‹ Histoire de Jésus-Christ d'après les Evangiles et la tradition, expliquée à l'aide des monuments, de la description des lieux et de commentaires des écrivains ecclésiastiquesChapitre 4 sur 22 · HIC DE VIRGINE MARIA JESUS CHRISTUS NATUS EST · texte numérisé non relu

HIC DE VIRGINE MARIA JESUS CHRISTUS NATUS EST

Ici de la Vierge Marie naquit Jésus -Christ.

De savants et pieux écrivains ont remarqué que Jésus est né durant la sainte tiuit des Juifs , et la fête des lumières qui se célébrait depuis cent soixante -quatre ans en mémoire de la consécration de l'autel ou de la purification du temple par Judas Machabée. Le inonde jouissait d'une paix profonde, et le temple de Janus était fermé pour la seconde fois sous le règne d'Auguste. Au moment où l'auteur de la pure et sublime morale de l'Évangile paraissait au monde, les Romains célébraient les saturnales , désordres affreux , l'éternel déshonneur de la civilisation païenne.

Il y avait aux environs de Bethléhem des bergers qui gardaient tour à tour leurs troupeaux durant les veilles de la nuit. Une vive lumière les enveloppa subitement, et un ange leur annonça que le Sauveur venait de naître dans la cité de David. Au même instant, ils entendirent un concert de voix célestes disant : Gloire a Dieu au plus haut des deux ^ et paix

sur la terre aux hommes de bonne volonté. Ëblouis de ces clartés surnaturelles, émus des paroles angéliques, les bergers se dirigèrent aussitôt vers la ville de Bethléhem. Suivant les instructions de l'ange, ils trouvèrent Marie, Joseph, et l'enfant couché dans une crèche. Us reconnurent la vérité de ce qui leur avait été annoncé, et, se prosternant humblement, ils adorèrent le nouveau-né, depuis si longtemps attendu, tant de fois prédit par les prophètes.

Le bruit de ce prodige se répandit promptement. Les bergers en racontèrent les détails à tous ceux qui attendaient prochainement la venue du Messie. Elle combla de joie les pieux Israélites du pays de Bethléhem, et trouva un écho dans toutes les montagnes de la Judée. Beaucoup s'étonnaient du récit des pasteurs; ceux-ci se retirèrent louant le Seigneur, qui avait daigné leur manifester sa gloire et les conduire miraculeusement au berceau de son Fils. Quant à Marie, « elle gardait fidèlement toutes ces choses , les méditant en son cœur. »

D'après une tradition conservée par saint Jérôme, le message céleste eut lieu dans la

ccimpagne à mille pas environ de la tour des Troupeaux. On bâtit dans la suite une église et un monastère sur ce même emplacement; les ruines en sont encore apparentes.

L'heure de la délivrance était venue; le nouveau-né allait recevoir le nom de Jésus ou Sauveur, que l'ange avait commandé à Marie et à Joseph de lui donner. La cérémonie de la circoncision se pratiquait huit jours après la naissance, et c'était en cette circonstance qu'on imposait le nom aux fils nouvellement nés. Depuis le temps d'Abraham, l'opération douloureuse de la circoncision était faite par le père, en présence de dix témoins. Il est donc probable que Joseph, le père nourricier du Fils de Dieu, circoncit Jésus , en présence de sa bienheureuse mère, versant ainsi les premières gouttes du sang précieux qui devait un jour couler en entier sur la croix pour le salut des hommes. La chair de Jésus était exempte de la souillure du péché; mais le

Sauveur avait pris sur lui tous les péchés du geure humain. Joseph , sans aucun doute, exécuta toutes les prescriptions de la loi et suivit le cérémonial consacré par la tradition pour Taccomplissement de cet acte important; d'autant plus que la prière récitée en cette occasion était, jusqu'à ce jour, la Ggure de ce qui devait se réaliser dans le Messie. Le ministre de la circoncision disait à haute voix : « Béni soit le Seignem* notre Dieu , qui a imprimé sa loi dans notre chair, et qui marque ses enfants du signe de sa sainte alliance, pour les rendre participants des bénédictions d'Abraham notre père. » Les assistants répondaient : « Salut à celui que vous avez choisi pour votre fils. » On avait coutume de placer alors Tenfant sur un siège d'honneur, en disant : « Voici le siège du prophète Èlie. » C'était un signe d'espérance dans la venue du précurseur du Messie.

Il y avait déjà six mois que le siège d'Élio avait été occupé par Jean, le Précurseur. L'enfant qui venait d'être mis sur le siège d'honneur n'était pas le fils adoptif de Dieu : c'était le Verbe, Fils unique de Dieu, consub-

stantiel à son Père. S'il acceptait en son corps la marque de l'alliance contractée avec le peuple juif, c'était pour unir l'ancienne loi à la nouvelle, qui en est la fin et la perfection.

