‹ Histoire de Jésus-Christ d'après les Evangiles et la tradition, expliquée à l'aide des monuments, de la description des lieux et de commentaires des écrivains ecclésiastiquesChapitre 5 sur 22 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

Jésus va bientôt commencer l'œuvre pour laquelle il est descendu sur la terre. Le signal de la boime nouvelle part des montagnes de la Judée. Jean avait grandi dans le désert, comblé de grâces, formé à l'école du Saint- Esprit. Il se produit en public pour exercer ses nobles fonctions de Précurseur du Christ. .\lors retentit aux oreilles des Israélites cette parole mystérieuse : « Le royaume de Dieu est proche. »

Jean quitta la solitude et ouvrit sa mission la quinzième année du règne de Tibère , Ponce- IMlate étant procurateur de la Judée , Hérode

étant tétrarque de la Galilée, et Philippe, sou frère, ayant le même titre dans l'Iturée et la Trachonite. L'Évangéliste a eu soin de bien fixer cette date importante. Le prophète parut dans le désert, sur les bords du Jourdain, préchant le baptême de la pénitence. Sa vie mortifiée, son aspect austère, ses exemples, non moins que ses discours, étaient une exhortation éloquente à la pénitence. Il était couvert d'un vêtement grossier, tissu de poils de chameau ; il portait autour des reins une ceinture de cuir, comme autrefois le prophète Éhc. Sa nourriture était le miel sauvage que les abeilles déposaient dans les fentes des rochers , des herbes amères et des sauterelles. C'étaient des aliments peu propres à flatter le goût; les Arabes modernes mangent, dit-on, les sauterelles en les faisant bouillir comme des écrevisses ou rôtir au feu. Jamais les ciseaux ni le rasoir n'avaient touché sa chevelure ni sa barbe; il était nazaréen. Ses lèvres ne goûtèrent jeûnais au vin, ni à nulle autre liqueur fermentée.

La parole de celui en qui reposait l'esprit d'Élie retentissait dans le désert en éclats

propres à émouvoir la multitude et à toucher les consciences. « Préparez la voie du Seigneur, criait-il ; rendez droits ses sentiers. Toute chair verra le Sauveur. »

Au bruit de ces ardentes prédications, tout le peuple fut ébranlé. L'attente du Messie devenait de plus en plus vive. C'était une conviction générale que le Messie allait paraître d'un moment à l'autre. Les habitants de Jérusalem, de la Judée, et du pays situé au delà du Joiuxlain, se pressaient autour de lui; il en vint même de la Galilée. Tous manifestaient le repentir de leurs fautes, confessaient leurs péchés, et recevaient le baptême dans les eaux du Jourdain. Jean-Baptiste se tenait près de Béthanie, au delà du Jourdain, non loin de l'endroit où les Israélites, sous la conduite de Josué, passèrent le fleuve à pied sec, et posèrent les douze pierres à Galgala , comme monument étemel du miracle dont Dieu avait favorisé son peuple. A peu de distance le mont Nébo dresse sa tête, d'où Moïse contempla la terre promise, dans laquelle il ne devait pas entrer. Ce même heu avait été le témoin de la fiiite de David devant Absalon révolté. Là uu

char de feu avait emporté Llie dans le ciel, (le village de Béthaiiie, situé sur la rive gauche du Jourdain, au-dessous de Jéricho, ne doit })as être confondu avec la bourgade du même nom située près de Jénisalem.

L'entraînement qui menait la population à Jean-Baptiste exerçait son influence sur toutes les classes indistinctement. Beaucoup de pharisiens et de sadducéens accouraient avec les autres. Contre ces derniers, qui étaient pétris d'orgueil, Jean déclamait avec véhémence. « Race de vipères, dit -il, qui vous a appris à fuir la colère qui va éclater? Faites de dignes fruits de pénitence; et ne mettez pas ime confiance insensée dans votre titre d'enfants d'Abraham. Déjà la cognée est à la racine de l'arbre : tout arbre qui ne produit pas de bons fruits sera coupé et jeté au feu. »

