HISTOIRE UE JOHF.PH H
I7N0 engager les riches propriétaires à s'y intéresser, il attribua à la Compagnie le commerce exclusif des bestiaux , et probiba toute importation de cette nature. Quelques années plus tard, éprouvant lui-même le besoin d'argent, Charles VI préleva, avec une parfaite sécurité de conscience, a,3oo,ooo florins sur les produits futurs de la Compagnie! Un tel régime eut bientôt tué la Compagnie orientale avec la plupart des autres établissements commerciaux, et ruiné les actionnaires.
On l'a vu plus haut, l'Empereur François 1" s'était fait lui-même marchand et Cournisseiir. A son instigation, les plus grands seigneurs suivirent ce fâcheux exemple, et les particuliers , faute de capitaux suffisante, n'osèrent aborder la concurrence.
Marie-Thérèse, en i75a, créa un Conseil supérieur de commerce, avec des Chambres provinciales en relevant. Six Chambres spéciales furent aussi organisées: une à Fiume , pour l'introduction des denrées coloniales; une à Temeswar.'pour l'exportation des grains et de la laine en France et en Italie; une à Sanotschatz, pour cette même exportation en Turquie ; deux à Vienne, pour l'envoi des toiles de Bohême en Amérique, et pour l'échange des divers objets manufacturés contre les marchandises
(lu Levant; une en£n à Rilianova, pour la mer itm Noire. Chacune d'elles se trouvait ainsi en rapport avec les principales Compagnies du commerce.
Mais vingt-quatre ans s'étaient à peine écoulés, que, de toutes ces Compagnies, celles de Fiume et de Kilianova restaient seules debout.
Cest sous Marie-Thérèsç que commença le régime prohibitif; de 1769 à 1770, la mesure devint presque générale. Néanmçins quatre ans plus tard, comme on s'apercevait que les manufactures indigènes ne pouvaient pas subvenir à tous les besoins de la consommation intérieiu-e, l'importation de plusieurs articles fut permise, mais en les grevant de droits trèsélevés.
Vers 1775, parut un nouveau tarif de douanes plus modéré que le précédent, mais chargeant de droits considérables l'exportatioa de plusieurs denrées. Ainsi l'agriculture était sacrifiée à l'intérêt manufacturier.
Au point de vue industrie et commercial, le long règne de Marie-Thérèse ne fut qu^une série d'essais impuissants, contradictoires, dangereux même. Au lieu d'asseoir le commerce sur l'aisance du peuple, on voulait, à toute force, l'établir sur la fortune des seigneurs; et, déplo* rable aveuglement ! toute controverse était
5W HISTOlie DE JOSEPH II.
p^ interdite : une censure sévère arrêtait les moin- "" (Ires écrits propres à répandre d'utiles connaissances.
Joseph, qui avait si profondément étudié les ressources de ses Etats (i) ^' leurs chances de <léveloppeniient , soumit, en 1784 > an droit énorme de 60 pour 0/0 Tintroduction des produits des fabriques étrangères : c'était presque tes prohiber. Mais bientôt les résultats attestèrent la" sagesse relative de cette mesure. Quatre ans après, il se fabriquait pour 14,000,000 de florins de marchandises de plus qu'avant sa publication. Néanmoins dans la suite on aurait dû modifier ce droit , pour contraindre ainsi l'industrie nation^e à soutenir, par de nouveaux <'fforts, la concurrence étrangère.
La fabrication des toiles de lin et de chanvre iît les plus rapides progrès. De c^s foyers, ^activité se communiquait à tous les autres.
(i) A.viint la rérolutton, le commeroe entre ta France et 1^ provinces autrichiennes était considérable. Une balance asêa égale de rimportatitHi et de l'exportation duinait environ soixante millions de francs. Mais, depuis la perte des Pays-Bas, l'Autriche n'est plus limitrophe de la France qui recevait annuellement de ces riches provinces huit millions (le franrs de toiM, et quatre millions de bestiaux. De son côté , la France n'a plus ces belles colomes qui importaient , en Antridie, seize millions environ de leurs produits.
Des négociants probes et intelligents se trou- m. vaient-ils dans l'embarrasP-l'Emperaur, arrivant H leur, secours , leur prétait des sommes considérables; C'est à lui personnellement' que d'habîles mécaniciens durent leurs succès.
Ail reste, les immenses, richesses minérales de l'Autriche sont, pour la prospérité de ses Toriques, un inappréciable avantage. En 1770, le produit seul des* raines de fer était évalué à quarante millions de florins. On peut compara* pour leur pureté, l'or de Transylvanie, l'argent et le cuivre de Hongrie, le mercure d'Mria, aux plus belles productions de l'Asie et de l'Amérique. La Galicie entière, la Transylvanie,, tout le nortl de la Hongrie reposent sur une vaste couche de sel. Pour les ouvrîmes fins, l'acier de Sal^bourg.et de Styrie est fort recherché, comme cedui de Hongrie pour les ouvrages plus gi'o& L'étain de Bohême, le %inc de DpUach eu lUyrie, la calamine de Carinthie, l'antimoine et l'alun de Hoftgrie, le cobalt, le salpêtre de Galicie, de Styrie et des bords de l'Adriatique , le sel de Glauber (1), la serpeotiae, l'albâtre^ le porphyre, le granit , des marbres de toutes couleurs, des diamants, des cristaux, des pierres -précieuses, ce sol favorisé livré tout à l'hqmme. ,0n ne cçnnaîf
{ I ) Dccouveil , en 1 79.I , dans un iiiiiiiiis |>it's de Çiuli;-
»4i HISTOIBB DB JOSEPH II.
nm dans l'Europe qu'une seule mine d'opale: elle se trouve en Hongrie, à Czerwenitza (i). Et encore, en plus d'une contrée de ce vaste empire , combien l'apathie des habitants ne laisse-t-elle pas de trésors enfouis dans les entrailles de la terre!
Ses eaux minérales, les plus abondantes du monde, n'ont pas moins de quinze Cenis sources diverses.
Charles VI et Joseph II sont les empereurs qui ont donné les meilleurs soins à l'entretien des routes.
Quant aux voies de communication par eau , les vastes fleuves qui sillonnent en tous sens le territoire autrichien, n'ofiTrent pas tous les avantages qu'au premier aspect on semble pouvoir attendre d'eux. En effet, la violence des vents, la fonte des ndges, et par suite le débordement des eaux; des rochers abrupts; entre les rivières, des chaînes de montagnes qui les isolent les unes des autres, tels sont les obstades encore à vaincre.
Avant Marie-Thérèse, la Noblesse et le Clergé ne contribuaient que très-faiblement aux charges publiques.
Ce fiit en 1754, que cette princesse, pour organiser un nouveau système d'impôt, ordonna une évaluation générale des terres. L'estimation (i) Ou Vorosvagas.
des biens^onds de la Noblesse et du Clergé fut itw Ëtite par leurs propriétaires eux-mêmes, sub fide nobiti et sàcerdotali. Les terres des paysans furent évaluées par les employés du cadastre. Ceuxci, it est vrai, vérifièrent ensuite les déclarations des Nobles et des Ecclésiastiques ; mti.% ce contrôle sur d^ hommes puissants et redoutables était-il vraiment libre? Le but était-il' rempli?
Toutes les propriétés ayant été partagées eu huit classes, d'après leur fertilité, etisdon leur rapport durant une durée moyenne dedixannées, on établit, comme base générale, que les ternes seigneuriales pay^aient annuellement le centième de leur, valeur totale, et les autres terres le cinquantième; ce qui, eu. estimant l'intérêt de l'aident à 5 pour cent , taxait les propriétés seigneuriales à i5 pour cent, et les propriétés sujettes à 3o pour cent.
Mais une stricte justice ne présidç pas toujours à de pareilles opérations. Néaiunoins, comme la proportion adc^tée pour base était modérée, ce système subsista un demi^iècle (i): Joseph n'eut pas le temps d'y porter la main.
(i) Jusqu'en i8o3. A cette époque, pour le payement de la contributicHi foncière, tonte distinction entre I et terres des seigneurs et celles des paysans a disparu; et vers la fin de ■ 817, l'Empereur François 11 a fait exécuter un cadastre général où figurent toutes les prupriéléK, sans exception, même
3i4 HISTOIRE DE JOSEPH IT.
^M Tandis que l'Empereur d'^AIlemagne marchait '" sans relâche dans la voie des réformes, l'Europe commençait àjoiiir des douceurs d'une paix générale.
Sous le sceptre d'un conquérant qui avait su s'arrêter ,■ la Prusse cicatrisait ses blessures; et, dans la p^x, Frédéric se montrait non moins . grand que dans la guerre. Roi par le génie; comme par la naissance, il partageait avec Voltaire la monarchie intdlectuelle du dis- ' huitième siècle. Mais l'un organisait une nation, et l'autre démolissait une société.
En Russie, une femme qui mérita le siimôni ^de grande j continuait l'œuvre de Pierre I''', en étmdaDt, de plus en plus, l'influence de la politique. Deux passions remplissaient sa vie, l'amour et la gloire.
Sur le trône de Charles Xtl, Gustave III, vainqueur dç l'aristocratie, et tourmenté d'élans chevaleresques, supportait impatiemment le repos. Eu attendant la gloire des armes, il encourageait les lettres, favorisait l'agriculture, réparait les désastres du commerce, et chaque jour tançait au colosse russe un regard de dé6. Mais ses plus redoutables ennemis n'étaient pas au de-
(^elles de ]a Coiuronne. Reehtrtkes sur l'état aetafl de la JUthnarchie autrichienne, rédigées à Vienne, -vers la fin de 1819.
boi's. Iiicessammeiit »titour de lui, veillaient iv» d'implacables anîmositéâ. Tout homme qui abaissa les grands, ne doit plus quittet- la cuirasse ni l'épée. ■
Le Itenemark florissait sous l'administration bienfaisante du comte André de Bemstorf, digne imitateur, au pouvoir, de son oncle, Jean-Hai'twig- Ernest. Rentré aux affaires après la chute de Struensée, et une dernière fois en 1784, lorsque le Prince royal prit les rênes du gouveniement, ce sage ministre éleva sa patrie à un degré de prospérité jusqu'alors inconnu. Sans secousse, sans réaction, il opérait dans l'État d'importantes modifications. A sa voix , les laboureurs affranchis obtinrent la liberté personnelle ; d'odieux monopoles dispuiirent pour faire place à Un système de finances régénérateur. Energique défenseiH* des droit» des Neutres , il ouvrait aux vaisseaux danois l'immensité des mers , et au commerce national, toutes les sources de la prospérité. Plus tard, lorsque l'Europe en armes se précipitera sur la France, Bernstorf, inébranlable devant les prières comme devant les menaces, refusera tout concours à la coalition (i).
