisions, sans chaussures, vous a-t-il manqué quelque chose? — Rien, » répondirent-ils. « Mais à présent, reprit-il, que celui qui a une bourse, la prenne; et que celui qui n'en a pas, vende son manteau pour ache* ter une épée; car, je vous le dis, il faut qu'eu moi s'accomplisse cette parole de l'Écriture : Il a été mis au rang des scélérats. En effet, tout ce qui a été écrit de moi a son terme. »
Les disciples ne saisirent pas la portée de ce discours; ils lui dirent : « Seigneur, il y a deux épées ici. — C'est assez, » répondit-il.
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Tout entier aux événements qui se passaient, Jésus dit à ses apôtres : « Que votre cœur ne se trouble pas. Vous croyez en Dieu ; croyez aussi en moi. Dans la maison de mon Père, il y a plusieurs demeures. Je vais vous
y préparer une place. Je reviens ensuite , et je vous prends avec moi, afin que là où je suis, vous soyez aussi. Or vous savez où je vais, et vous connaissez le chemin. — Seigneur, interrompit Thomas , nous ignorons où vous allez ; et comment pouvons-nous connaître le chemin ? » Jésus reprit : « Je suis la voie, la vérité , et la vie. Personne ne va au Père que par moi ; si vous me connaissez, vous connaissez aussi mon Père; désormais vous le connaîtrez, et vous Tavez vu. »
L'apôtre Philippe interrompit Jésus à son tour, et lui dit : « Seigneur, montrez-nous le Père , et cela nous suffit. » Jésus répondit : « Je suis avec vous depuis si longtemps, et vous ne me connaissez pas ! Philippe, celui qui me voit, voit le Père. Comment dis-tu : Montrez-nous le Père? Est-ce que vous ne croyez pas que je suis dans le Père, et que le Père est en moi? Ce que je vous dis, je ne le dis pas de moimême; et le Père, qui est en moi, opère luimême les œuvres dont vous êtes témoins. Croyez à cause de ces œuvres. En vérité, eu vérité je vous le dis , celui qui croit en moi fera les œuvres que je fais , et il en opérera
de plus grandes que moi, parce que je vais à mon Père, et que tout ce que vous demanderez à mon Père en mon nom, je le ferai, afin que le Père soit glorifié dans le Fils. »
YIII
Ci Si vous m'aimez, gardez mes commandements, et moi je prierai mon Père qu'il vous donne un autre consolateur, le Paraclet, qui restera toujours avec vous; l'Esprit de vérité, que le monde ne peut recevoir, parce qu'il ne le connaît point et ne le voit point. Mais vous, vous le connaîtrez; car il demeurera au milieu de vous, et sera en vous. Je ne vous laisserai pas orphelins, je viendrai à vous. Encore un peu de temps, et le monde ne me verra plus ; mais vous me verrez ; parce que je vivrai, et que vous vivrez aussi. En ce jour-là, vous connaîtrez que je suis en mon Père, que vous êtes en moi, et que je suis en vous.
« Celui-là m'aime, qui garde mes commandements et les observe. Or celui qui m'aime ,
sera aimé de mon Père ; je Taimerai aussi , et je me manifesterai à lui. »
L'apôtre Jude, prenant la parole , dit : « Seigneur, d'où vient que vous vous manifesterez à nous, et non pas au monde? »
Jésus lui répondit : « Celui qui m'aime gardera ma parole ; et mon Père l'aimera; nous viendrons à lui , et nous établirons notre demeure en lui. Celui qui ne m'aime pas ne garde pas ma parole, et la parole que vous avez entendue n'est pas de moi, mais du Père, qui m'a envoyé. Je vous dis ces choses tandis que je suis encore avec vous; mais le Paraclet, l'Esprit-Saint, que mon Père vous enverra en mon nom, vous enseignera toutes choses, et vous fera souvenir de tout ce que je vous ai dit.
