CHAPITRE V
McsînteUîgence entre le roi de Naplc« et l'empereur des FraD^aU. — Intrigues qui voilent IVclat de la vie de Joachîm et lui enlèvent sa popularité. ( 1811 et 1812.) ^1^
JoACHiM était retourné dans sa capitale irrité parle résultat imprévu de son expédition contre la Sicile; il se plaignit de la résistance qu'il avait éprouvée de la part des généraux français, et il ne vit plus dans cette armée française , qui avait défendu les côtes de son royaume , qu'un instrument dont Napoléon se servait pour le tenir en une espèce de tutelle. Il sollicita l'éloignement de ces troupes : sa demande fut mal accueillie. Le refus qu'il acheva finit de l'aigrir; sa méfiance devint extrême. Ce f^t alors tpiil voulut contraindre tous les étrangers' employés dans son royaume à se faire naturaliser ^Napolitains , ou à renoncera leurs emfulois. En agissant ainsi Joachim déclarait implicitement qu'il ne se considérait plus commis Trançais , et
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semblait rompre les liens qui unissaient Naplesà la France. Mais Napoléon lui rappela durement son origine par un décret qui fut un coup de foudre pour Murât. Ce décret était ainsi conçu :
« Considérant que le royaume de Naples fait parti du grand empire ; que le prince qui règne dans ce pays est sorti des rangs de Tarmiéç françaiseijtoi'il a été élevé sur le trône par les effort^p^e sang des Français , Napoléon déclare que les citoyens français sont de droit citoyens du royaume des Deux-Siciles. »
De^ce moment la fierté de Joachim, profondément blessée y ne lui permit plus de dissimuler ses ressentimens contre Napoléon, Il n'ignorait pas d'ailleurs que son beau-frère s'était servi, en parlant de lui, d'expressions dures, et qu'il l'avait appelé roi de théâtre. Sa police lui avait même appris , qu'à l'exemple de certains Français qui sç plaisaient à le désigner sou3 le nom de Franconi , quelques-uns de ses sujets lui donnaient celui de TorrUero ^ écuyer napolitain, dont tout le mérite consistait à dresser nn cheval sur lequel il paradait avec grâce. Dans son dépit , le roi de Naples cessa de porter la croix de la Légion-id' Honneur, et différa de célébrer la fête du roi de Rome.
Cependant, plus la mésintelligence qui régnait entre Joachim et Napoléon prenait un
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caractère sérieux ^ plus le roi de Naples cherchait à 6e populariser. II avait remis eh vigueur le système constitutionnel, suspehdn ipàf là création des tribunaux sp^éciaux, et convoqué les collèges électoraux pour la tioitiinâtion des candidats ^u parlement nsftional. Il avait aussi fixé les couleurs nationales, donné une ïïouvelle organisatibn à l'université , proclamé lei|tttt|[ie français <les poids et mesures décimales^HBùragé la culture du tabac; et ètttert plusieurs établissemens de bienfaisance. II s'était éricore occupé de l'itidustrie ; et ^ s'il tl'était pas parvenu à habituer les Napolitains au travail, il avait du moins réussi à donner un certain élan à une partie de cette population si apathique.
L'armée surtout n'avait cessé d'être l'objet de toute sa sollicitude. Il avait créé un régiment de vélites, et augmenté de beaucoup l'infanterie et la cavalerie de ligne. Il comptait plus de soixante mille hommes sous les armes, avec lesquels il espérait pouvoir se passer des Français.
Mais ces Français ^ dont la vue semblait importuner le roi de Naples, étaient toujo^iirs sous ses yeux. Ne pouvant les renvd^r, Joacfaim prit la détermination de se retirer au palais de CapO'di-Monie 9 où il tomba, malade. ;
Alors l'éclat de sa vie fut voilé par le scandale de* querelles de famille et par d^cfhscures ii^tri-
mai par les précautions qu'elle suggéra auX ïft!nistres. L'alarme devint générale. La présence (le Napoléon était nécessaire; il fut donc forcé de suspendre son départ ; et cette guerre ,• où chaque heure perdue était irréparable, se trouva retardée de deux mois. Ce ne fut que le g ma que Napoléon partit de Paris pour aller à Dresde.
?| Mffli* souhaité que l'empereur d'Autriche, pli^9^n rois et une foule de princes se rea-* dissent sur son passage. Son désir s'accomplit; tous accoururent, les uns guidés par l'ospâîr. d'autres poussés par la crainte. Mais pour Ni* poléon, son but en provoquant cette grantlB réunion était de consolider son pouvoir et dé le montrer, afin d'amener l'empereur de RnssiV à rompre avec les Anglais et à faire sincèrement, la paix avec la France.
