‹ Histoire de Joachim MuratChapitre 86 sur 113 · CHAPITRE XVIll · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIll

Arrtvëe et séjour de Murât dans b Provence. — Silence de Pfapo> leon. — Insurrection des Marseillais. -« Positloa ci^itîfue de Murât. — Persécutions du marquis de Rivière. ( iSiS.)

La trarersée du bâtiment sur kqœl Tex^Toi de Naples s'était embarqué à Ischia, fat des plus heureuses; le vent, presque toujours fiiTO^ rable^ le porta avec rapidité dans le golfe Juao, et Murât mit picFd à terre , le nS mai , sur la même plage qui avait reçu le prisonnier de rîle d'Ëlbe. A peine débarqué , il expédia on courrier à son ami Fouché , pour le prier d'an* noneer à Fempereur son arrivée e» France , et le désir qu'il avait de consacrer son braaiU défense de la patrie.

<c Je l'eusse amené en Belgique , a dit Napo- « léou à Sainte-Hélène , en parlant de Murât ; <c mais l'armée française était tellement patrio* •< tique ^ si morale, qu'il est douteux qu'elle eût « voulu supporter Thorreur qu'avait inspirée « celui qu'elle disait avoir trahi , perdu la

CHAPITUE XVJII. 3l9

« France. Je ne me crus pas assez puissant pour « Yy maintenir ; et pourtant il nous eût yalu « peut-^trè la .victoire ; onr » que nous fallait-il « dans certainsmoraens de la journée de Wa- « terloo ? enfoncer trois ou quatre carrés an-i$ glaift: or Murât était admirable pour nne telle « beso|;ne ; il était précisément Thomme de la <( chose ; jamais^ à la tête d*une cavalerie, on ne « vit quelqu'un de plus déterminé , de'lAos « brjive , de plus briHant. »

Tels furent les motifs qui empêchèrent Napoléon ^Taf^pi^ler à Paris sou beau-^rère. Mais Fou* ché né voulant pas affliger rexrroi , lui envoya M* Bandus^ jadis gouverneur de ses enfan&, pour reiigÉger là attendre patienmfient < que Napoléon lui lit conoaitre ses intentions ; le priant., tou-^ téfoifif de ne point quitter le pays où il se trouvatt^.pùisquHl pouvait y rendre de^andsaerf vieéa à sa pattie , en\ encourageant Jes troupes et les halHtans. A la lecture de la dépêche de Fouehé', Murât éclata en reproches contre Napoléon } il ne se plaignait pas, disait-il , d'avoir perdii sa couronne pour son beau-^frère; mais il ne pouvait concevoir pourquoi il n'était pas raf^elé & Fannée.

Le sort de la reine son épouse était, en même temps , un autre sujet d^inquiétude pour Murât. Les Autrichiens avaient dû entrer à Na-

3a(l DEUXIEME l'ARTIK.

pics le 22. mai/ et ta rciiio avait tiù cii aussitôt pour Toulon : cependant dis-scpt joui s'ctaicnt ccoulds saiiS^qu'il en eût reçu aucanfr nouvelle. Tous ces motifs le déterminèrent à se* rendre dans les environs de Toulon. Ses officiers, arrive's dans ce port depuis dix jours louèrent pour lui la maison de campagne du vice-amiral Allemand , appelée Plaisance , et Murât s'y rendit le 12 juin , sans être ea\xé dans la ville.

Il ne resta pas long-temps prive des nouvelles de Naples ; quelques personnes lïc Sun ancienne cour quiarrivèrent à Toulon le i4)i lui apprirent que lord Exmouth n'avait pas voulu ratifier la convention conclue entre U reine et le commodore Campbell , et que cette princesse , au lieu d'être embarquée pour U France, avait été conduite à Trieste. Une pareille violence fut un coup de foudre pourl'cïroi; il parut plus affecté d'une séparation à laquelle il ne s'attendait pas, qu'il ne l'avait été de la perte de son royaume.