En vertu de la circoncision, la plénitude des droits et des privilèges accordés au peuple choisi de Dieu était acquise à celui qui portait ce signe de l'alliance. Son nom était inscrit dans les registres publics; il entrait dans la série généalogique de la famille. Chacun sait combien les Juifs étaient jaloux de conserver leurs généalogies. L'intérêt leur en faisait un devoir, surtout avant la captivité de Babylone, puisque le patrimoine de chaque famille était inaliénable. Le Juif, d'ailleurs, comme les autres peuples de l'antiquité, était plein du sentiment de sa personnalité ; voulant garder dans leur intégrité les droits qu'il tenait de ses ancêtres, il regardait sa généalogie comme ses lettres de noblesse.

Les évangélistes ont publié la double généalogie de Jésus-Christ, par Joseph et par Marie, afin cpie personne ne pût mettre en doute sa descendance de David. La généalogie suivant saint Luc donne les ancêtres de la Vierge ; c'est le véritable arbre généalogique du Sauveur. Par surabondance, saint Matthieu a tracé celui de saint Joseph : c'est l'arbre généalogique légal. L'origine de Jésus, comme descendant de David, d'Isaï et de Juda, est ainsi établie par des actes incontestables : ce qui suflSt à établh* l'accompUssement des prophéties. Le peuple lui-même la connaissait, et nous entendons l'aveugle de Jéricho la constater publiquement lorsqu'il criait : Jésus, fils de David, ayez pitié de moi ^

La Providence avait ses desseins lorsqu'elle permit que le premier maître de Rome ordonnât un recensement général de tous les habitants de l'empire. Les noms de Joseph, de Marie et de Jésus furent inscrits dans un acte authentique, parmi ceux qui appartenaient

ï Nous avons donné dans l'Introduction une note détaillée sur la double généalogie de Jésus -Christ.

à la postérité du roi David. Les registres du dénombrement existaient à Rome du temps de Tertullien et de saint Jean Chrysostome, qui invoquent ce fait comme étant de notoriété publique. La main de la Providence n'est pas moins apparente dans un événement arrivé peu de temps après la naissance de Jésus. Hérode réunit dans le temple et fit briller, avec toutes les archives, toutes les anciennes généalogies et tous les diplômes de famille du peuple juif. Cette mesure odieuse avait pour but d'effacer les titres légaux de la race qui avait de légitimes prétentions à la royauté et des espérances certaines pour Tavénement du Messie. Le tyran était de basse extraction; son père ou son grand-père, originaire d'Ascalon, n'était pas du sang d'Abraham. C'était un serviteur étranger employé aux fonctions les plus humbles du temple de Jérusalem, et qui, lors du pillage du sanctuaire, avait été emmené par des brigands iduméens. Jules l'Africain, né à Emmaùs, eu Palestine, au commencement du iif siècle de l'ère chrétienne, nous fait connaître cet acte d'Hérode qui souleva le peuple entier. Quel-

ques Juifs, grâce à la fidélité de leurs souvenirs, réussirent à rétablir des lambeaux de leurs généalogies. Peut-être de rares documents échappèrent-ils au désastre commun; plusieurs Israélites , au témoignage du même auteur, étaient regardés de son temps comme parents du Sauveur. Mais le grand coup avait été firappé; un trouble irrémédiable était jeté dans les généalogies judaïques. Le but principal de la conservation fidèle des traditions généalogiques était atteint : il demeurait constant que Jésus est de la race royale de David. Les autres documents de famille pouvaient être livrés aux flammes, sans grave inconvénient; Hérode fut le ministre du jugement de Dieu.

Quelques jours après la Circoncision, des mages vinrent de l'Orient guidés par une étoile merveilleuse. La tradition les appelle les trois rois, quoiqu'elle ne nous apprenne rien de précis sur leur condition et leur patrie. L'opinion commune les fait venir de l'Arabie

et de la Mésopotamie. C'étaient, sans doute, des sages ou des savants appartenant à la caste sacerdotale, des princes ou émirs, comme on dit aujourd'hui en Orient. Saint Jérôme les regarde comme les successeurs de Balaam (|ui, dans un transport prophétique, avait dit : « Une Étoile sortira de Jacob , et un sceptre s'élèvera du milieu d'Israël. »

Dès les temps les plus reculés et dans les contrées les plus civilisées de l'Asie, circulaient des traditions propres à frapper vivement l'imagination; elles étaient relatives à l'apparition d'une étoile extraordinaire, signe précurseur de la venue du Sauveur du monde. Les Chaldéens , versés dans la connaissance de l'astronomie, enseignaient, par suite de leur contact avec les Juifs, qu'on verrait briller au firmament, à l'arrivée du Messie, les mêmes constellations qui jadis annoncèrent le grand déluge, et signalèrent la délivrance du peuple de Dieu de la servitude de l'Egypte. Toutes ces rumeurs mystérieuses étaient tellement accréditées, qu'on les trouve mentionnées dans les plus anciens écrits. Un livre apocryphe intitulé Livre de Set h , où se trouvaient consi-

gnées les observations astronomiques des patriarches, auxquelles l'historien Josèphe fait allusion dans ses Antiquités judaïques, nous apprend que l'étoile du Messie devait avoir la forme d'un petit enfant , portant une croix dans sa mcdn. L'auteur inconnu d'une homélie attribuée à saint Jean Chrysostome rapporte la même croyance dans des termes identiques \

Quoi qu'il en soit de la nature du phénomène céleste que l'Évangile désigne sous le nom général d'étoile, les mages comprirent l'avertissement que le Ciel leur donnait. Arrivés à Jérusalem, ils s'enquirent d'Hérode , du lieu où se trouvait le roi des Juifs nouveau-né. A cette question, le monarque étranger se troubla. Il n'ignorait pas, de même que tous les Juifs, qu'une étoile devait luire au ciel à la naissance du Messie. Aussi fut-il rempli de crainte, et toute la ville de Jérusalem fut-elle vivement émue.

