‹ Histoire de Joachim MuratChapitre 35 sur 113 · CHAPITRE XV. iig · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV. iig

fianaeu , que le maréchal Ëernadotle dcfâuflit avec intrépidilc.

Au premier avis qu'il reçut des hostilités.

Napoléon donna l'ordre aux maréchaux Davoust et Lannes de se porter sur Guttstadt , et suivît lui-même cette direction avec sa garde, la cavalerie aux ordres de Murât, et le corps de Ney. Une forte arrière-garde ennemie de quinze mille hommes d'infanterie , soutenue par neuf à dix mille cavaliers , avait pris position à Giottau , dans l'espoir de s'opposer h la marche des troupes françaises. Murât reçut sur-le-champ l'ordre' de manœuvrer le corps ennemi , et de le débusquer de ses positions. 11 s'acquitta de cette dangereuse mission avec beaucoup d'audace et d'habileté. L'infanterie et la cavalerie russe furent chargées successivement par la cavalerie française , qui triompha de tous les efforts de l'ennemi. A huit heures du soir. Murât entra de vive force à Guttstadt, oiiil fil un grand nombre de prisonniers.

L'armée française continua son mouvement en avant, et se porta le rcj juin sur Heilsberg. ■ Murât, qui marchait à l'avant-garde , atteignit les premiers postes de l'arrière-garde russe , commandée par le général Bagration , et aprt^s un engagement assez vif, il réussit à les dcposter; mais, à i/h quart de lieue de là , le général russe

X20 PAEMIÈKË PAUTfE. *

se contra dans une position a van tag^usjSy ^^jWt avec lui quinze à seize mille hommes de caTlH ler^e, dont un grand nombre de cosaqne$., et derrière plusieurs lignes d'îqfanterie. |1. fallut commencer uqe noi^velle attaque. Myrat fut 3uf>. cessiyement soutenu par les divers <;orp^ d*4ivmée qui arrivaient sur le chanip, fie bataille;; mais ^ comme |e corps de Bagratioi) éts^t qootinuellement ^linienté par des i^enforfs qq^ T^iy mée russe réunie à Heilsberg ne cessait d'eo^ voyer , l'arrière-garde se nqiaintint long i- temps dansf ses positions en ayant de la ville : il étai^ nuit quand les Rui»ses cédèrent le terrain , et ce cppïbat sanglant n^offrit aux Français que le faible, avantage de s'établir sous Içs retrancha mens de Tennemi. Dans cette journée , IVi^irat s'était porté , avec sa bravoure ordinaire^ sur tous les points , et avait fait plusieurs vives attaques, dans lesquelles il eut deux chevaux t^é^ sous lui.

Le lendemain, toute l'armée russe était réunie à Heilsberg, où les positions qu'elle occupait la rendaient inattaquable : on s'attendait, mépie qi^'elle prendrait l'offensive ; mais à V^&pcct des préparatifs que Napoléon faisait faire , cette ^ mée formidable abandonna tout le pays qu'elle occupait pour ^ retirer sur la rive droite dç l'Aile, laissant d'immenses magasins à Heilsberg.

CHAPITaE XV. 12 1

Les différeû corps de Tannée française mar* chèrent dans des directions diverses pour déborder les Russes et couper leur retraite sur Kjgei>igsberg. Le i3 juin Murât, avec une partie de -sa cavalerie, s'avança directement sur cette vilie, et ne, tarda pas à se trouver sur le flanc du coips prussien comnaandé par le généra^ Lestocq; ces troupes s'empressèrent de s'enfer- ^ mer d^irs Kœnigsberg, après avoir eu leur arrière-^rde entamée.