« Je vous laisse ma paix, je vous donne ma paix; je ne vous la donne pas comme le monde la donne. Que votre cœur ne soit point troublé ni par l'inquiétude ni par l'effroi. Vous avez entendu ce que je vous ai dit : Je m'en vais , et je reviens à vous. Je vous ai dit ces choses avant qu'elles arrivent, afin que, lorsqu'elles auront été accomplies, vous croyiez en moi. Maintenant je vous parlerai peu, car le prince
de ce monde (Satan) approche. Il n'a aucun pouvoir sur moi; mais j'agis ainsi , afin que le monde sache que j'aime mon Père, et que j'obéis à sa volonté.
« Levez- vous; sortons d'ici. »
Après avoir récité l'hymne d'actions de grâces, ils se dirigèrent vers la montagne des Oliviers, où ils avaient coutume de passer la nuit.
En quittant le cénacle , Jésus continua d'instruire ses apôtres.
« Je suis la vraie vigne, dit-il, et mon Père est le vigneron. Toute branche qui ne fiructifie pas en moi sera retranchée; celle qui porte des fruits sera émondée pour en produire davantage.
« Maintenant vous êtes purs, comme je vous l'ai dit déjà. Demeurez en moi, et je demeurerai en vous. Une branche séparée du cep ne peut avoir de fruits ; il en serait de même de vous, si vous ne demeuriez en moi.
« Je suis le cep de la vigne ; vous en êtes les branches. Quiconque demeure en moi, en même temps que je demeure en lui, porte des fruits en abondance avec moi : sans moi , il est stérile. Quiconque ne demeure pas en moi, sera coupé comme im sarment inutile, qui se desséchera, et sera ramassé pour être jeté au feu, où il se consumera. Si vous demeurez en moi, et que vous gardiez fidèlement mes paroles, vous demanderez tout ce que vous voudrez, et vous l'obtiendrez. Mon Père a été glorifié en ce que vous portez les fruits les plus abondants, et que vous êtes mes disciples. Comme mon Père m'a aimé, ainsi je vous ai aimés. Demeurez dans mon amour. Si vous observez mes commandements, vous resterez dans mon amour, comme j'ai moi-même accompli la volonté de mon Père, et que je suis resté dans son amour. Je vous parle ainsi pour que ma joie passe en vous, et que votre bonheur soit au comble. Vous êtes mes amis. Désormais je ne vous appellerai plus mes serviteurs, je vous ai appelés mes amis; le serviteur ignore ce que fait son maître, et moi je vous ai manifesté tout ce que mon Père m'a
révélé. Ce n'est pas vous qui m'avez choisi; c'est moi qui vous cd choisis et appelés. Je vous ai établis mes apôtres afin que vous produisiez du fruit, et que ce fruit reste ; afin aussi que vous obteniez de mon Père tout ce que vous demanderez en mon nom.
c( Voici maintenant mon commandement :
c'est que vous vous aimiez les uns les autres, comme je vous ai aimés. Si le monde vous hait, n'oubliez pas qu'il m'a d'abord eu en haine. Si vous aviez été du monde, le monde vous aimerait comme tout ce qui lui appartient; mais, parce que vous n'êtes pas du monde, et que je vous ai séparés du monde , le monde vous déteste. Toutefois souvenez-vous toujours de cette parole : Le serviteur n'est pas plus grand que son maître; si l'on m'a persécuté, on vous persécutera également. »
Je vous prédis toutes ces choses , afin que vous ne soyez pas découragés, et que la persécution ne soit pas pour vous une occasion
de chute. Un temps viendra où ils vous chasseront de leurs synagogues. En vous mettant à mort, Us s'imagineront rendre hommage à Dieu. Ils en agiront ainsi à votre égard , parce qu'ils ne connaissent ni mon Père ni moi.
c< Je ne vous ai pas dit ces choses dès le commencement y parce que j'étais avec vous pour quelque temps; à présent je vous les fais connaître, parce que je m'en vais.
« En écoutant ces paroles, votre cœur est rempli de tristesse ; mais je vous dois manifester la vérité.
(c II est utile que je m'en aille , pour vous envoyer le Paraclet.
c( J'ai encore beaucoup de choses à vous dire ; mais vous n'êtes pas en état de les porter maintenant. Lorsque l'Esprit de vérité sera venu, il vous enseignera toute vérité.