On consulta les princes des prêtres, les

t Op. imperfectum in Matth. Homil, II, inter opp. S. Joannis Chrysost.

scribes et les anciens du peuple. Le sanhédrin n'hésita pas un seul instant; il désigna Bethléhem de Juda. Le prophète avait dit : « Et toi, Bethléhem, tu n'es pas la moindre parmi les cités de Juda, car de toi sortira le chef qui doit régir mon peuple d'Israël *. »

La frayeur d'Hérode était à son comble, comme s'il eût senti trembler son trône sous lui. Il dissimula cependant, et fit venir en secret les mages pour les interroger sur l'époque précise de l'apparition de l'étoile. Un projet crimmel surgit aussitôt dans le cœur du tyran. Afin de frapper plus sûrement sa victime, il recommanda soigneusement aux mages de lui faire connaître le roi nouveau-né; j'irai moimême l'adorer, dit le fourbe.

En sortant de Jéinisalem , les mages \îrent de nouveau le météore miraculeux, et furent remplis d'une gi*ande joie et d'une nouvelle ardeur. La distance de Jérusalem à Bethléhem est d'environ huit kilomètres, et le chemin qui conduit d'une ville à l'autre est un des plus agréables de la Judée. L'étoile s'arrêtii

• Michée, v,2.

au-dessus de l'humble demeure où la charité d'un Dieu n'avait pas dédaigné de descendre. Les rois mages , malgré la pauvreté de la sainte famille, reconnurent aussitôt Celui qu'ils cherchaient. Ils trouvèrent l'Enfant avec Marie, sa mère , et se prosternant ils l'adorèrent. Ils ouvrirent leurs trésors et lui offrirent en présent de l'or, de l'encens et de la myrrhe. Hommage symbolique par lequel ils le saluaient Dieu, roi et mortel. Les mages, prémices des gentils, se présentèrent devant le berceau de Jésus douze jours après sa naissance, le 6 janvier.

Le Seigneur déjoua les perfides desseins d'Hérode. Un ange avertit les mages de regagner leur pays en prenant un autre chemin que celui qu'ils avaient suivi en allant à Jérusalem.

Nous venons de voir réunis autour du berceau de Jésus les éléments de l'ÉgUse naissante : les Israélites, enfants de la promesse, dans la personne des bergers, et les nations dispersées sur toute la face de la terre , dans la personne des mages. A ces deux premières manifestations, la grotte de Bethléhem servit de sanctuaire. Ne reconnaît -on pas déjà dans ces

scènes touchantes le caractère du christianisme : charité, douceur, humilité?

Quarante jours s'étaient écoulés depuis la nativité du Sauveur; et, suivant les ordonnances de la loi mosaïque, Marie devait venir au temple recevoir la bénédiction du prêtre, et son fils devait être présenté au Seigneur selon cette prescription : « Tout fils premier-né sera consacré à Jéhovah. » Joseph et Marie allèrent à Jérusalem, portant l'offrande des pauvres, un couple de tourterelles.

Il y avait alors à Jérusalem un homme juste et craignant Dieu , nommé Siméon, qui attendait la consolation dLsraël. L'Esprit de Dieu l'attira vers le temple au moment où la sainte famille en franchissait le seuil. Ce saint vieillard avait reçu du Ciel l'espérance de ne point mourir sans avoir vu le Messie. A la vue de Jésus il fut profondément ému, et, dans un ravissement prophétique, il le proclama le Messie. « Maintenant, Seigneur, dit-il, laissez

aller votre serviteur en paix, selon votre parole, puisque mes yeux ont contemplé le Sauveur, que vous avez préparé pour être devant tous les peuples la lumière qui éclairera les NATIONS, et la gloire d'Israël, votre peuple. »

Joseph et Marie étaient dans l'admiration. Siméon les bénit. Le cœur maternel de Marie débordait de joie et de reconnaissance. Le saint vieillard lui prédit alors que ce cœur serait un jour transpercé d'un glaive de douleur. L'avenir fut dévoilé à ses n»gards : le douloureux mystère de la Rédemption s'offrit à sa vue avec ses humiliations, ses souffrances, et la sanglante expiation du Calvaire.

Quelques écrivains affirment ([ue le vénérable vieillard eut sa prière exaucée sur-lechamp , et qu'il expira dans le temple aux pieds du Sauveur. L'histoire n'en dit rien. Si ce fait était vrai, saint Luc aurait-il omis ime circonstance aussi mémorable*?

