LITRE IV
Cette canlpagn« "coûtait à l'Autritihe trente [^ mille hommes tués en détail, et sans avoir en l'honneur d'attacba* leur nom à quelque grande batadle ; la peste en avait dérôré quarante autres mille. I.ës seuls trophées étai^it \& prise de Szabàtdi , de Choczim , de Dnbitza , lie Novi.
Malade^ Tâme navrée, Joseph reatrâ à Vi'enne; le 19 décembre 1788.
Il se plaignit à Catherine de la lentetirde ses généraux. L'excuse de cette princesse' était dans l'imminence même du dailger qu'elle avait couni.
Telle avait été la présomptueuse confiance de Gustave, que, d'avance, il invita les dames de Stockholm à un bal à Pétershoff, au Te Deum dans la cathédrale de Saint-Pétersbourg.
Cette guerre si imprévue n'était-elle qu'une boutade ctîe^eresque, un accès d'audace incon~
Ligne, • que le mois de septembre réparera les malheurs n du Banat et les non-succès de la Bosnie.
a Pouvait-on croire que cet Empire musulman, délabré, « eût pu mettre l'Empire russe dans un tel péril? Le plan des
■ Turcs était fcort beaa ; car, si le roi de Suède avait attaqué
• (rois semaines ^us làl ou plus tard, et si le Gapitan-Pa^a
■ avait réussi, comme il le devait, à écraser, avecsa forêt de
■ mâts qui couvrait le Lïuiau, les pauvres bateaux de pê-
■ cheurs et les galères de cuisine qui formaient toute la <• flotte de notre romanesque navigation du BorySUiène, le
• Roi serait arrivé à Pctersbourg, et le Pacha à Kherson. «
410 HISTOIRE Kfi JOSEPH II.
wsùtérée? Jaloux d'iiqitiQr Moosobin-poiwkin et MEaHïolF, 6(9 prédéçefstur», le nmii^tce ru^ç, Andiré Bwpumowski, fom«ti(tût «>» Suètb h «aé-
«atep «wtpfl ïmr roi. Çtiftere $pv£frait imp^ tieqtntent ws iQ«péf«- Ilpfl Vfl^sit pm nw plue, ^«nft humwr* h gjrmmit ^cfm&liMX par Catherine au général SpreDgpopteRt -Wti ailxilûiirQ dwps Ja révolution d« 17^4,. et 'qiii'4epuû avait embrasée le «eryioe d*» HoUawl^ie d'abord , des Buflïe^ iwwii». Sprengpopt^ft ^rWflUlait niéme h iii^ur^r la. Fifliaud^ Buédpise,
Gu»taTes4 ré^lutÀ iiue éclatante vengoauqç, vMrvnt amn^' Ifl idéplar^tjw de , gM«rre d«» Turcs à la ïUl9&^i 4éjà sontUUlisliFG à Cq^^tai»^ tinople aTÈùtcoïiclut'avw ta PQHfij ui^- traité d'aJJiance offensive.. I^pui#( C\mïm XII, l'épi» d'un roi de Suède était, aux yeux des Turcs, «ne sorte de talisman. Gustave reçut des subsides considérables : la Frusse lui avança des fondai l'Angleterre promit une escadre.
. il fit sesi pré^iH-aiifs,
lUoouiBQW^i ayant deawvié . Compte de ces armeme 19 ; «Ooinptede raieB'aetlons!i»l6i répondit ôèrement Gustave, « je ri'efa dois à aucune puissance étrangère,, » Et le ministre russe rçcut aussitôt l'ordre de quitter Stockholm; mais, ,?ûhs divers prétextes, il sut diliférer son départ. - .
Avant que son projet eût tran^iré, Gustave "m était, en Finlande, aveOti<ent(hMx.miUt)hqmmes, et sa flotte nieaiaçait Cronstadt.
. : Saint-PÉtérsboarg trembla; les jetpies princes de la famille impânalé fa^ttist envt^)^ à Mescou. un ramaufiit, on exerçait à- l&'faàtej J^^nM ou vieux, ks doméstiqiies de la vine. Dans cette grave conjoncture, Catherine soutint 'd^nement son graiid caractère. .
