CHAPITRE XXIII
s^il lui était permis d'écrire à sa famine. Le capitaine , trop affecté lui-même , ne loi répon- ' dit que par un signe affirmatif; et aussitôt Joachim traça d'une main assurée la lettre suivante :
• « Ma chère Caroline , ma dernière heure est
arrivée. Dans quelques instans j'aurai cessé de Tiyre^dans quelques instans tu n'auras plus d'époux. !Ne m'oublie jamais. Je meurs innocent;
. ma vie né fut tachée d'aucune injustice. Adieu, mon Achille ; adieu , ma Létitia ; adieu ^ mon Lucien ; adieu , ma Louise : montrez-vous au monde dignes de moi. Je^ vous laisse sans royaume et sans biens , au milieu de mes nom-
Jbreux ennemis Soyez constamment unis ;
) 'montrez-vous supérieurs à l'infortune ; pensez à ce que vous êtes et à ce que vous avez été , et Dieu vous bénira. ]S[e maudissez point ma mémoire. Sachez que ma plus grande peine , dans *les derniers momens de ma vie , est de inourir loin de mes enfans. Recevez la bénédiction P^ •
oiifetnelle; recevez mes embrassemens et mes lar-
«mes. Ayez toujours présent à votre mémoire votre malheureux père.
« Pizzo y i3 octobre 181 5. »
Après avoir fini d'écrire, il coupa quelques bouclei^ de ses cheveux, et les ayant enveloppées
3^8 DKUXIKMK PAnilE.
dans la lettre , ii la remit sans être cachetée i M. Stratti.
En ce moment le capitaine Starace , nemni d'office pour remplir les fonctions d'avocat é Joachim auprès de la commission militaire , j présenta devant l'ex-roi, et lui fit connaître e pleurant le triste deroir qu'on lui avait imposa Je dois défendre V. M. , ajouta-t-il , et devan quels juges!
" Ils ne sont point mes juges , répondit ai»
sitôt Joachim : ils sont mes sujets, et il ne leï est point permis de juger leur souverain , é même qu'il n'est point permis à un roi de jogt un autre roi , parce que'nul ne peut avoir d l'empire sur son égal. Les souverains n'en point d'autres juges que Dieu et les peuples.
" Si l'on me considère comme un marécha de France , un conseil de maréchaux peut seo me juger : si l'on ne me regarde que comme n simple général , un conseil de généraux est m cessaire. Pour que je descende au niveau Aes]i ges qui viennent d'être nommés , il faudrait d^ chircr trop de pages de l'histoire de l'Europe Un tel tribunal est incompétent : j'aurais honb de me présenter devant lui. »
C'est en vain que les capitaines Starace ( Stratti voulurent le calmer, afin d'écrire quelques lignes pour sa défense ; il répétait toujours: