‹ Histoire de Joachim MuratChapitre 91 sur 113 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

perte, il a fait tout ce qui dépendait de lui, datis la^eule afudîence qu'il en ait eueà Ajàccio, la veille même du départ de l'expédition , pour détourner Tex-roi de son funeste projet. Cependant M. le chevalier Carabelli avoue que, n'ayant pu arrêter Murât, il fit alors les plus vives instances aiiprès de ses compatriotes pour les empêcher de suivre celui qui courait à sa perte, et qu'il fut assez heureux pour faîrie dé^rter une Centaine d'hommes ^ quelques officiers et même le général Ottavj, qui tous devaient s'embalrquer la nuit suivante. Telle fut la part que, de ton aven , M. le chevalier Carabelli prit à l'expédition de Mùrat sur Naples. Je laisse aux personnes plus faciles à convaincre que moi le soin de réhabiliter le chevalier- Carabelli , et je reprends le fil de ma narration, interrompue pour si peu de chose.

L'ex-roi de Naples et ses amis étaient occupés des préparatifs de leur départ d'Âjaccio, lorsque M. M^éroni, !sî long- temps désiré, si loÀg-teitîps attendu par Joachim, arriva à Calvi. Ce fidèle ami avait traité pbtir son prince avec les souverains alliés, et lui apportait enfin leur déciÂon à son égard. M. Macéroni apprit à Galvi que Joachim: était à Ajaecio , et que les Corses l'avaient pris èous leur protection. De Galvi à cette dernière ville la route directe 'était

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impraticable et périlleuse ; il dut passer par Bastia,'OÙ il arriva le 23 septembre, et d'où il expédia au,ssitât un courrier à l'ex-roi ppur le prévenir de son arrivée en Corse et de son prochain départ pour Ajaccio, Avant de se uietlre en route, M. Macéroni eut une entj'.evuû avec le commandant de l'île , et une longue conférence avec le capitaine Bastard, dans laquelB il leur fit connaître qu'il était portei^c d'uo passeport autrichien pour l'ex-roi , et 1^ cugagea en mijme temps à suspendre toute opél'ûtioii hostile juusqu'à sou retour d'Ajacc^, u Le " roi Joachim, leur disait-it, dans l'état d'a- " bandon et d'incertitude où il se trouvç , ac- » ceptera avec gratitude l'asyle qui lui est offert '< en Autriche ; il est époux et père,. ...il doit n souhaiter vivement de se réunii- à sa famille. » Le capitaine Bastard ne doutait pas nojri plus que Joachim n'aci^eptât ce passeport, et s'ol- Irit même pour le conduire à Triest^ , à bord de sa frégate. C'est ainsi que s'»l)usaient deux hommes qui ne connaissaient pas assez l'esprit indomptable de Murât.

Aprèsr avoir arrêté toutes ces dispositians^ M. Macéroni partit, le 27 septembre, pour se rendre à Ajaccio. U ne tarda pas à rencontrer un niessager de Joachim qui lui apportait une lettre, et lui amenait un superbe cheval de

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eï!c. Celte letlre, extrêmement concise, neconlenait que cette phrase : « Votre lettre de Calvi a " arrêté mon départ fixé pour ce soir : arrivez '■ au plus tôt à Ajaccio. » M. Macéroni hâta sa marche , et entra à Ajaccio dans l'après-midi do 28. Il distingua de loin la maison qu'habitait l'ex-roi , car son pavillon flottait sur le haut de l'édifice, et plusieurs sentinelles étaient placées à la porte. Il entra et fut introdun aossitât. ^

Après avoir satisfait l'impatience du roi , qui lui adressait dix questions à fa fois, M. Macéroni lui remit le passeport autrichien conçu en ces termes :

« M. Macéroni est autorisé par ces présentes « à prévenir le roi Joachim que S. M. l'empe- • « reur d'Autriche loi accordera nn asyle dans '*H*s États, sous les conditions suivantes :

« ï". Le roi prendra un nom privé ; la reine « ajrant adopté celui de Lipano, on propose an « roi de prendre ce même nom.

' ' f 2°. Il sera pertnis au roi de choisir une ville <* de la Bohême, de la Moravie, ou de la haute « Autriche, pour y fixer son séjour; il pourra « même, sans inconvénient, habiter une cam- « pagne dans ces mêmes provinces.