Pendant que cette scène se passait, arriva la vieille prophétesse Anne, fdle de Phanuel, de la tribu d'Aser. Cette pieuse femme, âgée de quatre-vingt-quatre ans, avait vécu sept années seulement dans le mariage, et, depuis

la mort de son époux , elle était restée dans le temple , servant Dieu nuit et jour. Pénétrée d'un saint enthousiasme, elle louait le Seigneur, et publiait la venue du Messie. La ville de Jérusalem retentit des accents de sa joie , qui trouvèrent écho dans l'âme de ceux qui attendaient la rédemption d'Israël. La prophétesse Anne , suivant une ti'adition respectable . avait pris soin de l'éducation de Marie dans le temple. De quels trésors de gpfâces son cœur ne s'était- il pas enrichi près de la bienheureuse Vierge, objet de tant de faveurs célestes! Comme elle dut tressaiUir de bonheur en saluant, dans sa jeune et chaste amie, la mère du Fils de Dieu !

Les paroles de la prophétesse et du vieillard étaient bien propres à causer une vive impression. Un demi-siècle s'était écoulé depuis qu'une voix avait annoncé que la venue du Messie ne tarderait pas au delà de cinquante ans. Chacun savait que le règne de Dieu était proche. La vision du prêtre dans le temple , son mutisme temporaire, les merveilles de la nativité de saint Jean, le cantique de Zacharie, les récits des bergers, le passage des mages, l'apparition

de l'étoile, tout concourait à remplir la Judée des plus douces espérances.

Après avoir accompli tous les devoirs que la loi leur imposait, Joseph et Marie retournèrent à Nazareth.

Irrité de voir que les mages n'étaient pas tombés dans le piège qu'il leur avait tendu , Héi'ode fut saisi d'une violente colère. Ses appréhensions se réveillèrent, et sa fureur ne connut plus de bornes. Il ordonna de faire mourir impitoyablement, et sans distinction, tous les enfants à la mamelle, dans le pays de Bethléhem. En Judée, les mères avaient l'habitude de sevrer leurs enfants seulement dans la troisième année après leur naissance. Instruit pai' les mages du temps précis auquel Tétoile avait brillé au ciel, le tyran se croyait sîir d'envelopper dans cette horrible boucherie la tendre victime qui lui portait ombrage. Aloi's la ville et les champs de Bethléhem furent inondés du sang innocent : un deuil immense enve-

à celle de Léontopolis, lorsque celle-ci fut fermée par ordre de l'empereur Vespasien.

Une tradition respectable rapporte qu'à l'entrée de Jésus en Egypte les idoles furent renversées et brisées. Isaïe avait dit : « Le Seigneur entre en Egypte ; à sa présence les idoles sont ébranlées, et tous les cœurs sont dans l'effroi. »

La tradition qui rapporte que Joseph habita la ville de Mataréa est assez vraisemblable. Le père nourricier de Jésus y trouva aisément à exercer son industrie parmi ses compatriotes, et il évita le contact des adorateurs d'idoles , que les Juifs avaient justement en horreur. Jésus passa sur la terre d'Egypte les deux premières années de sa vie. A la mortd'Hérode. Joseph reçut ordre d'un ange de retourner en Palestine; il obéit sur-le-champ. Ainsi, dit l'Évangéliste , s'accomplit la parole du Seigneur, qui avait dit par la bouche du prophète Osée : « Je rappellerai mon Fils de l'Egypte. » En entrant dans sa patrie, Joseph, apprenant qu'Archélaûs régnait à la place d'Hérode, son père, ne s'an'êta pas en Judée, mais alla droit à Nazareth, en Galilée. Ses craintes n'étaient pas mal fondées, comme l'événement ne tarda

pas à le démontrer. Le nouveau roi continua la politique cruelle de son prédécesseur; il inaugura son règne eu ordonnant le massacre de trois mille Juifs. Le peuple, ti'emblemt et indigné , eut recours directement à Tintervention de Tempereur, demandant à grands cris d'être délivré de la tvrannie de la famille d'Hérode. Ces réclamations d'abord furent sans effet; la Judée continua de gémir sous le joug intolérable des étrangers. C'en était fait : le sceptre de Juda était tombé ; il avait été remplacé par une verge de fer dans la main des tvrans.

Nous n'omettrons pas ici de faire connaître comment la main de Dieu s'appesantit sur le cruel Hérode, et les tortures morales et physiques au milieu desquelles il rendit le dernier soupir. Ce prince barbare, qui n'épargna ni sa femme ni ses propres enfaats, qui répandit des torrents de sang humain, éprouva le sort que la justice divine réserva dans la suite aux persécutem*s de l'Église. La maladie dont il était atteint allait toujours empirant. II se sentait brûlé d'un feu intérieur, et tourmenté de démangeaisons insupportables sur tout le corps.

