CHAPITRE VI
Diz'huit brumaire an 8. — Murât épouse Caroline Bonaparte. (i79Q>)
XA directoire m se soutenait plus que par cette force d'iiulRe qui fait souvent subsister les plus mauvaises instilutioà|| parce que persotliîe hè se présente pour les renverser : il était divisé en deux partis , dont l'un voumit la république avec uii cfciëf ilhique , Tautire la république sans ce chef, lorsque Bonaparte; échappé aux croisières anglaises , arriva à Pafts où il fut accueilli par les actlamations des citoyens qui * yyaientjHLjai le véritable sauveur de la patrie en dangSi^fil se déroba d'abord à ces hommages flatteurs pour j|e s'occuper que du soin ^e répondre à la confiance de la nation,
, Afin d'arriver plus sûrement à son but , . Bonaparte s'appliqua à séduire tous les militaires qui étaient à Paris , et cela ne lui fut pas difficile par l'ascendant qu'il exerçait sur tous ceux qui ^'étaient empressés de se réunir autour de -Ij^i :
«ICHAPITHE vr.
Kn-clail plus iltivoné que Murât,
1 aiTii et sa créature; il entra dans la couspi- ^ iBtion (jui devait renverser la constitution dpj ï'an III , et fut le premier à offrir l'appui île sop" I bras-ù son général.
Déjà dans la syirée du 17 lirumaire, Mur^t I avait tiré son épéc dans le salon de lloijaparlB,» et avait juré de ne la remettre dans Ifi iourreauj qu'après avoir contribué à placer le vaiiH|iieujt* de ritilie et de l'Égyple à la tète du gouvera^ ■, menl de la république iVaiiçaise. MutKl agissait^ fraiichemeut, il aimait la li&erté et cruyait que ] ce n'était que pour la consolider que lionapai."le 1 ambitionnait iepouvoir: îifut, ainsi qii^ tant | d'autres^^énéraux républicains, dupe de l'anï,-a bition du capitaine qu'il aimait jusqu'à t'^dora;:-.^ tioii. Bonaparte s'empressa de mettre à profita les bonnes dispositions de Murât , il lui ordonua I d'être toujours près de sa personne dans ce mo-T ment difficile, et il l'avait à ses côtes, tant ^ revue du 1 8 brumaire , que pendant la rou 1 1 Paris à Saînt-Cloud,
C'est à tort qu'on a dit que Murât , à la tétp 1 des troupes qui cbassèreiit les membres du con^ seil des cinq-cents, avait fait évacuer la salle de l'Orangerie; il ne conunaadait pas ces troupes; toal ce qu'il fit dans cette journée contre les
Çfésentans, fut de les sommer d'évacuer la
PHEHlÈilE PARTIE.
salle : « Citoyens rcprésenlans, Icor dit-il en élevant la voix, on ne répond plus de la sûreté
du conseil; je vous invite à vous retirer » Et
celte sommation ayant été accueillie par les cris de i>i(>e la république! Murât retourna pifts de Bonaparte, tju'il accompagna au conseil des anciens, et qu'il ne quitta pas un seul instant.
Lorsque la minorité du conseil des cinq cents • sanctionna le soir tout ce qui avait été fait, et jostifia, par un décret, les attentats commis dans cetle journée par la force année contre la majesté du corps législatif , réputé invioiabl^^ un autre décret d'un exemple funeste déclara que les ^tiéraiUï Bonaparte , Lefebvre , Murât , feardanne , et tous les militaires qui "le matin avaient sauvé le général et fait évacuer la salle, avaient bien mérité de la patrie. Murât le croyait probablement.
Quelques jours après la nomination des con- ' shs de la république , Murât fut nommé général ' de division , et investi du commandement de la garde consulaire ; de c&^oment sa fortune fut plus que jamais attachée à celle du premier consul , et pour resserrer encore les liens qui l'unissaient au chef du gouvernement, il désira et obtint d'entrer dans sa famille.
Le premier consul avait trois sœurs ; l'aînée avait épousé le capitaine Félix Bacciochi^aolj/e
♦^ *Ss^ CHAPITRE' VI. • ' Sjr
cor» , diêj^lB^ prince de Piombino « la seconde était mariée au général Leclerc ^ qul^périt à Saint-Domin^e ; la plus jeune y Carolilie-Marie- An jjgnciade , avait alors environ i8 ans. « Avec unep^r^ fort belle, a dit ^N^poléon à '^tînte- Hélène, ma sœur Caroline n'avait pas moms étë regardée Ains' son enfance comme 1^ sotte , la cendrillon de Itj^fnilie; mais elle W a bien rappelé : elle a étl^ne très-belle femme, et est devepue très-capable ; les événeiifens Tavaienf fbrtnée. Il y avait chez ell^^e l'étoffe , beaucoup^de caractère , et une ^Rbîtion désordonnée. » Terest kgportrait que Napoléon faisait de sa soeur à ses Compagnons d'exil. ^
Murat,^ qui n'avait laissé qu'un enfant lorsqu'il partit pour l'Egypte^ trouya ^ son retour une feàime charmante, douée de toutes les gléces qui pouvaient rehs^sser la beauté; et comme il était dans son caractère d'aimer ave£ exaltation, il devint éperdum^^^ttuis de^ sœur de son général , de son frèréPP^kncs.