Confondu en entendant ces reproches et ces menaces, le peuple dit à Jean : « Que devonsnous faire? w Le prophète exigeait d'eux la pratique des œuvres de charité. « Que celui (jui a deux tuniques en donne une à celui qui est nu ; que celui qui a de quoi manger partage avec celui qui a faim. »

Les publicaîns, collecteurs de l'impôt, gens avides, abusant de leur position pour commettre mille exactions, se présentèrent aussi au baptême. « N'exigez rien, leur disait le prophète, au delà de ce qui est juste. » Aux soldats, alors trop souvent indisciplinés, usant de violence envers les faibles, vivant de rapines et s'enrichissant des dépouilles d'autrui, Jean prêchait la modération. « N'usez de fraude ni de violence envers personne, leur disait-il, et contentez-vous de votre solde. »

Quel spectacle nous monti'ent les rives du Jourdain! L'émotion est univereelle. Les péiheurs se frappent la poitrine et implorent le [lardon. La voix de Jean répète sans cesse : « Faites pénitence , car le royaume des cieux approche. » A cette vue, les Juifs, qui soupirment après la venue du Libérateur, pensèrent eu leur cœur que Jean pourrait bien être le Christ. Mais le prophète les désabusa. « Pour moi, dit-il, je vous baptise dans l'eau; mais un plus puissant que moi viendra; je ne' suis pas digne de délier les cordons de sa chaus^ sure. Celui-là vous baptisera dans le Saint- Esprit, et vous purifiera par le feu. »

Ainsi se développait et se fortifiait la croyance dans Farrivée prochaine du Sauveur. Les montagnes de Judée ont répété d*éehos en échos le cantique de Zacharie, les concerts des anges , les propos joyeux des bergers, les questions mystérieuses des mages, les accents prophétiques de SiméoUy les paroles émues d'Anne la prophétesse, la prédication de Jean -Baptiste : le Libérateur va paraître en public !

Jésus, âgé de trente ans, quitte Nazareth, et descend dans la vallée du Jourdain. Confondu parmi la foule, il se présente pour recevoir le baptême des mmns de son précurseur. Quoiqu'ils fussent parents, Jean ne le connaissait pas, à cause de la vie solitaire qu'il avait menée jusque-là. A l'aspect du Sauveur, le prophète est éclairé intérieurement, comme il avait été sanctifié avant sa naissance au moment où Marie salua Elisabeth, sa mère. Il refuse de le baptiser, en disant : « C'est moi qui dois être baptisé par vous, et vous venez

à moi ! » Jésus lui répond : « Il convient que nous accomplissions ainsi toute justice. » Alors Jean ne résiste plus, et Jésus est plongé dans le Jourdain. En ce moment fut manifestée ouvertement la divinité de Jésus -Chiîst, et sa mission fut inaugurée solennellement. A peine a-t-il reçu le baptême et a-t-il quitté Teau, que le ciel s'ouvre au-dessus de sa tête ; TEsprit de Dieu descend sur lui sous la forme d'une colombe , et au même instant on entend une voix qui dit : « Tu es mon Fils bien-aimé, en qui j'ai mis mes complaisances. » Ainsi fut révélé, sans la moindre obscurité , pour la première fois, l'auguste mystère de la Trinité.

Jésus n'avait pas besoin du baptême de Jean : pur et sans tache , il venait effacer tous les péchés du monde; mais, par humilité, il n'hésita pas à se ranger parmi les pécheurs, et se mêla à la multitude coupable et repentante. 11 voulait aussi rendre témoignage à la vérité de la mission de son précurseur, et consacrer l'usage du baptême de pénitence destiné à préparer les âmes au règne spirituel du Messie. C'est au milieu de cet acte d'abaissement que le Ciel fait éclater le mystère d'un Dieu fait

homme. Une foule considérable assiégeait les rives du Jourdain, avide d'entendre la parole du prophète , empressée à se plonger dans les eaux du fleuve en signe de purification. Pendant que les nuées s'ouvraient, les flots du Jourdain parurent sillonnés de lumières resplendissantes, au rapport de plusiem*s Pères de l'Église. La majesté divine, comme jadis sur le Sinaï, mais sans le même appareil de terreur, apparaissait au miUeu d'éclairs étincelants. (^' était, disent les mêmes Pères, le symbole du baj^tême de feu que Jean avait prédit comme devant être mstitué par le Sauveur. Ces circonstances extraordinaires expli- ([uent et justifient jusqu'à un certain point le récit de quekpies écrivains anciens; ce fut seulement, disent- ils, à la vue de tant de prodiges que Jean reconnut le caractère divin de Celui qui lui demandait à être baptisé, et lui dit : « C'est h moi de vous demander le baptême. »