(1) 11 reste de lui diverses productions diplomatiques. Au premier rang , on doit placer YExposé des principes de In cour de Danemark touchant la neutralité {i-^^o) , e\.U Déclaration aux cours de Fienne et de Berlin (179a).
346 HISTOIAE se iOSEPH 11.
I7W Quant à la Pologne, mutilée, haletante, le présent n'avait pour elle que des calamités, l'avenir des menaces. A sa tête, gémissait le bon, te faible Stanislas-Auguste, une ombre couronnée, une de ces pauvres natures de rois qui savent survivre à leur nation.
Vers le Midi, Léopold devenait pour l'heureuse Toscane, une ère nouvelle. Aimé du peuple, 'hai des grands, il se préparait, par le bonbeurd'uu petit État, au gouvernement d'un vaste empire (i).
Au delàdes Pyrénées, l'Espagne semblait prête .a rentrer dans le mouvement général de la civilisation européenne. Un traité honorable venait de lui rendre quelques rayons de son ancien éclat.
Province anglaise, le Portugal ne s'appartenait plusàluirméme : avec le marquis de Pombal, sa nationalité avait disparu.
Si l'on examine les républiques d'alors, on les voit calmes; le repos y remplaçait la grandeur. Venise, resserrée dans son étroit territoire , et toute occupée à maintenir le despotisme incontesté d'un sénat méfiant (a), s'éteignait peu à peu au bruit des fêtes. Ainsi que Venise , prot^ée par la France, Gênes la siipeiite devait à l'industrie
(i) Sc^ur, Histoire des principaux évéHemenu da règne de Frédéric-OuHIaumc II, Roi de Prusse, et Tableau politique de l'Europe, depuis i-;&6 juti/u'cn 1796,
(a) lii.— Id.
sa prospérité , comme autrefois sa splendeur à '] l'épée de la Noblesse.
I^ Hollande retardait sa ruine politique à force de vertus commerciales. Le patriotisme, cette richesse suprême des nations,, vivait toujours au cœur de ses enfants.
A Berne, le Sénat se faisait pardonner un peu de Hauteur par la reconnaissance de sujets heureux. Genève, lice ouverte à toutes les hardiesses de ftsprit humain et Champ dasile des philosophes, jouissait d'une liberté qui parfois avait ses orages : mais la foudre ne grondait pas encore.
En pleine possession d'une prospérité paisible, les Villes Anséatiques goûtaient le bonheur d'être oubliées de leurs puissants voisins (i).
I^'aspect général des sociétés européennes était donc pacifique, rassurant, prospère. L'ouvrier gigantesque qui allait pétrir l'Europe comme une cire flexible, le conquérant qui bientôt aurait le droit dédire: «Mes devanciers, Cyrus, Alexandre, « César, Charlemagne, » élève inconnu d'une école militaire, n'aspirait alors qu'à l'épaulette de sous-lieutenant!
La France portait en ses flancs une révolution imminente.
Mais sur un sol ébranlé par tant de volcans {i) Lacrelelle, Hiitaire de France pentiant le dix-hiûtième
nio prêts à s'ouvrir, retentissaient encore les accents d'une insouciante joie. Kation et gouvernement, tous, le sourire aux lèvres, la joie au front, s'avançaient, en chantant, au grand combat de 89.
Frivole (1) dans une extrême vieitlfesse, M. de Maurepas, en habits de fête, semblait courir vers Mirabeau ! Jamais antique monarchie n'avait marché plus gaiement à ses propres funérailles.
Cependant, alarmé des innovations de Joseph dans l'ordre ecclésiastique, JPie VI ne cessait d'en appeler de l'Empereur à l'Empereur luimême. Jja correspondance entre les deux souverains devenait active.
Mais Joseph défendait ses prérogatives avec chaleur. N'était-il pas, selon les conciles, VÉvéffue du dehors, par cela même qu'il était souverain? et, à ce double titre, le plein droit de changer tout ce qui n'était que discipline, ne lui appartenait-il pas?
Quant aux Israélites , à l'égard desqueb le
(i) Quand le bruit d'un traité de commerce et d'alliance éventuelle avec les États-Unis commença A se répandre , lord Stormont, ambassadeur d'AugJeterre. vint tout «mu s'en plaindre à M. de Haurepas; et, pour donner plus d'autorité à-ses paroles, il ajoutait que celte nouvelle avait été dite dans les carrosses du Roi. — « Et moi,» répondit M. de Maurepas , " je vous assure (|ue le cuntruire a étt' dit dans les car- » rosses de la Reine. -
Saint>Siége blâmait sa toJérance, Joseph opposait iTtio le Pape à hii-méme, lui rappelant que, dans les États de. l'Eglise, au scan- de Borne, les Juifs pratiquent publiquement leur religion; il lui citait les siédes de piété fervente, où le Saint-Siège était généralement regardé comme. le centre de rUnité,etOLinéanmoinslesévéques, sans enfreindre aucun principe, accordaient des dispenses.
Voyant toutes ses remontrances inutiles , le Pape espéra qu'une entrevue avec le chef de l'Empire terminerait ces fâcheux débats.II comptait sur l'ascendant de son éloquence, etsur le phénomèneinouï d'un souverain pontifeà Vienne.
Vainement Joseph déclarait ses décisions inébranlables. Le 37 février 178a, bravant les rigueurs de la saison, malgré le fardeau des ans. Pie VI , après avoir supprimé ( 1 ) la Bulle qui dit : UbiPapa, ibi Borna; après avoir entendu la messe au maitre-autel de Saint Pierre, et invoqué l'assistance divine , se mit en route.
Les cardinaux considéraient ce voyage comme apostoliquement louable, mais comme impolitique, et ils avaient raison.
En ce momeut , le Comte du Nord , Grand-Duc (le Russie, était à Rome. Plein de déférence, il
(1) Afin de laisser, .m Conclave, en cas de mort, la facilite e s'assembler.
330 HISTOIBE DB JOSEPH Jl.
7S0 accompagna le Pape à son carrosse. Alors le monde vit^ pour la première fois, un souverain pontife, salué des hommages d'un prince schismatiqne, aller, en suppliant, vers le snccesseur de ces Césars si souvent humiliés au Vatican. La foudre avait changé de maître.
Le Vice-Régent de Rome, Marcucd, et le prélat Contarini, archevêque d'Athènes, accompagnaient le Saint-Père.
Atteint d'une ophthalmie, Joseph n'avait pu aller au-devant du voyageur sacré jusqu'aux confins dé ses États; un gentilhomme porta ses excuses.
Le ai mars, l'entrevue eut lieu à quelques milles de la cajHtale. Puis les deux souverains firent leur entrée, à Vienne, dans la même voiture, au bruit du canoil et de toutes les cloches, cette artillerie des Papes.
Ainsi s'accomplissait la prophétie, faussement attribuée à saint Malachie (i), archevêque d'Irlande, mais conçue il y a plus de trois cents ans ; prophétie qui désignait Pie VI sons le nom de Pèlerin apostolique.
On entoura le souverain pontife de respects et d'hommages. Un Te Deam fut chanté à la
(i) Ifé, en iog/|, à Arniagh, capitale de l'Irtaiide, au moyen âge. Après avoir reçu s(in dernier soupir, à Clairvaux, saint Bernard a écrit la vie de saiot Mahcliie.
chapelle du palais, en reconnaissance de son i: heureuse arrivée; l'Empei^ur communia des mains du Pape.
Pie VI habitait les appartements de Marie- Thérèse; chambellans, gentilshommes, gardes d'honneur, toute une cour l'entourait, le cernait même.
Mais aucune de ses espérances ne se réalisa.
Écouté avec froideur, surveillé de si près qu'il ne pouvait recevoir personne sans que l'Empereur en fut informé, Pie VI regretta amèrement une démarche qui ne rendait son irapuis- 'sance que plus évidente.
Même en présence du Pape, la réforme ne s'arrêta point. Plusieurs couvents de Lombardie furent supprimés; l'archevêque de Goritz, qui avait opposé la plus opiniâtre résistance aux édits impériaux , eut ordre de rentrer dans son diocèse.
Après un mois de séjour à Vienne, le Pape , lame émue, reprenait le chemin de ses États. II rentra à Rome humilié et vaincu.
Lors de l'arrivée du Saint-Père, un illustre enfant de Rome, Métastase, poète de la cour {poeta cœsareo), mourait à Vienne, Jamais il n'avait reçu de sa patrie d'autre Êiveur qu'une indulgence.
De toutes ses innovations religieuses, poUtî-
nwques, administratives, celle à laquelle Joseph s'attacha le plus, ce fut l'abolition de la servitude féodale. Ije fameux édit de 1 780, en changeant la nature-de l'impôt foncier, tendait surtout à Taffranchissement des paysans.
Si les vues de. ce prince ne furent pas toutes réalisées; si toutes n'étaient pas réalisables, du moins faut-il rendre hommage à son ardent amour de l'humanité. Il répétait souvent : « Mon « plus grand bonheur serait de coriimander à « des hommes libres. »
Depuis longtemps on se plaigiiait des enrôlements irréguliers et de vexations nombreuses. L'Empereur mit un~ terme à ces abus. « Je ne 0 connais que deux manières de conduire les mia litaires , » disait-il , « l'honneur et la fermeté. «
Ayant appris que des Protestants avaient insulté des Catholiques, il rendit une ordonnance répressive de ce délit, non pour venger telle ou telle religion , mais pour châtier la violation des consciences, la perturbation du repos public.
 cette occasion, l'Empereur défendit d'injurier en chaire aucune secte, comme un fait entièrement contraire à la conduite des Apôtres qui , dans l'histoire même de la Passion , ne se permettaient pas la moindre imprécation contre les Juifs.
Personnellement étranger à toutes prétentions
littéraires , nul prince n'encouragea davantage j^^ les lettres, les sciences, les arts utiles; nul surtout ne les encouragea mieux. Là, ocHnme toujours , on retrouve chez Joseph le même' respect des hommes, le même besoin de les honorer en développant en eux le germe du beau et le sentiment «oral.
