‹ Histoire de Jos. Montferrand, l'athlète canadien [microforme]Chapitre 4 sur 8 · SE Æ · texte numérisé non relu

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Il s’élança dans le cercle et chanta le coq.

titre. Le sang de Montferrand ne fit qu'un tour: il ne voulait pas laisser la palme à un Anglais ! Selon la coutume du temps, il s’élança dans le cercle et chanta le coq : cela signifiait qu'il relevait le défi. Les gens du quartier Saint- Laurent battirent des mains—ils connaissaient l’enfant qui allait se mesurer contre le boxeur anglais. Leur espoir ne fut pas trompé. Montferrand ne porta qu’un seul coup de poing, mais si parfaitement appliqué, que son adver-

saire se déclara incapable de lui résister.

Ses bras, sur le vainqueur dans sa gloire troublé, Frappent comme un fléau sur la gerbe de blé.

Le lendemain, toute la ville pronon-

çcait le nom de Jos. Montferrand. Il avait conquis la faveur populaire ; les sporismen lui pressaient la main et se le présentaient l’un à l’autre. La candeur avec laquelle il recevait les éloges le faisait encore plus remarquer. Sa bonne figure plaisait aux amateurs du grand jeu.

Mais lui, dans son humble condition, ne cherchait qu'à gagner sa vie et à aider sa famille. Ses instincts étaient du côté du travail. Il exerça, pour commencer, l’état de charretier de grosse voiture ; on l’employait surtout à la manœuvre des articles lourds et difficiles à remuer. Il expédiait avec prestesse la besogne d’un déménagement, on

peut le croire !

En

Sa conduite à l'égard du mulâtre qu'il avait battu à Kingston révèle'son bon cœur. C’était en 1819 ou 1520. Ce muâtre, professeur de boxe, était le favori de la garnison. Sa renommée s’étendait jusqu'aux Etats-Unis. Les voyageurs canadiens lui parlèrent de Montferrand.

—J'e lui offrirai la partie, dit le professeur, à condition qu'il ne fera point usage de ses pieds.

—J’accepte, répondit Montferrand.

Au jour fixé, toute la ville voulut

voir le combat. Dès les premières passes, le mulâtre s’emporta et piqua de la tête.

Monferrand le menaça de ses pieds s’il

rompait les conditions du cartel. Quelques instants plus tard, le mulâtre abaissa les mains et se darda de nouveau la tête en avant. Le Canadien leva le pied et lui fracassa la mâchoire en quatre morceaux.

Il existe plusieurs versions de ce combat contre un mulâtre (1) ; en voici une autre. C'était dans l’hiver de 1820-21.

Montferrand était du nombre des voituriers qui transportaient des marchan-

dises en Haut-Canada, en compagnie de Charles etJoseph Perrault. À Kingston,

ils rencontrèrent un mulâtre célèbre par

ses prouesses au pugilat et se querel-

(1) M. Lamontagne, neveu de Montferrand, n’en croit aucune. Cependant tout le monde en parle.

lèrent. Montferrand barra le chemin au mulâtre pour le punir de son audace, mais un coup de poing qui le lança à dix pieds, lui apprit ce que valait son adversaire. Il y eut cinq reprises en règle et ce n’est qu’à la cinquième que Montferrand porta le coup de pied qui lui donna la victoire.

Dix ans plus tard, tous deux se rencontrèrent à Montréal, au marché Molson, aujourd’hui marché Papineau. Le mulâtre n’était pas reconnaissable. Sa maigreur et sa figure affreusement endommagée en faisaient un spectre repoussant.

—J'ai toujours dépéri, depuis notre

combat, dit-il à Montferrand.

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Celui-ci lui prit la main, le consola de son mieux et lui donna dix piastres.

Bientôt après, en présence de M. François Laviolette, il lui remit vingt autres

piastres ; puis il chtint de le faire entrer

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à l'hôpital, où il ne tarda pas à mourir.

Troisième combat contre un homme de couleur.—Ce mulâtre était tambourmajor dans une troupe de musiciens ambulants ; la rencontre eut lieu, par faveur spéciale, sur le Champ de Mars à Montréal, alors fermé à la foule. Au premier coup, Montferrand tomba sur une main, mais se releva aussitôt. A la

seconde passe il porta dans le côté

gauche du mulôtre un coup qui l’abattit

et causa sa mort la même journée. La manière dont avait été arrangée cette malheureuse rencontre fut la sauvegarde de Montferrand ; on avait compromis tant de personnes dans l'affaire que tout en resta là.

