‹ Histoire de Joseph II, empereur d'Allemagne (volume 2)Chapitre 12 sur 19 · HI6T0IHS DB JOSEPH · texte numérisé non relu

HI6T0IHS DB JOSEPH

tj subsistait toujours. £n témoignage de neutralité parfaite, le cabinet de Versailles rappela même, de Constantinople, les ofEciers français employés à l'instruction militaire des Turcs. De son côté , Catherine se montrait touchée de ces procédés ; et quand la France ^ irritée pqntre la Prusse et l'Angleterre , au souvenir de la Hollande , voulut former une quadruple alliance entre elle, la Russie, l'Autriche et l'Espagne, la Tzarine approuva ce projet ; les obstacles vinrent d'ailleurs.

Cependant l'Angleterre ne cessait d'exciter le Divan aux premières hostilités; elle espérait faire réclamer sa propre médiation pour revenir à la paix, t'at' là, Son inâuence eût détruit Tintitieoce française A Èonstantinbpie , comtne à PéteMbouï^.

Cédant à" ces suggestions, menacée pal* les deux cdurs impériales, la Porte vetiait de prendre tin parti énergique. Au lieu d'attendre la guerre, elle la déclara fièrement à la Russie. m; de Eulgakoff fut transféré aux Sept-Toui«, et uhé escadre turque Vint bombarder Kinbllm.

CàthetùHâ ne s'attendait pas à une pareille vi* gueur Surprise, et , pôiii" gagner du temps, cette princesse ofïHt de traiter soùs la médiation de la France. Mais, activant ses préparatifs, elle requit de l'Emperair les secours stipulés par le traité d'alliance.

La position de JosejA devenait embarrassante, nn Récemment il avait apprécia, ptir lui-même, les vastes acquisitions de la Russie, et les développements rapides de cette puissance naguère barbare. Déjà il se repentait d'y avoir concouru sans réclamer un équivalent. A ses yeux, ce désintérasement n'était plUs qu'une très-grave imprudence; la réparer aux dépens dès Turcs lui semblait donc un parti fort sage. Méis, d'un autre oété, rintimité toujours croissante de la Prusse et de l'AugleUrre, I» efforts delà France pour &'oppoMr au démembrement de FEmpire ottoman, les troubles des Pays-Bas qui réclameraient peut-être bientôt Temploi de toutes ses fbrces, ces diverses ooRsidératlons maîtrisaient son ardenr; Avant de se jeter dans la guerre, il hésitait. Temporiser n'était guère dans son humenr, et pourtant telle fut ta marche qu'il dut adopter.

^Néanmoins, ses préparatifs de guerre furent continués; des mouvements de troupes eurent lieu vers fes confins de la Turquie^ L'intemonce autrichien déclara mèmeati Grahd-Seigneur que, si la Russie était attaquée, Joseph vderBit à sa défense; il offrait aussi la médiation de son maître.

Mais enfin le sort en fut jeté. I.e lo février 1788, Joseph publia sa déclaration de guerre.

400 mSTOIIB DK JOSEPH II.

^ Le Roi de Prusse venait de proposera l'Ëmpel'etir sa médiation; voici la remarquable réponse de Joseph : ■ >

« Monsieur mon frère,

« Cest avec le plus grand regret que je me a vois forcé de prier Votre Majesté de renoncer « ^ être médiateur dans .1^ différends survenu» « entre moi et la Porte ottomane.

et L'épée est tirée, et certes elle né rentrera « pas dans le fourreau que je n'aie obtenu |deine a satisfaction et que je ne sois remis en posses* « sion de ce qu'on a enlevé à ma Maison.

« Votre Majesté est nranarque, et, en cette '< qualité , elle n'ignore pas les droits de ina royauté. Mon entreprise contre les OsmanUs « est-elle donc autre chose qu'une tentative lé- « gitime pour rentrer en possession de provinces « que les temps et les événements malheureux a ont détachées de ma couronne ?

« Les Turcs, et peut-être ne sont-ils pas les « seuls , ont pour maxime de reprendre , dans des « temps opportuns , ce qu'ils perdirent dans des a temps de malheur. Pourquoi n'userais-je pas « de représailles ?