En mièmé. temps, un secrétaire de la légation suédoise remeUaJt, ail ministère ruqaë, c^te in- Qonc^Bble:note I
«..:.. . . Cest sous ces circonstances que « le Roi s'est rendu en Htdande à la léH irl^.'iton « àrâaiée, et qu'il^dauuuade'-nnerépoi^ pat^;o- «'Fiqaa et définitive, qui' décidera dé la pttiï on . n de-la guéiTC: Vdiciiiiquellës coB^tioRS le Roi « propose la pwa à l'Impératrice i "
n {AQufelftConitéHatioiuaowski'SoitpbÈri d'une n, njMiiièf^ exsa9plaire,:pmiK toutes les intngnes » qu'il a fouettées înAmehieai^eBi^t «n- Siiède, ■ et qm'ont tràidilé'l'aiHitiè, ta' confiance et la « tMmnebanftoJliéqiitsubsistaifntentrelcsdeux <f SinfHres, afin :que ses pareils Mieht' à jamais q dégoûtés de le mêler des af&ires int^neures « d'un ewpÛMt indépendant.
« a" Que, pour dédommager le Roi des Irais « que les armements que Sa Majesté a été ibrcce
HISTOtBB DK JOSEPH It.
i7«8 a.de&ire lui coûtent, et qu'il n'est pas juste que u ses peuples supportent, l'Impératrice cède au « Boi et à la couronne de Suède, à perpétuité, « toute la partie de la Finlande et de la Carétie, H avec le gouvemementetla ville de Kexholm(i), a tds qu^ls furent' cédés à la Russie par la paix u deNistadt etd'Al>o,:en rétablissant la frontière « à SysÉtt-bedi.
o 3° Que l'Impératrice accepte la médiation du « Boi pour lui procurerla paix avec la Porte oltoa niane,et qu'elle autorise Sa Majestéà ofïrir à la « Porte la rétrocession entière de la Crimée, et le « rétaUissement des frontières d'après le traité de c i774;ou, si SaMajesté ne peut engager laiPorte « à la paix'à'Ces conditions, qu'elle puisse c^rir à «cette pùissmicé le Fétablissedtent déses fron- « tières r teJIes qu'elles étaient avant la guerre- de « 1 768 ; et , pour sûreté de ces offre* , que l'Im- «pératrioedésarme, au préalable, sa flotte, rap- 0 peUe ses Vaisseaux déjàsortis. dans la Baltique, « retire ses troupes des AouveUes frontières^' et a permette, au Boi de rester armé jusqu'à la con- « clusion de la paix: entre la Rusne etlaPorte.
Dt Le Roi attend un oui' ou un niwi, etuepeut « accepter la - moindre modification sans com- « promettre la gloireet l'intérêt, de ses peuples.
' (f) Ou Kur«l' Gorod , fimdét- ipar Ifs Suédois en 1295.'
« C'est ce que le soussigné a l'honnetir de dé- 17 <r clarer, par ordre du Boi , à Son Excellence M. a le vice-chancelier , et qu'il supplie ce ministre
0 de bien vouloir mettre au plus tôt sous les yeux (c de l'Impératrice, pour qu'il puisse faire promp- « tement parvenir la réponse au Roi son maître.
« A Saint-Pétersbourg, ce i**" juillet 178g. «G. de ScBLAFP, « Secrétaire de légation, comme seul a appartenant à la mission du Roi à q la Cour Impériale de Russie. »
N'était-ce pas l'injonction du Grand-Seigneur à quelque humble hospodar ? Catherine s'en indigna. « Quel langage! » s'écria-t-elle. «Quand le « Roi de Suède serait à Moscou, je saurais lui « apprendre ce que peut une femme comme moi, « sur les débris d'uii grand empire^ »
Le 17 juillet 1789, à la hauteur de l'île de Hogland , les escadres russe et suédoise se rencontrèrent; l'action fut sanglante. Des deux côtés , on perdit un vaisseau , et l'on s'attribua la victoire. Ijégèrement blessé, l'amiral Greig (1)
(i) Cutberiue avait envoyé à sod amira] le cordon de SaÎDt-André. Greig répondit : » Cette décoration ne se donne « qu'à une naissance illustre ou à de grandes actions; je ne ■ possède point l'une, je n'ai pas encore fuit les autres. Je
1 (^arde avec respect mon cordon ; mais je tie le porterai que " lorsque je l'aurai mérité. »
414 HISTOllB DK JOaBPH II.
n,cotitiniia à tenu' la mer, taad» que le Biic de *" Siidermanie r^agnait ke poMs de Suéde.
Malheureusement pour Gusta^ra^ uta incidetit imprévu l'arréla court devant FrédetisehanifpUce frontière deJa Russie ânbndaise. Il se préparait à livrer l'assaut, quand les troupn , maîtrisée» par leursiofl&Éiers, i-efusèrent de marcher. Tous déclarèrent que» sans le consentement de la nation , ils n'entreprendraient pas une guerre offensive.
De tels scrupules ne retenaient pas les vainqueurs de Narwa !
Ici Gustave manqua de fermeté. S'il eût aussitôt fait un exemple sévère, au cri d'en ayant! il entraînait l'armée , et , peut-être, en peu de jours, eût-il réalisé ces menaçantes paroles prononcées devant le Conseil d'État : « Si le sort (I favorise les armes de mon peuple, je n'épara gnerai , parmi tous les monuments de l'inso- « lence des Russes , que la statue de Pierre le « Grand , pour graver et éterniser, sur son pié- « destal , le nom de Gustave, »
Nulle victoire n'aurait valu pour Catherine cette défection dont le vrai but était le rétabfissement , avec l'assistance de la Russie , du gouvernement aristocratique tel qu'il existait avant 1720. Prompte à en profiter, la Tzarine requit, au nom des traités, l'assistance du Danemai^.
Ainie de l» paixv hiafs. fidèle avant tout à^ses n engagements, cette piussanue vrma une. escadre, et le prince royal, suivi du prince Charles de Hesse, s'embarqua pour- la Norwége.
Réduit à se déiéndre» Gustave trouvera des ressources dani sdn courage, de la gloiife dans le danger.
Àpcânn sur le trône, ce prince avait dit::A< Il cr £aut une guerre pour caractériser un rcgne; s paroles remarquables, mais d'une vét-ité relative..
PassiottnépouT la gloire, sans^apprécier la:di^ féreiicedes temps et des circonâtanCes, les'.jeux toujours fixés sur lés. images de GuittaVe Wasa et daGustave'Adolpbe (t) , le descendant de lies grands, holuoies ouMia trop le sage avis de Frédéric. Ea ie £élicilant aUr l'heureux rétablissement, par lui-même, de sa propre aUtorilé: « Jouissez, de v06 succès, » lui éci'ivait ce prince , K travaillez à rétabKr, daiis votre pays , l'Ordre « et la paix : mais songez ]»en qu'aujour- « d'hiii, lorsqu'il existe trois ou quatre grandes
(i) C'est en paj-lant de Gustave-Adolphe ({ue l'Empereur Ferdinaod II avait osé dire : •< Ce Roi de neige ne tardera pas 1 k fondre , puisqu'il ose Se mestirer avec le Jupiter de l*Eun rope. ■ Ridicule jactancél Ort sait comment le itoi de neige ébranla l'CM^mpe de ce Jnpiieir, et éteignit la foudre entre ses mains dés
HISTOIBB DK JOSEPH II.
IM8 « puissances qui peuvent chacune mettre^ sur "^ « pied trois ou quatre cent mille hommes, un « roi de Suède ne doit plus prétendre à la: gloire « des armes et des conquêtes, v
Voiià l'épisode impréTu (pii avait laissé aux Autriclùens presque tout le fardeau, de la campagne contre les Turcs.
Ponr Catherine , elle ne pouvait montrer à l'Europe qu'un trophée, mais il fut brillant : la prise d'Oczakow.
En résumé, les Turcs avaient été battus à Kilbourn, et repoussés de la Crimée: Trois 'fois vaincu, le Capitan-Pacha avait vu anéantir sa flotte; Oczakow et son teriitoire, l'ile de Bérisan, Choczim , la Moldavie, étaient enlevés au Gntnd- Seigneur; ses troupes avaient évacué la Valachie. Battus plusieurs fois, les Tartares dû Kuban erraient dispersés.