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Le baptême de Jean, bien différent des ablutions si fréquemment usitées dans la loi mosaïque et chez tous les peuples de FOrient, était une sorte d'initiation à une vie pénitente. Au sortir du Jourdain , Jésus se retire dans le désert, et se prépare à F œuvre de la Rédemi>tion pai' la prière, la retraite, et un jei\ne de 4|iiarante jours. La solitude témoin des austérités du Sauveur n'est pas éloignée du théâtre où il venait d'être glorifié. La montagne de la ^Jiiarantaine se dresse à pic le long de la vallée du Jourdain, tournée vers le soleil levant. En mémoire du séjour qu'y fit Jésus-Christ, la roche calcaire est percée de grottes sans nombre, où des anachorètes, durant de longs siècles, se livrèrent aux rudes exercices de la mortification. De nos jours encore, des chrétiens s'y enferment pendant le carême, se contentant, pour toute nourriture, de racines et de fruits secs.

Afin de nous laisser un modèle complet dans

toutes les actions de notre vie, Jésus -Christ consent à être tenté du démon. Après une longue abstinence de quarante jours, il sent les aiguillons de la faim. Le tentateur s'approche, essayant de séduire le second Adam, comme il avait surpris le premier dans le paradis terrestre, par la satisfaction des sens. 11 lui présente des pierres, le seul objet qui se rencontre dans ce désert, en lui disant : « Si tu es le Fils de Dieu, ordonne que ces pierres soient changées en pmn. » Jésus repousse la tentation en ces termes : « 11 est écrit que l'homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui émane de Dieu. »

Le sommet de la montagne de la Quarantaine est presque inaccessible. En ces derniers temps, quelques voyageurs européens en ont tenté l'ascension, au milieu de difficultés et de périls sans nombre. Il faut gravir des pentes escarpées et se tenir sur des sentiers étroits, d'où le moindre faux pas peut vous précipiter cm bas. Plus d'un voyageur imprudent y a {)erdu la vie. Mais quand on est arrivé à la cime de la montagne , on jouit d'une des plus belles pei'spectives du monde. Le regard eni-

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brasse un immense horizon j et se promène sur la vallée du Jourdmn, le bassin de la mer Morte, les vastes plaines de Moab, le désert de Thécué, depuis les montagnes de l'Arabie Pétrée jusqu'à celles de la Judée et de la Galilée, les montagnes d'Ephra'im, le Liban et TAnti-Liban. Lorsque la lumière inonde cet immense panorama, sous le ciel ardent de l'Asie, on a comme une vision magique.

La tradition rapporte que le démon transpoiHa Jésus en cet endroit pour lui montrer les royaumes de la terre, et lui dit : « Si tu m'adores, je te donnerai toute cette puissance et cette gloire. » Satan cherchait à faire naître des rêves d'ambition , en proposant à Jésus rétablissement d'un empire temporel. Iln'ignoluit pas que le nouveau royaiune de Dieu serait une domination toute spirituelle sur les cœurs et sur les âmes; à l'avènement du Christ, le règne du mal devait subir le plus rude échec qu'il eût encore éprouvé. Il voulait découvrir si Jésus était réellement le Fils de Dieu; peutêtre, dans son orgueil diabolique, ne désespérait-il pas d'enivrer le Messie lui-même de la Aimée de la gloire et du désir des honneurs

mondains. Jésus se contente de lui répondre : « Il est écrit : Tu adoreras le Seigneur ton Dieu, et tu ne serviras que lui seul. »

Sur le pinacle du temple rebâti par Hérode, on se trouvait à une si grande liauteur, qu'im historien contemporain assure qu'on ne pouvait jeter les yeux en bas sans avoir le vertige. Le démon y transporte Jésus, et l'engage à se jeter en bas, en hii disant : « Si tu es le Fils de Dieu, précipite -toi en bas; car David a écrit qu'il t'a confié à ses anges, et qu'ils te porteront dans leurs mains, de peur que ton pied ne heurte contre la pierre. » Jésus bii dit : « Retire-toi, Satan, car il est écrit : Tu ne tenteras point le Seigneur ton Dieu. »

Alors le démon se retira; les anges s'ajH prochèrent de Jésus et le sendrent. Une triple épreuve avait échoué : l'ange de ténèl>res était vaincu. Jésus venait de remporter ime triple victoire sur les trois grandes convoitises de la nature humaine déchue : la tvrannie des s(»ns, la présomption de l'esprit, l'enivrement de la volonté. Si le Fils de Dieu a consenti à souffrir la tentation, ce n'est pas que son âme ait pu être ébranlée par les suggestions du tenta-

teur; il voulait nous instruire à remporter la victoire, et nous précéder dans la voie du triomphe.

Les circonstances frappantes de la tentation du Sauveur nous domient plus d'un enseignement. L'esprit mauvais emploie divers passages de TÉcritiu'e pour déguiser ses perfides insinuations. Jésus fait évanouir ces artifices en ramenant les textes à leur vrai sens. N'est-ce pas ainsi que les novateurs dans la foi ont agi de tout temps? Us ont invoqué le témoignage de TÉcriture à Tappui de leurs erreurs; mais c'était un voile sous lequel ils cachaient les inventions de leur propre esprit. L'Église a confondu leurs vains systèmes, à l'exemple de son divin fondateur; elle a dissipé ces nuag(»s trompeurs en manifestant simplement les vérités révélées.

La i^rédication de Jean - Baptiste avait un retentissement extraordinaire. Les prodiges qui venaient d'éclater sur les bords du Joui^

dain en propagèrent la renommée plus rapidement encore. Alors les membres du grand conseil des Juifs commencèrent à s'en inquiéter. C'était, en outre, leur devoir de connmtre des choses religieuses, et ils avaient droit d'inspection sur tous ceux qui enseignaient publiquement. Ils choisirent donc une députation parmi les docteurs de la loi et les lévites, chargée de l'interroger sur sa doctrine et sur sa personne. Les envoyés étaient de la secte des pharisiens. Arrivés à Béthanie, au delà du Jourdain, ils procédèrent sur-le-chcimp à l'exécution de leur mandat. Jean leur déclara nettement qu'il n'était pas le Christ. Les envoyés insistèrent, et lui dirent : « Qui es -tu donc? N'es -tu pas ÉUe?

— Non, répondit- il.

— N'es -tu pas le Prophète?

— Je ne le suis pas, dit-il.

— Mais, reprirent - ils , qui es -tu donc? Quelle réponse rendrons-nous à ceux qui nous ont donné commission de t' interroger? Quel témoignage rends -tu de toi-même? Pour qui te donnes -tu? »

Alors Jean, d'un ton grave, leur dit : « Je

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suis la voix de celui qui crie dans le désert , suivant la prédiction du prophète Isaïe : Préparez la voie du Seigneur, et aplanissez ses sentiers; car tout homme verra le Sauveur. »

En citant Isaie, Tuu des prophètes les plus célèbres parmi les Hébreux, et qui avait annoncé en termes admirables la venue du Messie, Jean piquait vivement la curiosité des pharisiens. Aussi lui demandent-ils s'il n'est pas le Prophète. Ils désignaient ainsi le prophète Èlie, attendu comme le précurseur du Messie.

Déconcertés par ces réponses, les députés poussent plus loin leiœs questions ; ils lui demandent de quelle autorité il baptise, puiscju'il n'est ni le (Ihrist, ni ÈUe, ni le Prophète. Jean reprit : <c Je baptise seulement dans l'eau; mais il y a quelqu'un au milieu de vous, que vous ne coimaissez point; c'est lui qui doit venir après moi, quoiqu'il existe avant moi. Je ne suis pas digne de dénouer les cordons de sn chaussure. »

Jean pouvait -il exprimer plus clairement la mission que Dieu lui avait confiée ? Nul sentiment d'orgueil n'a d'accès dans son âme. 11 pu-

blie hautement qu'il n'est point Celui que tous attendent. « Je suis seulement, dit- il, la voix qui retentit dans le désert. » Quelle révélation il fait entendre aux chefs du grand conseil : Toute chair verra le sallt de Dieu; c'està-dire : Tout honune va voir le Sauveur envoyé de Dieu! Ce Sauveur est déjà parmi vous, quoique vous l'ignoriez. Je suis son précurseur, je le précède; mais il existe avant moi, dans sa génération éternelle. Il est plus grand que moi; je ne suis pas digne de remplir à son égard l'humble muiistère des esclaves, et de délier la courroie de sa chaussure !

En employant cette expression, Jean faisait allusion à une pratique connue de tout le monde. Chez les Hébreux, lorsqu'on vendait un esclave, celui- m déliait, puis attachait la chaussure de son nouveau maître : c'était le symbole de sa servitude et de sa soumission. Au moment où le maître se mettait à table, l'esclave lui ôtait ses chaussures, qu'il lui remettait après le repas. Les paroles de Jean étaient encore entendues des Juifs dans un autre sens, (tétait une allusion, non moins naturelle (jue la première, à l'attente des Israéhtes. Ceux-ci

espéraient bientôt s'asseoir au banquet mystique du Messie, après la restauration du royaume de Dieu.

Le lendemain, Jean rendit un nouveau témoignage à la divinité de Jésus-Christ et à sa qualité de Messie. Jésus, revenant du désert, passait sur les rives du Jourdain, quarante jours après son baptême. Le Précurseur était accompagné de deux disciples, qui lui servaient de témoins dans l'administration du baptême. C'était sans doute vers le soir, au moment où s'offrait le sacrifice dans le temple de Jérusalem. En apercevant Jésus qui s'avançait, il dit: « Voici TAgneau de Dieu; voici celui qui enlève le péché du monde. C'est de lui que j'ai dit : Après moi est venu un homme ({ui existait avant moi, et qui a précédé ma naissance. Je ne le connaissais jias moi-même; mais j'ai reçu ordre de venir baptiser dans Feau, afin qu'il fût manifesté au milieu d'Israël. Celui qui m'a donné mission m'a dit : L'honmiie

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sur qui tu verras descendre et se reposer l'Esprit, c'est celui-là qui baptise dans l'Esprit- Saint. Or j'ai vu l'Esprit descendre du ciel sous la forme d'une colombe, et demeurer eu lui. J'ai vu, et j'atteste que cet homme est le Fils de Dieu. »

Le jour suivant, Jésus parut encore au même lieu. Dès que Jean le vit, il répéta les mêmes paroles que la veille : « Voici l'Agneau de Dieu. » A ces mots, les deux disciples de Jean qui se trouvaient présents abandoimèrent leur maître, et s'attachèrent à Jésus. Celui-ci se détourna, et, remarquant qu'ils le suivaient, il leur dit : « Que cherchez -vous? — Maître, répondirent-ils, où demeurez-vous? — Venez, et voyez, leur dit Jésus. » Ils allèrent, et restèrent ce jour-là avec lui. Ces deux disciples se nommaient Jean et André.

C'étaient deux pêcheurs de Galilée, à l'âme pleine de foi et d'énergie , qui s'étaient attachés au nouveau prédicateur. Dès qu'ils cou-

uui'ent le Messie , ils n'hésitèrent pas un instant à le suivre. Ce furent les deux premiers disciples de Jésus-Christ.

André alla aussitôt chercher Simon, son frère, et lui dit : « Nous avons trouvé le Messie. » Il le conduisit vers Jésus, qui le choisit sur-le-champ d'un choix de prédilection, (c Désormais, dît-il, Simon, fils de Jonas, tu t'appelleras Céphas, c'est-à-dire Pierre. » Ce changement de nom est mystérieux. Simon reçoit le nom de Pierre, ou de Rocher, parce qu'il est destiné à devenir la pierre fondamentale de l'ÉgUse, le prhice des apôtres, le chef des croyants. A partir de ce moment, TËvangéliste le placera toujours en tête du collège apostoUque. Quand saint Matthieu fmt rénumération des apôtres, il dit que Pierre est le premier. Chaque mot de TÈcriture, selon le sentiment d'Origène, est Uttéralement vrai, et d'une signification aussi étendue que profonde. Cette primauté, reconnue constamment par l'antiquité ecclésiastique, n'a été niée que des schismatiques et des hérétiques.