« La maison d'HohenzoUern , pour arriver au « point d'élévation où elle se trouve, a-t-die usé « d'autres principes? Albert de Brandebourg con-

irvHB IV. -wn

« siiha-t-il la convenance des États voisins, lors- nêa V qu'il arracha le Duché de Prusse à l'Ordre dont « il faisai t partie ( i ) ?

a Feu votre omAe ne prit-il pas à ma mère la « Silésie, dans un moment où, entourée d'enne- « mis, elle n'eut d'autre soutien que sa grandeur « d'àme, l'amour de son peuple ?

o Qu'ont donc fait ces cabinets qui prônent « tant aujourd'huileuréquiKbreéuropéenPQuel « éqiiiraleat ont-ils donné à l'Autriche pour les « possessions qu'elle a perdues dans le cours de « ce siècle ?

« Mes prédécesseurs orri; été forcés de céder ■a l'Espagne, lors de la paix d'Utrecht ; les royau- « mes de Naples et de Sicile, par cdle devienne; o quelques années plus tard , Belgrade et la Sî- H lésie; ensuite Parme, Plaisance el Guastalla, « par la paix d'Âix-la-Chapelle; et, un peu avant, « Tortone et une partie de la Lombardie.

« Et, durant ce siècle de pertes, l'Autriche a-t- « elle fait quelque acquisition importante? Il est « vrai qu'elle eut sa part de la Pologne; mais la, « Prusse en eut meilleure portion que moi. Tes- « père que mes motife pour faire la guerre à la « Porte paraîtront concluants à Votre Majesté, « qu'elle ne méconnaîtra pas la Intimité de mes

(i) L'Ordre Te u tonique.

-lus HISTOIBE BK J(>SEPH 11-

I7W u pHitentions, et qu'elle ne sepa pas. itioios hkhi u atnie,qvi4n4 nwKi&je gcrmaniaeïaia: quelques a œntaines de milliers d'Orientaui. , , : ■(■.Votre Majesté peut, être sûrci, a» reste, que, K 4aB» l^s; toémes^ ctrcfHtâtance»! j'admettrai, « aiài»(! contre moi, les priocipes. que je pro- « fesse aujourd'hui. ':

« }ç mç^reoomirAancle à la contittuatiott de vo- « Ire amitié^ et mii av«e l>e4ûC()up d'estime, « De ViôiW! 'Maj«t(i , l'ami et bon frère, « Joseph. »

. Ce langage était clak< Fré^éric-GuiUauiiie n'insista pas 1 d'ajlleurB, illui convenait peu des'èxpliquer davantage. I^ choses en reaférént avec l'Ëmperenl-auï sJinples rapporta de omwenance. Mais il i^aerra, de ploi^ en plus, sa liaisfHii avec l'Angleterre. A dater de cette ^oqiie, Le comte de Hertlberg qui^ s^s être premier nihisfre, dirig^it toute la politique i extérieure, , se sentant à Taise, usa: pleinement; de oetlq^ liberté.

Pour ^entraver l'dnlbition de Cathèirift^<et l'humilier, il favorisa un réveil d'iodépcndance e» .Pologne; poUr :$auver l'Ëtnpire ottoman ? i^ ^"^ naça la cour de Vienne d'une invasios en Bo^ héme', et fomenta les troubles des PajS'Bat et de Hongrie.

Cependant deuK ceiit mille Autrichiens et deux

mille canons étai^t prêts à entrer en caiu|>agne. itbb Combinant leurs opératÎQiis, les alli^ devaient attaquer toute la frontière turque « depuis le golfe Adriatique jusqu'à la mer Z^Toire.

L'année précédente, Oczakaw éti|it tombé au pouToir de Catherin^. Pressé d' utiliser. cette ioi* ■ portante conquête, Potemkin réunit sur le Bug la principale armée ru^e. Une autre corps devait se joindre, dans la Buchovine, aux Autrichiens commandés par le prince de Cobourg. Enlever Choçzim, et opérer ensuite, avec les deux grandes armées, sur le Sereth, le Pruth, ou le Dniester, c'était là le r6le de ces forces combinées. A&i d'assurer l'ensemble des opérations, d'autres corps furent disaéminéa en Transylvanie, dans le Banat, dans l'Ësclavonie, dans la Croa.tie.

Sur la mer Noire, nue flotte devait concourir au succès de la, campagne.

Au commencement de mars, l'Empereur, accompagné du maréchal de I^scy , s'était rendu à l'armée.

Le a5 avry, Szabatch fut epiporté d'assaut, et la navigation de la Save. ouverte ; Joseph disposa tout pour le si^e de Belgrade.

La fortune semblait sourire aux vœux des deux cours impériales; mais ce sourire était trompeur. La flotte qu'attendait la mer Noire ne

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1788 put être éqliipée ; VAngletetre el la Hollande ayant interdit à leurs marins le service russe.

Tandis que Catherine' t^vait déjà son entrée triomphale à Constantiliople, elle se vit tout à coup menacée dans sa propre capitale. Le chevaleresque Gustave III osait attaquer, corps à corps , sa terrible voisine. Les troupes russes durent précipitamment rétrograder; le prince de Cobourg ne reçut donc que dix mille hommes. Joseph aVait tompté sur la coopération des Vénitiens; la République resta neutre. Enfin," le pacha de Scutah , qui , cédant aux. instigations de l'Autriche, s'était révolté, massacra lés officiers autrichiens placés dans ses troupes, et traita avec le Sultan.

Joseph avait adopté le système des cordons : le Grand Vizir, Yousonf-Pacha, les perçant sur plusieurs points, s'avança vers Belgrade. Délivré des Russes, c'était contre les Autrichiens qull concentrait ses efforts.

Ehhardi par la retraite de Joseph derrière la Save, l'actif Yousouf jette des ponts sur le Danube, à Cladora, court ravager les frontières du Banat, et bientôt menace la Hongrie.

La terreur se répand au loin. Vienne va-t-elle donc revoir, sous ses murs , l'étendard de Mahomet ? Ot'i est r homme appelé Jean qui arrêtera ces flots de bîirbares ?

LIVBK IV. 4(»

Déjà , pour TEmpereur, il s'agit , non plus d« itw conquérir les provinces, d'Abd-Ul-Haniid,,:aiais de n'être pas cooqluî», mais de&e défendre.

Tant de revers avaient ;déïaoralisé l'armée; une tuiiladie épidémiq.ti,e.dé9iolait'seâ ran^. La population «t les finances étaient' épuisées. A Viorne tuénie, lé pea|)te, exaspéré par la.cberté des vivres, murmurait hauteinent. r

En Hongrie, l'état .des esprits ne ne moalrait pas plus rassurant : c'était comme un terriblç écho des Pays-Bas. Indignés de réfoniies ^jUi limitaient leurs antiques privil^es , les Magnats frémissaient d'impatience devant cette occasion de. les ressaisir : sous' prétexte, de. défendue le pays, ils demandaient à «rmer leum vagaanx.

Joseph u'était'pas, né pour la gu6r}%. Brave de sa personne, m^risant :1a- mort,: actif, dittàja fatigue , il nuoiquait ué^^mpins de cfl. sa&grfroi4 devant le danger, de oe calme dam T^ction-, de ce co.up d'oui pro|npt-et sûr qui se se rencontreijtique.chez cert^nes natures .$pé<;ial«$-

Cette campagne en firt l'incohtesiafcle preuve. . Les.iâjrconstancésd^enuentfqrt^piavea. I-Xiissant'tfen^ mille liaminosà $eUiUn, l'Ëmpeneur, avQc quarante mille, alK soutenir; .Wartensleben el,]la Hongrie.

Jusqu'alors un ;vienx général, Tbonneur de l'armée autrichienne, L^udon, étxit, resté sans

iTae emploi : l'Empereur lui donne l'urmée de Croatie; lu Dation et l'armée ap|Jaudissent Symbole de victoire , le feld-mapécfaal arrive et bat , le même jour, l'emieHii sous les nturs de D'ubitza, s'empvm de cette place, traverse la Save, d^ait, près de Berbir, le corps d'observation du pacha de IVavanie^ , péftètre «n Bosnie , investit Novi, repousse une dlvisiim turque qui était venue l'attaquer, et, après deux assauts, entre dans la ptaoe.