La réunion de Dresde n'ayant pas ttéterminé' Alexandre h traiter, Napoléon jugea qu'il fallait plus attendre la paix que de la guerre!^ et la grande-armée se dirigea sur le Niémeni Cette armée, dont la véritable force a été fofC exagérée par plusieurs historiens, n'en était paS moins la plus formidable que Napoléon ei commandée. Cent soixan te mille Français et cet soixante-cinq mille alliés marchaient sous h ordres du vainqueur de l'Europe^ ils avaied pour chefs les maréchaux Davoust, Oudinol
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Ney, Gouvion-Saint-Cyr, Junot, Macdonald, tefebvre, Bessières, le roi de Naples , le vice-roi d'Italie , le prince de Schwartzenberg , le prince P<||iiatowski , les généraux de Wrède et d'York. De même que dans lès précédentes campagnes, Murât avait sous ses ordres, dans celle de Russie, la grande réserve de cavalerie , formée de quatre corps conmiandés par les généraux ]^iM|uut]r, Montbrun, Grouchy et Latour^MaubonHbtte réserve était de près de vingt-huit mille hommes. C'est à la tête de cesl>ravcs que nous allons suivre le roi de Naples dans cette campagne désastreuse, où les élémens s'unirent aux Russes pour ravir aux Français les lauriers de la Mos-
ko^a.
Le ^2, juin 1 8 1 2 , la grande armée française était prête à passer le Niémen. Napoléon savait que depuis un an lés Russes fortifiaient Dunabourg et travaillaient au camp retranché de la Drissa. Ces préparatifs indiquaient que Fennemi craignait que l'invasion ne se fît sur Pétersbourg, par la Courlande et la Livonie ; et, dans ce cas, les Russes forcés sur le Niémen deiraient se retirer sur la Dwina, afin de couvrir les routes qui conduisent à Saint-Pétersbourg par P&kow et Novogorod. C'était donc par le centre de sa ligne d'opérations que Napoléon devait attaquer. En marchant droit devant lui, il séparait
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l'aile gauche de l'amice russe de l'aile droite du centre, forçait cette aile gauche à un grailS détour pour rejoindre le corps principal, mettait l'ennemi dans la nécessité de change^ii plan de de'fense qu'il avait d'ahord adopté. Pîa^ poléon se décida, d'après la situation des chosef^ à effectuer le passage du fleuve .\ Kowno. Eîp conséquence , il réunit sur ce point la i^ùl grandifr'partic de son année, )(]
Le 2J juin, à deux heures du matin , l'emplq reur des Français arriva aux avanl-postca , prW de Kowno ; il prit la capote et le bonnet dW soldat polonais, et parcourut avec le général dtf génie Haxo la rive gauche du fleuve. Un cdrps russe commandé par le général lîagawout reslaW seul près de Kowno, et se trouvait ainsi scpûre de plus de vingt lieues du reste de l'armée. Nrf»-' poléon se hâta de profiler de cette première' faute. L'équipage de pont reçut l'ordre de s"^ procher. A dix heures du soir, trois compagnie»' traversèrent Je fleuve, et au même moment troîS ponts furent jetés sur le Niémen, entre Kowim et Eketani. Une heure après, l'armco française commença à défiler. Le 24 , à midi , la cavalerie du général Pajol chassa devant elle une nuée tlt cosaques; Kowno fut occupé, et Napoléon yétahlit son quartier-général.
Pendant que l'armée employait les journées df?
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^4) 9^ ^^ ^^ jiûn à défiler sur les trois ponts, le roi d^ Kaples était entré à Ëketani , et avajit fait aTancer sa cayalerie jusqu'à Zimory. Lies troupes I^g^e&de Russes furent chassées dans toutes les directions : on trouva Tarmée russe en pleine reticaite. L'armée Iraiiçaise continua son mouvement en avant. Là réserve de cavalerie , soutenue par le premier co|:ps d'iirmée, couvrit toute la plaine jusqu'à dix lieues de WiBu^ ca-^ finale de la Xôthuanie » où . les Russes avaient réuni d'immenses magasins de vivres^ et de munitions dç toute espèce. Wilna était le premier aut dc^ Napoléon après avoir franchi le Niémen. Je n'ai point la prétention d'écrire la campa^e dç Russie; il ne m'est-pas donné d'embr^as^r tous les détails y ni même Tensemblc des * Ojpérations de Napoléon ; aussi ne trouyera-tron ici que desfragmens de cette célèbre et malheureux guerre : je dpis me borner à y suivre Murât et la cavalerie soûs ses ordres, soit qu'il agisse avïçc l'armée entière , soit qu'il se batte détyibp-i ...
