CHAPITRE XllI
' « II est impossible , a dit Napoléon , de con- « cevoir plus de turpitudes que n'en contenait t€ la proclamation de Murât en se séparant dû <c vicè-roî. Il y est dit que, le temps est venu de « choisir entre deux bannières , celle du crime ^ et celle de la vertu. C'était ma bannière qu'il « appelait criminelle ; et c'est Murât , mon ou- « vrage , le mari de ma sœur , celui qui me doit « tout, qui n'eût été rien sans moi , qui n'est « connu que par moi, qui écrivit cela ! Il est dif- « ficile de se séparer du malheur avec plus de « brutalité , et de courir avec plus d'impudeur « au devant d'une nouvelle fortune. »
Le lendemain, le prince Eugène adressa à son armée une proclamation pleine de dignité , dans laquelle on remarquait les passages suivans :
« Un nouvel ennemi se présente : quand
« je vous l'aurai fait connaître vous refuserez «d'ajouter foi à mes paroles, et votre incrédu- <c lité , que j'ai long-temps partagée , sera pour t< vous un titre de gloire. Les Napolitains nous « avaient solennellement promis leur alliance; « sor la foi de leurs promesses, ils ont été reçus « , dans lé royaume comme des frères; ils ont été <( admis non seulement à occuper plusieurs de « nos départemcns , mais même à partager avec <c nous foutes nos ressources. Us sont entrés
« comme frères, et ils étaient nos ennemis!...,
2ji OI':UX{ÈMK VAntlK.
•i Ils sont entres comme frères, et c'est (i contFc nous qu'ils avaient preparô leurs ar- 'I mes! Soldats, je Ils dans vos aines toute votre <i indignation, et je sais ce qu'un sentimen t d'in- <i dignation don lia cause est si noble peut ajouter X à votre iioUle vaillance. Les Napolitains ne " sont pas non plus invincibles! ,
" Soldats ! voici madcvise : Honneur eifiti^Ute T « Que cette devise soit aussi la vôtre; avec elle; " et l'aide de Dieu nous triompherons encore 't de tous nos ennemis. »
Ainsi l'Italie allait être témoin de la lutte entre la fidélité et la trahison ; elle allait voircei même Murât, qui s'était tant fait remarquera lai tête des escadrons français , tourner ses aroiefi fratricides contre ses compatriotes , et se montrer dans les rangs des ennemis de la France !
En effet, pendant que le vice-roi d'Italie se îrouvait forcé de resserrer ses positions et de, rapprocher sa réserve du Pô, le généri^l napoli^ tain Macdonald s'cmpaiait d'Ancone , et léger néral Lecchi prenait possession de la Toscane au nom du roi de Naples. Le général fiiançais qui commandait à Fise y fut attaqué par la brigade napolitaine du général Minutolo. Ce fut alors que le trop fameux Fouché, duc d'Olrante, que Napoléon avait nomme son con^missoire général Aana la France transalpine , obtint une
ismpcmiofi ol^wtiiilités , ^oiis la ctltiÀtièti ptê^ iiMt-ifoe 1m trott^M franiçanées ^petnl^ttiiakHt anx troupes tii^litftinéS'Ieft pïàieed ^ Pisé , Li- 'umwoe et liotqiies. iQueiqum j^MM apfès fut «gnée i^ié^acâation enntiè>re d^ la Toscane et des ^«atft:rdiliàrkM. ^r une cembhiâisoh digne des iMMBuneâ ^i si^nhtètA, celte ^chventiom , les ttroiipm' ftançai»e^ 'éQt«èiM i^ourMr eh France {MET mer, €ec|iii let» foisait hatwrelleraMt tomber entre tes urums de» Ati^ais. -
Tontefois les Napolitains Fih'ent tfientôl arrêWsîdawàle tbiirsde leur învasîtm par les troupes du 'VWe-^roi. Le générai Grenier battît & tSruastalla les tnatrrii^ tle la garde napolitaine , ainji tju'une brigade d'infanterie qui s'appuyaît •sur les' Autrichiens. Mtirat fut obligé de se Tetirer siMr PSrme , où le vice-roî barttit'entiore lès Atistro-NâçoBtâ'înis , et les mit , pour quelques joffTs , liofs tféttft de teprendre TofFensiTe. Ct lïé fut ijète le 6 mars que le roi de Naples, ayant rrani dto forfces majeures , força le général Se- ^i?6H' 'd'accepter un combat inégjai, à la suite duquel les îfepoîhaSns entrèrent à Rcggîo:
fiépeiidant Murât ne tarda pas â être trouWé
dans le cours de son triomphe sur rarinée du
i^icé-roï. Lord BéntîncTc venait de débarquer
dans la Toscane un corps d*Anglo-Sïciliens : là
3yG DEUXIÈME PARTIE,
première division «tait à peine à terre, lorsqu'il parut un ordre du jour du prince héréditaire de Sicile dans lequel il revendiquait ses droits sur le royaume de Naplcs. Murât se crut trahi par les Anglais : ses troupes en vinrent aux mains avec les Siciliens , et , afin d'être prêt à tout événement, il concentra son armée. Lord Bentinck se plaignit de cette concentration et demanda que les Napolitains évacuassent la Toscane, menaçant de faire rembarquer ses troupes et d'aller les jeter dans le golfe de Naples. Une rupture entre Murât et ses nouveaux alliés eût inl'ailli blement éclaté, si la cour de Londres n'avait ordonné à lord Bentinck de désavouer la marche du prince de Sicile; elle fit annoncer en même temps au roi de Naples qu'elle approuvait dans son entier le traité d'alliance conclu entre l'empereur d'Autriche et lui. Ainsi Murât , qui avait été au moment de l'ompre avec les Autrichiens et les Anglais , signa bientôt après avec le maréchal Bellegarde une convention portant que les Anglo-Siciliens évacueraient la Toscane, tandis que l'armée napolitaine s'emparerait de Plaisance , et chercherait à franchii- le Pô pour expulser les troupes françaises de la Lombardie. Ce ne fut pourtant que le i3 avril que Murât commença son mouvement, et qu'il passa le Taro et la Nura , malgré la vive résistance que