ORDONNE
« Que le présent jugement sera exécuté à la diliUfice du rapporteur, et qu'il en sera imprimé ci&q cents copies.
« Prononcé à cinq heures de l'après-midi , desdits jour, mois et an que ci-dessus.
« Signés, J. Fasulo, R. Scalfaro, Natali, , Lanzetta , M. Camilh , de Vengé, E. P. Martellari, F. Froid, J. La Caméra ; Papavassi , secrétaire. »
Pendant que le greffier de la commission militaire rédigeait à la hâte la sentence qu'(^ vient de lire y Joachim , resté sous la garde dé quatre officiers^) s'exprimait avec laplus grande vivacité sur les ordres arrivés de Naplefe.
« J'avais cru le roi Ferdinand plus grand et plus humain , s'écriait-il ; j'aurais agi plus généreusement que lui s'il eût débarqué dans mes États , et que le sort des armes l'eût fait tomber en mon pouvoir!....
* « Mes malheurs procurent à Ferdinand la jouissance d'tm royaume bien différent de ce qu'il était en 1806. Je suis entré à Naples avec douze millions , et j'en suis sorti , après dix années d'une domination que je me suis efforcé de rendre paternelle, avec deux cent cinquante mille francs pour toute fortune. Je laisse au roi Ferdinand sa capitale embellie de palais ornés avec
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magnificence , et tout ce qu'il peut désirer pour l'éclat de sa cour ; j'ai introduit dans le royaume des lois qui ont place les Napolitains au^ang des nations civilisées ; j'ai assuré l'adminis^-. tion de la justice , qui était autrefois ce qu'il y avait de plus corruptible et de plus corrompn" au inonde ; j'ai fait disparaître les stylets et les assassinats; j'ai établi une police telle qu'il la faut dans une grande ville , qui contient dans ses murs tant d'oisifs et de vagabonds ; j'ai tout fait pour inspirer aux Napolitains l'amour dit travail; J'ai encouragé l'industrie, ragriciUture, les arts, en accordant des récompenses natio* nales au mérite dans toutes les classes des citoyens; j'ai créé beaucoup d'établissemenspoaft l'inslruction de la jeunesse, et pour assurer le' repos à la vieillesse malheureuse ; j'ai étalai' l'ordre dans tes finances et dans l'administralion, civile , et j'aurais ranimé le commerce intérieur et extérieur sans les guerres qui le gênaient daas toute l'Europe. "
Passant ensuite à l'armée et à la marine politaincs , Murât se complaisait à dire qu'il leS^ avait portées à un point qu'elles n'avaient jamais atteint. « Soit à la cour, soit à l'armée, continuait-il en se promenant à grands pas, je n'ai eu en- vue que la prospérité de la nation ; j'iî fait pour cela tous les sacrifices imaginables; j'ai
^ CHAPITRE XXIV. 4l«
oublié mes propres intérêts pour le. bonheur -desJ!^apoIitains ; je n*âi dépensé les revenus publict que pour leur avantage; je n'ai rien fait pdibr moi; je n'emporte en mourant d'autres richesses que mes actions. C'est toute ma gloire et ma consolation. i
« Dans l'état de choses , dit encore Joachim, Ferdinand n'a plus rien à craindre de moi, et ma mort ne lui est pas nécessaire pour régner trianquillemétit. Au lieu de transmettre les ordres cruels que l'on va exécuter , il aurait retiré quelque gloire à suivre l'exemple des puissances aUSées, en me donnant des passeports pour me rendre au sein de ma famille. Cette conduite aurait été plus digne d'un roi , qu'une politique qui peut devenir un jour une source de vengeances. Sa générosité envers un ennemi qui n'est plus à craindre aurait obtenu la sanction des contemporains et de la postérité. t>
Murât venait d'attendrir les officiers qui l'écoutaient par ce récit fait avec autant de vérité que de dignité y lorsque la porte de sa chambre s'ouvrit. Le rapporteur se présenta pour lui annoncer sa condamnation à la mort et l'exécution de la sentence dans une demi-heure. Joachim récouta avecjfédain. Les derniers instans de sa vie furent ceux d'un héros : les approches de la mort^ qui font frissonner jusqu'à l'homme le plus
4ia DEUXIÈME rARTlE.
intrépide, n'altéreront pas un seul instant son sang-froid et sa fermeté ; et quand on vint le chercher pour le conduire dans une autre cham^ hre , il alla d'un pas assuré au devant du peloton de soldats qui s'y trouvait , etvit froidement charger tes armes. Il ne voulut pas qu'on lui bandât les yeux ; et , s'ctant placé connue pour mieux recevoir les coups, il dit aux soldats : Saurez le visage, visez au cœur. L'ex-roi de Naples tomba mort à l'instant même , tenant \ sa main une cornaline sur laquelle était gravée la tète de son épouse.
Son corps, mutilé par la violence des coups de feu qu'il avait reçus presque à bout portant,, fut mis dans un cercueil , et porté à la cathér' draie du Pizzo, où il fut inhumé.
Telle fut la fin aussi déplorable que tragique' du guerrier illustre que la mort avait respecté dans plus de deux cenis batailles rangées ou combats; qui, pendant plus de vingt ans, conduisit les soldats français à la victoire , et qui fit les plus étonnans prodiges de valeur à la tcte de nos vaillans escadrons. Sa vie des camps fui constamment héroïque , et sa mort a été dij de cette vie. Il périt,au même âge et de la même manière que son illustre comNgnon d'armes' Ney, ie brave des braecs , qui ne lui survécut' que cinquante-cinq jours.