Quant aux Autrichiens^ maîtres comme on l'a vu, de Didiitzaj de Szabatch et de Novi, ils avaient expulsé les Turcs du Banat ; Gustave venait d'être chassé de la Finlande rbsse. Le résultat définitif de la campagne n'était donc pas désavantageux aux deux cours impériales.
Durant l'hiver, Joseph, quoique s'affaiblissant de jour en jour, activa sans relâche les préparatifs de la campagne suivante: elle s'ouvrit au mois de mars.
lIVRI IT, J(7
Gazi-Hassan était mort de douleur dans son ^ camp. Déjà le nouveau Grand Vizir, ayant laissé sur le bas Danube un corps d'observation, avait traversé le fleuve à Ruscbuk, suivi de quatrevingt-dix mille hommes. Il se bâtait vers HermauBtadt pour s'enfoncer dans cette Transylvanie où , peu de mois auparavant , les Turcs s'étaient vus arrêtés. Rompre la ligne des Autricbiens, et porter la guerre au cœur même des États héréditaires, c'était une grande idée.
Mais le sabre d'un muet l'anéantit tout à coup.
Âbd-Ul-Hamid IV étant mort, Sélim III, son successeur, rappela le Grand Vizir. Condanuié à l'exil, le général disgracié se rendait, sans murmure, à ce nouveau poste, lorsqu'au route il fut décapité.
La fortune ne tarda pas à favoriser les alliés.
Le prince de Cobourg et ce Souwaroff, depuis si fameux, avaient opéré leur jonction. Vainqueurs à Foksiani, ils marcbent au-devant de la grande armée turque, et remportent k Rim* nick ( I ) un éclatant triompbe.
L'aigte autrichienne avait ressaisi la victoire.
Au début de la campagne, Laudon s'est em-
(i) C'est là que SouwarofiT conquit le surnom de Rimnickski.
iTs»'paré de Berbir. Appelé à la tête du grand ctH-ps d'année qui s'était rétabli et renforcé, il part de Semlin, laisse Clairfayt àMéhadia (i), pour couvrir le Banat et investit Belgrade , le 3 septembre. Maître des faubourgs, le 3o, il complète la troisième parallèle. ï.e gouverneur lui demande une trêve de quinze jours : « Pas de quinze heures ! » répond Laudon. TroiS' jours après , la garnison se rend prisonnière.
Ranimé par cette glorieuse nouvelle, Joseph sembla s'arracher, un moment, des bras de la mort. Laissant son lit de douleur, il alla eoten^ dre le Te Deiun chanté dans l'église de Saint- Etienne.' La capitale retentissait d'hymnes d'allégresse; les fêtes durèrent trois jours. Détachant, de son grand costume , l'ordre de Marie-Thérèse^ dont les diamants valaient 24)<^<^(' ducats, l'Emr pereur l'envoya à Laudon, avec le titre de généralissime.
Cest de Belgrade que l'intrépide et spiritu^ prince de Ligne adressait, le 1 8 octobre, au comte de Ségur , cette lettre qui le peint si bien :
« Nous voici dans ce rempart de l'Orient, dont « nous n'avons pas ouvert les portes avec des n doigts de rose, comme l'Aurore, mais avec des « doigts de feu. La hardiesse et la promptitude
il) Dans le Bauat de Teineswar.
« du passage de la Save , la rapidité de la marche n«» a et l'entrée dans les lignes du prince Eugène, « l'audace de la reconnaissance faite jusqu'à la « palissade , tout cela est l'ouvrage de quinze n jours, et c'est vraiment digne des plus beaux a temps du maréchal Laudon : il nous montait a la tête et démontait celle des Turcs ; je ne dé- « montais que leurs canons. II a attaqué Belgrade « sur la rive droite de la Save , et moi sur la rive a gauche, où j'étais l'aigle de ce Jupiter dont je « portais la foudre.
a La prise de la forteresse a été assurée par a celle de la ville, qui est due à la plus bril- « lante, la plus éclairée et la plus active des va- « leurs , à celle du comte de Brown , digne neveu H du maréchal Lascy.