Murât vit retourner avec plaisir le capitoin* Gruchet, qu'il avait envoyé à Paris; mais cet officier ne lui apporta qu'une lettre de Fouché dans laquelle il lui faisait espérer que Napoléon romprait bientôt le silence, et qu'en attendant, il pensaitqu'ii serait convenable d'allerattcndrc

Il chIpithe XVI ir. 32 1

^c^tte décision dans les environs de^Lyon. En conséquence , et après avoir de noureau écrit * à Vemperear , l'ex-roi i8e Napleai envoya une partie de 'Bâ' maison, à Lyon : il partit luiminutie ^5 juiti à'^^i^ix heures du soir, accom-^ psffié tfi«i très ^pètft nombre de personnes. llIafavfêfidaFM qu'il chafifgçait ^ bheva|il à Aubagoes'^^^i^îère poste en ârvàrif^del Mâr!i(è|tt|^ le 'itfaitre* dé cette pôsto et quelques Uni dé|^Ditans d'Aubagne , lui apprirent que la* ^ïb^ifilace ééMailseili^^' était insurgée la véîHe v* qu'elle «Tàil^l'boï^ le drapeau blané / tnassisict'é^ iin graMnnbttibre de Mattielùtks enfetihés an fort ^tiilHNieolaid , et2^4^ la garnison aurait été obligée dè^ se rétif cfr diths le^ forts. Qin' tfoniêillàit doux: ài't^eiB-rôi de ne pas^allèt- ptos aVaht; 'Mïds MliratineTeculait pas facilement : if Yoaldt'c'ôtt- » tk^oer èa retrte V et serait entré à M^seilkfdaifts un bïotnent trè^-critique , s'il 1{'^ût'*ëhrfontk«é la gami^iï de cette ville, qui ^ x;e<îl^tl! strt* Totïlon ave'e'^teigénéral Vfj^dî^r, ptfiïf aller ^ i^miît au ^orps du maréchal Brtrna. '

iie : général Verdier raconta àr Mtirat*le!§ de-* taite4e l'horrible journée de là Ml^lle é^'ïuî *appiif'le désastre de Waterloo. Laf^iroiipe qu'il cotinniiiifïdait était etaspéi'ée <îôntre^ïes Marseillais v et dès que les soldats eurent reconniï Mu-

rat, ils le salu

ut avet

itiliousiasiiie , fit J prièrent dé se mettre à leur tète pour aller vengeance de la popiilacç de Marseille.

Joachim , tout en plaignant ces braves militaires, àont plusieurs etaient-ljlessés et n'avaient i échappé que par mirage îftix poignards des égorgcursdesïnamelucks,leiirfit sentir qu'ils encourrai esLl c reprocfcé d'avoir teint leurs mains du sanSfançais, et parvint ainsi à ctouffcr leui% juste ressentiment. L'ex-roi et le général Verdier reprirent la roule de Toulon , et Murât retourna à Plaisance. ^^ *

Malgré l'esprit qui animait la garn3|ll".de Toulon , la position de l'cx-içi de Naples devenait extrêmement critique ; la déchéance de Napoléon était un coup mortel pour lui. 11 était temps de songer à prendre un parti. L'insurrection de' Marseille ayant entraîné celte de presque toute la^Çrovence, les routes de l'intérieur se trouvaient fermées pour l'ex-roi ; il ordonna au général Rossetti de se rendre à Antibes, au quartier-général au maréchal Brune, pour sonder ses dispositions , et pour lui insinuer de se retirer à Toulon, afin de prévenir up coup de main des Anglais, ou se faire jour pour joindre l'armée de la Loire. Mais ce Inaréçhal ne sut prendre ^cunc résolution : il ce borna il dire au général, Rossetli que Suchct évacuait