Depuis que le vrai Docteur en Israël a été

nommé par les deux premiers disciples de ce titre, qui lui convient essentiellement, les autres disciples ne tarderont pas à être appelés. Le lendemain de la vocation de Pierre , Jésus, se disposant à retourner en Galilée, rencontra Philippe, et lui dit: « Suis-moi. » Avant de quitter la vallée du Jourdain, celui-ci courut vers un de ses amis, Nathanaël, qui se tenait à l'écart, priant avec ferveur, dans l'attente du Messie. Philippe lui annonce la bonne nouvelle, sans autre préparation. « Nous avons trouvé, dit-il, celui dont Moïse et les prophètes ont écrit: c'est Jésus de Nazareth. »

Nathanaël répondit : « Peut-il sortir quelque chose de bon de Nazareth? — Viens et vois, » répliqua PhiUppe.

En le voyant, Jésus dit : « Voici un vrai Israéhte , en qui il n'y a nul déguisement. » Nathanaël, étonné, lui demanda comment il le connaissait. Entendant manifester les pensées secrètes qui occupaient son esprit sous le figuier où PhiUppe le trouva, il s'écria, avec un élan de foi admirable : « Maître , vous êtes le Fils de Dieu, le roi d'Israël. »

Ce personnage vénérable , auquel le San-

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veur lui-même rend un si beau témoignage, ne reparaît plus dans TÉvangile sous le nom de Nathanaël. Il était originaire de Cana en Galilée, et pêcheur de profession. I^ plupart des commentateurs croient qu'il n'est pas autre que Barthélemi : ce dernier mot, en effet, n'est pas un nom propre d'homme; il signifie, dans la langue parlée alors en Judée , fils de Ptolémée. Il est probable qu'il s'appelait Nathanaël Bar-Thélemi , (*omme saint PieiTe se nommait Simon Bar-Jona. On a remarqué que les évan- {çélistes placent toujoui's le nom de Barthélemi à la suite de celui de Philippe, ami de Nathanaël.

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Trois jours après le retour de Jésus en fialilée, on célébrait à Cana, bourgade voisine de Nazareth, des noces auxquelles Marie, sa mère , assistait ; il y fut également invité , avec ses disciples. La cérémonie et les fêtes du mariage étaient très - solennelles chez les Juifs. C'était une occasion de réjouissances pour les

familles ^ et les jeunes époux ne manquaient pas d'y appeler leurs parente et leurs amis. Rien n'avait été laissé à l'arbitraire dans cette occasion importante. Le mariage avait lieu le mercredi, si la fiancée était vierge, et le jeudi, si elle était veuve. Les festins et les réjouissances duraient sept jours. Avant la fin des sept jours , les époux de Cana n'avaient plus de vin. Craignant de les voir humiliés devant leurs convives, Marie, toujours compatissante aux besoins des autres, dit à son fils, en lui suggérant de venir à leur secours : w Us n'ont plus de vin. » Marie comiaissait la charité et la toute -puissance de son divin fils. Elle ne douta point que sa requête ne fût exaucée, quoique Jésus lui eût répondu : « Femme, qu'est-ce que cela vous fait, avons et à moi? Mon heure n'est pas encore venue. » Elle ordonna aux serviteurs d'exécuter tout ce que Jésus leur commanderait.

11 y avait dans la maison six grands vases en pierre ou en terre cuite , servant aux ablutions, si fréquentes chez les Juifs; chacun pouvait contenir deux à trois mesiu*es d'eau. Cette mesure , metreta, empruntée des Grecs ,

