‹ Histoire de Joachim MuratChapitre 101 sur 113 · CHAPITRE XXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII

rues 9 et l'engage à s'armer contre Tetinemi du roi légitime. Le Pizzo avait été appauvri soiis le < roi Joachim par la stagnation du commercé , et ses habitans avaient eu li^u de se plaindre des agens de la police. L^eiitreprisé de Tex-rôi ne paraissait nullement devoir être heureiise : aussi presque tous les Pizzoiss'artnèrent-ils en un instante Ils courent lui fermer le passage par des sentiers connus d'eux seuls, le suivent et le précèdent sur la grande route, et le placent ^ntre deux feux. Le malheureux Joachim s'avance intrépidement vers eux , malgré les balles qu'ils font pleuvoir près de lui ; il les appelle , ihais ils ne répondent que par de nouvelles dé(;harges de leurs armes* I^e capitaine Moltedo fut tué, et le C|ipitaine Pernice blessé; et cependant les compagnons de l'ex-roi n'avaient pas tiré un seul coup de fusil contre ceux qui ne cessaient de les harceler i Joachim l'avait défendu.

Le moment était critique; l'ex-roî voit sa pertA assurée : la mer seule pouvait encore le sauver. Il s'élance de précipice éîi prédjHce ; il vole i il arrive sur la plage. Ses deux bâtimens avaient gagné le large, et semblaient rester spectateurs indifférens des dangers du roi. Un seul bateau pécheur était sur le sable ; Joachim croit pouvoir le lancer à la nier ; il s'épuise en vains effprts sans le faire changée de place ; il l'aurait

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^11 quand fut lejoint par quelques-uns de seK . compagnons; mais alors la foule les avait entourés : elle était prête à l'accabler, et déjà plusieurs de ses officiers avaient paré les coups qu'on lui portait, lorsqu'il leur cria de cesser tout vain effort. Détachant alors, son épée : " Habilat.s de Pizzo , dit-il à ceux qui chei^ « chaienl à le frapper, prenez cette épce dont « je me suis servi avec gloire dans les armées " françaises et qui a combattu pour votre pa- " trie; je vous la remets, mais épargnez la vie « des braves qui m'entourent. » Néanmoina, ces, furieux redoublèrent leurs coups j Murât vit mourir à ses côtés le capitaine Pernice et le sergent Giovanini; le général Franceschettï, les capitaines Biciani et Lanfranchi, le lieutenant Pasqualini , le valet de chambre Armand et le sergent Franceschi étaient par terre blessés, l'ous tes soldats qui étaient restés au haut de la munlagne avec le commissaire des guerres Galvani dangereusement blessé, avaient été pris, désarmés et terrassés.

Au milieu de ces traitemens atroces, on traîna le roi et ses malheureux compagnons vers le PIzzOï oij ils furent tous jetés pêle-mêle dans an seul et même cachot, Joachim fut dépouillé; l'ollicier de gendarmerie Trentacapilli s'empara de ses passeports , de l'argent qu'il avait sur lui.

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de ses brillans, et d'une lettre de crédit pour une somme considérable que le roi possédait Sur une maison de Naples. On saisit encore sur lui un exemplaire de sa proclamation ; il l'avait gardé par oubli parmi ses papiers lorsqu'on jeta les autres au fond dé la mer.

L'obscurité du cachot , le silence que les prisonniers gardaient, et qui n'était interrompu que par les gémissemens des blessés; le sang dont ils étaient couverts, les cris féroces des habitans que Ton entendait à travers les grilles , tout concourait à composer une scène de désespoir et d'horreur qu'il serait bien difficile de décrire. Presque tous les compagnons de Joachim gisaient sur la terre dans le plus grand ^battement : lui seul se montrai au dessus de ses malheurs ; il ne cessa de consoler ces infortunés tant que dura cette longue et cruelle journée , pendant laquelle il fut constamment en butte aux poignards de quelques furieux , que la garde du Pizzo eut beaucoup de peine à contenir.

Il n'y avait dans ce village aucune troupe de ligne ; les seules qui se trouvaient dans les environs étaient à Montéléone, place ordinaire de la garnison. On ne remarquait dans toute la Qiiàbte aucun préparatif ni aucune précaution , lorsqu'on vint apprendre à l'intendant l'arrestation de l'ex-roi Joachim. Ni l'intendant , ni le

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gcnéral Nunziante n'ajoulèrcnt d'abord aucune foi à cette nouvelle ; le gouvernement même ne voulut pas croire au premier avis tclcgraphique (]uî lui en fut donné ; mais à peine ce qui ne. passait au Pizzo fut-il confirriK-, que le capitaine Straltî y arriva de Monxéléone avec quarante hommes d'infanleric. 11 se dirigea vers le château , d'oiî il eut beaucoup de peine à chasser la populace, qui semblait l'assiéger pour invectiver les prisonniers. Stratti les fit respecter, et s'empressa de prendre la liste de leurs noms. Joachim fut le troisième qu'il interrogea. Dès qu'il se fut nommé , le capitaine s'arrêta , le salua respectueusement, en lui donnant le litre de majesté, et l'introduisit dans une chambre séparée, a Quelque temps après, le général Nunzianle arriva, se rendit au château, salua l'ex-roi avec un silence qui exprimait le respect et la peine, et l'interrogea sur le fait de son débarquemenl. Joachim lui répondît qu'il •< se rendait de Corse à Trieste , en vertu d'un passeport qui lui avait été acccordé par l'empereur d'Autriche ; mais qu'ayant été ballotté pendant plusieurs jours par la tempête, le besoin de vivres l'avait forcé d'aborder sur la plage du Pizzo. » Le général Nunziante lui ayant adressé d'autres questions, Joachim répliqua avec quelque vivacité , ce qui mit

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Hiomentancment un terme aux questions du général. Il ne parla plus alors à Tex-roi que de sa fatigue , lui offrit d'autres habits , lui prodigua ses soins et ne cessa de l'honorer. Le général Nunziante, dans la plus désagréable de toutes les situations où un homme public puisse jamais se trouver , sut allier à son devoir le respect dû à un roi devenu malheureux. Ferdinand lui a accordé le titre de marquis , lui a donné de larges pensions, l'a désigné pour avoir de l'avancement ; et cependant les n^nes de Joachim ne sauraient l'accuser.

Après avoir reçu les soins du général , le prisonnier se calma, et dormit long-temps du somnaeil le plus tranquille. A son réveil, il reprit ses manières et ses habitudes , et la jovialité de son caractère reparut sur son visage. Il conversait fréquemment avec le capitaine Stratti y qui le gardait; il parlait de son royaume, de son armée, de sa dernière campagne. Il louait quelques-uns de ses généraux et en blâmait d'autres : et ceux qu'il louait étaient précisément les mêmes que les calomniateurs accusaient de trahison.

Joachim ne craignait point l'avenir; sa détention dans les états autrichijens était le nec plus ultra des mauvais traitemjens qu^il redoutait. La veille même de sa mort , il prévoyait la possi-

bilité d'un accommodement y en renonçant ^ en fcu^eur de son cousin Ferdinand , à la seconde Sicile 9 et en gardant pour bii le royaume de Napks. C'est ainsi que Murât raisonnait dans la prison du Pizzo qui devait lui servir de tombe !

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