CHAPITRE XXIII. 39g
« Vousne pourrez pas me sauver la vie^ laissezmoi sauver la dignité royale. Il ne s'agit point ici dt. jugement , mais de condamnation. Ceux qui composent la commission ne sont pas mes juges , ils sont mes bourreaux. M. Starace , vous ne parlerez point en ma défense ; je vous l'ordonne. »
Quelques instans après , le rapporteur de la commission vint trouver Joachim, dans l'intention de l'interroger ; et , suivant l'usage , il lui demanda ses noms , son âge , sa patrie ; il allait continuer , lorsque le prisonnier, i'interrompit en lui disant : Je suis Joachim NapolÀ^ , roi desDeuX'Siciles : pqrtez , monsieur.
♦Resté seul , il se promena long-temps dans sa prisoiii;, la tête inclinée sur sa poitrine, et paraissant accablé par les plus tristes pensées. Le. capitaine Stratti vint l'y trouver; mais, en le voyant dans cet état , il n'osait lui parler. Joachim le prévint en lui disant : « Le Pizza est aujourd'hui dans l'allégresse que lui cause im>n .^infortune : eh ! qu'ai-je donc fait aux NapoUtains pour qu'ils soient mes ennemis ? J'ai' dépense pour eux tout ce que j'avais , au détriment de ma famille ; tout ce qu'il y a d'utile et de libéral dans leur code est mon ouvrage ; j'ai mis l'armée en réputation , et là nation au rang des puissances de l'Europe. J'ai préféré les Napoli-
4oO' DEUXIÈME PARTIE.
tains aux Françaié^ qui m'ont placé s^r ce trôné, d'où je descends sans crainte et sans remordi La tragédie du duc d'Enghien ^ que le roiiFerditiand paraît vouloir venger {>ar une autre tragédie semblable ^ me fut étrangère : j'en at-^ teste en témqignagne ce S^eu qui doit me juger bientôt. » Et après quelques instans il ajotita : « Capitaine Strâtti , il est temps de nods sét>arer ; je sens le besoin d'être seul. Je votii« remercie des soins que vous m'àtxez donnés pendant ces jours. Dans l'état où je me trouve réduit j«|é ne puis attester ma reconnaissance qu'Jâfl ipubliaiit le^ obligations que je vou^ ai. Faitèâ qtit ma fatifiille reçoive ma dernière lettre , et soyez heureux. » ♦
Aussitôt que la commission militaire fut noûimée, on choisit un prêtre pour assistée Joachim dans ses derniers actes religiëu:É:. Ce choix tomba sur le chanoine Masdea , séptuagéfiaire : c^dohfesseur était tellement cèrtaîti que son et-roi sersut condi^nmiié à mort , que ^ lotig-temps avant le prononcé de la senteiice / il se rendit aii château , et demaÉida à être admis auprès du prisonnier. « Sire, lui dit-il, c'est pour la seconde fois que je me présenté devant vous- : lorsque V. M. vintauPizzoJelui demandai nhe sotUne pour achever la cathédrale , et elle daigna m'accorder beaucoup plus que je n'osais espérer.