fe « OPUPITRE XVIII. * 3a3

itta Savoie , et fit offrir à Tex-roi son quartiergénéral pour asile. **

Murât fit remercier le maréchal, et écrivit aux magistrats de Toulon et du département , pour leur donner Fassutaj^ice^qu'il voulait vivre en simple particulier , qu'if ne chercherait jamais à troubler la tranquillité piÀj^quc de quelque maniè]^ que ce fût, mais qu'il désirait wkenir "^ l'autorisation de pouvoir rester à sa tan^lgne, jusqu'à ce que les souverains alliés eussent fixé son ^rt. L'ex-roi de Naples joignit à sa lettre . aux^ttltorités du département une autre lettre pouRe*roi de France , dans laquelle il invoquait la générosité e^Killagnanimité de ce monarque : le style en était pathétique . et on doit croire, puisque cet écrit i||'a produit aucune amélioration dans le sort de Murât, qu'il n'est poin^ * parvenu entre les mains du roi Louis XYIII. * Murât écrivit encore à l'éternel Fouché pour le prier d'obtenir des souverains alliés une décision à son éganl! Ma même temps il s'adressa au général Perreymôod, comm^y^dant à Marseille , pour lui demander l'auto^ation . de traverser la Provence à la tête d'uff^étaénement de chasseurs qu'il comptait obtenii^Au maréChal Brune ; U finissait par lui déclarer qu'en cas de refus il se verrait obligé de s'ouvrir un passage par la force. On reconnaît Myrat à ce trait.

124 DEUXltME PA4llfe>

Cependant l'insurrection de Marseitte s'étei ait tous les jours, et il élail facile de voir quÉ Toulon finirait par céder anx circonstances. Tous les jours la position de Murât empirait, et tous les jours il prenait une nouvelle dctcrmination. Le 5 juillet il s'était arrêté au parti de solliciter un asile dans les Etats de l'empereur d'Autriche, et iliapédia un de ses secrétaires à Fouché avec lespônvQJrs nécessaires pour traiter cette affaire. Ti'ois jours après il se décida à se rendre luimême au quartier-général du maréchal Bisune , et eut une longue entrefuc avet lui, h .ÏMfîte de laquelle le quartier-général fut transi^^ à Toulon. Enfin , le 1 2 juin , Mural expédia le général Rossetli auprès de l'amiral Esmouth qui Tenait d'arriver à Maraeillc , pour ïui demander d'être reçu à son bord et conduit en Angleterre. L'amiral anglais répondit au général Rossetti qu'il consentait bien à recevoir l'ex-roi sur l'un des vaisseaux de aon escadi-e , mais qu'il n'était point autorisé à lui garanik" sa liberté , ce qui voulait dire qu'il le regarderait comme son prisonnier. ;

Ainsi perscÂihe ne voulait tirer Murât du madvais paf!J>ù il se trouvait engagé. J^otrîche seule lui fit annpncer qu'elle lui donnerait on asile dans ses États, pourvu qu'il abdiquât et qu'il prit un titre jffiodeste. L'ex-roi répondît au

r^ ^ C^PITRE* XVIIÎ. 32$

fc dyç d'Olrante qt^l acceptait les prbposi lions de [pcette puissance^ à la seule condition qu'il serait réuni à sa famille : il le priait dé^onclure le plus tôt possible, et de lui envoyer ses passeports. Mais les cvëDemens se pressaient; le mare-' ch2(l Brune annonça à Murât qu'il allait entrer en rapports avec le marquis de Hivière t corn- 4^^ missaiœ extraordinaire dp Ai Louis XYIII ^ pour^rer Toulon aux autorités ro]itti|t ^^

qu'il était urgent de mettre sa persimiiS^ sûreté , s# présence étant incompatiblë^ avec For- ^^\. draiiide choses qui allait s'établir. Il fut décidé ^d(Blurat se cacherait dans une petite maison de câaàpkne située à une lieue et demie de Toulon, sur la' route d'^nnibes ^ et que la duchesse de Corégliano , sa nièce , se rendrait sur-le-champ dans le Querçy , accoal|pagnée du marécfaaI-dieT catnp Bonafo.ux. Il oe restait plus avec l'ex-roi «

que Ic'duc de Rocca-Komana,. les généraux Rosjsetti et Giuliani^ ses deux neveux Joseph et Eugène Bonafoux^^et son ijatédecia^ qui partit bientôt pour IMiâÉtlle. Ob ne tarda pas à apprendre que la duchesse de Corégliano et le capitaine Gruchet, venant de Pa^îs avec des dépêches du duc d'Otrante, avaidit été arrêtés à MarseUL^ > ^^ <^ contre-temps af&cta beaucoup Murait ^