Une faim insatiable stimulait encore les doulem*s intérieures et aggravait l'inflammation des entrailles. Ses pieds étaient enflés, et des vers lui sortaient du corps; l'air était infecté de l'odeur de son haleine et de ses plaies. Malgré les remèdes des médecins, le mal faisait de rapides progrès. Transporté à Jéricho, ce monstre, sûr que sa dernière heure approchait, fit tuer son fils Antipater, et convoqua l'assemblée des principaux de la nation dans l'amphithéâtre de cette ville. 11 avait donné ordre de massacrer les chefs d'Israël dès qu'il aurait rendu le dernier soupir, voulant, disait- il, que ses funérailles fussent accompagnées de larmes sincères. Heureusement ce commandement inique ne reçut pas d'exécution. Ainsi mourut misérablement ce prince, de mœurs dépravées , d'un caractère farouche, dont la mémoire restera toujours en exécration, qu'une ambition démesurée entraîna aux plus grands excès et aux crimes les plus affreux.

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Pendant que Jésus passait tranquillement à Nazareth les années de son enfance, la Palestine était agitée de soulèvements sans cesse renaissants, et même de luttes sanglantes. Archélaûs, que l'expérience des premiers jours de son règne aurait dû rendre plus circonspect, irrita le peuple de toutes les manières. Son autorité avait des formes despotiques que rien ne tempérait. A la fin, exaspérés, les Juifs et les Samaritains se décidèrent à le dénoncer à Auguste, la dixième année de son règne. L'empereur manda le fils d'Hérode à Rome pour répondre aux accusations portées contre lui. Le messager trouva le prince à table avec ses amis, et lui signifia Tordre du mmtre. Archélaûs obéit. Il comparut devant le tribunal de l'empereur en présence de ses dénonciateurs. Ne pouvant se justifier, il fut exilé à Vienne en Dauphiné, où il mourut peu de temps après.

Décidément la Judée était une province romaine. L'impôt fut établi sur chacun des habi-

tants, à la suite d'un second dénombrement de la population, qui eut lieu, comme le premier, sous la surveillance de Cyrinus ou Ouîrîiû^is, gouverneur de Syrie. Les membres de la famille d'Hérode furent dès loi^ privés du pouvoir suprême en Judée ; ils ne gardèrent, sous la domination jalouse des Romains et sous la juridiction des préfets, qu'une ombre d'autorité, qui elle-même ne tarda pas à diminuer et à disparaître.

Les Juifs montrèrent d'abord plus de soumission dans le paiement de l'impôt qu'on n'avait osé l'espérer. L'influence du grand prêtre Joazar les poussait à la modération. Rien ne semblait devoir troubler l'ordre et la tranquillité, lorsqu'une insurrection folle, qui eut de fâcheuses conséquences, s'organisa sous la direction d'un certain Judas, natif de Gamala, province de Gaulon, sur la rive orientale du Jourdain, et d'un pharisien nommé Sadoc. Les passions de la multitude sont faciles à enflammer, surtout si l'on met en avant l'hitérêt de la religion et de la patrie : deux causes propres à faire palpiter tous les cœurs.

Cette révolte fut réprimée avec mie exti'ême

rigueur. Beaucoup de malheureux périrent les armes à la main ou de misère. Le gouverneur de Syrie enleva la dignité de grand prêtre à Joazar, pour en revêtir Ananus, ou Anne, dont rÊvangile fait mention à Tépoque de la passion du Sauveur.

Cette même année, à la fête de Pàque, le temple de Jérusalem fut glorifié. Jésus avait atteint sa douzième année ; à ce moment s'ouvrait pour les Juifs la période de l'adolescence ; celle de l'enfance était finie. Dès lors on était tenu aux obligations imposées par la loi, et tous les jeunes gens devaient aller à Jérusalem aux trois grandes fêtes : les femmes seules pouvaient être dispensées de ce voyage. Joseph et Marie, fidèles observateurs de tous les préceptes de la loi mosaïque, ne manquaient pas d'aller tous les ans à Jérusalem, célébrer la grande fête de Pâque. Jésus les y accompagnait ordinairement. Les huit jours de la fête écoulés, Joseph et Marie reprirent le chemin de la Galilée. Arrivés à la première station, à El-Bir, distante de dix kilomètres environ de Jérusalem, lieu où se reposent encore les caravanes qui se dirigent de la

Judée vei's la Samarie et la Galilée, ils s'aperçureut que Jésus n'était pas avec eux. Cette disparition les inquiéta peu d'abord, à cause de la multitude qui se pressait en pareille cii^ constance sur les chemins de Jérusalem. Mais quand ils l'eurent cherché parmi leurs parents et leurs amis sans le trouver, ils commencèrent à craindre , et sur-le-chainp ils se mirent en route pour retourner à Jérusalem. C'était le 1" mai, les fêtes de Pâque de cette année -là durant du 24 avril au 1" mai. Ils ne le rencontrèrent ni sur le chemin , ni parmi leure coimedssances. Leurs angoisses étaient vives, car en ce moment les bruits les plus alarmants circulaient dans le peuple à cause de l'insurrection de Judas le Gaulonite. Enfin, le troisième jour, ils le trouvèrent dans le temple, au milieu des docteurs, interrogeant les plus habiles, et répondant à leurs questions. Tous étaient saisis d'admiration en voyant tant de sagesse et de science briller dans un si jeune enfant. « Pourquoi, mon fils, lui dit Marie, en avez- vous agi ainsi avec nous? Voilà que nous vous cherchons, le cœur plein de tristesse et d'alarmes. — Ne saviez- vous pas, répondit

Jésus, que je dois être occupé aux choses de mon Père? » Joseph et Marie ne comprirent \ms alore toute la portée de ces })aroles. Mais Jésus sortit avec eux , et leur demeura soumis durant tout le temps de sa jeunesse. Ils revinrent à Nazareth, où Jésus grandit eu âge, en grâce et en sagesse , devant Dieu et devant les hommes.

