‹ Histoire de Joachim MuratChapitre 37 sur 113 · CHAPITRE XVI. l3l · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI. l3l

« corp$ d'armée qui se tiendront sur les fron- »> tières du Portugal , et attendre.

« Je n'af^FOuve pas le parti qu'a pris V, A. I. ce dt s- ëmp^MTer aussi précipitamment de Madrid; ce il fallait tenir l'armée à dix lieues de la cace pitale. Vous n'aviez pas l'assurance q»ç le <c peuple et la magistrature allaient reconniaatre « Ferdinand sans contestation. Le prince ,dç. la i$ « Paix doit avoir dans les emplois publicç ^^s « partisans ; i| y a d'ailleurs un attachemjçpt « d'habitude au vieux roi qui pourrait produire «c des résultats. Votre entrée à Madrid^ en in- <c quietant les Espagnols, a puissamment ^ervi » Ferdinand. J'ai donné ordre à Savary d'afler « auprès du vieux roi voir ce qui s'y passe : il « se concertera ^vec V. A. I. J'aviserai uUérîeu- « rement au parti qu'il faudra prendre ; en at- « tendant^ voici ce que je juge couTena^ble de « vous prescrire :

« Vous ne m'engagerez à une entrevue en <c Espagne avec Ferdinand > que si vous jugez la «r situation des choses telle que je doivç le refc conn^tre pour roi d'Espagne. Vous userez de c< i)on5 procédés envers le roi , la rein&et le « prince Godoï; vous exigerez pour eux W^ous « leur rendrez les mêmes honneurs qu'autrefois. « Vous ferez en sorte que les Esp^nols ne ce puissent pas soupçonner le parti qu^ je pren-

i3s PREMIÈRE PARTIE.

« drài ; cela ne sera pas difficile ,ye n'en sais « rien moi-même.

" Vous ferez entendre à ]a noblesse et au <' clergé que si )a France doit intervenir dans « les affaires de l'Espagne, leurs privilèges et " leurs immunités seront respectés. Vous leur « direz que l'empereur désire le perfectionne- ' « ment des institutions politiques de l'Espagne, « pour la nieltre en rapport avec l'état de la « civilisation de l'Europe, pour la soustraire au " régime des favoris... \ ous direz aux magistrats Il et aux bourgeois des villes , aux gens éclairés^ " que l'Espagne a besoin de recréer la machine « de son gouvernement , et qu'il lui faut des " lois qui garantissentles citoyens de l'arbitraire it et des usurpations de la féodalité , des instiu tutions qui raniment l'industrie , l'agriculture « et les arts; vous leur peindrez l'état de Iran- « quillité de la France, malgré les guerres où « elle s'est toujours engagée; la splendeur de « la religion , qui doit son établissement au « concordat que j'ai signé avec le pape. Vous « leur démontrerez les avantages qu'ils peuvent « ticd| d'une régénération politique : l'ordre et « la^iix dans l'intérieur , la considération et la

■ puissance à l'extérieur. Tel doit être l'esprit « de vos discours et de vos écrits. Ne brusque»

■ aucune démarche ; jepuisattendre à Bayonncj

€HAP1TA£ XVI. l33

« je puis passer les Pyrénées , et , en me fortî- « fiant vers le Portugal, aller conduire la guerre « de ce côté.

« Je songerai à vos intérêts particuliers; n'y « songez pas vous-même.... Le Portugal restera « à ma disposition.... Qu'aucun projet person- « nel ne vous occupe et ne dirige votre con- « duite : cela me nuirait et vous nuirait encore « plus qu^à moi.

« Vous allez trop vite dans vos instructions « du i4; la marche que vous prescrivez au gé- « néral Dupont est trop rapide à cause de Tévé-' « nement du 19 mars ; il y a des changemens à « faire. Vous donnerez de nouvelles disposî- « tions ; vous recevrez des instructions de mon <c ministre des affaires étrangères.

tf J'ordonne que la discipline soit maintenue « de la manière la plus sévère ; point de grâce u pour la plus petite faute : Ton aura pour Fha- « bitant les plus grands égards : l'on respectera « principalement les église^ et les couvens.

« L'armée évitera toute rencontre, soit avec a des corps de l'armée espagnole, soit avec des 4i détachemens : il ne faut pas que d'au^p côté « il soit brûlé une amorce. ^fi

« Laissez Solano dépasser Badajoz ; faites-le « observer : donnez vous-même l'indication des c< marches de mon armée pour la tenir toujours

l34 PREMIÈRE PARTIE.

« à une distance de plusieurs lieues des corps « esj[)agriols : si la guerre s ^allumait tout serait i< perdu. C'est à la politique et aux négociations « qii'il appartient de décider des destinées de « TËspagne. Je vous recommande d'éviter les « explications avec Solano ; comme avec les aul< très généraux espagnols.

« Vous m'enverrez deux estafettes par jour ; « en cas d'événemens majeurs, vous m'cxpédie- « rez des officiers d'ordonnance. Vous me ren- « verrez sur-le-champ le chambellan dç Tour* « non qui vous porte cette dépêché; vous lui <f remettrez un rapport détaillé.

« Sur ce , etc. Napoléon. »

Les instructions que Ton vient de lire démontrent évidemment qu'à l'époque ofù Napo^ léon les traçait, il n'avait encore pris ailcane détermination relativement à l'Espagne. Il parut même qu'il aurait reconnu Ferdinand comme roi , si la situation des choses eût été telle qu'il y fût forcé , et si ce prince n*eût pas été l'ennemi de la France. Quant à Murât, il allait beaucoup plus vite que Napoléon ne l'aTait prescri^ parce qu'il espérait régner sur le pays qu'il wnait d'envahir et qu'il comptait soumettre. Il fut peu satisfait de la promesse que Napoélon lui faisait de la couronne de Portugal.

CRAPITRB XVII,

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