Les autorités de Toulon avaient connais*-

DËliXIÈME l'jVR]

des démarches de Marat ; elli

Ml-

^ auraicni illlcmeint résultat da^ sa retraite : malheureusementpour Tcx-roi, leur crédit 'et leur influence cessèrent trop tôt. Les fureurs de Matseille , le fanatisme de Nîmes, l'assassinat du maréchal Brune, bouleversLTcnt tout le midi de la France : Mural ' n'était plus en sûreté dans sa maison de campago^^ dut cherclter un asile secret; e^ en sCj sépan&t du petit nombre des personnes qu'il avait encore avec lui, il fit répandre leljruit de son départ pour Tunis.

Cette nouvelle ne put tromjicr les de Murât; ils ne doutaient pas que l'exfût encore à Toulon , et ils'Iécberchaient partout. On avait assuré que Murât portait sur lui des richesses immenseâi^èn diamans : ainsi la soif de l'or s'unissait à la soif du sang.

A tous ces sujets de crainte , vint encore se . joindre ie marquis de Rivière. Peu d'années aa-, paravanl, M, de Rivière, compromis dans la conspiration de Pichegru. ^jait été' condamné à mort avec cinq de ses complices : Murât et son épouse soliicitcrenl et obtinrent sa grâce,, et il recouvra- sa lii)crté , tandis que les cinq autres condî^nnés furent fusillés. A|k^^ "** ; cours de vicissitudes extraordinaires , le niiirquis de Rivière arrive à exercer une autorité sans

f PITRE XVlll. '327'

OÙ Joâchim s'ëlait réfugié , Ton promet quarante-huit mille funcs de récompense à celui qui livrerait Murât mort ou vif! Malgré ces belles promesses , l'asile de Murât n'avait pu être découvert. Dcsespérant d'atteindre leur proie, les homnSFfcMimx qui s'étaient acharnés contre Tex-roi de Na a tfs; lui t^âdir^^nt un piégl^uquel lord E3nnout|PTO fut p^^^tj^n- «

P^r. M^e Rivière écrivit lui-même à J^^Bib pour le prier de s'abandonner à la b(^|n^roi et à l'humanité de S. M. le roi de France. Cêfte ■ lettri£|at remise entre les mains de M. Joliclère, ^

com|liiK^îi^6 de police à Toulon , qui jouissait d'urife ^mde répuUtion par son intégrité et par sa proBité. M. Joïrcière parvint à faire connaître ^ J à Joachim l'objet de la commission dont il étaite^ chargé ; il en obtint unisâdez-vous dans lequerlp: #-'" il lui remit la lettre du marquis de Rivière. Mais Murât ne^oulut pas se rendre à l'invita- ^ * tion qui lui était faite. M. de Rivière ne lui ofr frait pas assez de gP^J^ties , ef Tmtervention de

lord Exmouth exciWn^ses soupçons.

M. Joliclère , en rendant compte au marquis de Rivière de l'issue de sa médiation , ne put lui cacher qu'il avait vu Mùrat. M. de Rivière garda le silencdll^mais le lendemain il ordonna itM. Joliclère d'arrêter l'ex-roi de Naplcs , ne pouçcmi plus a/leguer qu *il ignorait le lieu c/e sa retraite.

M. JoUcièrc , liciper à 1 ôtéc, maii

DEUXIÈME PAUIE.

usa d'obéir pour ne point i c infâme trahison : sa place lui jl 1 conserva son honneur.

