‹ Histoire de Jésus-Christ d'après les Evangiles et la tradition, expliquée à l'aide des monuments, de la description des lieux et de commentaires des écrivains ecclésiastiquesChapitre 7 sur 22 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

Si Jésus fixe sa demeure à Caphamaûm pendant le temps de sa prédication publique , c'est pour éviter les persécutions de ses ennemis. Rien n'était plus aisé à la puissance divine que de briser tous les obstacles , et de &ire triompher en toute occasion sa mission sublime au moyen des miracles; mais les miracles ne doi venirils pas rester une exception ? Les voies ordinaires de la Providence peuventelles être interverties sans cesse? Jésus fera éclater sa divinité aux yeux de la multitude, en opérant quantité de prodiges; il n'a pas voulu cependant que le cours de sa vie sortit

des circonstances communes , afin de ménag la liberté humaine , et pour nous servir modèle. La vérité se montre aux hommes travers un voile, et la foi, comme la veri est une épreuve et une victoire. Jésus éclai notre intelligence de clartés assez vives po qu'elle soit à l'abri de toute incertitude, mi pas assez éblouissantes pour qu'elle se so mette presque malgré elle. Dieu nous éclai abondamment; il nous accorde en outre grâce, qui incline l'esprit à recevoir la li mière; mais il exige notre coopération : prodigue ses dons, et il exige en même tem de notre part gratitude et soumission voloi taire.

« Dans sa vie ordinaire, Jésus a dû suiv par choix les voies ordinaires, dit Bossue et il convenait d'autant mieux qu'il en fût ain que la vie mortelle du Sauveur devait être jamais le modèle de notre vie à tous, une leç< vivante pour la vie ordinaire et pour les chr tiens de tous les siècles. »

La ville de Capharnaûm , quoique située < Galilée, dépendait de la tétrarchie de Pb lippe : c'était donc un terrain plus libre qi

celui qui subissait la domination du tétrarqùe Hérode - Antipas ; plus libre surtout que la Judée, où les pharisiens exerçaient une influence considérable.

w Dans le mystère de la prédication du Sauveur, ajoute l'évêque de Meaux, il y avait des lieux, il y avait des temps à prendre, il y avait des manières , et tout était réglé par la Sagesse éternelle. »

Aujourd'hui, de la ville de Caphamaûm, que Jésus a bien voulu appeler sa ville ^ comme Nazareth, il ne reste que des débris informes. A quelques pas du rivage de la mer de Galilée , des ruines d'édifices publics, des fragments de colonnes, de rares sculptures à moitié grecques, à moitié romaines, quelques masures habitées par des Arabes fanatiques, voilà tout ce qui a survécu de cette opulente cité. Au milieu des décombres, le pèlerin, jaloux de parcourir une contrée où passa le Fils de Dieu, ne jouit d'aucune sécurité. Ici les lois ne protègent personne. Les musulmans, maîtres du pays, détestent les chrétiens, et plus d'une fois ils eurent recours aux plus odieuses violences pour éloigner les voyageurs visitant

pieusement les lieux sanctifiés par la préseï du Sauveur.

Se promenant le long du lac de Génésare qu*on appelle aussi la mer de Galilée ou Tibériade, Jésus aperçut deux pêcheurs oc pés à jeter leurs filets : c'étaient Simon-Pie et André, son frère. Il leur dit: « Suivez-n et je vous ferai devenir pêcheurs d'homme! Sur-le-champ les deux frères laissèrent leurs filets, et se mirent à sa suite. Déjà Sauveur les avait éhoisis sur le bord du Jo dain, et se les était attachés; mais ils ne V compagnaient pas habituellement.

Un peu plus loin, ils rencontrèrent d< autres frères, Jacques et Jean, fils de Zébéc dans une barque, où ils raccommodaient le filets en compagnie de leur père et d'ouvr mercenaires. Jésus les appela. A sa voix, abandonnèrent leur père et leurs filets , e suivirent.