J'ai encore des histoires de mulâtres — mais je vous en fais grâce pour le

moment.

Son père et sa mère décédèrent de 1529 à 1822. L'année suivante, il entra au service de la compagnie du Nord-

Ouest, sous les ordres de M. Fisher.

Dès les premiers jours, un métis, du

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nom de Armstrong, le provoqua en duel au pistolet, à vingt pas. Montferrand voulut abréger la distance, mais son

adversaire s’y refusa.

A présent, tu vas la danser !

—Eh! bien, puisque tu ne veux pas te battre, tu n’en sentiras pas moins la

poudre !

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Ce disant, il lui mit le pistolet sous le nez et tira en l'air. Puis, appliquant sa large main sur l'épaule du pauvre diable, il ajouta :

— À présent, tu vas la danser !

Armstrong s’excusa, à genoux, diton. Ce métis était contremaître d’un chantier, ou servait la compagnie de la baie d'Hudson. Son amusement consistait à aller d’un campement à un autre, insulter les hommes et les appeler en combat singulier. A cause de sa force et de sa méchanceté on le craignait beaucoup. Montferrand le guérit de ses

louables habitudes.

À l’âge de vingt-cinq ans, il laissa la

compagnie pour entrer au service de Joseph Moore, qui exploitait des coupes de bois sur la rivière du Nord, où il fut conducteur en chef pendant deux ans.

Alors il passa chez Bowman et McGill, marchands de bois. Ce fut son premier voyage en haut de l'Outaouais.

Le commerce de bois prenait des proportions énormes à cette époque.

On tirait de l'Outaouais des ‘“ cages ” qui descendaient le fleuve et faisaient la fortune des entrepreneurs. Les ‘“ voyageurs ” touchaient de gros gages. Les bons hommes étaient recherchés. Leur rendez-vous à Montréal se continuait

durant tout l'été. Ceux qui avaient fait

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Malgré leurs bâtons, il assomma trois d’entre eux.

plusieurs campagnes et qui s’étaient

distingués par des actions d'éclat, jouis-

saient d’une notoriété que la jeunesse enviait. L'adresse, le courage et les muscles étaient en grand honneur.

Nombre de Canadiens se trouvaient riches sous ce rapport — et ils exploitaient leur fonds avec tout l'entrain que notre race met dans les choses qui lui plaisent.

Un jour qu’il était porteur de plusieurs milliers de piastres destinées à la paie de ses gens, il fut attaqué, au lac des Sables, par cinq hommes qui vou- Jaient le dévaliser. Malgré leurs bâtons, il assomma trois d’entre eux et s’empara

des deux autres pour les livrer à la jus-

tice.

Il mettait de l’ordre partout : dans la bande, souvent indisciplinée, qu'il commandait ; dans les affaires de ses patrons et jusque dans les écritures des commis, tant sa mémoire était fidèle.

Le lac des Sables est en haut de la rivière du Lièvre, à trente lieues de Buckingham. Ces terrains avaient été concédés à Philemon Wright vers 1749.

En 1818, M. Fisher en acheta une partie pour établir une ferme, qui devint bientôt prospère sous sa direction. En 1830, l’arpenteur Bouchette constate que M. Bowman y possédait des cultures en bon état, ainsi que des mou-

lins. La compagnie de la baie d'Hud-

son y avait dès lors un poste de traite.

Un parti, mêlé d’Ecossais, d'Irlandais et d'Américains, logeait temporairement chez un Canadien de Buckingham, qui recevait des voyageurs lorsque les hôtelleries étaient pleines. On improvisa une sauterie. Les filles du canton ne demandaient pas mieux. Le plaisir alla bon train, lorsque le fils de la maison voulut prendre part à la danse. Les shiners le repoussèrent avec des moqueries, en disant qu'un Canadien était de trop en ce moment. Cette insulte courut le village comme une trainée de

poudre. Montferrand en eut connais-

sance et il partit seul pour régler l’af-

faire. Entrant dans le bal sans se faire annoncer, il étendit la main sur le violon et le broya. Ensuite, s'adressant à

la société :

—Tout le monde dehors !