Les années de Tenfance et de l'adolescence du Sauveur sont couvertes d'un voile qui nous en dérobe la connaissance. Les évangélistes gardent le plus profond silence sur ce long temps, sans indicpier le moindre trait propre à satisfaire une pieuse et légitime curiosité. Nous savons seulement que Jésus menait une vie humble, et qu'il ne dédaigna pas de partager le travail quotidien de son père nourricier. « D'où hii vient cette sagesse ? disaient ses compatriotes; n'est-ce pas le charpentier, fils de Marie? » (S. Marc, vi.) Le païen Celse et Julien l'Apostat reprochaient aux chrétiens la modeste profession de Jésus -Christ. Saint Justin, le martyr, natif de Sichem ou Naplouse, qui vécut au conunencement du second siècle de notre ère, et beaucoup d'au-

très Pères, croient qu'il a exercé le métier de charpentier, qui alors se confondait avec cehii de menuisier. Ajoutons que c'était une coutume chez les Juifs , et un devoir pour les parents, de former leurs fils au travail des mains et de leur apprendre un métier, quand bien même ils eussent été destinés à des occupations plus élevées. La conduite de Jésus donne une leçon frappante à tous les hommes. Le travail fut ainsi sanctifié ; l'atelier de Nazareth devint un sanctuaire.

Le pèlerin qui travei'se aujourd'hui la Palestine ne manque pas, en passant à Nazareth, d'aller visiter l'ateher de Joseph, où Jésus travailla sous les ordres de son père nourricier. Il est situé à quelques pas de l'église de l'Annonciation, et les chrétiens y ont bâti une modeste chapelle.

Traçons ici rapidement le tableau de la situation de la Judée durant les années qui

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précédèrent immédiatement la vie publique de Jésus.

A la mort d'Hérode, son fils Archélaûs s'empara du pouvoir; mais, comme le trône lui était disputé par ses ft^res, il s'embarqua pour Rome y afin d'obtenir de l'empereur Auguste la confirmation du testament de son père, et l'investiture de l'autorité royale. Antipas faisait valoir en sa faveur le premier testament d'Hérode. Salomé, leur sœur, mêlait ses intrigues aux prétentions de ses deux frères, tandis que Philippe, de son côté, et même Antipater, fils de Salomé, présentaient leurs requêtes à l'empereur, demandant que le royaume du vieil Hérode fiit j>ai'tagé entre tous les membres do sa famille .

Si les Juifs avaient été consultés, ils auraient desservi les intérêts d' Archélaûs, dont ils avaient déjà à se plaindre. Ils ne perdirent pas de temps : et, dès que les troubles sanglants suscités après le départ d' Archélaûs furent calmés, ils envoyèrent à Rome cinquante députés, pour solliciter la faveur d'être soumis à la juridiction du gouverneur de Syrie, ou d'avoir un gouverneur particulier pour la Judée. Telle était

leur haine pour le joug odieux que le prince iduméen avait fait peser sur la nation juive , qu'ils préféraient le gouvernement des proconsuls. Le souvenir présent des maux qu'ils avaient endurés les poussait à cette démarche : mais ils ignoraient encore la rapacité des agents romains, si habiles à exploiter à leur profit les ju'ovinces de l'empire. Les Juifs mettaient une seule condition à leur soumission entière au nouveau régime : c'était la liberté d'observer la religion et la loi de leurs pères. Jamais le peuple de Dieu n'avait subi pareille humiliation : au milieu des plus terribles désasti*es , il n'avait pas renoncé à l'espoir de rendre sa patrie indépendante; aujourd'hui il est l'artisan de sa propre honte.

Auguste fit comparaître devant lui tous ces solliciteurs à tête couronnée, et écouta patiemment les harangues qui lui furent adressées. A la fin, il rendit la sentence. Sachant depuis longtemps qu'il faut diviser pour régner, il déclara Archélaûs non roi , mais ethnarque de la moitié des provinces gouvernées naguère par Hérode. Le titre d'ethnarque était d'invention récente; il était supérieur à celui

de tétrarque, mais inférieur à celui de roi, quoique dans le langage vulgaire ces deux titres fussent souvent confondus. L'empereur, cependant, lui proniit la concession oflScielle de la dignité de roi , dès qu'il l'aurait méritée. L'autre moitié fut partagée entre les deux tiuires fils d'Hérode; Antipas reçut la Pérée et la Galilée, et Philippe l'iturée, la Trachouito et TAuranie. La Judée proprement dite, la Samarie et l'Idumée constituèrent la part d'Archélaus. L'empereiu» se réserva les villes de Gaza, de Gadara et d'Hippos, habitées par des Grecs, et les assujettit au gouvernement de Syrie. Salomé eut pour lot les villes que son père lui avait données, et l'empereur lui fit présent du palais royal d'Ascalon. Ainsi fut démembrée la Palestine, et à côté de ces fantômes de princes l'autorité du maître fut représentée par im préfet ou procurateur, lequel posséda, en réalité, le pouvoir suprême.