Si nous ajoutons à ces noms ceux des au

apôtres, nous dirons qu'ils étaient douze, selon le nombre des tribus d'Israël. Outre les deux fils de Jean ou Jonas, Simon-Pierre et André, et les deux fils de Zébédée , Jacques et Jean , Jésus avait dans sa compagnie trois frères, fils d'Alphée : Jacques (surnommé le Mineur, pour le distinguer du précédent) , Jude et Simon. Alphée portait également le nom de dopas ou Cléophas. Au rapport d'Hégésippe, cité par Eusèbe, il était frère ou plutôt beaufrère de saint Joseph , dont il avait épousé la sœur. C'est pour cela que ces trois disciples , cousins germains de Jésus, sont appelés les frères du Seigneur, D'autres auteurs soutiennent qu'ils étaient fils de Cléophas et de Marie, sœur de la sainte Vierge; mais ces derniers écrivains, mal informés, voulaient dire que Marie , femme d' Alphée ou Cléophas , était belle-sœur de Marie, mère de Jésus *, puisqu'il paraît constant que la Vierge fut fille unique de Joachim et d'Anne.

Jésus choisit encore Thomas, surnommé Didyme, c'est-à-dire le jumeau ; mais nous ne

' Voyez le § VIII de rintroduction.

connaissons pas le nom de son frère; noi ignorons également le lieu de sa naissance il est probable qu'il était Galiléen, comme toi les autres, à l'exception de Judas Iscariot qui était Juif d'oWgine.

Les trois autres apôtres sont Matthieu , do nous raconterons plus bas la vocation, Philip et Barthélemi.

 peine de retour à Caphamaûm, Jés entra dans la synagogue le jour du sabbat enseignait la foule, et tous étaient dans l'a miration de sa doctrine; car il parlait a^ autorité, bien différent en cela des scril et des autres docteurs de la loi.

Or il y avait dans la synagogue un hom possédé de l'esprit impur. 11 se mit à cri< « Qu'avons-nous affaire à vous , Jésus de ] zareth? vous êtes venu pour nous détruire vous connais, vous êtes le Saint de Diei Mais Jésus, le menaçant, lui dit: «Taiset sors de cet homme. » L'esprit impur se

à agiter celui-ci d'étranges convulsions, et il sortit enfin de son corps sans lui faire aucun mal, en poussant de grands cris. Tous ceux qui étaient présents furent saisis de frayeur, et dans leur étonnement ils se demandaient les uns aux autres: « Qu'est ceci? quel est ce nouvel enseignement? quelles sont cette puissance et cette vertu qui conmiandent aux esprits impurs et se font obéir? »

A la vue du miracle opéré dans des circonstances aussi saisissantes, l'assemblée ne put taire son admiration. Le bruit de ce prodige se répandit promptement dans le voisinage et dans toute la Galilée. L'exercice d'un pouvoir si extraordinaire remplissait la multitude à la fois de surprise et de crainte.

n est souvent question dans notre récit des synagogues des Juifs; c'est pourquoi il ne paraîtra pas hors de propos d'en dire ici quelques mots. Les synagogues servaient aux réunions publiques pour la prière et pour Fin-

terprétatioD de la loi. D'abord en petit nomb; elles furent érigées hors de l'enceinte < villes, au milieu des champs, afin de les pi server de toute espèce de souillure et de p fanation. Plus tard on les bâtit à l'intérie des villes, et on se plut à les multiplier. Part< où il y avait dix hommes savants dans la 1 et où cent vingt personnes pouvaient se réu au nom de Jéhovah, on construisait une syi gogue , et l'endroit prenait le titre de ville, qui explique comment un territoire aussi r serré que la Palestine était couvert d'un p grand nombre de villes que beaucoup d'ei pires célèbres. Depuis le temps des Machabd il n'y eut pas un village, pour ainsi dire, i n'eût une synagogue. A Jérusalem on compta jusqu'à quatre cent soixante ou qua cent quatre-vingts; chaque corps de mél avait la sienne, et les étrangers mêmes fondèrent pour ceux de leur nation.

Trois fois la semaine il y avait convocat à la synagogue, le lundi, le jeudi et le jour sabbat; l'assemblée de ce dernier jour é plus solennelle que les deux autres.

La synagogue était gouvernée par dix

ciens du peuple, à la tête desquels étaient placés trois administrateurs chargés de défendre les intérêts communs et d'exercer la justice. Hs constituaient une espèce de tribunal y dont les sentences étaient fort respectées ; leur juridiction embrassait les causes matrimoniales 9 les cas de restitution , les fautes qui méritaient la punition corporelle , les débats soulevés au sujet des limites des propriétés particulières, etc. Les assemblées de la synagogue étaient sous la direction du président, archisynagogus, qui récitait les prières à haute voix, et veillait à ce qu'on lût exactement la loi. Il lui appartenait d'inviter les Juifs capables de prendre la parole en public ; c'était la coutume de faire cet honneur aux étrangers. Tout membre honorable de la communauté juive pouvait être appelé à expliquer la Bible, dès qu'il avait atteint sa treizième année, à plus forte raison quand il avait mérité le titre de docteur de la loi.

Le président était assisté de trois assesseurs chargés de recueillir et de distribuer les aumônes. Enfin il avait à ses ordres un messager destiné à mettre la synagogue en com-

muDication avec les autres établissements même nature. Le prince de la synagogue pc Tait donner des lettres de recommandât] aux voyageurs de distinction, ou de reconm sance à ceux qui étaient chargés de missic confidentielles.

Au milieu de la salle s'élevait une tribu ou pupitre, où Ton mettait le livre dans leqi devait se faire la lecture en cérémonie. Là plaçait Torateur, à portée de l'auditoire. . fond, du côté de l'orient, se dressait l'armo où l'on déposait avec respect le livre saci enveloppé d'étoffes précieuses.

Les fenunes pouvaient entrer dans synagogues; mais elles étaient séparées ( hommes. Elles occupaient des galeries fermi au moyen de rideaux ou de jalousies, en so qu'elles pouvaient entendre sans être vu

Telle était l'organisation de toutes les syi gogues judaïques. Quelques historiens, et, leur suite, plus d'un antiquaire, ne font j difficulté de reconnaître que l'Église naissai emprunta quelques dispositions aux édifii religieux des Israélites.

Ces faits nous expliquent la manière d'aj

des apôtres au début de la prédicatiou de FÉvaDgile, comment ils pénétraient dans les synagogues, et adressaient la parole à leurs compatriotes assemblés , et comment surtout nous voyons si fréquemment Jésus entrer et enseigner dans les synagogues.

Au sortir de la synagogue de Capharnaûm y Jésus entra dans la maison de Simon -Pierre et d'André y accompagné de Jacques et de Jean, fils de Zébédée. La belle-mère de Simon étmt retenue au lit, en proie à des fièvres violentes. Les disciples firent connaître sa maladie à Jésus, et le prièrent de la guérir. Leur prière fut aussitôt exaucée ; Jésus s'approcha de la malade, la prit par la main, et la délivra de la fièvre. Cette femme se leva surle-champ, et se mit à les servir.

La tradition donne le nom de Jeanne à la belle-mère de saint Pierre , et à sa femme celui de Concordia ; mais aucun document authentique n'en fait mention. Clément d* Alexandrie ,

écrivain du m* siècle , dit dans ses Stromc que cette dernière souffrit le martyre à Ror comme son mari, ainsi que leur fille Pétroni La guérison du possédé avait eu lieu d; la synagogue de Caphamaûm, à la réim du matin. Attirés au bruit de ce miracle, c( qui avaient chez eux des infiirmes les an nèrent au soir, après le coucher du soleil, habitants de la ville étaient accourus en fo à la porte de la maison de Simon et d'And Jésus guérit tous les malades par l'imposit des mains. D'un seul mot il chassait les mous du corps des possédés. En se retira les démons poussaient de grands cris disaient : « Vous êtes le Fils de Dieu. » M Jésus les réprimandait et leur imposait lence. Ainsi s'accomplit la prophétie d'Isa « 11 a pris sur lui nos faiblesses et guéri i maladies. »

Le lendemam, de grand matin, Jésus qu la ville et se retira en un lieu désert poui prier. La tradition rapporte que cette s

tade n'est autre que le pied d'une montagne située au nord de Caphamaûm : il y passa dans la suite bien des jours et des nuits en prière. Simon, et ceux qui étaient avec lui, c'est-à-dire André, Jacques et Jean, se mirent à sa recherche. Dès qu'ils l'eurent trouvé, ils lui dirent: « Tout le monde vous cherche. — Allons, dit Jésus, dans les bourgades voisines, afin que j'y prêche. En ce moment la foule, accourant sur les pas des disciples, l'entoura « pour qu'il ne pût s'échapper, le priant de ne pas les abandonner, a Ne faut -il pas, ajouta-t-il, que j'évangélise aussi le royaume de Dieu aux autres villes, car c'est pour cela que j'ai été envoyé. »

Les habitants de Caphamaûm, plus heureux que ceux de Nazareth, gardèrent Jésus longtemps parmi eux, et furent comblés de bienfaits. Combien de prodiges de charité, en effet, s'opérèrent sm* les bords du lac de Génésareth? Le pays de Caphamaûm fut vraiment privilégié. Heureux si tous eussent su apprécier la faveur dont ils étaient l'objet, et eussent correspondu à la grâce qui venait si tendrement les solliciter!

