CHAPITRE V!I. ao
la nuit du 1 3 au c4 # ils jctère^nt deux ponts sur la Bëréîina et passèrent ce fleuve. Le i5, on vit Krasnc^ , ville de bois , qu'un régiment russe voulut défendre , mais qui* fut bientôt prise par les troupes de Ney. Au-delà de la ville se trouvait le corps du général russe Newerowski , fort de six mille nommes d'infanterie^ de plusieurs escadrons et de dix bouches à feu. Le sol était inégal, mais nu ; il convenait à la cavalerie. Marat voulut s'y porter, il trouva les ponts de Krasnoë rompus , et sa cavalerie fut obligée de défiler lentement par de mauvais gués. A peine le roi de Naples fut -il en présence, qu'une première chargé dissipa la cavalerie ennemie. Le général russe se voyant exposé , réunit ses colonnes et en forma un carré si épais , que la Cavalerie française y pénétra plusieurs fois sans pouvoir le traverser ni le rompre. Toutefois., Newerowski se trouvait dans une position critique, et déjà Murât avait lancé contre lui les "Wurtcmbergèois, pour lui faire mettre bas les armes, lorsque les Russes, rencontrant un rang de fortes palissades , mirent cette barrière entré eux et la cavalerie française ; leur colonne en profita pour se reformer. Murât fit alors avancer quelques pièces de canon qui firent brèche à cette palissade , et permirent aux escadrons 'français d'y pénétrer. C'en était fait de tout le.
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corps de Newerowski , si ,le général Uroucliy était arrivé à temps pour lui barrer le passage d'un défilé; et comme il n'y avait que ce corps russe entre Smolensk et Murât, cette ville aurait pu être surprise sans défenseurs , enlevée sans combat, et l'armée ennemie coupée de sa capitale : mais le retard du général Grouclij" permit à la division russe de gagner un terrain boisé où ses flancs furent couverts. Newerowski,, presque écrasé, courut se renfermer dans Smolensk , après s'être défendu comme un lion contre les attaques impétueuses de Murât, qui dans cette journée prit tous les canons du général russe , et fit mettre bas les armes à mille hommes d'infanterie. ' A la nouvelle de l'échec essuyé par le général Newerowski , Barkiay retourna vers Smolensk pour défendre la ville; les lignes fortifiées en avant des faubourgs furent occupées; l'armée ' russe tout entière avait quitté sa position de Kasplia pour repousser l'attaque des Français et ' sauver ta ville. Cette armée garnissait les deux rives du fleuve, ainsi que les hauteurs ijui dominent la partie basse de Smolensk.
Le 17 août, à la pointe du jour, on avertit, l'empereur que les Russes paraissaient faire des dispositions qui annonçaient une nouvelle retraite : ne considérant plus alors Smolensk que
CHAl'iTRE VII.
■omme un passage qu'il fallait enlever surchamp et de vive force , il allait en ordonner ] l'assaut. Murât combattit cette résolution, parce J qu'un assaut lui paraissait un effort inutile dès i l'instant oijles Russes se retiraient d'eux-mêmeS: 1 on lui entendit même dire à Napoléon « qne puisque les Russes ne voulaient point de bataille , c'était assez loin les poursuivre , et qu'il était temps de s'arrêter, » Ces paroles, qu'un historien de la campagne de Russie a rapportées, sont peu d'accord avec l'opinion que Murât émit àWitepsk, et avec son caractère aventureux.
Toutefois, s'il paraît peu probable que le roi de Naples se soit jeté aux genoux de son frère pour le prier de s'arrêter, toujours est -il cert tain que ce jour-là Murât eut une explication vive avec Napoléon , et que , quelques inslans après, on le vit pousser son cheval sous le feu des batteries russes , et y rester immobile comme un homme qui veut se faire tuer. Le général Belliard courut auprès de lui et le conjura de ne point exposer ses jours sans gloire; mats ce ne fut qu'avec beaucoup de peine qu'on parvint ^ ^à l'arracher de ce lieu de carnage, ^r Cependant l'assaut général fut ordonne' : les Btfâubourgs qui couvrent les murs de la ville furent attaqués et pris, et l'on parvint jusqu'aux murailles; mais les colonnes d'attaque durent
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s'arrêter là et se metli'c à couvert des feux de l'ennemi jusqu'à ce que l'on eût l'ait quelque brèche. La nuit survint, elle lut cclairée par l'in' cendie de cette ville; les Russes y avaient mi»' le feu en se retirant. Murât fut témoin de ce désastre, et le lendemain il écrivit, dit-on, k une personne qui avait sa confiance : « Nous voilà à Smolensk; irons-nous plus loin ? C'est le secret de l'empereur ; pour moi, je trouve que nous sommes déjà trop loin de nos ressouiv ces. » Toutefois il prit,, ce même jour, le commandement de l'avant-garde , et marcha sur les Russes avec le maréchal Ney.
Le combat de Valoutina offrit au roi de Naples une nouvelle occasion de se distinguer.
Pendant que Ney attaquait les Russes avec cette intrépidité qui le caractérisait. Mural éclairait ses flancs avec sa cavalerie sans pouvoir la faire agir, à cause des bois et des marais qui arrctaienC ses mouvetnens. Les Russes, étonnés de n'être attaqués que de front, crurent que toutes le» combinaisons militaires de Murât se réduisaient à suivre leur grande route, et l'appelèrent par dérision k général des grands chemins. Mais en' combattant de front, Murât attendait l'effet, d'une marche de flanc des Westphaliens, commandés par Junot : le succès de cette marche de flanc devait être décisif; mais Junot hésita. Ce-
pAtidant Murât , qui le jugeait arrive en présence, s'étonnait de ne pas entendre son attaque; il quitte sa cavalerie, et traversant presque seul les bois et les marais, il court À Junot et lui reproche son inaction- Junot s'excuse : il assure nue la cavalerie wurtembergeoise est molle, et qu'elle ne se décidera pas à mordre sur les bataillons russes, Murât répond à ces paroles par des actions , il se précipite à la tOte de cette cavalerie :avec un autre général ce sont d'autres soldats-, il les entraîne, les jette sur les Russes, renverse leurs tirailleurs, revient à Jnnotct lui dit : « Achève à présent , ta gloire est là ainsi ■' que ton bâton de maréchal. » Et aussitôt il retourne à ses troupes.