Hérode- Antipas, souvent appelé Hérode, et Philippe bâtirent différentes villes dans leurs tétrarchies. Le premier fortifia Séphoris et en fit une des places principales de la

Galilée. Un peu plus tard, il fonda, sur les bords du lac de Génésareth, une ville considérable qu'il dédia à l'empereur Tibère, et qui, du nom de ce prince, s'appela Tibériade; cette ville donna son nom au lac , qui est appelé en outre la mer de Galilée. Philippe construisit Panéas, près des sources du Jourdain, dans un pays délicieux, et par une basse flatterie il la nomma Césarée. Pour la distinguer d*une autre Césarée, située sur les rivages de la Méditen'anée , appelée autrement Ptolémaïde, on ajouta le nom du fondateur : c'est Césarée de Philippe, Cœsarea Philippi. Au modeste village de Bethsaïde, situé sur la rive oi'ientale du Jourdain, au point où ce fleuve entre dans le lac de Génésareth, succéda une ville superbe, nommée Julias, parce qu'elle fut consacrée à Julie, fille d'Auguste. Il ne faut pas confondre cette bourgade, qui perdit alors son nom, avec Bethsaïda. patrie de saint Pierre, placée sur la rive occidentale de la même rivière. C'est cet Hérode-Antipas qui se rendit coupable d'union adultère avec Hérodiade, femme de son frère Philippe, encore vivant. Il fut le meurtrier de saint Jean-Baptiste

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et insulta Jésus -Christ durant sa passion; il mourut misérablement dans les Gaules, où il fut exilé.

Nous ne donnerons point la liste complète des préfets de Judée, attendu que ces magistrats civils et militaires ne figurent aucunement dans l'histoire sacrée, jusqu'au cinquième dont nous allons parler tout à l'heure. Tandis qu'Annius Rufus était procurateur de la Judée, Auguste mourut à Noie, en Campanie, âgé de soixante - seize ans. Ce fut le plus puissant prince du monde. Se sentant mourir, il demanda à ceux qui l'entouraient s'il n'avait pas bien joué sou rôle sur le théâtre de la vie. Pour arriver au trône , il versa des torrents de sang; parvenu au rang suprême, il fit preuve de modération et de sagesse. Jésus -Christ naquit sous le règne de ce prince, et souflrit sous celui de Tibère, son successeur.

Valérius Gratus remplaça Annius Rufus, et conserva onze ans les fonctions de procurateur de la Judée. Après lui vint Ponce-Pilate , cinquième préfet et le plus connu de tous.

A peine installé, il s'attira la haine univer-

selle. C'était un homme am]>itieux et arrogant, un de ces dignitaires de basse extraction , avares, jaloux, hautains et timides à la fois, comme on en trouve beaucoup dans les pays conquis. Il poussait l'estime de son droit et de sa personne jusqu'à la susceptibilité et au mépris des autres. Les soldats qu'il envoya à Jérusalem portaient sur leurs étendards l'image de l'empereur. Jusque-là les Romains avaient tenu à ménager les habitudes religieuses des Juifs : leurs troupes ne se montraient à Jérusalem qu'avec des étendards simples et sans figure humaine. Le culte des Romains pour les aigles de l'empire et le génie de l'empereur était idolâtrique. Le peuple, à cette nouvelle, se souleva, et sie porta en masse à Césarée, où se trouvait Pilate, pour le prier de ne point blesser les usages de ses pères. Pilate resta sourd à de si justes réclamations , et demeura inflexible. A la fin, fatigué des importunités de la multitude, il convoqua le peuple le sixième jour dans l'amphithéâtre, où il le fit entourer d'une triple haie de soldats. Il le menaça de mort, s'il refusait obstinément de recevoir avec honneur l'image de Tempe-

reur; en même temps il commanda aux soldats de tirer Tépée. A cette vue, les Juifs, d'un même mouvement, se jetèrent à terre , criant qu'ils aimaient mieux mourir que de violer la loi. Le Romain fut ému de ce spectacle et de cette abnégation : il ordonna de retirer les étendards.