■ « J'ai fait, pendant cette superbe et vigoureuse « entreprise, une diversion avec ma flotte sur H te Danube; et ensuite, pour réparer la perte « de quelques jours et de beaucoup d'hommes à « l'attaque du chemin couvert , je redoublai le a feu de mes batteries, et j'en établis une nou- ■ velle dans une île, à cent cinquante toises de la « forteresse qui capitula tout de suite.
« Je voyais, avec un grand plaisir militaire et « avec une grande peine philosophique, s'élever « dans l'air douze mille bombes que j'ai fait lann cer sur ces pauvres infidèles. J'entendais leurs
420 niSTOIBE DE JOSEPH tl.
^ « cris (l'effroi ; car ceux des blessés étaient étout- *" « fés par le feu et !a mort.
« Écartons ces objets d'horreur. J'ai parlé asti sez longtemps au colonel de dragons ; c'est a maintenant au grand. prêtre du temple de la a Paix que je m'adresse. Quelle source de rés flexions !. A peine le mot capitulation avait été «prononcé, que dix mille Taincus se mêlaient « déjà-arec autant de. vainqueurs ; la férocité fai- ' sait place à la douceur, la fureur à. la pitié, « la ruse guerrière à la bonne foi, l'acharnement K à la bienveillance.
a On prenait du café, on vendait, on achetait.
«Le Turc, loyal dans ses marchés, fixait un « prix, livrait ses précieux effets cachés dans les « casemates, allait à ses affaires , et , sans empres- « ment, recevait son argent, quand par hasard il « rencontrait un acheteur.
« Philosophes, sans le savoir, les riches pro- « priétaires fumaient sur les débris de leurs <t maisons et de leurs fortunes. Osman-Pacha, le « sot gouverneur de Belgrade, fumait, au miUeu n de sa cour rangée en cérémonie, comme s'il u commandait encdre , et comme s'il ne s'atten- « dait pas à rencontrer un Capidgi-Bachi pour « lui demander , de la part du Sultan S^im , ce a qu'il n'a pas , sa tête; car elle était déjà perdue M à notre premier coup de canon.
o T^ Leauté et ia variété des couleurs riches i: u. et tranchantes des Janissaires, nos bonnets de " grenadiers, leurs turbans, nos cuirassiers, les u Spahis, point abattus quoique battus, letirs su- « perbes armes , leurs chevaux fiers comme eux , «leur air' ferme et jamais bas, malgré te malci heur, les rives du Danube et de ta Save, bora dées de ces figures pittoresques, récréaient tes « yeux et réjouissaient l'âme.
H On était seulement ;nn peu attristé de voip « étn'porter, par terre et par eau> les cadavres « d'hommes, de chevaux, de boeufs. et de-moua tons, qui, pendant le siège, n'avaient pas pti tf 0tre enterrés^ On sentait à la fois le niort . le « brûlé et l'essence de roses ; car. il est extraor- « dinaire d'unir, à ce point, le goût voluptueux « à la barbarie.
K Le Maréchal a demande, pour moi, la ci'oix « de Commandeur de l'Ordre militaire de Marie- «Thérèse; l'Empereur me l'a déjà envoyée. On « dit qu'ils ont été contents de ma promptitude, « et surtout de l'effet de ma dernière batterie qui « a décidé les Turcs à capituler.
« Je vùuÉ aurais écrit pendant le siège ; mais « j'avais peur que ma lettre ne devint posthume, « et je ne voulais pas vous dire ce qui se passait « dans ma tète , avant de savoir, si on me la lais- « serait sur les épaules. Adieu, rami de uaoïi •I cœur. »
4M HISTOIKE Dl JOeiPH II.
)7W Cependant Russes et Autrichiens luttaient d'avantages. En Bessarabie,àTobac,PoteDikinécra^ te conquérant de l'Egypte ,- ce grand amiral Hassan-Pacha qui tue lui-même sa fortune dans le commandement d'une armée de terre. Bender se rend k discrétion; Akennann , célèbre depuis par les conférences (i) de i8a6, Kilia-Nova (a), Isatfta , sont emportés, bmail est investie : sept mois elle résistera, pour tomber enfin sous le fer sanglant de Souwarc^ (3).