Le lendemain eut lieu la bataille de Friedland. L'année russe y fut défaite, et Murât n'y était I

pas! Use trouvait dçvant Kœnigsberg, où, vers le milieu de la journée, deux colonnes russes qui avaient été coupées de l'armée par suite de la bataille, se présentèrent. Murât les fit cerner, et en un instant les quatre mille hommes qui composaient ces colonnes mirent bas les, armes. Dans la soirée, les troupes françaises enlevèrent le3 faubourgs de Kœnigsberg sur la rive gauche de la Pr^e}, et le surlendemain cette place im* port^tnte fut évacuée par les Prussiens.

Aussitôt après l'occupation dé Kœnigsberg, Murât se mit à parcourir le pays situé entre la Pregelet le Niémen, chassant devant lui tous les détachemens ennemis, et principalement les cosaques auxquels il fit beaucoupTlc prisonniers. Ce fut péù avant d'entrer à Tilsitt , évacué par

la4 PHbMIKUE PARTIE.

d'Espagne , alarmée par l'attitude silencieuse qu'il conservait au milieu des dissensions intestines dont elle était agitée, se déciderait, en voyant les troupes françaises envahir ses États, à chercher un lieu de repos dans ses vastes colonies de l'Amérique du sud, à l'exemple de la i'amillc de Ëragance , qui avait abandonne le Portugal pour aller régner au Brésil. Le fameux Godoï, prince de la Paix, et le roi Charles, conçurent un mouicnt ce projet; mais le raéconlcntement que la nation laissa éclater lorsqu'on annonça simplement un voyage de la cour en Andalousie , démontra qu'il fallait y renoncer pour ne pas s'exposer à èlre arrêté en roote. Godoï, devenu l'objet de la haine de tous les Espagnols, ctayaut pour ennemi irréconciliable l'héritier présomptif de la couronne , Ferdinand , prince des Asturies, n'aperçut d'espoif de salut que dans la protection des troupes fi-an*-' çaiscs; et pour colorer leur marche vers Ma-' drld, il fit publier qu'il ue fallait voir dans l'ar-' mec de Napoléon qi^'une alliée qui devait agir' avec l'Espagne conb'c le Portugal , défendre le»' côtes de la Péninsule des tentatives des Anglaisj' et même entreprendre quelques conquêtes en Afrique et en Barbarie. En vain le conseil suprême de Castîlle lit-il sentir au gouvernement lé danger qu'il y avait à recevoir dans le royaume

ghapithb xvi. ia5

cui si grand n'ombre de troupes étrangères, déjà maîtresses des places fortes les plus importantes ; Godoï ne cessait d'envoyer courriers sur courriers pour pressei* la marche de ces mêmes troupes.'

£iQ ce moment Murât, que Napoléon venait de nommer général eh chef des troupes fran- ^ çaises en Espagne, franchissait de sa personne ^ les frontières , et s'avaitçait dans le cœur de ce royaume.Xa plus grande confdsion régnait alors dans ie conseil du roi : le désordre était partout; leapsFtis s'échauffaient, et tous les Regards dessEspagnols étaierittournés Vers le prince Fierdifiand, en- qui ils avaient placé toutes leurs espérances.

Peindant que Forage grondàft sur la tête du favori de Chapes IV, le conseil de Castïlle avait dépéché un officier général au grand* duc de BcFg pour régler avec loî^lc Jour de son entrée à Madrid. Mais Murât répondit au général espagnol qu'il n'avait pas l'ordre d'occuper Madrid^ et que dans le tas où l'empereur Napoléon lui prescrirait d'aller dans cette capitale, il ne iBpUtteraît Sairit- Augustin , oùnl se trouvait alors y qu'après avoir' pris avec le gouvernement espagnol tous les arràngeniens convenables. Murât annonçait en même temps au conseil de Castille la prochaine arrivée à Madrid

ia6 PRRMIÈBE PARTIE.

de l'empereur, dont la présence devait, il, rallier tous les partis.