Profondément touché de tous les témoignages d'amitié délicate que lui donnait Joseph , jamais Mozart ne voulut le quitta-, malgré l'offre d'un traitement plus considérable ailleurs. C'est que l'Empereur comprenait le grand artiste. Casti, Métastase lui avaient voué le même attachement.
Empressé d'améliorer les universités existantes, il en fonda de nouvelles dans les provinces qui n'en avaient pas. Sous sa main bienfaisante naquirent desi bibliothèques publiques, des chaires de médecine, de chirurgie, de f^ysiqu^, d'histoire naturelle, des laboratoires de chimie, des observatoires. Par ses ordres , des savants autrichiens allèrent étudier en Amérique toutes les branches des sciences naturelles.
Jusqu'alors la,ceiisure des livres avait exclusivement appartenu auxecdésiastiques; l'esprit humain était à leur merci. L'Empereur confia cette redoutable autorité à des hommes de lettt«s éclairés, en leur laissant une grande latitude.
Mais, au milieu de ces pacifiques travaux , Jo-
1781 seph ne perdait {Mis de viie un grand intét^t politique; c'était d'affranchir su Maison du traité de la Barrière (i).
Quelques détails, à ce sujet, ti'e seront pa& superflus.
Après cette lutte héroïque de quatre-Tingts ans où les Provinces-Unies avaient conquis sur l'Espagne leur indépendance , non contentes de ce glorieux triomphe^ elles contraignirent Philippe IV, par là paix de Munster, ii priver se» dix provûicâs- fidc^ des avantages oommerciaux dont leur aituatimi géographique les avait' dotées. L'article 1 4 du traité fermait les bouches de l'Esc^it du côté dès Etats^énéraux. Ce n'était.ià,it est vrai, qu'une confirmation de l'ancien droit d'étapes, qui assujettissait tout bàtiMent étranger entrant dans ce fleuve à rompre son chai^ement et à le remettre à des navires ïélandais; mais la République, en ne permettant à aucun bâtiment étranger l'entrée de l'Escaut, étendit le droit extraordinairemenl.
I^es secours de ta France n'avaient pas peu contribué a l'indépendance du nouvel État qui, à peine debout, commença à craindre l'agrandissement de sa puissante amie. Ce fut alors qu'on décida que les Pays-Bas catholiques resteraient entre les mains de l'Espagne, comme barrière, pour la'Hollande, contre la prépondérance française. (i) 1$^ novembre ijiS.
Cette mesure devint une base du droit public. i7si
Plus tard, la paix d'Utrecht ayant donné ces provinces à Ja branché survivante autiichiehne, ce ne fut pas en vertu du droit de succession que l'Angleterre et les États-Généraux les lui conférèrent;. le principe qui présùla au partuge de la monarchie espagnole fiit l'intéréb général de l'Kurope. L'Autriche ne devint prc^riétairfe des Pays-Basque pour maintenir l'équilibre dn monde pdtitique.
A peine les États de Brabant et de Flandre oonnurent>ils l'onéreux traité de la Barrière, ([ne, se récriant btcc indignation , ils adtessèrent leurs doléances à l'Ëniperenr Charles VI: Un td trjiité n'était-il pas à la fois humiliant et ruineux? Déclarés, en quelque sorte, sujets de laHdllande, ils voyaient leur sub^de engagé à la République, comine un domaine ou un revenu fixe. Or, u'étàit-ce pas une infraction à leurs libertés et prérogatives, puisque, d'après In constitution, leur vote décidait libremient de ce subside f
Touché de Ces représentations,r£mpereor sollicita, et obtint des Ëtats-Gén^auxyleaa décembre i7iâ,qn^qi]e6adouciss«nents. En 171^, il fut mis ieii. possession des pays rétrocédés par la France. Quant à la cession des limites de la Flan- . dre, proiAise aux États-Générauit, elle éprouva de nouvelles difficultés; l'exécntion en fut sus-
H1ST01BE DR lOSEPH II.
ini pendae. Depuis, toutes les conféreoces, à ce sujet, demeurèrent infructueuses. Néanmoins, dans quelques contrées, les Étals-Généraux parvinrent à se mettre en possession des nouvelles limites; ailleui^, les choses restèrent sur l'ancien pied.
fiientot, dans la guerre pour la succession d'Autriche, les Français s'étant emparés de toutes les places de la Barrière, la cour de Vienne trouva là un prétexte plausible pour se refuser au payement du subside stipulé par le traité de la Barrière, en faveur des Hollandais.
Durant les négociations qui précédèrent la paix d'Aix-la-Chapelle, en 1748, on avait touché cette question, et l'Impératricë-Beine admit les -Hollandais dans les places autrichiennes où ils avaient tenu garnison avant les hostilités. Mais, en même temps, elle déclara que, les événements de la guerre et la démolition des places qui formaient la Barrière ayant changé l'état des Pays- Bas, elle refuserait de payer le subside, tant qu'on n'autait pas pourvu à la sûreté commune par le rétablissement des places. Elle attoidrait aussi que les puissances maritimes eussent également <:oopéTé à la conclusion d'un traité de commerce, ■appuyant cette dernière prétention sur l'art. a6 du traité de la Barrière, et sur l'art, â du traité de Vienne de fjZi, dispositions dont ces puissances avaient jusqu'alors éludé l'exécïution.
Après la paix d'Aix4a-ChapeUe, les Hollandais mi étaient rentrés dans les places de la Barrière. Mais, quant aux autres différends, l'extension des limites de la Flandre, et le payement du subside,-les conférences tenues à Bruxelles, en I75a, entre les représentants des trois puissances, n'amenèroit aucun accord. Llmpératrice-Reine persistait inébranlablement dans ses prïncipes. « £n- « tendez-vous avec moi sur le rétablissement de& a places de la Barrière; partagez-en la déptmse; « consentez un traité de commerce et de tarif «c sur un pied équitaHe : c'est seulement à ce prix « que j'accéderai à la demande des Hollandais. » Tel était te langage de Marie-Thérèse aux puis- . sances maritimes.
Les choses en étaient encore là, en 1781, lorsque la guerre entre l'Angleterre et la Hollande parut à l'Empereur une circonstance ^vorable pour bris^ le joug du traité.
Ordonnant donc la démolition de toutes les places fortes desPays-Bas, il comprit, dans.cette mesure, les places de la Barrière , et enjoignit aux Hollandais de les évacuer. Or, à cette, époque, les États-Généraux n'étaient pas en position de recourir à l'Angleterre, comme puissajice garante du traité; force donc leur fut de déférer à la sommation impériale. L'évacuation eut lieu en janvier 1782.
HISTOm DE JOSEPH I
iwi Enhardi par cette facilité, l'Empereur alla plus loin : ft'afiranchiuant fies traités de i7i5eti7iS* il crat pouvmr, à son tour, imposer le rétablissement des limites de la Flandre, telles que les 9Tait déterminées la conventimi de i664 entré TEspagne et les États^Généraux.
I) fallait une occasion ; on en saisit une asses singulière. Un soldat hollandais , de la garnison de liefkenshodt , fort situé sur l'Escaut, étant mort, on l'enterra à Doêle, village appwtenant à FAutriche. Anssitât, un détachement de la garnison de Gand vint exhumer le cadavre et le jeta dans le fossé du fort. T^e !i novembre 1783 , un - nouvjeau détadiement, parti de Bruges, enleva les forts hollandais de Saint-Donat , de Sain^■Paul M de Saint-Hiel. Un autre fort, dèâ le commencement de l'année suivante, le vieux Lillo, situé près du nouveau Lillo,' station du navire qu^ interdisait l'entrée dé l'Escaut, fut pris pav la garnison d'Anvers.
l«sËtats-GénéraUxs'étantplaint&decesvi(Jences,t>rfimpereur,»leurrépondit-on,fnerecoanait « d'autres iimites que celles^ oonv»)ues en i664; « àses}<fux,leB^em«itde i7i8estsans valeur.*
Cependant f au mois d'avril 1784, des conféi^nces s'ouTiipfflit à Bruxdles.
Joseph, élevant ses prétentions, demandait ( 1 ),
(i) Tabka» lommaire des prétenHont de l'Empereur.
outre le rétablissement (ies anciennes limites , mi I ° la démolition de certains forts , conformément au traité de Westphatie; — s" la supprêsùùà du navire de garde hollandais, pla<îé . detant le fort Lillo, tout le territoire 4]ui bortte l'Escaut ^ depuis Anvers jusqu'à Saffînguen^'lui a^^rtenant; — 3° la restitution (le plusieurs yiUaigeftque la République s'était appropriés coja^ç dépendants de Bois-le-Duc, ta^idi^ qu'ils appartenaient au Quartier d'Ânver^; — ' 4" la reAtitution de l'abbaye et du village de Postel; -*- 5° la renortcia- ■ tion aux préteotions de soiiver^itieté élevée par les Hollapdai^ sur, huit villages appelés' feit^s île rachat , et sur onze autres nommée fefi ùancf de Saint-Servais, ainsi que sur la terre d'Argenteau, le tout dans Iç voisinage d^ Matiatricht; >^ 6" la cession de IVIqëqtricbt et du comté de Wronhoven, avec le Qpartier d'Outre-MQuae bpUapdais, suivant l'airticle 1 8 du traité d'alliance condu le 5 avril 1673, entre Charles lUrot d'Espagne, et les Provinces-Unies ( — 7° en£n , le payement de certaiQeA sopnmes dues f>pit au spuveraîB, soit aux si^iQt^ des PaysrBïs.
De Igur cà%é f les États-Générauit récllinuûent, )" les arrér^es du subside stipulé par le traité de la Barrière; — a" les frais de' réparation de la citadelle de N*mur et d'aittrefj ibrteresaea ; — 3° diverses somme» pcèlécii à I<1 Maison d'Autri-
360 HlgTOlBB DE JOSEPH II.
II che, et hypothéquées sur dea domaines en Silésie.
Mais alarmés des dispositions menaçantes de l'Empereur, ils invoquèrent, en même temps, la médiatitm delà France; des troupes s'avancèrent de Bréda à Maéstricht.
