CHAPITRE Vil. aiS
soir. ISapoleon y interrogea quelques prisonniers : il apprit que les Russes remuaient toute la plaine de Borodino, hérissant le sol de retranchemens, et paraissant voulmr s'y enraciner pour ne pas reculer davanta™. En conséquence, l'empereur annonça une grande bataille à l'armée française , et lui accorda deux jours pour se reposer , préparer ses armes et ramasser des subsistances.
Le 4 septembre , l'armée ,Jpujours partagée
iroi;
en trois colonnes , partit de Gjatz et de ses environs. Murât l'avait devancée de quelques lieues : des troupes de cosaques voltigeaient î
sans cesse autour des têtes des colonnes françaises ; Murât s'irritait de voir ses escadrons forcés' de se déployer à chaque instant pour chasser ces cavaliers incommodes. Ce jour-là , par un de tes mouvemens dignes des temps de la chevalerie , il s'élança seul contre leur ligne : arrivé à quelques pas d'eux, il leur crie :
F...,.- moi le camp ^ canaille! Son air et son geste impérieux produisirent sur les cosaques un effet si extraordinaire , qu'on les vit obéir et reculer : ce fait étrange n'a point été contesté. Lé port martial de Murât, l'éclat de ses vêtemens chevaleresques , sa réputation de bravoure , cet air de supériorité et cette audace menaçante qui le caractérisaient, ont sans doute
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étonné ces barbares : ils ont obéi à une puissance morale qu'il ne leur était pas donné de maîtriser.
Après avoij^ainsi signifié ses ordres aux cosaques , Mura^tontinua sa route sans être inquiété ; mais il fut obligé de s'arrêter» entre Gjatz et Borodino, devant des forcer supérieures. Kutusow avait donné des ordres pour dé^ fendre le passage du ravin profond di^ns lequel plonge la^rande route à Griednewa; plusieurs corps cre, l'armée française ayant joint celui de Murât, le ravin futfraiichi, et Ton vit les traces sanglantes des Russes jusqu'au grand couvent de Kolotskoï, d'où Ton put reconnaître le champ de bataille que Kutusow préparait à la grande armée française.
La journée du 6 septembre fut consacnée par Napoléon à désigner la place que chaque corps devait occuper : la redoute de GhcNvarino , cpi couvrait le front de la droite des Russes , fut enlevée par la division aux ordres du général Compans; les bois d'Ëlnia furent néto'yés, et la cavalerie de Murât balaya la plaine. Chacune des armées se trouva ainsi fixée dans ses limites i, et la nuit fit cesser le feu de part et d'autre^
CBAPITRB VlU. a 1 5
CHAPITUE Vlll.
Bataille de la Moskowa. ^ Combat d^Vfojaîsk* ( i8ia. )
La bataille de la Moskowa> l'une des plas saoglantes de ces derniers temps m carnage et de destruction , commença à six heures du matin , par an coup de canon parti d'une batterie de la droite de l^^urmée française. Le roi de Naplcs ëtait de ce côté : il mit aussitôt son corps d'armée en mouvement ; mais ce ne fut que vers les neuf heures qu'une partie de la cavalerie sous ses ordres s'élança sur la grande batterie russe , 4^ le général Caulaincourfr entra après avoir culbuté tout ce qui s'était présenté devant ]ui. Là ce brave général , qui venait de Succéder à Môntbrun , mourut , comme ce derni^ , en entrant dans la redoute. Alors Murât , IHey et Davoust marchèrent ensemble sur l'aile gauche des Russes , dont toute la ligne fut forcée. La plaine venait d'être ouverte devant Murât ; Napoléon lui envoya l'ordre de s'y précipiter afin d'achever la défaite de Bagratîon. Un instant
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spfïit au roi de Naples pour se faire voir sur les hauteurs que lès Russes venaient d'occuper.
Mais en ce moment la seconde ligne russe,, ainsi que des renforts amenés par le général Bagawout , veHiient au secours de la première pour reprendre leurs redoutes. Les français étaient encore dans le désordre de la victoire : ils se voient pressés, s'étonnent et reculent; Murât s'oublie lui-même, pour rallier les siens; il est enveloppé et près d'être pris: U n^a d^autre ^moyen de salut qtife de se jeter dans la redoute» où il ne trouve que des soldats entassés et iuti^ midés ; mais sa présence, ses cris^ son panache qu'il agite , rallient les Français ai^tour de. lui , et leur feu soutenu contient les Russes. En même temps Ney s'avance ; le feu de ses co-^ lonnes met le désordre dans les rangs des cuirassiers russes : ils renoncent à reprendre la re^ doute et lâchent prise. Murât est enfin dégag^^ et les hauteurs restent aux Français^
A peine sorti de ce périj , le roi de N^les coujc^de nouveau $ur l'ennemi avec la cavalerie légère des générau?^ Br^iyère^ ^^t.Nansout]^ , et, par des charges opiniâtres et réitérées ,^ il renr verse les lignes russes , les rejette sur leur centre» et termine avant une heure la défaite entière de leur aile gauche.
Mais les hauteurs où commençait le centra