Mais comme le favori Godoï n'avait rien tant à cœur que de se voir entouré de soldats français, il ne balança pas à dorincr l'ordre à toutes les troupes espagnoles qui résidaient à Madrid , de se rendre sur-le-champ à Aranjuez. Vexécution de cet ordre, que les uns regaiv daient comme une ti'ahison dont le but était de livrer aux Français la capitale dégarnie de toute force militaire, et que d'autres croyaient être le signal du départ de la famille royale, éprouva une vive résistance de la part du conseil saprèmc. Néanmoins les gardes wallones, les carabiniers et tous les autres corps formant la garnison de Madiîd, se mirent en route , pour Aranjuez : ces troupes emportaient avec elles les germes de la sédition , et semblaient marcher contre l'ennemi. Une grande partie de la population flottante de Madrid et des environs suivait avec enthousiasme ces soldats exexaltés , et tous brûlaient d'abattre l'indigné favori.

Arrivées aux portes du palais, les troupes et la population de Madrid rallièrent à leur cause une grande partie de la garde royale , qui livra, toutes les issues. L'infortiiné monarque fit inutilement plusieurs concessions aux insurgés. La

CnAPITHE XVI. 127

titution du prince de la Paix de toutes ses charges , ne satisfit pas ta haine qu'ils portaient à ce ministre. Ferdinand, pour les inte'rêts duquel on agissait, n'hésita pas à se mettre à la ■tète de l'insurrection , et Charles IV ahdiqua en faveur de son fils, le 19 mars 1808, au raiheu des baïonnettes et des cris séditieux. Godoï fut pris , maltraite par la population , et ne dut la vie iju'à son ennemi Ferdinand.

Tels furent les cvénemens imprévus qui amenèrent le général en chef de l'armée française à enfreindre les ordres de Napoléon , et à occu- . per la ville de Madrid, où il entra le 23 màTs , quatre jours après l'abdication du vieux roi. La présence de cette vaillante armée qui venait de' conquérir rAutriche et la Prusse, ne causa d'abord aucun trouble dans Madrid : les Espagnols, satisfaits pour le moment d'avoir foulé aux pieds l'homme qu'ils détestaient, virent avec, une espèce d'indifférence cette entrée mililairei d'ailleurs imposante par la belle tenue des trou"' pes. Murât descendit au palais de l'Amirauté, oit les grands d'Espagne , le gouverneur, tous le» , çpnscUs du gouvernement et tous les chefs rai-' Tes lui furent présentés. Une partie de l'ar* fut casernée dans la ville ; d'autres divi-^ sïons furent placées de manière à former un grand cercle autour de la capitale. Celle du gé-

ia8 PREMIÈRE PARTIE.

néral Dupont fut envoyée à Tolède. Ferdinand se rendit à Madrid le lendemain dé Fentrde du grand-duc de Berg : il y alla dans Tintention de se faire proclamer roi.

Les circonstances étaient gravée, lifurat nV vait pu prévoir les événemens qiii rendaient sa position si difficile : il s'empressa dVh' rendre compte à Napoléon, qui lui répondit le 29 mars la lettre suivante, monument irréfragable de sa prévoyance : *

« Monsieur le grand-duc de Berg , je cfâins « que vous ne me trompiez sur la situation de « l^^spagne , et que vous ne vous trompiez « vous-même. L'affaire du 20 mars a singulier « rement compliqué les événemens : je ifcste « dans une grande perplexité.

u Ne croyez pas que vous attaquez uïie nation « désarmée , et que vous n'ayez que des troupes <t à montrer pour soumettre TEspagne. La ré- « volution du 20 mars prouve qu'il y a de l'é- « nergie chez les Espagnols. Yôus avez afFàiile à <c un peuple neuf; il aura totrt le courage, tout <c l'enthousiasme que l'on rencontre' cbeas des u ho/nmes que n'ont point usés les passions po- «• li tiques.

« L'aristocratie et le clergé sont les maîtres « de l'Espagne ; s'ils craignent pour leurs privî- « léges et pour leur existence , ils feront contre

Page 1