On discutait, à Bruxelles, les prétentions respectives , lorsque tout à coup la question changea de face. I^e aS août 1 784 , Joseph déclara se désister de toutes réclamations, si ses sujets obtenaient l'ouverture ainsi que la libre navigation de l'Escaut, et s'il leur était permis de commercer directement avec les Indes. Cétait là, ajoutait-il, son ultimatum. Dès lors, il considérait l'Escaut comme libre; toute opposition serait, à ses yeux, une déclaration de guerre.
L'Empereur avait compté sur l'effroi de la République ; son attente fut déçue. Les États^^néraux repoussèrent hautement sa demande, comme destructive de leur indépendance et de leur sûreté, comme diamétralement opposée à l'article 14 de la paixdeWestpfaalie ordonnant la fermeture de l'Escaut, et à l'article 5 du traité de "Vienne de 1 73 1 , qui , en abolissant la Compagnie d'Ostende, abolissait aussi tout commerce des Pays-Bas autrichiens aux Indes.
En même temps, leur vice-amiral Reynst reçut l'ordre de s'établir, avec une escadre, à l'embou-
chure de l'Escaut, et d'interdire le passage à tout j^ bâtiment impérial et flamand.
Dans ces circonstances, la République avait le pins grand intérêt à se ménager la protection de la France. Mais le cabinet de Versailles crut devoir différer la signature du traité d'alliance jusqu'à l'entière décision de différandsqui pouvaient entraîner la Hollande dans une guerre avec un autre allié de Louis XVI.
Cependant, le 5 octobre, un brigantin impérial, sorti d'Ostende pour remontra* l'Ëficaut, fut saisi par les Hollandais, à fembouchure de ce fleuve, et conduit à Flessingiie. !« 8, à SafËngueil, le navire de garde arrêta aussi un brigantin impérial d'Anvers, et, sur son refus de rétrograder, leforça,àcoupsdecanon, d'amener.
Cette résistance étonna l'Empereur.
Loin de s'y attendre, il avait répondu au prince de Kaunitz, qui lui conseillait les précautions nécessaires , en cas d*attaque : « Hs ne tîren ront pas. »
Joseph était en Hongrie, quand il reçut les dépêches de Bruxelles. Le premier ministre les lui ' avait laconiquement envoyées avec ces trois mots : « Ils ont tiré! * Telle même avait été jusqu'alors sa sécurité , que les Pays-Bas se trouvaient dépourvus de troupes, de munitions, de magasins.
363 uiSTOiBE ai josepu ii.
11 Aussitôt les conférences de Bruxelles furent rompues. L'ambassadeur impérial , baron de Rë^chach,quitta LaHaye; un corps d'armée mppcba contre les provinces-Unies-
De chaque côté on s'efforça d'intéresser les autres puissances à sa quereUe. Josepb déclarait, aux diverses cours, sob intention d'affranchir $es États d!une servitude suraiiiié^, odieuse a,u-s. Pays-Bas autrichiens, contraire aux intérêts généraux de l'Europe. Il joutait q)i'une fois l'Escaut libre, Anvers serait déclaré port franc
Ijos Hollandais se préparerait à une vigoureuse défense. Ils avaient demandé à Frédéric son brave général de Mtellendorf. Mais ce prince ne pouvait l'envoyer sans se compt^tn^tb'^- D'après son conseil, la République appela le comte de Maillebois. Pour uneux stimuler fa France, ^le eut l'air, ou tenta peut-êtrç même de renouer avec l'Angleterre.
Ce qu'il y a de çertflin, c'est que bientôt les dispositions du cabinet de Versailles se modifîèrenti D'abûrd, il s'était borné à interposer ses ■ bons oli^çes poiir prévenir la guerre. Mais cette fois, il stwUa embrasser hautenient la cause des Hollandais, Deux flrmées d'otiseryation furent formées, l'une en Flandre, raMtre,4ur le Rhin.
On attribua cette r^olution au coipte de Vergeimes. Dans un conseil de cabinet, tenu .le
7 novembre , il. avait éncs^quement démontré mi qu'ab^donner les Hollandais, c'était les botitraindre h se jeter de nouveau dans les bras de l'Angleterre; c'était perdre le fruit de fant de soins pris pour les attacher aux intérêts de la France.
Louis XVI, espérant ramener Mm béau-frère k des sentiiùents pacifiques, Ifi écrivit deua lettres de sa propre main , et lui fit remettre, le ■ 7 novembre 17.841 la dédâriftton' suivante :
<t L'amitié sincère qui attache 1^ Roi à l'Empe- (( reur, et les vœux que Sa Majesté fompe pour « le maintien de la tranquillité publique, lui font « un devoir de s'expliquer sans réserv*' avec Sa « Majesté Impériale , sur le différend qui s'est « élevé entre ce monarque et les Provipees-Unies. « Le Roi hésite d'autant moins à «xprimér sa fa- « çon de penser sur cet important ot^et, que la « pureté de ses principes et dei ses intentions ne « peut être révoquée en doute.
« Sa Majesté, en employant, à la dema^uledes H deux parties, ses bon^ offices pour ooncàlier «FEmperêur et les Provinces-Unies, s'eêtabstenue « d'articuler aucune opinion s}ir le fond des pre- «'inières prétentions de Sa Majeigté Impériale. Le « Roi se prescrit encore le même silence : mais l'in- K'térêt qu'il prend à la gloire de l'Empereur, l'au- « torise à lui faire observer que ses premières pré- « tentions et la demande de l'ouverture de l'iis-
364 HISTOIBB DK JOSBPU II.
■m « caut ne saunùeut être coiuidén^ sous le raèine a point de vue. Les Hollandais, en résistant à tt cette dernière demande, n'ont ùât que soutenir « un droit qu'ils exercent sans trouble depuis « près d'un siècle et doni, qui leur est assuré par « un. traité solennel, et qu'ils regardent comme le « fondement de leur prospérité et même de leur « existence. Il semble résulter de là que le refus a des États-Généraux (qui ne porte que sur un « objet de compensation) ne devait avoir d'autre « effet que de ram^ier la négociation entamée à «Bruxelles, à ce qui est énoncé dans le tableau • sommaire, et d'établir une discussion dont le « résultat devrait naturelltsment dépendre des <t titres respecti&.
o Le Boi désirerait d'autant plus que cette mar- ' a che fut adoptée, qu'elle pourrait conduire à des « arrangements, équitables.
«En suivantunemarcbe opposée, il esta craintodre que l'Empereur n'excite une inquiétude « générale, et que la plupart des puissances ne se « croyent dans le cas de prendre les précautions a et les mesures que les événements pourront « exiger de leur part. Le Roi lui-même ne pour- « rait se dispenser d'assemUer des troupes sur «ses frontières. D'ailleurs, dans, aucune hjpo- «c thèse, Sa Majesté ne pourrait être indifférente K au sort des Provinces-Unies, et les voir attaquer
« dans ieiirs droits et dans leurs possessions. Sa >tbi a Majesté le peut bien moins aujourd'hui qu'elle « est au moment de consommer arec la Républi- ■ « que ime alliance dont les bases étaient arrêtées i( avant les derniers différends.
A Si des considérations » importantes peuvent « déterminer rF,mpereur à suspendre toutes déa monstrations hostiles, pour n'écouter que la a voix de la modération et de l'humanité, le Roi « lui renouvelle l'offre de son entremise entré lui « et les E^ovinces-Unies , pour parvenir à un ac- ■« commodément juste. Sa Majesté s'y portera avec « d'autant plus de zèle , qu'en suivant le mouve- « ment de ses sentiments personnels pourl'Empe- « reur, elle aura la satisfaction de concourir à a éteindre, dans son principe, le feu d'une guerre « dont les suites seraient incalculables. »
Par une bizarre coïncidence, au moment même où la guerre semblait imminente entre l'Autriche et les États-Généraux, un frère de l'Empereur, l'Électeur de Ckilogne , renouvelait son traité de subsides avec la Hollande. 11 est vrai que la clause de n'employer les troupes électorales ni contre l'Empereur, ni contre l'Empire, ni contre la Maison d'Autriche, y était insérée; mais l'Électeur s'engageait aussi à n'assister aucun État en guerre avec la Hollande.
SSfi HISTOIBI »■ JOSEPH II.
RI Spectatrices indifférantes de ce dé^t, les autres puiasâQces se teHaient imim^iles. La Russie seule toanifesta son zèle pcHir les intérêts de l'Eaipereur.
T^ 21 décembre 1784 6t le 7 mars 1785, son ministre k lia Haye communiqua deux notes où, à titre d'amie et d'alliéede Joseph, Catherine pressait instamment les Ëtats-Génét-aux de donner à ce mpnarqne toute salisfiction t^time.
Cependant le prince dé Kaunitz, .craignant par^ dessus tout une rupture avec là France, oigageait Jos^h k accepter la médiation de Louis XVI.
Bientàt des conférences s'ouvrirent à Vers^lles, entre le.comté de V»gennes, le comte de lAercy, ambassadeur de l'Empereur, et MM. de Berkenroide et Brant^cn , ministres de la République.
I^ ministère français dirigea toute la négociatioft.
L'Empereur persistait à demander que la liberté de l'Escaut ne fiit pas regardée comme un des olijets en litige, mais qu'on se bornât à l'examen de. ses a,utres prétentions. Cédant à la fin sur ce points il exigeait qu'on lui remît Maés- 4ric.h|t et. un district considérable sur la Meuse.
AIai$ . les . État&Généraux se. refusant à cette ce^sitH), et la puissance médM^r^QC ^ déclarant pour eux, les conférences allaient élre rompues, quand le comte de Mercy déclara que , si l'on
tlonnait à l'Empereur une satisfaction éclatante n pour ràfiVont essuyé par son' pavillon sur l'Escaut, ce prince se contenterait d'un modique arronditssemént de territoire, et d'une somitie d'argent, tânl pour ses prétentions, qu'en réparation des dommages causés par les inondations (i).
Déférant aux instances de M, de Vergénnes, les États^étiéraux envoyèrent à Viehne deux députés, interprètes des excusas de }à République; c'étaient le comte de Wassenaër de Twickel et le baron de IjCyden. Joseph les reçut fort bien, interrompit avec obligeance leurs excuses, et leur tint un langage pacifique.
Après de longs débats, il fixa la somme à dix millions de florins de Hollande, et le :i i septembre comme terme fatal qui déciderait de la guerre ou de la paix.
