‹ Histoire de Jos. Montferrand, l'athlète canadien [microforme]Chapitre 6 sur 8 · SR TRES · texte numérisé non relu

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et, rabattant son poing sur la poitrine du traître (l’homme au signe de la croix), il l’'étendit raide à ses pieds ; puis, le saisissant par le milieu du corp, il le lança dans le gouffre. La scène était horrible.

Le sang coulait du parapet dans la rivière. Une foule de gens, rassemblés sur le rivage de Hull, regardaient détaler les shiners, qui s’enfuyaient par la route d'Aylmer. Montferrand venait de passer

le pont comme :ïl passait partout: en

vainqueur.

L'anecdote que je vais raconter parait se rapporter à 1830.

Peu de temps après la bataille du

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pont de Hull, Montferrand arrimait une cage de bois en grumé au pied des alissoires de la Chaudière. Un jeune homme natif de l'Epiphanie, âgé de vingt-deux ans, Jui demanda de l'ouvrage.

__J'ai tout mon monde, Jui dit Montferrand, mais voici un billet qui vous recommande à mon ami Cardinal. Vous feriez bien de mettre dans votre poche le bouquet que vous portez au chapeau, Car, malgré votre stature et votre force, les chaineurs ne vous laisseront point passer.

__Je me moque d'eux, répondit le

jeune homme.

Les anciens de Bytown assurent que l'on peut compter par douzaine les victimes des deux nationalités qui ont fait le saut du pont de Hull. A tour de rôle les partis s’adonnaient à ce genre de vengeance.

—Monsieur Jos, s’écria l’un des cageurs de Montferrand, voyez donc la coiffure du jeune homme de tout à l'heure !

En effet, le chapeau descendait le courant. Plus loin dans les remous, se débattait l’infortuné Canadien.

Sauter dans une embarcation et pousser vers le lieu du péril fut l'affaire d’un

instant. Mais en saisissant le canot, le

jeune homme le fit chavirer. Montferrand et lui se débattirent au fond de la rivière pour reparaitre à vingt pieds de

là. Cet endroit est des plus dangereux.

Chaque année des imprudents Sy

noyent, à la vue des promeneurs qui visitent le parlement Après une lutte assez prolongée, passant de tourniquet en tourniquet, Montferrand saisit un câble qu’on lui jeta, et atteignit terre, emportant le jeune homme évanoul.

—-Que le bon Dieu soit béni ! s’écria-

t-il, celui-ci est le onzième que je tire de la rivière.

J'ai été plus embarrassé dans ce tra-

vail par l'incertitude des dates et l'abondance des faits que par l'esprit du doute. Montferrand est entré dans l'imagination populaire. Ses exploits ne souffrent point contradiction. Reste à savoir où, quand et de quelle façon telle ou telle chose qui le concerne a eu lieu.

Et puis, comme le dit un proverbe : on ne prête qu'aux riches — et que ne lui a-t-on pas prêté ! Son père et son grand-père, personnages célèbres en leur temps, se sont en quelque sorte fondus dans sa légende — si bien que jamais à présent on ne parle de ces deux athlètes — tout est mis au compte du Montferrand que nous avons connu.

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La beauté de sa figure, l'aimable expression de ses traits, la grâce de toute sa personne, la jovialité de sa conversation en faisaient l’un des hommes les plus captivants et les plus polis de l'époque ; mais il parlait toujours avec hauteur et mépris de ceux qui tentaient de se faire une renommée par des bravades. “Bon à rien, * cabochon,” “ morveux, ‘ serre-le-grain,” “ punaise de bois,” ‘“ enfant de quatre sous ” — telles étaient les expressions qu’il employait pour les désigner. J'en passe, el des plus énergiques |

Avec ses grands yeux bleus, ses che-

veux blonds foncés, son teint clair, ses

joues rosées, quand il entrait dans un bal, on ne voyait plus que lui. Danseur incomparable, un peu poseur comme tous les beaux garçons, il enlevait les suffrages. À table, gaieté et politesse, à la mode des anciens seigneurs. Il n’y a qu'une voix parmi ses contemporains pour chanter ses louanges et exprimer leur admiration à son égard.

Pouffant de rire à voir couler sa vie Jomme le vin d’un tonneau défoncé :

le voilà bien fidèlement décrit par le chansonnier.

Amour ! tu perdis Troie. Amour ! tu fis le malheur de Samson. Amour ! si

l'on instruisait ton procès, tu serais, ..

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plus chéri que jamais ! Je te consacre trois exclamations.

Montferrand ne stationnait nulle part sans faire acte de galanterie. A la ville comme au village, ses soirées appartepaient aux dames. Avec sa jovialité, l'entrain de ses manières, la politesse qui était innée en lui — et sa réputation d’homme invincible. ... et irrésistible, disons le mot, il attirait tous les regards, captivait les cœurs et régnait par droit de conquête dans les cereles qu’il fréquentait. Mille jalousies étaient le résultat de cette conduite, mais l’A-

donis, à la fois hercule et bon vivant,

n’en tenait pas compte. De tout temps,

la beauté s’est plu à soumettre les hommes forts. Il s’ensuivait que les rivaux de Montferrand étaient scuvent des types peu ordinaires — et s'il a soutenu des combats contre quelquesuns de ses propres amis ou compatriotes, c’est dans cette situation qu'il faut en rechercher la cause. De là aussi ces attaques nocturnes, ces surprises qui tiennent du roman et dont sa carrière fut remplie. De là également le prestige de sa renommée, car notre peuple fait toujours la mesure très large à celui qui fascine le beau sexe et qui s'expose au danger en son honneur.

‘ Battu ou battant, dit M. Mont-

petit, Jos. Montferrand n’en restait pas moins le type du batailleur agile, fier, vaillant, galant, et partant, invincible et invaincu. On trouvait toujours quelque part, dans le coin du cœur, une excuse pour ses défauts ou ses faiblesses.

Homme de plaisir et de joie, avait-il une défaillance, on prétendait que, la veille, il s'était oublié au milieu de ses amis.” Par

J’emprunte encore à M. Montpetit la substance de l’anecdote suivante.

Un jour que Montferrand avait invité

plusieurs de ses hommes à se désaltérer

dans un petit hôtel bien tenu, il fut

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