CHAPITRE ^11. aSS
sort des colonnes qui s' élancent sur leurs ba-^ taillonsv De chaque porte il sort une armée.
Sch^?^^artzenberg\ qui se croit victorieux , recule d'épouvante , et s'éloigne à la faveur des ombres de la nuit.
Cependant Murât n'avait pu prendre aucune part active à cette première journée ; mai^ dans la nuit il fut investi du commandement de toute la cavalerie , avec ordre de faire un grand mouvement sur Faile gauche de l'ennemi , de le déborder et de cherchera lui couper tou le retraite par la route de Freyberg. A neuf heures du matin la cavalerie du roi de Naples a gagné les hauteurs qui dominent Cotta ; elle poursuit son mouvement au pied des colines. A onze heures le canon de Murât se fait entendre au delà des gorges de Plaiien ,^et signale les progrès de la cavalerie sur la droite. L'aile gauche des ennemis est écrasée, et Murât, après avoir tourné Tavant^rde de Klenau , court la couper de son corps principal. Ce mouvement est décisif ; le roi de Naples , le sabre à la main , se précipite avec les carabiniers et les cuirsrssiers sur l'infanterie autrichienne : rien ne peut lui résister ; les bataillons ennemis sont enfoncés , culbutés des hauteurs , et l'artillerie à cheval , plongeant sur les défilés , complète leur déroute.
Déjà les souverains alliés sont loin du champ
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de bataille , et de fortes arrière-gardes prenncnl position à l'entrée des vallées, pour couvrir les petites roules par lesquelles s'écoule l'armée ennemie.
Dans la nuit on apprend qu'un général du premier rang a été blessé au milieu de l'étatmajor des alliés : il était à cheval, a côté de l'empereur Alexandre, au moment où un boulet lui emporta les deux jambes. On croit un instant que c'est le prince de Schwartzenberg , et Napoléon laisse échapper quelques paroles qui expriment ses regrets ; mais un chien qui suivait le général blessé, et qui a été pris à INoltnitz par quelques cavaliers de Murât , éclaircit ce mystère. Sur son collier est écrit en français : J'appartiens au général Moreau. Le chien est envoyé au prince Berthier, et tous les renseignemens qui se succèdent confirment ce premier indice. Quel exemple pour les traîtres ! et Murât est le premier à l'avoir sous les yeux !
Le roi de Naples venait de remporter une victoire sur le général KJenau; il ne lui restait plus qu'à refouler sur les montagnes de l\{arienberg les débris de ce corps ; c'est ce qu'il fait dans la journée du 28 août, en parcourant au galop la route de Freyberg : à chaque pas il fait des prisonniers.
L'alarme est à Tœplitz et se répand jus-
Ctt/iPlTRE XII. * ^$7
<jtt'à Prtgtf c J mais la bataille de Gulm , où Vandamme compromit le corps d'armëe qui devait achever. la défaite des allies, a changé en cris de joie la désolation qui commençait à se répandre dan» les tallées de la Bohême. Partout où Fempi^fieur n*est pas on ne commet que des fautes , et ces fautes amènent de grands désastres. Partout où il apparaît les alliés reculent devant lui; maisr ils avancent avec succès dès qu'il tourna le do9.
Toutes les masses de l'ennemi ont gagné du terrain ; elles se trouvent toutes Kées entre elles,< Plus le séjour à Dre^sde se prolonge , plus l'on Sr'infquiète autour de Napoléon. Enfin il quitte cette ville le 7 octobre à six heures du matifif. Le quartier-général va s'établir entre Magdebourg el Toi^gaii ,' où l'empereur compte réunir cent ckiquafnte mille eombattans. Pendant ce mou^ vementy Murât dispute pied à pied le ten^n au prince de Sch^ârtzenherg, et ne fAil cfùt des^ cendre le cours de la Mîilde pour rentrer dans le metii^ilïent général de concentration qui est projeté. Toutefois, il est obligé de défendre dé front la possession de Penig et d^Altembourg à Tarvant-çarde autrichienne. Il se x*etoiirne alors Cùûfte le corps de Wittgenstein qui arrivait stir ses derrières à Borna : contenant à la fois Tennemi qui voulait le smv#e de trop près et telui
a 58 « DEUXIÈME PARTIE.
qui entreprenait de le devancer , Murât réussit à surmonter toutes les difficultés de cette position , et put enfin arriver dans la plaine méridionale de Leipzig, où diverses circonstances ont indiqué la réunion de toute l'armée française. Murât apprend alors que Napoléon vient d'arriver à Leipzig ; il accourt auprès de lui , et, après lui avoir rendu compte des combats qu*il a soutenus la veille , il lui fait connaître la position qu'il a fait prendre à ses troupes pour couvrir la ville du côté qui est nienacé par le prince de Schwàrtzenberg. Il conduit ensuite Napoléon sur les hauteurs à droite de Liebertwolkwitz , d'où Ton aperçoit que les vedettes des deux armées ne sont plus éloignées que de quelques portées de fusil.
Cinq cent ihille hommes vont en venir aux mains ; trois mille pièces de canon vont ébranler les plaines de Leipzig. Jamais on n'avait tu tant de peuples sur un même champ de bataille.
Gomment entreprendre de raconter cette bitte \le trois jours , qui fut appelée le combai des géans ? il faudrait être un géant soi-mêm:e pour . pouvoir embrasser ce prodi^eux mouvement d'hommes et de chevaux. Je me bornerai à suivre Murât sur ce vaste champ de carnage. Il est encore Français à Leipzig ; il déploie toujours sa brillante valeur dans nos rangs : pourquoi
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n'y a-t-il pas trouvé la mort de Poniatowsky!.... Napoléon a passé une partie de la nuit du 1 5 au 16 octobre à faire ses dispositions. Nos corps d'armées adossés, pour ainsi dire, aux différentes portes de Leipzig, feront face à toutes les attaques.