De son côté, le prince de Coboui^ prend Bucharest. Forçant les gorges de la Valachie , Ho-> henlohe s'est emparé de Bimnick et de Crajowa (4). Semendria (5) et Dadova sont aux mains de I^audon ; ne pouvant assiéger Orsovâ (6),
(i] Entre les commiwaires Bosses et Turcs.
(a) Boui^ et forteresse de la Turquie d'Europe , en Bessarabie, à l'embouchure du Danube. On l'appelle Nota pour le distinguer de l'ancien Kilia, situé, vis-à-vis, dans une île du Danube.
(3) Cette ville florissante comptait de ao à 3o,ooo bab. avant la boBcberie de SouwarofT, en 1789. I) lui en reste aujourd'hui i3/>oo enviroBi
(4) Ca|Hlale de la petite Valachie, prés de la rive gauche du Schjrl.
(5} Ou Smedreno, chef-lien du sandschat du naéme nom, au conSuent de la Jessova ou de la branche occidentale de la Morawa avec le Danube.
{6\ Sur le Unnube , à 40 lianes au-dessous de Belgrade.
défendue par sa situation insulaire ^ur le Da- nw nube , il la bloque.
Sélim se voit ^^^i enlever toute la ligne des forteresses qui protégeaient sa frontière. Nagaère i8olé«$ les unes tjes autres, leatriois grandes armées alliées s'avancent ensemble , coujine à marches forcées. Encore un^ campagne, et peutêtre une dernière victpire pr^uvera-t-dle que les Turcs n'étaient que campés en E^ropel
Du fond de sou palais , Joseph suivait « avec bonheur^ la marche triomf^uuite de .ses troupes. Ces succès i gages de succès futurs , çopiniençaJKDt à lui rendre quelque califie: Non qu'il se berçât d'illusions pour lui-même. $oq ^veni^ à lui, il le savait court, il en mesurait l'étroit horizon... Ma^ l'avenir de la patrie lui apparaissait brillant , et cô reflet de gloire:rcchau£rait le flaD>beau d'une vie prête ^ s'éteindre.
Eh bien, toutes ces promesses de la victoire, 'tous ces rêves enivrants, s'évanouinentl... U fallut y renoncer) en échange, une douloureuse série d'infortunes et d^ fautes bien cruellement ei^piées!
Un grand changement s'était opéré dans les relatitHis de la Prusse avec la Pologne. M. de Hertzberg, se préparant une alUée contre la Russie, s'efforça de rendre au sentiment national toute sou énergie, Catherine avait osé pro-
424 HISTOt» DX JOSRPH II.
« poser aux Polonais une alliance oftensive et défensive contre la Turquie. Cette offre fut repoussée, le Conseil permanent aboli, ainsi que la constitution dont Catherine s'était déclarée garante; la Diète demanda, à grands cris, l'évacuation des troupes russeâ.
Irritée de tant d'audace, la Tzarine voulait d'abord soutenir l'œuvre di la violence par la violence ; mais le comte de S^jur, M. de Cobentzel et le prince de Nassau parvinrent à la calmer, en lui représentant qu'une telle précipitation profiterait au Roi de Prusse; que ce prince entrerait en Pologne; que toute la' nation monterait achevai, et que ce serait, pour les armes de la Suède et de la Porte, une utile diversion.
Catherine se rendit à ces raisons. Voulant dissiper les alarmes répandues par le marquis de Lucchesini, en Pologne, elle affecta même assez d'indifférence sur le sort de sa constitution ; seulement, afin de ne pas compromettre la su-' reté de l'armée du maréchal Romanzoff, elle maintint ses troupes dans l'Ukraine.
Les Polonais espéraient une ligue avec la Prus^ , la Suède et le Brabant.
En peu de mois, tout avait changé de face dans cette noble contrée. Redressant fièrement la tête, les fils des Jagellons avaient repris le costume national; de toutes parts , ils couf-aient
aux armes. Naguère environné de courtisans , 17 l'ambassadeur russe restait abandonné dans son palais, tantte que la solitude de . Stanislas- Auguste était devenue un quartiw général.