Le moment était critique : trop de pereécu- I leurs entouraient le malheureux Joachim pour I (]u'il pÛL cspé*iei!«td£rieui' échapper long-temps] encore. II se décida à quitter sa retraite pour se I rendre incognito à Paris, et se mett^Meous la ] pr^ntion des puissances alliées; mais cF voyage ne pouvait pas se faire par terre sans courir lea] plus grands dangers. Il crut donc plus sûr de j s'embarquer pour le Havre. Un bâtimenLlég^l fut nolisé pour ce voyage , et le déparl^lrntél lOur la nuit du 2 août. Il était impossible à Joa* ^ im de s'embarquer dans le port sans être re- ' mnu ; il fut donc décide que le bâtiment J lettrait à la voile , et que l'ex-roi se tiendrait I pendant la niiit sur une plage peu fréquentée oà J •tes chaloupes viendraient le chercher. Le petit I nombre d'amis qui lui restaient el son neveu j Honafoux , s'embarquèrent sur le bâtiment avec | tous les effets. ^

Dès que la nuit fut arrivée, Murât aband(Hinï I sa retraite pour se rendre à la plage : le capitaine 1 du bâtiment se mit dans la chaloupe pour all^ J l'embaiJ^uer; mais , par une fatalité inffuïe, l'un 1 oiprautre manqua le point convenu. Ils se cher-j j chcvent inutilement pendant une partie de (a

^ q^APITRE XVili. "^ 3^9

Msuit ; la mer devitit houleuse , la chaloupe ne

^pouvait plus rester près du rivage js!ans y être

brisée : il fallut quitter la plage et s'eloiguer. ]>

roi fugitif appelait en vain : le bruit des vaguef^

seul répondait à sa voiler

Déjà Taurore éclaire lllDrizon • on conunence ^ » à distinguer les objets, et Murat désolé aperçoit en pltetts mer le navire qui d^ait le s anfar * Il * Ipiui est impossible de le joifidre , il n^ÊÊ^ist pllis permis de rester dans les lieux oh il jse trouve . et moins encore de retourner dans son

asil^^puisqu'il aurait été obligé de marcher ''r] lon^^ps sans guide et d'arriver à Toulon en plein JQur. N'ayant point de temps à perdre , il marSHe au hasard au milieu des bois et des vi-j gnes 9 et y passe deux ' npiortelles journées la plus déplorable sitiAtlbn.

Le besoin de nourriture et de repos le Força enfin à chercHIft une habitation. Il rençon-' tra une petite ferme de la plys mince appa* rence , entourée de vignes,. çt à proximité de ia ville, dans laquelle II voulait conserver quelques relations. Il ne balança pa$ à entrer pour demander l'hospitalité : il espérait donner de ses nouvelles au petit nombre d'amis ' que son infortune Ae lui avait point ravis. À

La petite maison était habitée par une vieille femme qui accueillit le fugitif avec la plus gvande

332 BËl]XJÈM£ PAATJ£.

porte. Cette brave femme ne s'était point Jrom-, '' pée : une soixantaine de prétendus gardes nF tionaux , ayant à leur tête M. M.... , fils du général de ce nom , se précipitèrent dans la ferme comme des loups affaoïés. INe trouvant pas celui qu'ils y cherchaient^!^ se répandirent dans les vignes et passèrent plusieurs fois près de VeadrpU où M uraV'était caché. Il les vit çt les enteMHb proférer les plus horribles imprécations contre lui. Avides de leur proie , mais n'^ypot ^pu la trouver dans la ferme , ces cannibales partirent enfin , et allèrent renouveler les mêmes scènes dans toutes les campagnes voisiné£'^Ils ue doutaient pas que Murât ne fût toujours dans . ^ les environs de Toulon , naais ils ignoraient le

ieu de sa retraite, et le cherchaient au hasard ipendant la nuit. ^

%^.H devenait à chaque instant plus dangereux pour Murât de séjourner àaA les lieux où il était. Il ne recevait aucune nouvelle de Paris; les souverains alliés semblaient l'avoir abandonné à la férocité de ses persécuteurs et aux poignards de ses assassins : Fouché même n'avait i pas daigné l'honorer d'une réponse. Murât fut blessé de ce procédé ^t lui écrivit une lettre otrès-ill^c ^ datée du fond de son ténébreux asik^ le ao ijoài.

