‹ Histoire de Joachim MuratChapitre 97 sur 113 · CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI

« Ils espéraient de grandes récompenses pécuniaiies. C'est en(i)|^e dans ce même temps, en octobre 1 8 1 5, que le gouvernement perfectionna le système de restitutions des baronnies et des dons de Joachim , système qui atteignit tous les généraux accusés.

<^Ce fut dans V espoir d obtenir les faiseurs du roi. ^ Cent fois ces mêmes généraux avaient été en fa*^" veur ou en disgrâce ; l'expérience leur avait démontré rinconstance de cette faveur, et ils l'appréciaient^ sa juste valeur.

« Tous ces bruits calomnieux ne pouvaient atteindre les génér^ptilf que Ton désignait comme ayant provoqué le débarquement de Joachim.

« I^'épisode du nègre Othello offensait le bon sens ; et cependant beaucoup de gens crédules y ajoutèrent foi. Il aurait été plus difficile de reconnaître Joachim qu'Othello , qui se donnait , en spectacle avec son remarquable costume de mameluck, soit dans les fêtes publiques , soit dans les promenades ou dans les voyages de son roL II attirait tellement les regards, qu'il n'y avait personne à Naple%qui ne le connût. Et Ton ose dire que cet homme fut choisi par Joachim pour être l'émissaire secret de cette périlleuse correspondance! Et l'on trouve des gens qui le croient l • « Ofnello vint à Naples parce qu'il y était ma-

-tpu DEDXJÊME PAHTIE.

rie. Des ministres timides et soupçonneux Je firent cinprisoimer, sans qi<è l'on ait po savoir ijuel a été son sort. Ce secret , digne du saintoflice et si cher à la politique de ce ministère , semblait venir à l'appui de l'opinion émise sur ce pri'lendu messager; et cepcndaut rien n'était plus faux que l'existence de celte corrcspon-, dance supposée. ,

« Ainsi toutes ces suppositions absurdes tombent d'elles-mêmes. L'ide'c de l'entreprise hardie que Murât tenta lui vint lorsque sa position de'sespérée lui suggérait des projets de désespéré, Joachim avait été élevé âfls la prospérité ; k fortune lui avait souri pendant vingt ans; il était l'Achille de l'armée française , et , cpmmc loi, brave, généreux et invulnérable. Toujours dans les périls , il n'y avait point de périls pour lui; courant au devant de la mort, il était tou^ jours respecte par elle ; ses ennemis mêmes l'aimaient. Un état heureux et prospère était son état ordinaire ; l'infortune n'était pour lui qu'un court épisode de sa vie. Joachim croyait fermement à la fatalité. On l'a entendu répondre* plusieurs fois aux amis qui lui conseillaient d'éviter les dangers auxquels il s'exposait dans tous les combats : La balle qui doit nie tuer n 'est pas encore coulée.

« Ef cependant, cet homme intrépid Aurai!

€IIAP1TA£ XXI. 377

accepté le passeport autrichien , s'il lui clait parvenu au momeiK où l'adversîtc Taccablaît dans les environs de Toulon ; et il aurait ajourné a .d'autres temps ses projets sur Naples. Vouloir le retenir prisonnier en Autriche eût été chose impossible ; Findocilité et l'audace de son ca- f ractère ne pouvaient. s'enchaîner. Lorsque le • passeport lui fut remis , il avait repris la repré- ^ sentation d'un roi et les habitudes de la prospé^ rite. Les vicissitudes de Toulon étaient oubliées: partout où U s'était présenté dans l'île de Corse il avait été accueilli et fêté. Il crut voir dans les dispositions, des haljpffis de cette île les préludes de l'accueil qui l'attendait à Naples. Il avait des hommes et des.bâtimensi prêts , il vou^ lut en profiter.

<c Joachim aimait à croire que si la mort l'é^ pargnait dans son entreprise et qu'il n'eût point réussi ) il n'aurak été que simple prisonnier de guerre. C'est en pensant ainsi qu'il répondit à un colonel de l'expédition qui lui parlait de la hardiesse de son projet : « La mort est haltftuée « à me respecter dans la guerre. Si la fortune me « trahit je serai prisonnier, mais je ne serai <c point prisonnier volontairement, comme je <c l'aurais été en acceptant le passeport de l' Au- « triche. Un traitement plus sévère à mon égard <( sei'ait nt^n seulement injuste , mais aussi con-w

« traire au droit des gens. Bonaparte avait ab- « diqné le trône de iFranc?ï il retourna s'y pla- « cer par les mêmes moyens que je vais em- « ployer. Il Tut malheureux à Waterloo , il est « prisonnier. Je n'ai point abdiqué : j'ai le droit « de reconquérir mon royaume. Si j'étais pris « je serais prisonnier de guerre, et Sainte-Hc- « lène serait une punition trop forte pour moi^. <« Mais rassurez-vous, Naples sera notre Sainte-* « Hélène. » , . .

« Telles furent les espérances de ' Joachim , tels étaient ses raisonnemeDS. Son caractère, son bonheur habituel , son smersion pour la captivité et pour*la vie obscure et privée ; le besoin de riégner , besoin impérieux chez les hommes qui ont régné , et surtout chez les hommes dont l'esprit est moins fort que la volotité.... , voilà les causes de sa fatale détertnination. Celui qui a bien connu Murât n'ira point4|bercher d'autres motifs pour résoudre le problème de son expédition aventureuse. »

CHAPITilK XXir. 379

Page 1