An milieu de cet enivrement universel, un seul Polonais n'avait pss foi dans l'affrancbisaiement : c'était le Roi. Se rappelant le partage, dans la suspecte sympathie du Roi ^de Prusse il ne voyait qu'un but^ s'agrandir, prendre Dantzick et Tttorn. Il" calculait que bientôt la malheureuse Pt^ogne payerait , de ses débris, la funeste réconciliation de ses trois oppresseurs. Prince malheureux, qui sut toujours pleurer sa patrie et jamais la défendre!
C'est ainsi que Frédéric-Guillaume et le cabinet anglais exploitaient , contre les deux cours impériales, les saintes illusions d'un peuple héroïque. Ijeur influence éloigna aussi de la Suède les troupes danoises.
En même temps, l'infatigable Hertzberg fomentait.les mécontents: de la Hongrie, attisait l'incendie des Pays-Bas , et négociai): , ayec la Porte, uh«' alliance offensive qui ne tendait à rien moins ■qu'à. enlever aux deux cours, nonseulement toutes les conquêtes de la guerre actuelle, mais encore la Crimée et les dépouilles de là Pologne.
Dans cette crise, Joseph aurait pu se tuur-
*W HlSTOIlls DB JOSEPH II.
rwiier, avec quelque confiance, vers le cabinet de Versailles.
M. de Vergenne*, *n ^et^ avait emporté au tombeau ses antipathies ocuitre. l'alliance autrichienne. M. de Montnrarin montrait des dispositions bien différentes; il y avait réaction dans le cabinet vers l'Autriche^ Mais le mouver inejit de l'opinion publique éb^ tout autre; plus que jamaisla nation repoussait le traité de. 1756. Or, à cette époque, c'étaient dent prépondé^ rantes puissances que l'opinion publique et la nation. Les États-Généraux venaient d'être convoquésf le drame immense de la révolution française commençait.
De ce côté, Joseph dut donc attendre, au lieu d'assistimce , des vœux stériles, et bientôt peutêtre aussi la guerre.
Jetons maintenant un coup d'cfàl sur les Pays- Bas ; suivons cette lutte entre un peuple loyal, mais justement irrité, que d'intempestives réformes entraînent à la révolta , et qui proclame son indépendance, parce qu'une main imprudente a blessé ses moeurs, ses convictions, ses préjugés. De tous les patrimoine» de Tbomme , ses moeurs, ses convictions, ses préjugés^ ;soot celui qui s'aliène le pltis difficilement ) en tot^i ce qui touche à la conscience, iladroitati respect des gouvernants.
Après avoir soumis ses États allemands eti7s* hongrois à un vaste système de réformes , Joseph voulut étendre le même plan atis Paye-Bas. Cette uniformité entre les diverses parties d'un grand empire souriait à son esprit pratique [ il y voyait une importante simplification dans les rouages administratifs, beaucoup d'économies, et par suite, des avantages conaidérablës pour ses sujets.
Là, comme toujours, ses intenlions étaient droites et pures : mais il les appliqua d'uoe manière désastreuse. Son amour du bien lui coûta de magnifiques provinces.
La paix d'Utrecht avait remis tes Pays-Bas à la Maison d'Autriche, sous l'expresse condition d'en maintenir la constitution, les lois, les coutumes. Charles VI, alors Empereur, s'y engagea; Marie-r Thérèse suivit cet exemple. Sous son règne, quelques changements eurent bien lieu, tant pour la forme de la représentation du Brabant, que dans la répartition de l'impôt; mais ces changements, l'approbation des États les avait légitimés. Joseph, en montant sur le trône impérial, reconnut, confirma même les privilèges des Pays-Bas.
Nul pays en Europe n'annonçait une plus florissante prospérité. Calme, activité, richesse, tels étaient les signes infaillibles d'un-parfait ac-
438 HISTOIRE Ufi JOSEPH II.
iTMCord entre le génie des habitants et leurs institutions. La population s'élevait à deux millions d'âmes. Le revenij était considérable. Ces belles provinces liaient l'Autricheaux puissances maritimes; c'était son plus ferrite rempart contre la France.