« Dans peu temps vous ne me verrez plus ; puis vous me reverrez pour un peu de temps , et je m'en vais à mon Père. »
Les apôtres ne comprenaient rien à ces dernières paroles. Voyant qu'ils allaient l'interroger, Jésus les prévint, et leur dit : « En vérité, en vérité je vous le dis, vous pleurerez et vous
gémirez; le monde , au contraire , sera dans la joie. Vous serez vivement attristés; mais votre tristesse se changera en joie. Lorsqu'une femme souffre les douleurs do l'enfantement, elle est dans l'angoisse ; mais elle ne tarde pas à oublier ses maux, ravie d'avoir mis un fils au monde. Et vous aussi , en ce moment , vous éprouvez de la tristesse; mais je vous reverrai, votre cœur sera inondé d'allégresse , et personne ne vous ravira votre joie. Eu ce jour vous invoquerez mon Père en mon nom; je ne vous dis pas que j'unirai ma demande à la vôtre; car mon Père vous aime, parce que vous m'avez aimé, et que vous avez cru que j'étais venu de Dieu.
« Je vous ai parlé en paraboles jusqu'à présent; mais aujourd'hui je vous parle ouvertement. Je suis issu du Père, et j'ai paru en ce monde; maintenant je quitte le monde, et je retourne à mon Père. »
Les disciples lui dirent : « Nous reconnaissons que vous nous parlez ouvertement, et non plus en paraboles. Nous savons qui vous êtes. Personne n'a besoin de vous interroger. Nous croyons que vous êtes issu de Dieu.
— Vous croyez donc maintenant? reprit Jésus. Voici que l'heure vient, et elle est déjà venue, où vous serez dispersés chacun de votre côté. Vous me laisserez seul. Je ne suis cependant pas seul, car mon Père est avec moi. Je vous ai parlé ainsi afin que votre foi en moi ne soit aucunement troublée. Vous aurez beaucoup à souffrir dans le monde ; mais ayez confiance, j'ai vaincu le monde. »
A peine Jésus a-t-il achevé ce discoui's, qu'il lève les yeux au ciel, en disant : « Mon Père, l'heure est venue; glorifiez votre Fils, afin que votre Fils vous glorifie. Vous lui avez donné puissance sur tous les hommes, afin qu'il leur procure la vie étemelle. Or la vie éternelle consiste à vous connaître , vous le seul vrai Dieu, et Celui que vous avez envoyé, Jésus- Christ. Je vous ai glorifié sur la terre; j'ai consommé l'œuvre que vous m'avez chargé d'accomplir. Et maintenant, ô Père, glorifiez-moi on vous-même, de cette gloire que j'avais en
VOUS avant que le monde existât. J'ai manifesté votre nom aux hommes que vous m'avez donnés sur la terre; et, comme ils étaient à vous, ils ont gardé votre parole. Us ont reconnu véritablement que je suis issu de vous, et que vous m'avez envoyé. Je vous prie pour eux , et non pour le monde. Je ne suis plus pour longtemps dans le monde, je retourne à vous ; pour eux, ils restent encore dans le monde. Père saint, conservez en votre nom ceux que vous m'avez donnés. Tandis que j'étais avec eux, je les ai gardés moi-même. Aucun n'a péri, excepté le fils de perdition, afin que l'Écriture Mt accomplie. Conservez-les donc; sanctifiez -les dans la vérité; car votre parole est vérité. Comme vous m'avez envoyé dans le monde, je les envoie aussi dans le monde. Je me sanctifie pour eux, afin qu'ils soient sanctifiés dans la vérité. Je ne prie pas pour eux seulement, mais encore pour tous ceux qui croiront en moi par leur parole; afin que tous soient un, comme vous êtes en moi, ô Père, et que je suis en vous. Ainsi le monde connaîtra que vous m'avez envoyé. Père juste, le monde ne vous a pas connu. Moi, je vous con-
nais, et ceux-ci savent que vous m'avez envoyé. Je leur ai annoncé votre nom, et je l'annoncerai encore, afin que l'amour dont vous m'avez aimé soit en eux, et que je sois en eux moi-même ! »