Des exactions de tout genre accrurent encore Tanimosité publique contre lui. Ayant choqué une seconde fois l'esprit religieux des Juifs, il repoussait avec dédain leur demande, quand la crainte le rendit plus souple. Des plaintes furent portées jusqu'au tribunal de l'empereur. Pilate fut réprimandé ; mais il dissimula, sans changer de conduite. Ainsi il prit dans le trésor du temple l'argent nécessaire à la construction et à la restauration des aqueducs. A cette occasion , la foule accourut devant lui pour exposer ses doléances. Le procurateur avait fait déguiser ses satellites; au signal donné, ceux-ci se précipitèrent sur des gens sans défense et en tuèrent un grand nombre. Tel est le personnage que nous verrons présider au jugement qui condamna Jésus à mort.

On peut juger d'après ce tableau , quelque imparfait qu'il soit, de l'état dans lequel se trouvait la PeJestine à l'époque où s'écoulaient les premières années de la vie de Jésus, et au moment où il allait entrer dans sa vie publique.

Du temps de Notre-Seigneur, la Palestine ne présentait plus la même division territoriale qu'aux siècles précédents. La terre promise avait d'abord été partagée entre les tribus, à l'exception de celle de Lévi, consacrée au service du temple, laquelle avait obtenu, comme lieux d'habitation, quarante-huit villes disséminées sur toute la surface du pays.

A l'époque où Jésus -Christ parcourait la Palestine, la région située en deçà du Jourdain, c'est-à-dire entre ce fleuve et la Méditerranée , était divisée en trois provinces :

V La Galilée, bornée par la Phénicie, la Syrie, le Jourdain, la mer de Tibériade et la plaine d'Esdrelon, comprenait la basse Galilée

et la haute Galilée. La première s'éteudait au couchant de la mer de Génésareth, et comprenait les tribus de Zabulou^ d'Aser et de Nephthali : là s'élevaient les villes de Séphoris, Nazareth, Cana, Naim, et le mont Thabor. La seconde, aussi appelée la GaJilée des Gentils y parce qu'elle était habitée par des païens mêlés aux Juifs, était située au delà du Jourdain, et confinait à la Trachonite et au Liban.

La Galilée est mie région naturellement beaucoup plus fertile que la Judée proprement dite. Elle était jadis couverte d'une population innombrable , industrieuse et laborieuse.

2* La Samarie s'étendait entre la Gahlée et la Judée , depuis Scythopolis jusqu'aux montagnes d'Éphraim, sans atteindre cependant aux rives de la Méditerranée. Sichem, ou Sichar, et Samarie en étaient les deux villes principcdes. C'est une province dont le sol est facile à cultiver et très -productif. Les campagnes se couvrent de moissons de tout genre, i>t sur les collines on remarque l'olivier, le figuier, le grenadier, l'oranger, le citronnier, ainsi que la vigne et cent auti'es arbres à

fruit. Le sommet des montagnes est couronné de bois.

Lorsque les tribus d'Israël furent emmenées en captivité par Salmanazar, les rois assyriens repeuplèrent la Samarie en y envoyant des Cuthéens et autres peuples de la Médie. Des familles juives y étaient restées; d'autres y revinrent dans la suite. Il en résulta une race mélangée, où les étrangers dominaient, avec laquelle les vrais Israélites ne voulurent jamais avoir de communication. Les antipathies étaient encore vivaces au temps de Notre -Seigneur, et cette parole de la Samaritaine : a Les Juifs n'ont pas de relation avec les Samaritains, non coutunUir Jvdœi Samaritanis, » est un écho fidèle de l'état des esprits.

3° La Judée, qui comprenait l'Idumée jusqu'à Jardan, ville de l'Arabie Pétrée, renfermait les montagnes de Juda, et s'étendait de la Méditerranée au Jourdain et à la mer Morte. Ses villes sont Hébron, Jérusalem, Bethléhem, etc. Souvent on confond sous le nom de Judée tout le pays jadis occupé par la postérité d'Abraham. Ce nom commença de prévïJoir après la captivité de Babylone,

à cause de l'importance de la tribu de Juda, et surtout par suite de l'influence religieuse et prépondérante de la ville de Jérusalem.

Le pays situé au delà du Jourdain^ sur la rive gauche ou orientale de ce fleuve, sous le nom général de Pérée, comprenait huit provinces d'une étendue inégale : la Péi^ée proprement dite ; le pays de Gilead ; la Deçàpôle, ou le district des Dix villes, dont les habitants pour la plupart étaient païens; la Gaulonite, placée entre les rives orientales du lac de Génésareth, le Jourdain et le mont Hermon; la Satanée, dont la circonscription embrassait le territoire placé à l'est de la Gaulonite, et au nord du pays de Gilead; lAvranite ou Hauran, appelé aussi VIturce: la Trachonite, qui se prolongeait jusque dans le voisinage de Panéas , ou Césarée de Philippe ; de ce côté elle touchait aux frontières de la GaUlée : il y avait, dans la partie montagneuse, des grottes nombreuses et profondes, recelant , du temps d'Hérode, une population considérable, remuante et indisciplinée; enfin VAbylène, entre Damas et Balbeck, que l'on désignait alors sous le nom d'Abylène de Lysanias,

parce qu'elle reconnaissait comme gouverneur un certain Lysanias , qui , de chef de voleurs , avait réussi à faire reconnaître son titre et son autorité par les Romains.

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