CHAPITRE XIII
Murai ^rand-duc àe Clères et de Berg. ( i8a6. )
Napoléon dans une soûle campagne de deux mois menait d'anéantir une coalition formidable , dont les habiles instigateurs s'étaient promis un tout autre résultat. L'acth'ité prodigieiise du chef de la nation française avait été secondée par le zèle et la bravoure des géné* raux, et par les généreux efforts de l'armée. Murai n'av2|^t point cessé d'être le plus intrépide y le plus audâicieux générai de cavalerie d^une époque si fertile en braves; il était toujours le même sur les champs de bataille : ses opinions politiques étaient seules changées. Ce n'était plus ce fier républicain , ce chevalier de la liberté et de l'égalité, qui avait si noblement refusé les présens dés souverains qu'il avait fait trembler dans leurs capitales: à l'exemple de Napoléon , Murât aspirait à une couronne ; il était devenu prince , le titre d'altesse chatouillait
lOO PREiaiÈHE PARTIE.
agréablement son oreille ; il s'habituait à se le faire donner pat ses anciens camarades, et pour compléter la métamorphose , celui qui avait obtenu pour trophées des canons pris sur l'ennemi et un sabre d'honneur, sembla les dédaigner pour les rubans que les monarques qu*il venait de combattre lui prodiguèrent à TenTÎ. Il revint en France chargé d'ordres monairchiques.
Le traité de Presbourg avait amené de grands changemens. Les alliés de la France acquirent plus de puissance : les électeurs de Bavière et de Wurtemberg furent élevés à la dignité de rois , avec des augmentations de territoire.
Ces deux nouveaux royaumes ne furent pas les seuls appuis que Napoléon donna à sa*dynastie. Il unit le prince Eugène , son fils adoptif , avec la fiUe du roi de Bavière , et donna pour épouse au prince héréditaire de Bade, Stéphanie de Beauhamais, nièce de l'impératrice Joséphine. Il annonça que la maison de Naples avait perdu sa couronne sans retour ^ et que ce beau royaume était destiné à son frère Joseph. Enfin^par un décret impérial du aS mars 1806, Napoléon disposa en faveur dé son beau-frère , le prince Murât, des duchés de Clèves et de Berg, qui avaient été cédés à la France par les rois de Prusse et de Bavière. « La gloire mili*
CHAPITBE XIII. lOI
« taire du, prince Murât , disait le président du <c sénat à IKapoléon , en réponse au message qui « contenait cette cession ; l'importance et l'é- « clat dei ses succès , ses vertus publiques et pri- <c yées intéresseront tous les Fonçais au juste « prix qu'il en obtient , et rendront son autoce rîté chère à ses nouveaux sujets. Le prince « Murât sera chargé de la garde d'une partie « importante de l'empire , et V. M. ne pouvait i< la confier en de plus dignes mains. » Cette dernière phrase était sans doute Texprcssion de Topinion publique ; personne en France n'aurait cru.alors que Murât trahh'ait un jour et sa patrie, qui avait eu si bonne opinion de sts sentimenSf et le grand capitaine qui fut longtemps son idole et son bienfaiteur.
Mais pourquoi vais-je anticiper Stur les événemens , et ôter , par une seule phrase intempestive , au guerrier qui n'est encore coupable que d'avoir trahi la cause de la liberté , tout l'intérêt qu'il peut de nouveau inspirer, et par sa bravoure sur les champs de bataille , et par sa modération dans le gouvernement des États qui lui sopt^donnés par le hasard ?
Murât y aussi pressé de régner que peut l'être un souverain improvisé, nomma le général Dupont son commissaire , et L'envoya aussitôt à Dusseldorf pour prendre possession .des duchés.
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Les commissaires prussiens et lavarois firent Ta cession de très-bonne grâce, et les habitans , qui n'avaient pas grand' cbose à regretter, ne furent peut-être pas fâchés de changer de maître.
Murât ne se fit pas long-temps attendre : il arriva à Dusseldorf presque aussitôt que son commissaire. Il était accompagné de ses aidesdc- camp et des officiers de sa maison : aucune troupe ne l'escortait, et sa voiture fut bientôt entourée par la population avide de nouveaatt?. Les états, le conseil intime, la régence , les magistrats , le clergé , les principaux employés allèrent au devant du nouveau grand- duc. Sa bonne miné, ses manières affables, son costume magnifique , plurent à ces bonnes gens , qui se" mirent à crier en allemand : yive JSapoléon ! çioe Joachim ! piW CoToUne ! ce qui , mêlé au , bruit des cloches et aux salves d'artillerie, contribua beaucoup à étourdir tous ceux qui assistaient à cette grande cérémonie. Un te Deum fut chanté, de beaux discours furent adressés au grand-duc ; il répondit ce que les souverains répondent tous en pareil cas , et souvent avec des intentions moins droites que celles de Murât: M Je tâcherai de rendre ce pays heureux. Je consacrerai au bien de l'Etat toute ma sollicitude et toutes mes facultés. >• Murât admit ensuite ton les principaux fonctionnaires à dîner avec lui
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et lit ili^iibuer 4e Targcât au peuple. Tout le monde parut content , méilïe le clergé ; et chjH- Ciin Vemprcssa de prêter «erment de fidélité au grand-doc Murât.
Xi0 jpremier acte du noureau grand-duc dû
Cl^èyes et de Berg fut de déclarer, qu'il iie»rait
rÂen. cbangé à TadminfetratioD^ soit civile. Boit
jadiciaire^dea duché&ii.et que tou« les ma^trats
et officiers <:ivil^ , de justice et de police qui
étaj^f en activité , contiiMtéraient l'exercice de
leurs fonctions. Murât imitait en cela le sénat
de Rome / dont la politi<|be habile laissait aux
peuples que les armées romaines soumettaient,
leurs lois , leurs magistrats, leurs mœurs et leurs
[ coutumes. Le nouveau grand-duc prévoyait sans
doute qu'il aurait peu de temps à consacrer à
l'administration de ses États^ et, dans la crainte
de démolir sans pouvoir reconstruire, il préféra
laisser les choses en l'état où elles se trouvaient,
jusqu'à ce que les circonstances lui permissent
de faire les améliorations qui lui seraient dé-
înontrées nécessaires, par l'expérience.
[ De Dusseldorf, Murât se rendit à Clèves , où
le magistrat et le bourgmestre l'accueillirent
avec les mêmes démonstrations de joie que les
. Etats de Dusseldorf. Partout on lui jura fidélité ,
partout on se félicita de l'avoir pour grand-duc.
Murat visita ensuite quelques autres villes de ses
lo4 PHEMIÈafi FARTIE.
États ; mais comme les événemens se pressaient sur le continent , il fit sa tournée de prise de possession avec la rapidité 4'une charge de cavalerie ; et après avoir rendu un décret pour fixer la valeur des différentes monnaies qui circulaient dans son. duchés, Murât signa le traité de la confédération des États du Rhin , par lequel il s'engageait à fournir un contingent de cinq mille hommes, dans le cas où une puissance étrangère à l'alliance viendrait à armer^
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