Ce moment approchait. Grand se trouva l'embarras des plénipotentiaires hollandais qui n'étaient autorisés à accorder que huit millions. D'un autre côté, les Commissaires impériaux étaient liés par des ordres formels. I^ négocia-
(i) Pour garantir leurs places fortiâées de la Flandre contre les aUaques des Impériaux , les Hollandais avaient eu soin de les mettre sous l'eau. Ces inondations, en embrassant une grande étendue de terrain , avaient ciiusé des |iréjudices considérables aux sujets autrieliiens des Pays-Bas, préjudices dont l'Empcreui' demandait la i-éparation.
;^ tion se serait âonc arrêtée, si la cour de Versailles, menacée d'avoir à opter entre un ancien allié auquel le Boi était uni par les noeuds du
' sang, et un nouvel allié auquel des intérêts majeurs l'engageaient à s'attacher plus étroitement encore (i),'n'eût offert de payer les deux autres mOlions.
De telles propositions ne se refusent pas. }je 20 septembre, on fut d'accord sur les préliminaires, et le traité définitif se conclut à Fontainebleau, sous la garantie de la France, le 8 novembre suivant.
Joseph renonçait à la libre navigation de l'Escaut, au delà de son territoire, comme à ses prétentions sur Maëstricht et sur ses dépendances. Mais il obtenait les forts LUlo et Lieflienshoëk. Les limites de ta Flandre hollandaise furent tracées d'après la convention de i664> Les Provinces-Unies avaient demandé le renouvellement du traité de 17^1 qui interdisait aux Flamands le commerce des Indes; Joseph s'y refusa positivement, et sa volonté triompha.
Tel fut le dénoùment, tout pécuniaire, d'une contestation qui avait menacé le repos de l'Europe.
(i) Le but du cabinet de Versailles, dans cette alliance avec la Hollande , était d'affaiblir la puissance anglaise dans l'Inde.
Frédéric avait prévu ce résiii tat : «.Vous verrez,u lîss dit-il au marquis de BouOlé , « que Vergeniies « finira par forcer la sérénissime République à «s'accommoder avec mon frère Joseph, en lui a donnant pour boire. »
Immédiatement après ce traité, la France et la Hollande signèrent leur alliance - depuis longtemps projetée.
'Il entrait dans la politique de Joseph de resserrer de plus çn plus son intimité avec la Russie. Ce prince y travailla sans relâche. Le jour où tomba le comte de Panin , l'influence prussieaine avait disparu avec lui ; l'ascwidant de rEmpereur alla . toujours grandissant à Saint- Pétersboui^.
Les deux cours n'avaient pas signé de traité, parce que Catherine demandait la signature de deux minutes, comme entre souverains d'un rfflig égal , et que Joseph ne voulait rien céder d'une préséance jusqu'alors incontestée. Mais des articles respectivement convenus furent signés sous forme de lettres.
Joseph et Catherine conclurent ainsi une sorte d'alliance défensive, avec garantie mutuelle de leurs États, mais en termes généraux, sans fixer le mode ou la quantité des secours, ni la durée de l'alliance.
Sûre de l'Autriche, Catherine. fut bientôt maî-
Sn HISTeiSE DB JOSEPH IT.
'»7K tresse de la Crimée. Le 9 janvier 1784, la Porte céda à la Tzarine cette bdUe contrée (i) et le Kiitum.
Fière d'une telle dépouille, encore exaltée par' la brillante campagne de 1 770, Catherine se voyait déjà efibçant ta Turquie de la carte d'Europe, et plaçant elle-même, sur sa tête, dans Sainte- Sophie délivrée, la couronne de Constantin.
Cependant, la France observait, avec une attention inquiète, l'intimité de l'Autriche et de la Russie. Elle savait leurs arrangements secrets ■contre sa vieille ^iée, la Parte. Chai^ d'affaires par intérim t M. Barthélémy avait remis au cabinet-de Vienne une note (3), exhortant l'Fknpmur ji empêcher, autant que possible, la réunion de la Crimée et 'du Kuban aux États de .Catherine.
Joseph semblait partager 1^ mêmes idées. :
« Je vous assure, M disait-il à M. de Breteail, '« que je ne m'épai^e pas à répéter à Cathetîne II a totit ce qui doi^ rélo^nër du désir d'une guerre « avec ia Vacte. Aïais cette femme a nne tête peu
^i) Tour à tour occupée par les ^ourf, par les Grec«i (»r Mithridite, par les Alakis, par I^ Gotlw, par les Hanst par Justinien , par les Khazares, les Pelchenè^es, les Polovues, les Tai'iares du Kaptch, les Génois, et par Mahomet II , ]a Crimée, cette ancienne Chenonnèse Taurique, arriva ainsi, ^ siÈcle en siècle , entre les mains de Catherine II.
(9) Endatedu 14 juin 1783.
s commune, et que nea n'arrête. Il est vrai,ai78a ajoutait l'Empereur , o que souvent l'inconsé- «quencefait l'ofâce de la raison. Par exem^Je,- « quand j'ai vu le peu d'ensemble de son projet (c de neutralité armée , je nie suis permis de lui a mander que les poissaià^es ibaritimes qui « étaient si intéressées k donner de la force k ce «projet, n'annatit.pas pour le protéger vigôii-- « reuseramt, il était imtpossible quetie se ilattât a de vmr lé snccès :de sa bonne idée. L'Impérao trice, au heu dé: convenir de cette .vérité^ in'a , . a répondu fièrement que, sî.les.puùsances'mari- « times- ne savaient pas mettre toutes leurs forces « à soutenir çt: è aiiferiiùr l'iridépendanoe des «mers, elle ne tarderait pas à avoir, seule cent «vaisseaux de B^te, qiiii feraient :respecter son « Code maritime par tolites les nations. Deux ans « après cette rodomontade^ » disait «iqore l'Ëm- ' pereury « Oadierine l'avaât assez .oujbliéB, pouF «appeler dans Uite de ses letbres, \» netttraliié a armée , \a. nudité armée. »
VEjmpsrevtt, nial^.celte critique. franche ou simulée des prajets.de Catherine, avait répandu à la note du Roi de Franc» i. * Xhuis la sùp^sitiOn «où, malgré ton^ mes. ftoifls ^. tons mes efforts, «la guerre viendrait à s'allumer entre la cour « impériale de Russie et la Porte ottomane, je ne «saurais me permettre, en des cas possibles.
373 HISTOIHB DE JOSEPH It.
iiM H d'en abandonner les suites anx. hasards des évé-
«nements qui pourraient, de. façon ou dautre, «lui devenir funestes, ou au moins être très- « préjudiciables, etc. »
Si Joseph avait voulu n'être pas clair, assurément son inteiriion fat bien remplie. Aussi, la cour de Versailles , peii satisfaite de cette sorte, d'énigme, insista-t-elle auprès de.lui (( ).
Dans ce nouvel office , après s'être énergiquement élevé contre le monstrueux système d'accroîssem^it, d'acquisition ou de compensation, le Roi rappdait à l'Empereur « que leur heureuse « union n'avait pas moins pour base la conservu- « tion de la propriété publique que celte -de leurs u couronnes. »
En même temps , M. de Vergennes proposait ■àijouis XVI d'amener le roi^de Prusse à des exjJi- -cations sur ses vues par rapport au Levant , et d'-établir, dans la prévision de certaines éventualités., un concert d'opérations entre ce prince et la France (a).
Ces appréhensions n'étaient que trop fondées. Joseph, depuis, longtemps, convoitait la Moldavie et la Valachie.. Garïierine, il est vrai, s'était opposée à l'exécution 4e ce projet; mais elle aban-
(i) Verslafin d'aôùt.
{a} Flassan, Histoire générale et raisonhée de la Diplornir^e
françaUe. "-*■ ' ■■ . ■. ',..■. t'
donnerait volontiers à l'Etapereiir les provinces iTsaau delà du Danube. Or, cet agrandissement, le cabinet de Versailles ne pouvait lé tolérer. A^issi des officiers français du Génie étaient-ils allés fortifier les places turques du Danutie; les plus pressantes instances avai^it stimulé la résistance ■du Grand<Seigneur aua invasions des Russes et des Autrichiens.
Ayant échoué j à Londres, dans une proposition de ligue pour la défense de l'Empire ottoman, laPrahcé avait enfin fermé les yeux sur l'acquisition de la Crimée par la Russie, Mais, en même temps , empêcher l'Autriche de s'enrichir des dépouilles de la Turquie devint le but de tous ses efforts. Ce fut alors- qu'on- la vit menacer l'Empereur de se réunir, contre lui, aux rois de Prusse et de Sardàigne.
C'étaient vraiment de singulières relations que celles de la France et de l'Autriche! Alliés, les dt;ux cabinets avaient sans cesse la défiance au ' cœur, la menace à la bouche. C'est qu'en effet les intérêts étaient contraires, et qu'entre nations il n'y a d'alliance durable que celle des intérêts.
Le ferme langage du cabinet de Vei^ailfes arrêta Joseph. La sûreté de ses États d'Italie, d'un moment à l'autre , compromise ; la faiblefse des Pays-Bas , dont il avait démantelé les i^acès fortes; le refus de concours de l'Angleterre , toutes
374 HISTOIU DM JOSKPH II.
iT^cea oofindériatk»is remportèrent sur l'tii«bition. L'Empereur n'insista plus.
Undes tndts caract^istiqnesdelapoUtiquieautncbienne^c'est la. persévérance; comme sa grande habileté, c'est de savoir atlimdre. «Le:niDDde, » a dit MftchiaTd, « ap|>arti6iit ^:A^^^quea.*
ITajiUitpu réayser^én 1776;^ i779,leproj^ de réunir la Bavière à ses vastes possessioits^ le cabin«t de Viame tendait au même but par un échange 1Hh« contre les Pays-Bas. A l'aide d'usé tdle acquisition, l'Autriche, sans sortir de chez dle,«ût dominé, d^uis le^ froiitiêrea de la Polo^e et de la Turquie, jusqu'au Rhin et à la Méditerranée. .
Préparant ce succès de longue main, Joseph avait eu soin d'^itretniir, à Munidt, l'influence acquise durant les négociations de Têschen.