Vous comprenez le reste :

Sur cet ordre un peu leste Chacun s’en fut coucher.

Trois qualités physiques faisaient de Montferrand un homme redoutable :

les bras longs et forts, la jambe qu'il maniait comme un fouet, et la souplesse incroyable de tout son corps. Ajoutons à cela un sang-froid qui rendait son courage effrayant.

Le plus souvent, il se battait à la

négligence, mais dans les cas de légitime défense, il déployait tous ses moyens. C'était alors un lutteur homérique. Rien ne l'arrêtait et tout pliait devant son audace. Il semblait avoir un souverain mépris du nombre de ses adversaires, peut-être d’après ce calcul qui consiste à frapper un grand coup sur deux ou trois hommes et à terrifier

ainsi toute la bande.

Son frère Louis, plus jeune et un peu moins fort que lui, l'accompagna dans

bien des courses. C'était aussi un hom-

me d'ordre. Tous deux, après avoir

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beaucoup travaillé, rudoyé leur corps et couru de grands dangers sans nombre, ont laissé une jolie fortune à leur famille. On raconte de Louis quil bûchait cinq cordes de bois durant une courte journée d'hiver et les cordaït avant l’arrivée de la nuit. Ses bourgeois lui donnaient toujours double salaire.

Lui et son frère mesuraient six pieds trois pouces et trois quarts de hauteur.

Louis ne possédait pas l'agilité de Joseph. A la bataille il était maladroit.

Quelques-uns pensaient qu'il valait son frère, tant sa force et sa bravoure étaient incontestables.

Un nommé Berlinguet annonçait

Le ES ———

depuis quelque temps qu'il battrait les Montferrand à la première rencontre.

Les cages de l'Outaouais étant arrêtées à l'A bord-à-Plouffe et Berlinguet sachant que Joseph avait pris les devants pour se rendre à Montréal, s’adressa à Louis, l'injuria et finit par le souffleter. À la grande surprise des assistants, Louis ne tira point vengeance de linsulte. Mais un homme du nom de Marsolais, de Montréal, très vaillant lui-même, sauta dans une voiture et alla conter l'affaire

à Joseph. On voit d'ici le poil du grand

__ frère ! En deux temps, il fui à l’'Abord-

à-Ploutfe — mais Berlinguet avait dis-

paru. Bientôt après, rendez-vous fut

pris à Montréal, par l'entremise de témoins. Berlinguet refusa de s’y rendre.

Joseph alla le chercher. Sur le terrain, il s’avoua incapable de soutenir son défi.

— Il n’y a donc pas un homme sur la terre pour faire face aux Montferrand !

s’écria Joseph.

— Je le crois bien, vous ne craignez ni Dieu ni diable, répondit Berlinguet.

— Je crains Dieu ; quant au diable, habillez-le en homme ou amenez-le-moi dans son costume naturel et je l'é-

tranglerai |

De père en fils, les Montferrand sont charitables. Lorsqu'un pauvre charre-

tier perdait son cheval, les deux frères, Joseph et Louis, allaient par les maisons quêter l'argent nécessaire pour lui acheter une autre bête. Les veuves et les enfants tombés dans la misère trouvaient en eux des protecteurs d'autant plus écoutés qu’ils étaient du peuple, connaissaient toute la ville et étaient estimés dans tous les rangs de la société.

Louis est mort du choléra, à Montréal, en 1832, âgé de vingt-cinq ans. Il

n’était pas marié.

Vers 1828, à Montréal, un major du

nom de Jones, appartenant à l'armée,

passait pour être un pugiliste invin-

cible. Il affectait un profond mépris des Canadiens. Ux jour, dans une buvette de la Place d’4rmes, il vit entrer Montferrand et se muouns de lui. Dix minutes après, les deux hommes se mesuraient dans la cour de l'établissement, A chaque coup appliqué d'une main sûre, Montferrand lui disait :

—Insulterez-vous encore les Canadiens ©

Le major capitula, tout grand boxeur qu'il était.

En 1828, à Québec, Montferrand pensionnait à l’Æôtel de Québec, tenu

par un nommé Beaulieu. Les frères

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Insulterez-vous encore les Canadiens ?

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