11 ne lui^restait plus aucun appui; il lalbil

Sf (.BAPTTAE XVIII. * 333

l(kl|[)andonner la France ; les momens étaient précieux. IjC caractère hospitalier des Corses était connu de Murât ; un grand nombre de ces insulaires avaient servi sous ses ordres. La Corse paraissait donc lui présefÉbpr un asile : il se détermina à s'y rendre.

Trois denses amis de Toulongpréparèrcînt secrètemertt les moyens pour faire ce voyagftLils se procurèrent un petit bateau, et Ton arnB le dcPlrt pour la nuit du 22 août.

tèrent le choc, et chacun continua sa roule eii^ s'accàblant mutuellement d'imprccation$.

Vers la fin du jour, nos voyageurs désorientés furent enfin joints par la halancelle qui sert de messager entre la France et la Corse. Les^deax

^ ' bâtimens s'abordèrent, et Joachim ne pourant se cacher , démoda lui-même au commandant à êtcft reçu , avec ses compagnons d'infortune , sur ik' balancelle corse ; il y fut aussitôt ac-

Ih* cueilli avec tous les égards dus à son rang et à

Ses malheurs.

. Le bateau sur lequel Tex-roi avait tant souffert ne fut pas plutôt abandonné qu*il fut englouti et disparut; mais on pouvait alors contem- • 1er son naufrage d'un œil calme , et le speetacle de sa submersion n'avait plus rien de pénible , puisqu'^ n'y avait plus personne à bord.

Murât et ses amis furent|^rpris agréablement en rencontrant sur la nPËncelle le sénateur Casabianca, le capitaine de frégate Oletta, un neveu du prince Baciocchi jQommé Rossi , Fordonnateur Bocrio et plusieurs autres passagers , qui , comme eux , fuyaient les fureurs des Marseill^s , et comme eux étaieih proscrits et fogi£BL Ils auraient dû considérer Joachim comn^up ancien camarade, comme un com-^ pagnon d'infortune ; mais l'habitu^p de la ooor l'eiyporta sur la raison ; ils traitèrent Munt en

CHAPiiRE XIX, . 33;

souverain , et firent naître dans son ame le dcsir de régner encore. Bès cet Instant son jugement fut offusqué.

Le roi recommanda le plus grand incognito lorsqu'on aborderait en Corse. A cet effet , il prit et fit prendre aux paonnes de sa suite des noms supposés; il prît lui-même celui de comLe de Campo-Melle. Cette ficlion^lut au capitaine du b3timent, en ce qu'elle l'empêchait ijt'^ Ire compromis auprès du gouvernement français.

Pendant qu'on parlait, au milieu des marios, le langage de la cour, et que l'on en pratiquait le c^monial, la barque qui portait César et sa fortune approchait des rives agrestes de la Corse, et le 25 août on jeta l'ancre dans le port,.: de Baslla. Avant de quitter la balancelle, l4 roi Joachim voulut faire des dons généreux a'ù capitaine Michel Bonnelli, corse, qui l'avait si opportunémerïftïccueilli; mais ce brave marin les refusa le plus poliment possible; et ce ne fut qu'avec beaucoup de peine qu'on put faire accepter quelque argent aux matelots conposant l'équipage.

Par le moyen de ses amis de Toulon , Joachim avait tiré une solnme sur les Ibuds qu'il possédait à Paris, et cet or, qu'il aval^nr lui, " ■mettait à même de récompenser en roi.

