CHAPITRE IV. l8l
d'Autriche. Il était de retour à Naples le i5 février i8io.
Quelques jours auparavant, la ville de Reggio, dans les Galabrçs , avait été bombardée par les Anglais, lesquels avaient en même temps opéré un débarquement à Bisiglia. Reggio avait beaucoup souffert, et Bisiglia aurait sauté en Tair*^ sans le dévouement de quelques légionnaires qui éteignirent les mèches fixées par les Anglais à des barils de poudre placés par ces derniers dans les caves de la ville.
Ces tentatives ne firent qu'irriter Joachim contre les Anglais et les Siciliens. Il arrêta de nouvelles mesures pour la défense des côtes, et donna des ordres pour la réunion des troupes et des bâtimens destinés à l'expédition contre la Sicile.
Dans le mois de mai. Murât se rendit & Mouléléone : Tarmée franco-napolitaine se trouvait reunie dans cette province ; mais les Anglais , redoublant de surveillance , empêchaient Tarrivée dans les Calabres de la flottille napolitaine ^ ^
qui devait approvisionner le camp et servir au * -*^ '*" transport des troupes. Toutes 'Ifes foS éfae fk j \ vent devenait favorable , les canonnières tiapô-' ' i * litaines mettaient à la voile pour se^ rendre h ^ ' leur destination, et toujours la flcftte angl^ie. s'opposait à leur passage et les oMigeait k i^étro-
l84 DEUXitHE PARTIE.
sérieuse, dirigea toutes ses forces tle terre et de mer sur Sao-Stefano pour y accabler la division du général Cavaignac. Les troupes napolitaines firent d'abord bonne contenance et cherchèrent à masquer leur mouvement rétrograde ; mais les Anglo-Siciliens , beaucoup plus nombreux , les poussèrent l'épée dans les reins jusqu'au bord de la mer. L'embarquement, sous le feu de l'ennemi , se fît en désordre : pour comble de malheur, les bâtimens napolitains qui étaient arrivés les premiers à Scalctta s'étaient hâtés de retourner vers les Calabres , et n'avaient pu regagner la Sicile lorsqu'on fit le signal de rembarquer les troupes arrivées sur cette île : il résulta de ce manque de transports qu'une partie des soldats de la division fut obligée de se rendre aux Anglais. Ainsi cette division , qui , peu d'heures avant, avait mis la première le pied sur le sol menacé , et qui avait montré de ï'ardèur et même du courage , retourna à Penliiik mèlc , sur la côle de la Calabre , toute dcsoi^- . , nisée et démoralisée : les pertes qu'elle avait •f i"V» faites s'fl^evaicnià prî-s de douze cents hommes '*é IL lues ou faiis prisonuifis. ■•
'•■ De leur tùlé les Aiigjo-Sicilïens avaient au.ssi
* ^ 'perdu beaucoup île monde, et, malgré leur triomphe, ils ii\ l^ticul pas sans inquiétude sur un iiou«i±au.4^haiqut;ioent; mais, soit que l'in-
CIUVITU IT. l8S
succès de ceUe première tentative eût découragé le roi de Naples et les généraux sous ses 'ordres , spit que des motifs appartenant à une politique supérieive fussent venus mettre obstacle à l'espcditipn , un ordre du jour fit connaître à l'armée qu'Ole avait rempli les intentions de Napoléon en attirant beaucoup de troupes anglaises 60 Sicile. Quelques jours après, le campAe Ipiale futlQvé» et les différentes divisions de la 6otf ille reprirent la route de Naples , où elles parvinrent à se réunir sans accident au bout de quinze à vingt jours.
Quand on réfléchit à l'ostentation qui avait présidé aux préparatifs de cette expédition , et à la facilité avec laquelle Joachim l'abandonna . atf premier échec , on ne peut s'empêcher de regarder comme positif que cette entreprise , commencée avec l'asicntimcnt de Napoléon , avait ensuite reçu sa désapprobation^, sans que le Toi de Naples eût voulu en flcmortîrfr. Il espérait, sans doute, faire légitimer son obstination par le succès; mais dès qu'il vit revenir ^ une de ses divisions in;iilr;iilre , il ne voulut probablement plus laisser peser sur s;i responsabilité les chances défavorables que pouvaient courir les troupes françaises , et renonça tout h coup à un projet dont il n'avait pas aperçu d'abord les difficultés. Ci- qui titonne davantage
vît»
l86 DEUXIÈME PA.RTI£.
dans cette affaire, c'est qu'après avoir mis les Anglais dans la nécessité de réunir des forces en Sicile, Joachim ait tout à coup cessé ses démonstrations, en renvoyant à Naples les bâtimens qu'il avait réunis avec tant de peine et de frais dans les Calabres. C'était laisser le champ libre aux Anglais, et les mettre à même d'employer sur d'statres points des troupes qu'on aurait pu aisément les forcer à laisser en Sicile. Le but de Napoléon n'aurait pu être atteint qu'autant que le roi de Naples aurait continué à tenir en haleine les Anglo - Siciliens. Tout fut donc mal combiné et plus mal exécuté , et cela peut être attribuée à la mésintelligence qui commençait à régner entre Napoléon et son beau-frère , mésintelligence qui n'était pas assez secrète pour qu'elle ne réagît sur les généraux commandant l'expédition.
' tH
CHAPITEE V. 187