CHAPITRE XVtU l
Cl fait de pur mouyement , je iie fais ailcune dif- « ficulté d-admettre et de reconnaître V. A. R. « conime roi d'Espagne. »
Maigre Tavis de quelques conseillers fidèles , Ferdinand , qui sentait le besoin de se rendre Napoléon favorable , persista dans l'intention de continuer son voyage, et se rendit à Bayonne, où il s'était fait précéder par son frère , Tinfant don Cs^los.
Si Murât fit une faute en conseillant à Fer^ dflSEind le voyage de Yittoria , il en commit une bien plus grande en exigeant de la junte du gouvernement la remise du prisonnier Godoï, qu'une commission extraordinaire devait juger. Il est vrai qu'il ne fit que céder une seconde fois aux instances les plus pressantes du roi Charles et de la reine , dont toute la sollicitude était pour ce favori. Cet homme, qui avait assumé sur sa tête toute la haine des Espagnols , fût livré à Murât dans la nuit du 20 au 21 avril , et envoyé en France sous bonne escorte. Ainsi la vindicte publique fiit déçue par la soustraction de ce prisonnier d'état , et les esprits s'aigrirent d'autant plus contre les Français, qu'on savait oue la junte avait long-temps résisté avant de céder aux invitations menaçantes du grand-duc de Berg.
Nul doute que si, dans la délivrance du prince de la Paix , Napoléon eut été moins scrupuleux
i4p première partie.
che d'une catastrophe sanglante, s'était toujours ' flatté qu'il en imposerait aux Espagnols, et ut croyait pas qu'une population sans armes, oserait se révolter contre des troupes aguerries. Aussi n'avait-il pris que des précautions insuffisantes pour prévenir une insurrection. Gela est si vrai, que pendant toute la matinée une foak de soldats français parcouraient, sans armes, les différens quartiers de Madrid , où ils furent assaillis , outragés , égorgés par une populace en fureur. Les troupes françaises qui se trouvi||nt dans la ville , restèrent long-?temps sans avoir d'ordres positifs ; celles qui étaient cantonoées dans les environs n'arrivèrent qu'à midi. Murât venait de monter à cheval ; il avait fait battre la générale , et les troupes qu'il avait sous la main s'étaient formées en bataille sur la place du Palais, où deux pièces de canon venaient d'être amenées à la hâte. Ces démonstrations défensives n'effrayèrent point les habitans de Madrid : le massacre des Français continuait toujours. L'infanterie française fut obligée de faire feu sur les rassemblemens provocateurs , et bientôt quelques coups de canon à mitraille les mirent dans la plus horrible confusion.
Pendant que cette scène déplorable se passait sur la place du Palais, des colonnes françaises entraient dans Madrid par les portes du T^ord