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était plus grande d'un tiers que l'amphore romaine : elle avait en longueur, en largeur et en hauteur, seize pouces du pied romam. Condescendant au vœu de sa mère , Jésus dit aux serviteurs : « Emplissez ces vases d'eau ; « et ils les emplirent jusqu'aux bords. « Versez maintenant, continua- 1- il, et portez- on au maître de la table. » Celui-ci, en ayant goûté, fut très-surpris. Il fît part de son étonnemont au jeune époux , lui reprochant do ne s'être pas conformé à la coutume en vertu de laquelle on servait d'abord le meilleur vin et l'on gai*- «lait le médiocre pour la fin. Les habitudes des anciens étaient différentes des nôtres sous ce rapport ; ils prolongeaient souvent leui's festins outre mesure, et offraient en commençant leurs vins les plus délicats, avant que le palais des convives fut blasé. Los vins do Galilée, rares aujourd'hui, sont excellents; les coteaux plantés de vignes sont exposés aux rayons d'un soleil ardent. On pourrait les comparer aux vins d'or du Liban, encore estimés de nos jours. Leur seul défaut est d'être trop violents : aussi les Juifs avaient-ils l'usage de les mêler d'eau avant de les voi'sor à table. Do là cette

expression , si souvent répétée dans nos saints livres : « Mes amis, buvez le vin que j'ai mêlé pour vous. » En Judée, et dans tout l'Orient, on conserve le vin dans des cruches de terre , ou dans des outres de peau de chèvre enduites de résine à l'intérieur. Ce mode primitif et imparfait de conservation communique à la liqueur un goût amer et une odeur forte. Les convives de Cana durent être tous agréablement surpris en goûtant du \\n délicieux qu'on leur offrait. Le maître du festin en ignorait l'origine; mais, remarque le narrateur, les serviteurs qui avaient puisé l'eau la connaissaient bien.

Jésus commença par ce miracle à manifester sa puissance. Ses disciples cnirent en lui : c'était le but qu'il se proposait. Quelques auteurs ont pensé que Susanne , que nous rencontrerons plus tard dans la société du Sauveur avec d'autres pieuses femmes, est la fiancée de Cana. Quant à l'époque où s'opéra le miracle de la conversion de l'eau en vin, il eut lieu cinquante jours environ après le baptême de Jésus.

Le premier miracle que Jésus-Christ fit en

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public est dû à rintercession de Marie. Nous nous contentons de noter ici ce fait, si consolant pour la piété catholique.

De Cana Jésus se rendit à Caphamaûm, avec sa mère, ses cousins germains, que, suivant une coutume orientale, l'Écriture appelle ses frères. C'étaient Jacques, Joseph, Jude et Simon, fils de Marie, femme de Cléophas, et belle-sœur de la sainte Vierge. Capharnaûm , ville considérable et bien bâtie, était située au miheu d'un pays fertile, aux confins des terres doimées aux tribus de Zabulon et de Nephthah. Elle était près du lac de Génésareth, et les riches Galiléens y avaient leurs maisons de plaisance, où ils venaient respirer la fraîcheur durant les chaleurs de l'été. L'historien Josèphe nous a laissé de cette partie de la Galilée un tableau ravissant. Là, entre les maisons de campagne et au miheu de jardins enchantés ; croissaient le noyer, le palmier, le mûrier, le figuier, le grenadier et l'oUvier. La nature y réunit les productions du Nord et celles du Midi. Les myrtes, les amcmdiers, les citronniers, les orangers, les pistachiei's , y formaient une forêt où Tair était embaumé du

parfum des fleurs, et où se récoltaient les fruits les plus savoureux. Les raisins y parvenaient à une grosseur extraordinaire. Telles étaient la douceur et l'égalité de la température, que les fruits s'y conservaient sans altération jusqu'à la saison suivante. Aujourd'hui les voyageurs que la dévotion attire sur les ruines de Capharnaûm, et qui visitent les rives désolées de la mer de Tibériade , admirent encore la fécondité du sol, malgré les révolutions qui l'ont bouleversé si profondément.

C'est dans ce pays charmant que T Homme- Dieu étabht son séjour pendant les années de sa vie publique. Il était plus en sûreté à Caphamaûm qu'en toute autre province de la Judée. Une barque, en quelques instants, pouvait le transporter de l'autre côté du lac, et, en traversant le Jourdain, il se trouvait en Syrie. Il lui suffisait de passer une montagne pour être en Phénicie , dans le pays de Tyr et de Sidon. En outre, cette ville était alors la demeure de saint Pierre, et la tradition rapporte que Jésus-Christ habita dans la maison de cet apôtre.

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