Mais; Frédéric é{»ait sans .cesse Ja cour de Viewïe, XteptMs longtetaps il avait placé dans son «alHntet un pQrb>ait dejos^h, en disant : .■ CTcst'up jeune hcônme qu'il, neJEast pas perdre ;4i,deyue. »!■ ■ .,
Au .DiUHS de: janvier 1785, le Duc de Deux- Ponts l'informa de l'étrange prop(»ition que lui .avait faite l'envoyé de ilussie, comte de Roman- «Ow; proposition déjà mise. en avant auprès de l'Électeur Palatin, à Munich, par le comte de Lehrbaoh, envoyé de l'Empereur.
Le Duc devait recevoir les P»j^Bas. autri- itw chjens et le titce de Roi, eu écbange de toute la Bavière, du haut Balatinat, des. prinapauté^ de XjTeubourg, de Suizbach et du Jandgraviat de Ijeacbtmiibexg. Cétait unc^suriàoe de sept cent quarante^uit liieutii carrées, traversée. par le panulie, limitrophe à la- fois des Élttt» héréditaires, et ourerte du côté du Cercle, de Souabe^ doDt la septième partie. ^^ autrichienne:; le re^e appartenait à. quatre-vingts. s^igHeurs. '
« Unecouronne, Monseigneur,» avaitdîtlèaiinistr^ TUSM! au prince,. « brille d'un a^sea grand M éclat ppur,.&ire disparaître finégalité.. qu'on. a pourrait lrouv«c dans cet échange. IVaiJleurs ,. *<,votre résistairoe serait inutile ,' parce qae^ tout u <en désirant que vous souscriviez- à' cette conte veptioQ, si. vous vous-y refiuisez, cm l'exécutera a sans votre aveu. »
Cette spoliation,. d^e<^néc du titre d^échange,devait se consommes sous la garantie de la F^ianceet de la Bussie; -nulle mention de la Pcosse ni del^mpire. .
. Pour se dédder, le prince avait huit- jpurs.
KAfornie valait le. fmd.^
Somiant aussitôt l'alaitme, le Yïeux Frédéric s'adresse aux cours de Saînt-Pétersboui^ et de- Versailles.
Catherine répond, parlmteHuédiairedu prince'
370 HtSTOIRS DB JOSEPH II-
1786 Dfdgorouki, son ministre à Berlin, « qu'en faisant <c faire au Duc de Deux-Ponts cette proposition « d^échangequilui avait paru convenable pour les Il deux parties , son idée avait été que l'acceptau tion devait dépendre de'leur libre ai4>itre. »
Docile aux conseils de Frédéric , le Duc de Deux-Ponts en appelle à la France, à la Prusse, k la Russie, comme garantes du traité de Teschen. En même temps, les États de Ba.vière adressent d'énergiques remontrances contre le traité d'échange.
Allant plus loin , Frédéric a<xuse Joseph d'infraction aux constitutions de l'Empire; il reproche au cabinet de Versailles de s'être laissé influencer par l'offre de l^uxembourg et de Namur; il annonce que ses derniers moments seront consacrés à défendre, contre la tyrannie de son chef, les libertés du Corps germanique.
Étonné de Cette énergique résistance, Joseph voit qne de longtemps la Bavière ne sera pas autrichienne.
Déclarant donc que l'échange aui-ait pu se faire l^alemeat, sans vi<der les constitutions de l'Empire , par suite d'un consentement mutuel, il proteste contre toute idée d'avoir jamais voulu arracher au Duc' de Deux-Ponts son consentement; jamais, non plus, il n'avait autorisé la démarche du ministi^ russe. Catherine confirme
ce langage; la France, enchantée- du nouvel nw écbec de son alliée , fait une réponse semblable^
Cependant, averti par cette dernière tentative du cabinet de Vienne, Frédéric veut assurer l'avenir de rAUemagne.
Dès le mois de mai^ de la même année, il communique le plan d'une nouvelle ligue germanique aux Électeurs de Saxe et de Bmnswick- Lunebourg, qui l'adoptent. Par un article secret, les contractants s'engagent solidairement à empècber toute incorporation de la Bavière dans la monarchie autrichienne.
Bientôt neuf cours d'Allemagne, les Ducs de Saxe-Weimar et Gotha, de Deux-Ponts et de Mecklembourg, la Maison de Hesse, l'Évèque d'Osnabruck, tes Princes d'Anhalt, le Margrave de Bade et l'Électeur de Mayence lui-même, Archicbancelier de l'Empire , accèdent au traité.
La Confédération, des princes germaniques annonce son objet dans le préambule méme-Purement défensive, elle veut le maintien constitutionnd des droits de l'Empire, droits fondés sur les lois et' tarâtes; c'est ostensiblement une sauve-' garde pour l'Empire dans les. jours de danger; mais ce ;n'est , à vrai ^re , qu'une digue' opposée ' à l'envahissant cabinet de Vienne. :
Joseph ne se méprit pas sur le but réel de l'association.
tn HISTOIU DB JOSBPR II.
i»« Tdie iiit la dernière can^ugne de Frédéric contre U Maison d'Autriche.
Un an après , ce p^nd hombie ce^sa de yivre ej de régner.
On a dit de lui que, tout en iminortalisant un règne, il n'avut pas créé de nation. .Ce sont là de ces vaines paroles qui prouvent dans letirs auteurs une complète ignorance de l'homme, des lieux, des circonstances. Quiconque' a vu la Prusse, non dans les livres ou dans les pMUpJblets, mais chez eUe-meme; dans son admirable armée, dans ses vigoureuses institutions munlr^ales, dans son système adminisiratii'si simple, si àctif, si loyal; dans son profond rmpect de la légalité; dans cette dignité individudle si bien comprise et'si bien pratiquée; dans son ensdgnement philosophique si libre et si élevé; dans ces liens aiïectueux qui existent eaVeé le souverain
et le plus- humUe habitant des campagnes
pour'rceluiJà, û. existe en Prusse une puissai^e organisation natûtoiidè. /
Certes, tous ces biens né viènneni: pfts de Frédéric seul ; mais, plus que p^-sonoe , U a agrandi et consolidé l'édifice. Chère au peuple, son image ~ est dans toutes les chaumières, parce qu'avant tout Frédéric fut accessible au peuj^e et le protégea dans la paix, comme il l'avait défendu et glorifié dans la guerre.
Pour donner tout à Napoléon, quelques fa- ith. vatiques admirateurs auraient volontiers tout enlevé k Frédéric, comme si dans le monde moderne il n'y avait pas place pour deux semblables renommées!. Mais trop riche de ^oire pour n'être pas juste, et juge compétent en fait de génie, Napcdéofi avait voué respect i cette immortelle mémoire. Aussi, en i9io, à l'époque de ses plus douloureux revers, la Prusse mutilée trouva-t-elle encore, à travers ses patriotiques ressentiments , de la reconnaissanoe pour le conquérantquivenait saluer, tête nue, dansle caveau de Postdam, Fombre du grand Roi!
La mort dé Frédéric laissait dans la famille des rois d'Europe uq vide immense. On succède à de tels hommes, on ne les remplace pas.
ïjs nouveau monarque affecta de suivre une politique contraire, des principes entièrement opposés. L'Angleterre s'était dé plus en plus " détachée de l'Autriche : Frédéric-Guillaume se tourna vers le cabinet de Saint-James. Une ligue anglorprus'sienne avait toujours été. le ré;ve favori du comte de Hertzbei^ ( i); ce ministre, devenu maître du cabinet, saisit l'occasion.
(1} Serriteur dévoué de son pays pendant un demi-siècle, H. deHerlzbei^prit une très-grande part aux priocipaus événements du règne de Frédéric. Sous Frédéric-Guillaume U^
380 HISTOIBB DE lOSBJfH II.
« Quelques avances furent- faites k IJouis XVI. Un concert entre l'Angleterre, la Prusse' et ta France, semblait la seule barrière capaWe de contenir l'Autriche. Mais ces ouvertures ne trouvèrent à Versailles qu'une froide politesse ; évideniment on éludait. Ce fut une faute.
Dès lors, le cabinet de Berlin rechercha d'autant plus l'Angleterre. D'accord avec elle, il
ses effort! contribuèrent au rétablissement de la tranquillité en Hollande, au maintîeD de l'équilibre en Europe, et au congrès de Beichenbach. Une vanité extrême et beaucoup d'entêtement s'alliaient en lui à de bi'illantes qualités.
Retiré des affaires, il écrivait, en 1794, au Roi, relalivement au nouveau partage de la Pologne ; « J'avpue que,
0 selon mes idées , c'est la plus grande faute politique que les
■ trois Cabinets puissent faire, et surtout la Prusse. Le titre,
■ dont les trois puissances se servent pour partager la Po-
■ logne, est si odieux et si décrié, qu'il fera toujours un tort oinGni à la réputation des trois souverains, et que leurs • noms en seront à jamais flétris dans l'histoire ; je ne sais « même comment le concilier avec leur religion et leur cons- « cîence. » ' '
« n fut un temps , > lui répondit le Roi , • oîi vous rem- « plissiez un devoir en me soumettant votre opinion sor les B affaires que je conGais à votre zèle. Aujourd'hui que votre
1 carrière diplomatique est finie, je vous eusse tenu compte ' de la discrétion qui m'eût épargné des conseils dont je ne " fais cas qu'autant que je les demande. •>
Ce ton sec et dur porta un coup funeste k la santé de l'ancien ministre.
travailla à saper l'ascendant que la France, de- i78« puis la paix d'Aix-la>ChapelIe, exerçait sur les affaires des Provinces-Unies.
Frédéric avait sagement refusé de s'immiscer dans les démêlés intérieurs de la Hollande. Son successeur, entraîné par sa nouvelle alliance et par un ressentiment de famille, engagea la lutte; des troupes prussiennes allèrent comprimer le parti opposé au Stathoudérat et à la Maison d'Orange.
Quel était le véritable caractère de ces Ironises ?. Était-ce une question (l'indépendance ou de liberté ? ïa nation avait-elle à se passionner dans la querelle? Mon, sans doute; car ce n'était qu'un duel entre le Patriciat hollandais et le Stathoudérat. D'un côté, on voulait étendre son Influence ; de l'autre, on tendait à ériger la Maison d'Orange en dynastie monarchique et constitutionnelle, héréditairement dépositaire du pouvoir exécutif.
En m'oins de vingt Jours, la révolution stathoudérienne fut consommée.
Avec le parti républicain tomba l'influence française.