Nul d'entre les lieut(nans de Bbnaparte ne lui était plus dévoué que M^rat , aucun d'eux ne lui avait reiMu d'aussi grands services que lui , tant eii Italie qu'en Egypte , et particulièrement dans la journée du 1 8, brumaire , dont le souvenir devait être si profondément gravé dans la* niAnoire du premier consul : aussi Murât
S8 . PREMfÉRJE PARTIE. >v
iL'craf^tl auQUtie peine à ûbtenii4kl maiit de . CàroliMK Bonaparte. I^i ràmbitîoh ni Fintérét petsonpei n'entrèi^eHt pour rieii dans cïe mariage^ qui fut célébré aux^^uilerie^s, le 20 janvierjySoo, •\ avedh^ne pompe dont té palais n'avait |ffi été temom dépuis la révôliltion.
De ce k)ur le sort d^Murat fiit iftévocable- ^ ^ment af Ahé à celui d?soi|Mfeau-frère.
rnAPiTRE VII.
Camp^ne de Marengo. — Itctour de Uurji dans toit dcparU-ment.^Soo. ) ^r
Après de longs et gloricaî travaux, Murât , au comble dfe laffélîcitc, goûtait quelque repos auprès de sa jeûne moitic^ , lorsque les consuls décrétèrent la création d'une armée deréscrve, destinée d'abord à fournir des renforts, tant à l'aroiéc du Rhin qu'à celle d'Itdlie. Tous 4bs militaires rentrés dans leurs foyers depuis les dernières campagnes, avaient été appelés à sA. prendre leurs places sous ies drapoùfedè l'i^qj^ neur; lesgénéraux, officiers etsoMa'firdcVarmce ^ d'Egypte qui âe trouvaient en France devaient aussi faire partie de cette armée , et tel était à cette époque l'enthousiasme que le premiei' consul avait inspit^ à la masse des citoyens, qu'il suffit de cet appel pour déterminer une foule de jeunes gens à briguer l'honneur de servh- sous ses mdres. Mats pendant que l'arriiéc
6o PREmiËiiË l'AniiË. J^f
de réserve se reunissait, les troup^'âe Iai;epU' blique)§qui combaltaient dans la Ligarie souff les ordrft de Masséoa , furent séparées en deux , ailes par les Au^khicns. Bonaparte cliangea aittAôt son premier plan ', et résolut de dË^ner ^plem collier çn Italie , par les débouchés du Sainf-Beuiard : en conséquence il quitta Paris I le 6 m^pSoo, et se r*Çidil,àljausanne, accompagné de Murât et de plusieurs autres généraux. 'Le 17 du même mois, l'armée de réserve, réunie au pied du Saint-Bernard, comment son mouvement, et exécuta ce passage mémorable , prodige des temps modernes.
A peine l'armée française fut-elle descendue dans les plaines du Piémont , que Mmat reçut ' l'ordre de se porter sur Sanlhia avecuiie avantgHxde de i5oo chevaux; là, s'étant réuni aux divisions Boudct et Loison , il marcha sur Vercelli, où il se présenta le ay mai. La cavalerie ''autrichienne voulut dépendre les bords de Sesia; \ mais Murât la culbuta dans celte rivière et entra à Vercelli : les Français y trouvèrent d'immenses magasins de riz, de blé et d'avoine.