...Jïe dirai donc que dès l'entrée de Napoléon à Wijba, qui eut jieu le 28 juin , la cavalerie de réserve se jait à poursuivre les Russes dans plusieurs directions: une partie se porta,sur la rive gauche de la Wilia , dans la direction de Swentziany, et l'autre partie , où se trouvait le roi de
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Naples, prit )a route de Nicnientchi quelle le gros de l'armée msse s'était retiré.
Le but que s'était proposé Napoléon de désm nir l'armée russe et de la forcer à marcher, par corps séparés, lui avait complètement réus».
Maître de Wilna il s'y arrêta plusieurs jours', tant pour mettre à profit la position avantageuse de cette ville, comme entrepôt pQBf.
les besoins de l'armée , que pour y recevoir a députation de la diète de Varsovie, établir int gouvernement provisoire de la Lithuanie, et régler l'organisation civile et militaire de ce pay^
Pendant ce séjour, un orage du nord et une pluie de quatre jours rendirent tout à coupla chemins impraticables; l'armée française pcrdU. un grand nombre de chevaux employés au tran*' port des vivres , et se trouva réduite aux seul^ ressources que pouvait lui offrir on pays dé» dévasté par les Russes. La disette se fit sentir dans les environs de Wilna, |
Ce fâcheux contre-temps n'empêcha pas |klur rat de continuer à poursuivre les corps russe» qui avaient pris la direction de Swentziany, coor verts par une forte arrière-garde. Le 3 juillet 'A eut plusieurs engagemens avec cette arrièrûgarde. Le 4 , il entra dans S\ventziany, et Ift lendemain il força le passage de la Disna. Enf^ l'avant-garde de Murât, commandée par le g^*
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néraï Sébàstiani , arriva à Drissà , après avoir coupé et pris cinq cents cosaques. Cependant le général russe Wittgenstein , qui se trouvait en face et un peu en arrière de cette ville, ayant appris que la cavalerie légère frança^ se gards^t n^gï^mment, fit jeter un pont sur la Dwina , et' ïé ' I S», avant le jour, attaqua à rimproviste le géneiral Sébastianip La cavalerie française ^ur- ^isè^ fût culbutée et repoussée en arrière de Dj^issa avec une perte assez considérable. Murât ne put secourir son aviantrgarde : il était alors i^ Opè!ak( avec d'autres troupes chargées d'observèr la grande-armèe russe , forte fie cent vingt mille hopimes , et réunie dans ses ouvrages (jle Dnssa. Les Français attendaient dans cette posiiîbîi les ordres de Napoléon , qui venait de quitter Wilna avec sa garde et deux autres corps d*armée.
Le 20 juillet, toutes les dispositions ayant été faites pour attaquer le camp de Drissfi , le roi dé Naples , qui était à Dîsna, fit passer la Dwina à la cavalerie du général M ontbrun ; mais déjà rarmée russe avait «quitté ses retranchemens formidàmes et s*était retirée surPolotsk, d'où elle alla prendre position à Witepsk , laissant une forte arrière-garde entre Budilowa et Ostrowno,
afin d'observer les mouvemena de Farmée fran-
çaise.
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Le 25 , l'avant-garde du roi de Naples rericontra les Russes en avant d'Ostrowno. Le combat s'engagea ; la cavalerie russe, dont une partic appartenait à la garde , fut culbutée; les.batteriesde l'ennemi furen t enlevées par la cavalerîft française. L'infanterie russe s'avançii pour soutenir son artillerie, mais elle fut à son tour rompue et sabrée. L'ennemi fut forcé de se re^ tirer après avoir éprouve une grande perte ^ laissa huit pièces de canon et six cents prisonniers au pouvoir du roi de Naples. Le lende-* main la cavalerie française , appuyée par le*corp8; d'armée du vice-roi d'Italie, continua à marcher en avant; mais après avoir dépassé OstTowao, elle trouva le corps du général russe Ostemaano, fort de vingt mille fantassins et de sis mille hommes de cavalerie. Ce corps, bien appuyé^ un bois sur les bords de la Dwîna, menaçait de tourner la gauche des Français. Déjà la cavalerin sous les ordres du général Huard avait été ramenée deux fois, et une colonne russe se mettait en mouvement pour l'écraser, lorsque Muratfil charger cette colonne par la cavalerie polonaise, qui la rompit et la mit en fuite. Le combat vint alors général. Le corps d'Ostermann batti sur tous les points, se relira en désordre dans bois, lia vive résistance que les Français avaiei éprouvée fit hésiter les troupes à s'engagei