Au reste, le cabinet de Versailles perdit plus alors que son ascendant en Hollande : il perdit sa considération en Europe. Malgré sa formelle déclaration à Londres, qu'il soutiendrait |dcons-
383 BISTOIBB DE ]OSBPH II.
tTM titution hollandaise de toutes ses forces, il recala devant la menace contraire du gouvernement anglais, et arrêta tout à coi^ ses préparatifs de guerre (i).
Après avoir compromis les patriotes , -en le» encourageant, on les abandonnait. Cette Êiiblesse s'entachait de déloyauté.
a La France vient de tomber , » dit Joseph ; « je « doute qu'elle se relève. » Triste' prophétie ! L'événement ne l'a que trop longtemps vériâée. Le i5 avril 1788, une alliance étroite avec la Grande-Bretagne et la Prusse fat signée à La Haye , à Berlin.
Malgré tous ces traités, le Stathondérat ne vécut pas au delà du commencement de ^795; la triple alliance elle-même tbihba sous les coùpS' de la révolution française, mais après avoir exercé une puisante influence sur les afEaires générales de l'Europe.
Sans embrasser ouvertement le parti réfinblicain hollandais, Joseph lui avait ouvert un afiâe dans les Pays-Bas.
Cette réserve lui semblait nécessaire dans lin moment où peut-être il allait avoir besoin de toutes ses forces k l'autre extrémité de son Empire.
(i) Convention de fersaillei du 37 octobre 1787,
En effet, d'accord avec Catherine, l'Empe- i; reur s'apprêtait au démembrement de la Turquie.
Telle avait été, dé tout temps, l'idée fixe de cette princesse; soif ardente de conquêtes, que l'acquisition de la Crimée n'avait fait qu'irriter. DëjÀ l'un de ses petits-fils s'appelait Constantin, l'autre Alexandre; la Crimée était redevenue la Tauride; AEbtiar, Sévastopol; Kazlow, Eupatorîa ; Caffit, Théodosie. Des agents russes parcouraient la Grèce en l'excitant aux armes.
Pour prendre, en quelque sorte d'avance, possession de ses futurs Étaits, Catherine entre< prit, le i8 janvier 1787, un voyage dans ses provinces méridionaleB, accompagnée des principaux, seigneurs russes, du prince de Ligne, des ambassadeurs de France, d'Autriche et d'Angleterre. Cette course triomphale, à travers des villes improvisées, au milieu de populations factices qu'on transportait à grands frais, tous ces fastueux mensonges, créés par Potemkin sous les pas.de sa souveraine, enivrèrent Catherine. Aussi , quand la fameuse inscription grecque de Cherson : « Cest ici te chemin qui conduit à Byzance^ » frappa des regards, la Tzarine, hors d'elle-même, ne put-elle contenir un cri d'orgUeil et d'enthousiasme.
A Kanieff, en .descendant le Borysthène sur
rm des galères non moins splendides que celles de Cléopâtre, elle reçut rbommage de ce Poniatowski qu'elle avait tant aimé, que sa vanité de femme et d'autocrate avait fait Roi, que son ambition déconronnait lentement. Par lesordres de Stanislas, ta rive droite du fleuve illuminée resplendissait de feux, et une multitude d'escadrons polonais déployaient leur mâle magnificence. Mais pour l'amant' oublié, mais pour le faible monarque qu'on allait sacrifier, l'accueil fut froid, il n'y eut pas un sourire, et Stanislas n'obtint même point, de celle qui autrefois lui avait tant accordé, quelques heures de plus à Ranev (ou Kanieff).
En quittant Kanev, ce monarque courut à la rencontre de Joseph II ; il espérait gagner sa biwiveillance , et désarmer ainsi le redoutable voisin qui déjà venait de manifester quelque intention d'étendre la frontière de la Galicie.
Bien accueilli par l'Empereur , il en reçut leS' plus favorables assurances. L'idée d'un nouveau partage futhautement repoussée; Joseph déclara même qu'il s'opposerait à toute semblable tenta* tive de la part d'autres puissances.
Mais devant les calculs de la|l|)olitique, qu'allaient bientôt devenir de telles promesses ?
Trop faible pour n'être pas crédule, le Roi de Pologne se retira plein d'espoir.
Une visite, bien autrement importante que its? celle de Stanislas, eut lieu près du village de Kaîdack. Joseph venait traiter en personne la questitHi d'Orient. Une simple calèche de voyage, c'était là tout le train de l'empereur d'Allemagne; toute sa suite, un officier général et deux domestiques. Quel contraste avec le magnifique appareil dont Stanislas enveli^pait son impuissance!
Quand la I^arine voulut présenter le comte de Ségur à l'Empereur : « Madame, » lui répondit Joseph, « je ne suis ici que le comte de a Falkeostein, et c'est moi qui dois être pré- « sente au ministre de France. »
Pendant la dernière partie de ce voyage, Joseph, que l'esprit élégant, les façons brillantes et le loyal caractère de M. le comte de Ségur (i) avaient captivé, l'entretenait volontiers de Constantinople, de ses vues politiques, de celles de Catherine.
u Ce prince (s), dans ses conversations, me montra qu'il était peu disposé à stconder l'ambition de Catherine. La politique du Roi à cet égard lui semblait fort sage, a Constantinople , » me disait-il, «serait un objet de jalousie et
(i) Voir Pièces justificatives, lettre(L). (a) Ségur, Mémoires, souvenirs et anecdotet.
386 HISTOrBE ÛS. JOSEPH II.
1387 tf un sujet de discprde , qui rendra toujours imu possible l'accord des grandes, puissances pour « uq pact^e de la Turquie. « . (^ Je^le trouvai trèsrpeu &iq>pé du procès dea étiiblUsëm«nta russes :« }'yvotSiBdiiialt-il,«phis « d'éckit que de réalité; Le prince PotHnkin est « actif) mais plusprofH% à contm^cer de grands a tritvaux qu'à les finir. Au reste^ tout parait H facile quand on prodigue l'argent et la vie des m hoionte»jIfous ne pournon» tenter, en Alleinaa.gnevleti Fraiice, ce qu'on hasarde ici sans •c obstacle, le maitre-ordonne; des milliers d'es^ « clav^ travaillent. On- If» paye peu ou point; « on les nourrit mal; ils n'osent laisser échapper « un murmure , et je &ais que^ depuis trois ans , « dan» en» nouveaux gouvem^nents, la fatigue « et l'insalubrité des marais ont fait périr àn~ u quante mille hommes sans qu'on les plaignit, 1 et même sans qu'on en parlât. »
a Un autre jour , l'entretien étant tombé sur le pi'iiicQ Potemkin : « Je comprends, » me dit-0 , c que^ malgné ses biEarreries,, cet homme singu- « lier ait pris et conservé un grand ascendant sur u l'Impératrice. Il a une volonté foirte , une' ima- ^ gination vive. Par là il lui est non-seulement it 1.1 tile, mais nécessaire; car vous connaissez les M Russes, et vous conviendrŒ qu'il serait diffi- K cile de trouver parmi eux un autre homme ca-
« psMe de cùntenir et de comprimer un peuple im « encore si âpre» si réeeiniDent en cbntact avec « \h civiliHttîon, et une cour trop lonçtcvips ari- « couturaée ahx conjurations. »
Une autre («As y vers Iti fin du voyagç , Joseph qui f dans le charme de FintiiBité, s'arrêtait volontiers sur les a0aires de ConstantiDOplt!, sur ses propres vues, sur les desseiês dé Cathertoe , disait a M, de Ségur :
« Vous voilà content, je l'esf^re : H. de Biil^ukoff et H. de Heriiert vont présenter à la Porte t des propô»tioDseonvenues ava^vous. NeoroyeK- « vous pas à présent la paix probaMe i »
((M. le Comte, » lui répondis-je (car il se fAch«t séneusfflneni lorsqu'il ni'arHvait, par distraction, de ra|^>dca' Sii'e ou Votre Majesté), «tOut «dépfnid de la manière dont l'Impératrice e|le- «même conudéré ces pn^loiiitfons, et du ton «avec lequel elles seront présentées; peut-être « ne les regurderà-t'ellc qne oomme de bons maté- « rinux préparés pour un manifeste. Je crains que u la vue de ses forces , rassemblées sur mer et ■ sur tMtiRf n'ait dïsupé dans son esprit la crainte » des obstacles que pourraient renccaitrer ses « vues d'agrandissement.
«Tout est prêt, et, dès qu'elle le voudra, n sous prétexte que les Turcs tardent à la satisx faire sur les griefs dont elle se plaint, une partie
histoire.de JOSBPN I
laàe ses troupes peut atlaquer Ocsakofi*:et Akern man. Ces 'places sont iucapables de résister «longtemps, et on les prendra iacilement. tio n même temps, une autre partie de son armée, K embarquée sur la flotte de Sëbàstopd, peut «opérer, une descente sur la côte située entre a Constantiiiople et Varna (i), insulter ainsi la cau pitale.de l'Empire ottoman, et peut-être même « s'en emparer, si la terreur saisissait l'esprit sii- « perstitieux des Musulmans.
■ Les Turcs, au contraire, ne possédant plus H la Crimée, devraient, avant de pouvoir attaquer a les Russes, traverser la Bulgarie, la Bessarabie, «la Moldavie, la Valachie, la Nouvelle-Servie, a OÙ une armée disbiplinée subsiste avec peine. «lyaUleurs, cinquante mHle Busses suffiraient « pour les arrêter, soit au Bug, Koit au Dniester. « Je ne vois qu'un obstacle politique qui puisse « foire hésiter, cette princesBe^ et vous savez mieux <c que moi jusqu'à quel point elle peut redouter B cet obstacle. »
a Je vous entends fort bien,» répliqua l'Eoipereur ; « ma condescendance , à l'époque de la con- « qu*te de la Crimée, vous fait craindre que je ne H seconde encore de nouvelles vues d'agrandisse-
(i) C'est devant cette ville, pu iHM, qu'Am tirât II vainquit Ladiatus VI , roi de Hongrie.