Voyant donc la multitude qui grossi sans cesse y Jésus se fît passer sur l'autre du lac. Il parcourut toute la Galilée, ei gnant au milieu des synagogues, annoi la bonne nouvelle, prêchant la doctrine, rissant toute espèce de maladies, chassai démons. Sa renommée s'étendit jusqi extrémités de la Syrie, en soi1« qu'il suivi d'une immense multitude accouru la Galilée, de la Décapole, de Jérusalen la Judée et d'au delà du Jourdain.

La foule se pressait de plus en plus a de lui, afin d'ouir la parole de Dieu; serré outre mesure sur les bords du h Génésareth, il aperçut deux barques an le long du rivage , pendant que les pêc s'occupaient à terre à nettoyer leurs fih entra dans une des barques, qui appar à Simon -Pierre, et pria celui-ci de l'élo un peu du rivage. Assis dans cette barq adressa ses instructions au peuple.

Lorsqu'il eut fini son discours , il dit à Simon : « Vogue au large, et jette tes filets pour la pêche. — Maître , répondit le disciple , nous avons travaillé toute la nuit sans rien prendre; mais, sur votre parole, je jetterai les filets. » Cela fait, ils prirent une si grande quantité de poissons, que les filets menaçaient de se rompre. Us firent signe à leurs compagnons, qui étaient dans Tautre barque, de venir les aider. Les deux barques étaient tellement pleines, qu'elles paraissaient sur le point de couler à fond. Alors Simon -Pierre tomba aux genoux de Jésus, en disant : « Seigneur, éloignez- vous de moi, parce que je suis un homme de péché ; » car il était dans la stupeur, ainsi que ceux qui se trouvaient avec lui, à la vue de cette pêche merveilleuse. Jacques et Jean, fils de Zébédée, ne furent pas moins étonnés. Mais Jésus dit à Simon : « Ne crains rien ; désormais tu seras pêcheur d'hommes. »

En ce moment les barques touchèrent à la rive. Les disciples quittèrent tout pour s'attacher au Sauveur.

Toutes les fois que les apôtres se trouvaient

à Caphamaûm , ils Taquaiect à rexenici leur profesaon. Us jetaient leurs filets le et le matin 7 et Tiraient du produit de la p<^ Cette industrie était alors lucrative: ca lac de Tibériade, à cette époque comn présent, fournit en abondance d*exce poisson. Les barques de pécheurs qui si naient en grand nombre les eaux de ce magnifique, sont rares aujourd'hui. Le< volutions ont diminué considérablemei population, et le manque de sécurité en élc les pécheurs.

Dans le fait que nous venons de raco une circonstance remarquée de tous les I de l'Église a été Fobjet de commentaire mirables. Notre -Seigneur, voulant ensei le peuple, monte sur la barque de Pi Telle est la chaire modeste d'où décou pure doctrine. Dans la suite des siècles, J Christ continuera de parier de cette bî mystérieuse de Pierre, et il se servir ministère du chef des apôtres et de ses cesseurs, pour prendre les âmes dans les symboliques du royaume des cieux .

Non loin de la mer de Galilée, au pied des derniers contre-forts de l' Anti-Liban, s'élève le mont Hittin , dominant une plaine où Thistoire .vit s'accomplir des événements fameux. C'est là que la tradition nous montre Jésus développant les articles les plus sublimes du code évangélique, et révélant cette doctrine admirable, à côté de laquelle l'enseignement des philosophes pâlit et s'efface. La mowtagne des béatitudes est stérile et couverte de pierres. Elle porte les traces de l'action des feux souterrains, comme tout le pays situé autour du lac de Génésareth, où le naturaliste reconnaît à chaque pas les signes évidents de la terrible influence des volcans. Le lac lui-même, comme il est facile de le constater d'après la forme et la nature des roches qui le bordent, n'est pas autre chose que le cratère d'un volcan; des sources d'eau chaude et sulfureuse indiquent la même origine, ainsi que les pierres noirâtres semées alentour sur le sol. Ajoutons que le mont

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