Le 17, à neuf heures du matin, le canon se fait entendre au sud de Leipzig; les alliés développent leur attaque de la manière la plus imposante , et deux cents pièces de canon la soutiennent : ils croient prendre Napoléon au dépourvu , et s'avancent espérant enlever Leipzig; mais l'empereur est partout, et les Français opposent un front d'airain contre lequel s'épuisent les efforts des ennemis. Ce jour-là le roi de Naplcs avait sous ses ordres seize mille hommes de cavalerie, commandés par les généraux Latour-Maubourg, Kellermann , Milhaud et Sébastian! : il se tenait à côté de Napoléon , prêt à se porter partout où sa présence serait nécessaire,
A midi l'engagement est général ; trois batailles se livrent en même temps à une lieue d'intervalle. Tandis que les alliés sont réduits sur tous les points à la défensive , Napoléon Se prépare à leur porter des coups décisifs. 11 s'agit de percer leur centre et de les culbuter de Gossa sur Magdeborn. Murât a enfin reçu l'ordre de ' '7-
il60 nEUXEÈME PABTIE.
lancer la cavalerie. Ijatour-Maubourg et Kellermann se jettent aussitôt à droite et à gauche pour déborder la ligne ennemie : ils écrasent tout ce qu'ils rencontrent , et Murât est au moment d'enlever la victoire, qui est cependant encore disputée jusqu'à la nuit par des troupes fraîches qui viennent relever régulièrement, comme à laparade, celles que nous avons bati tues, tant étaient grandes les ressources des ennemis! Néanmoins, dans cette première journée, ils furent battus, perdirenl plus de trente mille hommes, et se trouvèrent dans la iiccessilé de remettre le combat au surlendemain.
Complètement rassuré sur ses vivres , sur ses blessés el sur sa retraite , Napoléon peut encore disputer la victoire. Toutefois il charge le général autrichien Merfeldt, qui vient d'èlre fait prisonnier , d'aller porter à l'empereur François de nouvelles offres de conciliation. Mais la nuit du 17 arrive sans qu'on ait aucune nouvelle de cette mission. Dès la pointe du jour, l'ennemi, encouragé par l'arrivée de nombreux renforts, s'est mis en mouvement. La bataille devient ter' ribic du moment oli il aborde la ligne qui forme la position définitive de l'armée française : on se heurte avec furie ; mais quelijues efforts que fa»» sent les assaillans, ils trouvent partout une résistance invincible. Tout à coup , des feux nour-
CHAPITIIE XII.
itent presque sur nos derrières, entre m kux lignes : c'est Bernadotlc qui conduitfconi î rangs une batterie à la Congrèee / et la f(
tre du ciel n'éclate pas sur lui! Les troupi
^l^xonncs lui font face. Soudain un vide s'ou'
I centre de notre ligne; les Saxons et la cava-
krie wurtem berge oise ont passe du côte des
iiédois: douze mille hommes et quarante pièces
Bde canon, qui étaient tout à l'heure pour noui
B,$rent maintenant contre nous. Pour tout auti
L^e Napoléon la bataille était perdue; mais
il observe de sang-froid l'événement, et
désespère ni du salut de l'armée, ni de
^honneur des armes françaises. Il lance le gé-
liéral Nansouty avec la cavalerie de la garde sur
ries flancs des colonnes suédoises, et des charges
réitérées ralentissent le mouvement des allié!
tandis que ia vieille garde arrive et achève
remplir le vide des Saxons et des Wurteml
geois.
Kn ce moment critique Murât était sur
hauteurs de Probstheyda , contre lesquelles les
Russes et les Prussiens s'acharnaient depuis long-
plienips. Autant de fois ce village avait été enlevé
ir des forces supérieures, autant de fois Murât
ait parvenu à le reprendre. Toutes ces atta-
ues avaient coûté bien cher à l'ennemi ; il se
^cide enfin à y renoncer , et le roi de INaplcs
fges lié»^H
ibe^H
36a DEUXIÈME PARTIE.
conserve Probstheyda jusqu'à la nuit. Alors 6e termina cette seconde bataille pendant laquelle les allies ne purent enlever aux Français un seul des villages qu'ils s'étaient proposé de conserver comme essentiels à leurs positions.
Napoléon dictait déjà des ordres pour le lendemain , lorsque les généraux commandant l'artillerie se présentent à son bivouac et lui déclarent qu'ayant tiré quatre-vingt quinze mille coups de canon dans la journée , et plus de deux cent vingt mille depuis cinq jours , les réserves sont vides : il n'y reste que seize mille coups , et c'est à peine de quoi entretenir le feu pendant deai heures. Le grand parc , séparé de l'armée par suite du mouvement de Leipzig, s'est retiré sur Torgau. On ne peut se réapprovisionner qu'à Magdebourg et à Ërfurth^ qui sont les dépôts les plus voisins. Cet état de choses ne permet pas de rester plus longtemps sur le <:hamp de bataille : Napoléon se décide à la retraite , et le ^major-général expédie les ordres nécessaires. Les alliés , accablés par une perte de plus de soixante mille hommes, n'osaient songer à enlever Leipzig de vive force ; mais Blucher, de la position qu'il occupe, voit filer nos équipages et nos têtes de colonnes : il court répandre pa|:tout le bruit de la retraite des Français. A cette nouvelle inespérée tous les camps des alliés ont poussé