H m«nt. Vous vous trompez, et je désire sincère- ,-,»y « ment coaservcTr la pais. .La possession de la " « Crimée par les Russes n'avait nul inconvénient « pour moi; son seul résultat était de reiidre les « Turcs plus pacifiques , en leur ôtant tout moyen «. de commencer une guerre offensive. . ■■■f D'ailleuis, j'y. irœiyais d'immenses avantages; ' «< d'abord f. celui: de .mettre mes propres États à <« l'abri de toute attaque des Tores, par ta crainte » que leur donneraient les troupe^ et les vais- B se^iux russes de la.Crimée, prêts à les prendre » H revers; de plus, la certitude de détacher la cour « de Pét^ïbourg de cdle de Berlin ; et d'ôter à H celle-ci un allié puissant.
« Voilà réellement ce qui ra'a détermiigé à faire H.céder k Catherine la Tauiide parla Porte. Mais « aujciurd'hui , tout «st bien diiïérent : je ne « souffrirai point que les Biiss^ s-'étaUissent à «.CoQstaotinopIe. Le voisinage des turbans sera K. toujours moins dangereux que celui des chau peaux.. Au rfâte, ce dessein, forme parl'imf^- «nfttion exaltée de Flmpératrice, neipent se réa- « lis^, et, ne lui fallùt-il même qu'un ukase pour «..se rendre maîtresse de Constantînople, et pour « y.f^ire-coMronoer-son petit-^fils Constantin, elle « ne saurait s'y^ maintenir, contée toutes les foires » des Ottopltans relégués 4'Juas l'^siei Miiiente» et « cpntre.plusieurs grandes puissances qui ewbras-
HIStOlKE bB J081PH II.
im a seraient leur ctiuse. D'ailleurs, il Ini faudrait, « dans ce casr dé^mir de troupes tout son £m- « pire* en abandonner la moitié, et en ctianger la V cajntttle- »
« J^croù enefiîet,B repris-je ,<> qu'on peut Be « tranquilliser sur l'existence de Constantinople u dont la coDserration importe autant A la cour D de Vienne qu'à celle de France; mais il est •c difficile» en même temps, d'après les préparatifs u immenses dont nous sommés témoins , de ne « pas être alarmé sur un autre projet beaucoup •I plus TnûaamUable, odui d'étendre les limites « russes jusqu'au Diriestcr. Si ce dessein s'exécu- H tait, il entraînerait inévitablement une guerre <i trè»-nuisible k nos intérêts.
«Ce quei'espère,]) ajoutai-je,ao'e8tquôla sa- « ges»e de l'Empereur et son amitié pour le Roi « l'ougi^eront à continuer ses négociations pa- « câfiques, et à prendre tous les moyens néces- M saîres pour prérenir une rupture. Il me sem- « ble que le Boi a le droit d'y corapttt^; car, dws x k) temps de l'invasion de la Crhnée, il n'a «i- Kga^é 1m Tttrcf à céder cette presqu'île à la u Russie, que dans le dessein de feîre une chose H utile à la tranquillité ft aux intérêts politiques « de son bcBu-'frère et de son allié. »'- • '<Vy fois ce que je puis, » me dit VEnipereur; K mais, vous le voye* vouB>mênte, cette femme
« est exaltée; il i^ut que les Turc» cèdcVit sur les •»> « points en contestation. Gomment, k'IIs provo- « qucnt CadMnne par nn refiis, empêcher qu'elle «Ile se dédommage pat- là prise de qudqties « villes i* Sil» a dn tronpte nombreuses , sobres , « infatigables. On \m mène oà l'on veut. Vous « voyez le peu de cas qu'on fait ici de la vie et de < la peine d«s hotumes. A buit cents lieuëft die la a capitale, ils tracent des routes, creusent des «portSybAtiHent sur des maraia, construisent xdts palais, et plqntènt deb jardins anglais au n milieu des déserts; tout cela (ans paye, sans «Vltf parfois sans-vivres, et toujours sans mura more.
« L'impémtrice est le seul souverain de l'Eu- « rop« ' qui Boit réellement riche. Wlie ■ déflcnse «beaucoup, partout, etnËdoitrien;i9on papier « vaut ce qu'elle veut. Si-la fantaisie luiénprea naît, die ferait de la monnaie avec du 6uir. « L'Angleterre est écrasée sous une mcAiti^he de <t papier. La France vient de faire la confesMon « publique du malheureux état de ses finances; et s moi je pbis à peinç être au pair des' dépenses « que viennent de mf odàter mes cdloniea eiî Ga- «liaie, et les nouvelles forteresses qiJië J'y 'ai fait « construire. »
H Je lui répliquai que tous €*s embarras trop réels étaient des raisons de plUs pour redou-
3S3 HISTOIBE DE lOSEPH II.
!7 bler d'elForU, afin d'éviter de se .voir enlraiité dans une guerre dispendieuse.
A Comme nous revînmes à différeates reprises sur le même sujet de conversation , je m'attachai à lui démontrer que la puissance colossale des Russes avait encore plus d'élévation que de bases solides.
« Voyez, 1 lui disais-je , « tout ici a plus d'édat « que de réalité ; tout s'y commence, rien ne s'y « achève. Le prince Potemkin abandonne avec «promptitude ce qu'il entreprend avec ardeur; « aucun de sep projets n'est mûri, ni suivi. 11 vous « a fait poser, à Ekaterinoslaff (i), la première n pierre d'une capitale qu'on n'habitera point , u d'une église grande comme Saint-Pierre de u Rome , et où l'on ne dira peut-être jamais la « musse. Il a choisi , pour fonder cette nouvelle «cité de Catherine, une montagne .d'où l'on a » une trè»4>elle vue, mais qui est totalement fM-iu vée d'eau.
« Kherson, mal placée, a coûté vingt mille hom- « mes i àlfi est entourée de marais pestilentiels. ■c Les vaisseaux ne peuvent y entrer chargés.
« Depuis six ans, les steppes sont plus déserts « qu'ils ne l'étaient. La Crimée a perdu< les deux
(i) •J'ai fini, 'dit-îl à cette occasion, ■• une grande aflaire, n en un jouC, avec l'Impératrice de Russie : elle a posé la " première pierre d'une ville , et moi la demi^. ■
LIVHE III.
« tiers, de sa population. Caffa (i) est riiinécetne nai « se relèvera pas. Sébastopol (a) seule est déjà un « étaldissement imposant; mais il faudra encore « beaucoup de temps pour qu'on y voie une véa ritable viUe. .
«On s'est efforcé de tout parer, de tout em- «bellir, de tout vivifier moin«atanément aux «yeux de l'Impératrice;, mais Catherine étant « une fcMs partie, tous les prestiges disparaîtront « avec elle de ces immenses contrée».
« Je connais le prince Potendkiu. ;SoD coup de « théâtre a eu lieu, la toile, est baissée; il..vas.'ocu.cuper d'autres scènes, soit en Pologne,, soit en «.Turquie. L'administration , et tout ce qui exige « de la suite, est incompatible avec sbo' carac- « tère : la guerre mémej s'il la ctHnmençàt , lui «pèserait bientôt; et s'il avait une . foi& gagné «le grand cordon de. Saint'OeoEgflSy nous le « verrions ans» prompt à redià-cber la paix qu'il Kjnootre d'ardeur pour la rompre. »
« Je, conviens de tout cela,» me-disait. l'Empereur; «on oou» a meaiés d'illusions en illusions. «Ce qui est intérieur. ici a de grands, défauts;
(i) Sur le détroit qui joint les mers Naire et d'Azow. En 1475, Mahomet II l'avait enlevée aux Génois, et les Turcs l'Abandonnèrent aux Russes en 1770.
(») Ville importante , port excellent coDStniit , en 1786 , sur l'emplacement du village tarture d'Akhtior.
[ DB HISBFH II.
J787 4 mais l'extérieur a aubmt de réalité que d'éclat. « L£ soldat, le paysan esdave , «ont des outils « dont on eesert pour abattre ce qu'on veut. La « noblesse asierne ne coonuit. d'autre loi que ta « volonté de sa souveraine, d'autre but que sa fa- « veur. Elle commande; les troupes se lèvent, les « vaisseaux sont lancés; Il n'existe: en Kussiè au- ««un intervalle entre l'ordre, quelque capricieux « qu'il soit, et sptt exécution. & un Charle» XU « était à la tête de cette nation, il porterait, avec •> six cent mille hommes, la terreur jusqu'aux « «ctrémités de r£urope(i). ».
Durant cette oouiM féerique , qu'une fopme setde pouvait oAncevoir' eC^iine Autocrate réaliser., combien le iMÏltaiit cortège- n'eut^il pas' à satuer d'ilhutres débris, de noJblcs souvenit's, d'ainbitieuset cspérioicËs ! Les- o^sss de la CbersonèsB Tauff^B consacrées à Hercule et à Ddane; les ruines ât> thèodoaie que le* Taitares, au temps de sa prospérité, appelaient K'erim-SutmbefUy, la Consttmhnople de Crimée j et A' qui Catherine rendit son MérafittaiB non sa splendeur, la presqu'île de Kertcfa, oette Puiticapéë où mourut Mithridate , sublime et malheureux athlète de l'indépendance antique contre la tyrannie de Home; tant d'autres lieux, consacrés
(i) Ségur, Mémoire), vtc. '■ ' '
par l'histoire ou la mythologie; et eofin, pour m? clore cette poétique pérégrination par un souvenir profondément; russe, Pultawa où le génie civilisateur triompha du génie guerrier.
Singulier voyage qui montrait les deux plus puissants despotes de l'Europe s'entretenant , avec une effusion philosophique, du rétablissement des Républiques grecques!
Ce fut à Kherson que l'Empereur apprit la menaçante fermentation des Pays-Bas. Il n'en continua pas moins à accompagner la Tzarine, examinant tout avec le plus grand soin, et cachant, sous l'apparence du calme, ses graves sollicitudes.
Les deux Souverains se séparèrent à Kisikerman. L'Empereur revint promptement à Vienne.
IJVRE IV.
A la veille de l'incendie qui semblait prêt à iisj éclairer les rives du Bosphore, la France multipliait ses démarches pour éloigner la guerre.
Son ambassadeur près de la Porte, M. de Choiseul-Gouffîer, avait joint ses efforts à ceux du comte de Ségur. Peut-être même ces deux habiles négociateurs eussent-ils réussi , sans l'assassinat d'un courrier envoyé par M. de Ségur. Ce malheureux portait au comte de Choiseul un plan de conciliation dressé par les deux ambassadeurs, et personnellement agréé de l'Impératrice, quoique combattu par le prince Potemkin.
Au milieu de circonstances aussi délicates, la bonne intelligence entre la France et la Russie