^ Murât débarqua à Baslia sans être recounu

338 DEUXIEME PAETIE.

d'abord ; mais à peine avait-îl passé quelques heures dans cette petite ville, que la nouvelle de^ son arrivée s'y répandit, et mit en mouvemeMl tous les habitans. L'ex-roi n'avait rien à craindre au milieu de ce peuple qui regarde l'hospitalité comme la première S^ vertus, et qui l'exerce scrupuleusement , même envers ses ennemis ; néanoiroiDS, comme il ne voulait point comprongÉttre la tranquillité publique , il s*empiiessa

.jrvde quitter Bastia et de se rendre , avec ses trois amis, au village de Yiscovato, situe à trois lieues au sud de la ville chef-lieu , où se trouvait M. Franceschetti , l'un des officiers ^jënéraux au service de Naplcs qui avaient quitté ce pays avec l'ex-roi. En arrivant à Viscovato , j(oachim, exténue de fatigue, se présenta, en-

Jl^Veloppé d'une capote , la tête enfoncée dans un bonnet de soie , la barbe longue , et portant un pantalon , des guêtres et des soi||ders de simple soldat , à la porte de la maison de M. Colonna- Cecaldi, maire de ta commune « et beau-père de M. JTranceschetti , et fit demander ce, général.

Qu'on juge de la surprise de cet officier lorsr qu'il reconnut , sous ces habits grossiers , ce prince naguère si magniAque! « Il faut me donner rÉJI^italité, lui dit Murât en l'embras- i sant , il faut me sauver : trouverai-je encore en vous un ami fidèle? Je viens m'abandonnera

CHAPITbE ZIS. 339

TOUS. — Sire , lui répondit le général , je qp trahirai point Totre confiance : tout ce que je possède est à tous , et ma famîUe a toujours re^ecié le malheur. »

M. Colonna-Cecaldi , beau-père du général Franceschetti , était un^es plus chauds parti- «ans des Bourbons , pour lesquels il a^^t été exilé de sa patrie pendant ^isieunf. années. M. Colonna^ descendant d*une faroiUJc-iffMÉJi e , afraithérité de ses aïeux les plus nobles qoa^^s, et dès qu'il apprit que l'ex-roi s'était réfugié en Corse pour y attendre la décision que les souverain^illiés devaient nécessaôremeiit prendre à t son égard , il Tassura que sa maison serait ^n asyle pour lui et ses amis , puisqu'il n'existait aucun-ordre du gouvernement , ni aucune obli-^ gation légale pour les sujets du roi de Fnince ^'- 4c jregarder Joachim li^lurat comme un eiv^emi et l*État. Il vAt aussitôt à sa disposition toute .sa loaison.

Clomment ne pas admirer les excellen^tes qua- Jités de ces hommes que Ton nous peint comme des sauvages parce qu'ils chérissent la liberté et l'indépendance ! et comment ose-t-on qualilier de traîtres ceux qui ne violèrent jamais les saintes lois de l'hospitalité , et qui se i^j^trent souvent plus humains que les peuples les mieux civilisés ! Des jFnoiçaîs poursuivent .a«c achar-

3io DEUXIÈME PARTIE.

licment un roi fugîlif et sans appui; des Fran^ çais rd'usent de secourir des hommes malheureux qui, près d'être engloutis, tendaient vers eux leurs bras supplians : des Corses s'empressent de ïfes sauver, des Corses leur offrent un asyle inviolable! Malheureuse époque!...,

La^ituation politique de la Corse était trèsex iraordinaire dans ce moment. Les habitans de eette îîe s'étaient divisés en trois partis : les bonaparùstes, les anglais et les bourbonistes , et l'on comptait, en outre, quelques iiidépendans. Chaque parti était en armes et près d'en venir I ;aux mains. Les bonapartistes , qui étaienftiombreux , et les indépendans , placèrent leurs espérances sur Joachim, Ceux qui voulaient Favoriser les Anglais, et les hoiirbonisles, ne s'entendaient pas entre eux. Le gouvernement avait dans l'île environ mille hommes de vieilles troupes qui n'avaient jamais ceSsé de chérir les généraux de la révolution, Joachim poavait s'emparer de toute la Corse sans éprouver lai moindre opposition ; mais il n'y pensa jamais, et rejeta constamment la proposition qui lui en fut faite plusieurs fois. 11 nourrissait d'autres espérances , et une autre destinée l'attendait dans fm Calabres,

M. Cecaldi s'empressa d'écrire au colonel VerrièoÉK; commandant provisoire de la Corse,

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