Cependant le général autrichien Laudon était arrivé à marches forcées sur l'Adda , avec tout ce qu'il avait pu réunir de troupes de toutes armes : averti de l'approche de ce corps , Murât se dirigea sur Novara, pour y attaquer ce gé-
qui -«e retrancha dans une fort bonne position sur la rive gauche ; Murât fit ^ors ses dispositions pour passer le Tcsin. Qt passage était une ope'ralion assez importante pour que le premier consul crût devoir y^présid^^hii^v \ même. Pendant que le combat c'était engà^âv village de Turbigo, Murât exécuta le, passage à Butfalora, sur lagrande route deMil^ï il avait i'espoir d^atltindrc au moins l' arrière-garde di^ général Laudon , aussi s'avança-t-il rapidemenP ■#rs la capitale de ia Lombardie; il lut un des premiers Français qui y entrèrent, une heyre aprèsl'évacutiondecettevilleparlesAutrichiens. '
Murât ne s'arrêta guère à Milan, et ;uissitôt après le passage du Va, il reçut l'ordre de poursuivre vivement les Autrichiens , dq les éloigner de la rive gauche de l'Adda, et de les "contej;^ au-delà, ahn d'ôter auit généraux Laudon et Wukassowich , là possibilité de se réunir i troupes aulrichiennes-quise trouvaiwit déjà suA la rive droite du Pô. Le résultat de tous i mouvemens, de ces marches rapides , fut laretraite de l'ennemi au-delà de l'Oglio : la terreur des armes françaises pénétra jusque dans Manloue. BientôtMtiratsedirigeasur Plaisanceavec sacavalerie et l'infanterie du général Boudct: les Aalrichiens avaient formé des retranchemens et une tête de pont qu'on ne p
guère em-
6a Pa£MIÈR£ PARTIE. ,
porter en plein jour ; Murât, en reaii Tattaque au len^main , mais les ennemis évacuèrent ces ouvra^âftt coupèrent le pont. Pendant qu'on
fPWBMt
, sur lesquels il fit embarquer deux demibriga^e^mi par\rinrent sur la rive droite : en
ie^ui
même ^pps^y.-cffecttifa luiTmâme un second
^.cajnonnait sur ^4çs deux rives, Munit ras- ^atjjl^ acMle^ous 3e Plaisance une vingtipMib de
: embar sur la
assage, et{)énétra dans.Tlalsance1|m*un autre oint. Les Autrichiens- se voyant assaillis de tous les côtés, se retirèrent dans la citadelle; MuA allait faire attaquèi; ce château , lorsqu'une nou* vellè colonne autrichienne, arrivant de Parme en toute hâte , culbuta les premiers postes fiian-^ çais., L'a larme se répandit en un instant dans la ville , et Icb Autrichrens renfermés dans Je châ- ^u , conçurent quelques espérances ; mais Mui'at s'empressa d'aller à la rcnrcontro de la
«'çone ennemie : on se battit a l'entrée de la Q, et i^Autrichiens qui s'étaient trop aven* cs« itiC^t presqgip tous tues ou faits prison* ^ niei^. llucat resta maître de Plaisance.
* Cependan t le général Mêlas , accouru de Nice,
i'était décidé à tenter la chance d'une bataille générale. Bonaparte porta son quartier-général à Voghera , Mui^t ayant sous ses ordres la cavalerie, prit position entre Ponle-Curone et Tortonc, et fut bientôt après chargé de par^
CIIM>ITRE VII. 63
courir la plaine entre la S£rivia et la. Bonnida , pour reconnaître l'ennemi. « :
Le lendemain, i4 juin, eut lieu ft utemor rgble bataille de Marengo. X^ ne fut que ven le flfflr que la cavalerie , sous jfis orô^^Am *J^ Murât, put combattre glorien^ement ; oK'A* trouvait alors placée eo seconde lign^ formée en colonne et prèle à cfêbouchfe(;^a^ys inter^ valles des corps d'îinfafttAdet et dès que le m< ment fat ^^enu de tomber sur les AutrichienaM ■iirat, à-la tête de plusieurs brigades de cave-* lerie , se jeta avec la>plus grande vigueur conloe les troupes, qu'il avait devant lui, et en flt ' jusqu'à la nuit un horrible carnage. }<a ^rt que Murât prit à cettç grande victoire lui valut . un sabre d'honneur; noble iréicoaiypnse que4*s * consuls de la république ^ançaise Tui lïreivtmmettre à la tétc des troupes. "
Avec la bataille de Marengo finit cette c| nante campagne de trente-cinq jotrar>«ini aux Autrichiens la domina^n deUlvolc. Mlii revint à Paris en «néme temps que le premier consul.
Ce fut à cette époque, c'esl-à-dirc dans iè mois de scpembre 1800, qu'il forma le projet d'aller dans son département visiter le toit pfitcrnel. Ce voyage avait été concerté avec le général Bessicres, son illustre com{>alriote et
Aon compagnon d'arnles : ils étaient partis cih
semble de Cahors , tous les deux simples soldats,
iU y FOtcArnaient) dix ans après, revêtus des
plus hauts grades mUitaire que l'on pût obtenir
•lo^riftti couv^^ts dé lauriers. Leur arriv^,4ans
Ws HKix qui leSttàvaient vus naître , y excita un
ertthous^Qfie général ; le peuple se précipitait
n fould^r Ib^vs pas, il aurait même dételé
tur voiture pour la trSîiîer s'ils ne s'y fussent
refuses. La présence de ces deux guerriers con-
• bondit toutes les opinions : on n'entendait plA
<)ii'un seul cri, Vive la République 1 Vive Bons-
](forte ! Vivent les généraux Murât et Bessières!
L^ac^ueil qu*iis reçurent des autorités et des
ta habitaos dut les récompeii3er de tout ce qu^ils
Çé * ^ attaient fait pour la patrie.