« 3°. Le roi engagera sa parole d'honneur, o enTers S. M. 1. et R. , qu'il n'abandonnera

âGo DEUXIÈME ffARVft.

aroir une râponse : il m^annomça' qaé ti#is moyen» de négociation b- existaient pkis, puisqu^on v%^ nait de i^QceToir la nouvelle de rotsGii{>ation de Graëte par les troupes autrichiennes. j»i ' < •

Aprè& «es explications, Mv Macéroni fit tout ce qu'il .pat pour faire abandonner à Kex-*roi son audacieux projet, mais ce fut en Tain; Joaohim lui répondait tenijours : « Les Cknrses^ m'ont àccveilli; les^ [Napolitains me repousserpnt-ils? liés premiei|^' ont youbi^ combattre pour moi qui ne siiis point leur M^f les Napolitains feront-^ ils le contraire? Et d'ailleurs^ puis-je abandonner au ressentiment du gouvernement français deux, cent cinquante braves qui ont embrassé ma' cause, et dont lie» noms lui sont connus ?»

Voyant qu'il était impossible de faire revenir le roi là d'autres idées « M. Macéroni le pria de lui donner un reçu de son message, et une réponse i l^ lettre qU'il lui avait écrite en lui re* mettant h passeport , afin qq^il pikt les mcmtrer au prince de Mèltemich.

Joacbim.i écrivit : « M. Macéroni , • envoyé par les puissances auprès du «roi Joachim ^ f» pris eonnaîsfiaiice' dû message dont vous étics porteur; f accepte le passeport que vous êtes chargé de me remettre, et je compte ni'ien servir pour me rendre à la destination qui m'y est

fiiée. Quant ^^% cosditioiHs que S. M. I. et B. impose à Foffre d*un asile en Autriche , je Hie reserve de trâilet cefc importailt article dès que je serai réuni à ma famille.

« Je n'accepte ppint Tofire que me fait le câr pitaine Bastard de disposer '• de la frégate de S^ M» Britannique pour me rendre i Tricstc , attendu que. M. Bastard ifi'a fait une sommation taropipeu mesurée ces jourif) derniers: * .

« Perséetit^|r menacé e^ Corse parce qu'on m*y a suppoÉiies rues sur cette ile, j'avais déjà préparé les moyens d'en partir .^ je pars, en eflèt cette nuit. J'accepte avec plaisir les deux do^ mestiques que vous voulez me céder*

« Sur ce, M. Macéroni, je prie Dieu, etc.

« Si^/téf JOACHIM.' »

M. Macéroni fut invité à ^ner par le rot. La société était composée de deux généraux , de cinq ou six colonels , et de quelques autres officie» supérieurs qui formaient l'état-major de la petite armée. Joachim fut gai et affable pendant le dîner ; il parla souvent de la France et de la bataille de Waterloo; il rendit jusdce à l'intrcpidité des troupes anglaises et aux talens de leur chef; il blâma la manière dont la cavalerie françaisOj^fut employée et sacrifiée, et, après un profond soupir, il s'écria : SiJ'afois été là/.,,.

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qtie malheureux, reconnu formellcmeiit de toutâ l'Europfi , et qui, dans un moment difficile , il décidé de la campagne de 18 14 en faveur de ce* mêmes puissances qui l'accablent aujourd'huH du poids excessif de leurs persécutions?

" C'est une vérité reconnue en Europe, qW je ne me suis décidé à repousser les Autrlchîc jusqu'au Pô que parce qu'à force d'intrigues oh" ctaitparvenu à me persuader qu'ils s'apprêtaient àm'attaquersans l'intervention de l'Anglctorre. Je crus nécessaire alors d'avancéi'TOes lignes de défense , et d'engager dans ma cause les peuples de l'Italie.

" Personne mieux que vous et que lord Bentinck ne doit être persuadé que le fatal mouvement de retraite du Pô eut pour molif cette déclaration de ce général, qu'il se trouvait dans l'obligation de secourir les Autrichiens , s'ik l'cwaient demandé.

" Vous connaissez aussi cequi occasiona le désordre et la désertion qui eurent lieu dans ma belle armée. La nouvelle de ma mort insidieusement répandue, celle du débarquement des

Anglaisa Naples , ta conduite du général P ,

la trahison de quelques officiers qui réussirent avec un art perfideà augmenter le désordre et le découragement, en donnant un Funesta^xcmple, en furent la cause.

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