Cq>endant le prince de Cobourg et Soltikoff aané^ient jChpCBtui. La famine, le feu des batteries dévoràiflnt la ville. Mais l'intrépide gouverneur savait qù*en prolongeant sa défense, il parsdysait l'ennemi pendaiit toute la campagne. Digue de Itii, -son béttoî^ue giarnison Ût des prodiges : ces braves sortirent de leu» tnanceaux àet mines avec tous les honneur^ de k guerre. 'De'rtôuveattx revers attendaenti' Empereur.

AyaAE réuki qU^tM-Vingt'miHe bomm^,pour agir offi^aiiramenl contre les TtircB, Uaveiit assis son' capip près de KAransébès»

LerTttt^; couvrant ki Vitlaohie, avaient pris positkin en fetee deé Âutrioy«rï. Tout était disposé pour les attaquer , tout sembiait promettre aux Impériaux la victoire. Déjà les généraux étaient venus prendre les demiOTà ordres de l'Enipereiir dans sa tente.

Inquiet flii résultat, Joseph s'adresse au ma* iv réefaai de Lascy, et lai demande s'il répond du sueofs.'^Sira, » répond ta maréchal, die suecès « «st ptnbqUc^ ¥oa» je no peùs le garatitir. *'

■iC^terépoiae, ai siinple,'si>ilatiiù«|)c,'B]arme Joseph. Il renonce à l'attaque, renvoie'le» gênéraàz & kurs quartîars et'déoidbia:t<etniite) il ira ^Fendre pofitiaâ derrièriB la' ligne de la Ternes.

Dm £E»me dpnc des oo^on'nes puraUêtestOBiles d'dnfantprie au centre^ cellea-de cavalerie suries Haiiostetles bagages dàiis les intepfaliesiCétaitau iiiiliéu dé la nuit Mais à' peine elles venaient de 9'4brB|iler;']e mAiléohal voit que f ordre de^se re+ pAieriii'a pes'ébé »iVO])éanxpiqmts«l«lagauobe de l'armée : pour les attendre, il arrête brusquement )fs troupes; L«'c0mniandeiiient de Aa//' eBt':répiAté. Ce «ot de/mà/ les colonnes ^équipages le. p'renheatpour i^/^A/'oridFattadjdèdts Turcs. i)iNousr:9oin[lies *ltaqués!'»ce'bniit ooort dans l'ombre. 'Aussitét'lésâquip^^'vôuiaqt 8*0loigner en toute bâte, tleechevaiade'pebatoH partent ad trot etalnigqlop. Ainisée^iarlf brait et les ténèbres, Fùitimteriedraità-iiBV'diai^e'de l'ennemi jdeitoutes parts on failJ'ftiuV'Ies troupes se fuçjjlçnt ayçc fur^r. On nçjut détroippé qu'au jour.

On a dit qu» Joseph, niarchaiit à l'avant-

HIST01BS DE JOSSPU II.

iTBs garde, fit in£ttre ep batterie dix pièce& de ea- Qon , et tirer sur le prétendu exmeaà. S'élaDçant de sa voiture, et montant àdieval, il s'efforça de rallier les fuyards au passage d'un pont; nuHS vainement j il fut entraîné par eux , puis séparé de sa suite.

Dans cette triste m^ée, dix mille hommes furrait tués ou blessés. Meurtrie par elle-même^ l'armée se retira dans la position désignée (t).

Avec plus de vdéciaion, Joseph , acceptant toutes les chances de la guerre, eût attaqué l'ennemi; et, certes, la Valaehie ]ui .eût coûté moinH cher qu'une désastreuse retraite qui ébranla le moral de ses troupes , afEâiblit le prestige du commandement impéiial et fortifia d'autant l'eiH nemi.

Cet échec néanoioins ne causa pas, ^ce à ^UX' heureuses circmistances, tout le maltqu'on aurait pu craindre. Fabin arrêta, les Turcs aan défilés de- la Transylvanie f et Yousouf, ne voulant pat s'engager dans la saison des pluies, .s'éloigna du Bwiat. Après . avoir jeté une imposante garnison dans Viplanka , te Grand Vizir marcha T«s Belgrade, suivi. de l'Empereur qui reprit son ancienne position ^e Semlin (a).

(i) f^tyage du maréchal. Due de Kaguse, en Bongrle, etc.,

(a) <■ J'espère, SU-c, • écrivait à l'Empereur ie priac» dr

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