Lecombat de Valoutina pouvait avoir pour résultat la destruction de l'armée russe de Barklay. Le peu de résolution de Junot , et des ordres donnés mal à proposa la division Morand, permirent à une partie de cette armée de se sauver. It^urat continua de la poursuivre , et atteignit '«nairière^ardeàUs^viat. Alors les deux années rtAscs, menacées sur leur gauche par le roi de Naptes, et craignant d'être coupées par le prince Poniatowski sur la route d'Elnia, se portèrent sur celle de Viazma. Ce fut à cette époque que leçéniéral russe Kutusow, sortant d'une longue Jisgràce, parut au milieu des armées russes pour
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en prendre le commandemant ei| chef. Im fb-* pestes effets de Fhiver de 1812 ont donné ï ce général une réputation militaire que ses opérations sont loin de justifier, et que les Anglaisi^ même, ses compatriotes lui ont souvent disputée. « C'est moronzow (la glace) et non Kutn- SQ'w qui a Taincu les Français , » disent les Ru^ ses 9 et les Russes ont bien raison de le dire.
Après le combat de Yaloutina , le corps de Ney, qui avait souffert et qui était très-fatigoé, fut remplacé à l'avant - garde par celui de Dah . voust. Muiat, comme roi et beau-frère de rcmpereur, devait commande^*; Ney s'était souniis aux ordres de Napoléon , et la ccmformité de son caractère avec celui de Murât avait entretenu l'harmonie. Mais Davoust , dont le génie méthodique et tenace contrastait avec ^empo^ tement du roi de Kaples, s'irrita de cette dépendance. Ces chefs, du même âge, compagnons de guerre, qui s'étaient vus grandir réciproquement et que gâtait l'habitude de n'avoir jamais obâ qu'à un grand homme , n'étaient guère propres à se commander l'un à l'autre. Toutefois Davoust obéit, mais mal et de mauvaise grâce, comme obéit la fierté blessée.
Cependant Barklay ayant reculé sans résistance jusqu'auprès de Dorogobouje, Murât n'ent pas besoin de Davoust ; mais à quelques werstes
dé cette tï lie i un bois peu épais , que le roi de Naples voulut recoïinaître, lui fut viveitient disputézil se vitforcë de» l'emporter deijx fois. Surprisse cette résislSance ;''il s'opîtiîâtra , perça le TÎdeitiiy et vit aù-^Ià toute Tarnlëe russe rangée en iMltaitte ;* il n'en était «éparé que par l'étroit ravii^de-la Liija. LékQhoix'dû terrain, assez convenaUe à un grand choc, et la réunion dés deux arméestusses^ firent' croire à Murât que rëhïiemi acceptait enfin la grande bataille ; il envoya plùmeurs ordonnances à Napoléon. De son coté , DavDuiit* écrivit aussi à l'empereur de se presser dfarriveir, s'il ne' voulait pas que le roi de Naple engageât «ne bataille sans lui. Â' cette nouvelle, îSapoIéon ' accourut avec sa garde , et fit douze-lieues sans s'arrêter; mais dans la Inuit l'année ennemie avait disparu.
Murai fut encore • chargé de poursuivre les Busses y et les poussa jusqu'au delà de TOsma ^ rivière étroite et encaissée. L'arrière^rdé russe; couverte par cet obstacle, se retourna alors et s'établit sur les hauteurs de la rive opposée. Le générai français fit sonder le terrain, et ayant trouvé'un gué, il osa marcher contre les Russes par un défilé étroit et incertain, et fit ainsi d'une escarmouche une affaire des plus importantes. £n. effet, les Russes descendirent en force de leur hauteur, le poussèrent jusqu'à la rivière, et
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faillirent à l'y précipiter. Mural sentit sa faute,et vit qu'il fallait un succès pour la faire absoudre : il fondit en dësespéi'é sur les colonnes ruft" ses, enleva leurs positions, et les força à quitter le terrain. Le lendemain , le roi de Naples eut devant l'empereur une explication très-vive avec Davoust, dans laquelle il lui reprocha sa circonspection, et s'emporta jusqu'à lui dire que s'ils avaient des différends ils pouvaient les vider entre eux seuls, mais que l'armée ne devait pas en souffrir. Davoust irrité , se plaignit de la témérité de Murât et de son ardeur irréfléchie' qui compromettait sans cesse les troupes eaprodiguant inutilement les munitions, les forces et la vie des soldats; il termina ses longues l'écrira inations contre le roi de Naples en lui dif sanl qu'il était le maître de perdre la cavalerie, mais que pour l'infanterie du premier corps, tant que lui , Davoust, la commanderait , il ne ïi laisserait pas prodiguer. ÎNapoléon écoutait se» deux lieuteuaus en s'amusant à fabe rouler ud boulet qu'il poussait sous son pied, 11 semblait qu'il y eût dans cette mésintelligence entre tes chefs quelque chose qui ne lui déplaisait pas ; en effet, elle prenait sa source dans leur ardeur et dans la gloire , qui est de toutes les passionscelle qui excite le plus vivement la jalousie. Il essaya de les rapprocher par des paroles flat-