Profondément moral, le peuple belge était profondément religieux. L'Ëmperbur commença par abolir certaines processions, des confréries et des pèlerinages qui. pouvaient peut'«tre entraîner des ' abus ^ mais cbers au catholicisme, ^usieurs couventa: furent supprimés, les offrandes proscrites, des statues ou images dépouillées de leurs, ornements. /.■..■;'■ ' Un règlement disciplinaire - ti-ès-miniitieux fut imposé à tous les Chapitres de chanoinessee. Le costume même n'y était pas épargné.
■ Dès le I a novembre 1 78 r , les Gouverneurs généraux' avaient adressé aux tribiinaut, aux riiagistrats et à l'UnivèrBité dé Louvain, une.dér pèche portant que « quciique l'Emp^^ttr fût «dans la £êrme intention de protéger et de sout a tenir invàriaUement la r^igion catholiqutï, «Sa Majesté avait jugé néanmoins; qu'il était de « sa charité d'étendre , à l'égard des Protestants^ "le^ effets de la tolérance civile qui, sans exa- M miner la croyance, ne considère dans l'homme « que la qualité de oitoybn. »
Cette dépèche établissait i*^ que la religion ns» catholique demeurerait la dominante; 2" que, partout néanmoins où il se trouverait assez de Protestants pour subvenir aux dépenses du culte, l'exercice en serait libre; 3" que les Protestants pourraient donc bâtir des temples dans les emplacements approuvés par les magistrats, et sous la condition que ces édifices n'offriraient aucune apparence extérieure d'église, et qu'il n'y au^aitniclochers, ni cloches, niiionneries;:4" que les Protestants seraient admis à la bourgeoisie» aux métiers, aux grades académiques des arts, du droit, de la médecine, dans l'Univevité de Tx>uvain, et à la possession des emplois civils, par voie de dispense.
Aussitôt les États provinciaux et les évêques avaient adressé à l'Empereur les plus vives réclamations. 1/Université de Louvain, principalement l'ondée (ce sont ses propres expressions ) pour servir de boulevard et de soutien à la foi catholique, avait dit à l'Empereur , dans ses remontrances particulières, que « la tolérance serait a le germe des dissensions , des haines et de la fu- V reur interminable des disputes , parce que la a religion catholique regarde tous les hérétiques, « sans distinction, comme des victimes dévouées a à toute l'horreur d'un supplice éternel. C'est ce « qu'elle enseigne à ses enfants comme un
I1B9 ' dosme, cooioie un article essentiel et invariable (c de leur croyance. »
L'instruction publique subit une organisation nouvelle. Détruisant les séminaires diocésains, et les écoles annexées aux couvents, Joseph établit, à Louvain (i), un séminaire général, pour tous les jeunes gens qui se destinaient à l'état ecclésiatique. Des prêtres étrangers, affranchis de la surveillance des évèques, et à son choix, en avaient la direction. De Louvain, l'Université fut transférée à Bruxelles. Les étudiants, c'était facile à prévoir, se soulevèrent ; le premier emploi de ta forcfteut lieu contre eux. L'archevêque de Malines s'était hautement opposé à toutes ces mesures, remplissant, en cela, un double devoir, comme catholique et comme dignitaire de l'Eglise : il fut mandé à Vienne. Le Monce du Pape, pour s'être associé aux mêmes sentiments, reçut l'ordre de partir aussitôt.
N'était'Ce pas jeter un bien prompt défi aux résistances?
Le i*' juin 1787, une ordonnance bouleversa toutes les formes du gouvernement, en supprimant le Conseil et le Secrétariat d'État, avec tous les Conseils et Corps émanés des constitutions nationales. On les remplaçait par un
(t) 1" décembre 17S6.
GouTCrnement général , chargé de toutes les af- i7m faires politiques et administratives.
Un autre édit du même jour renversait l'ordre judiciaire, cassait les tribunaux, annulait toutes les justices patrimoniales, et créait de nouvelles Cours hiérarchiquement subordonnées à la Cour souveraine de Bruxelles.
En6n, une troisième ordonnance, du 12 mars, dépouilla de leur nationalité les Pays-Bas. Déclarés n'être qu'une province de la monarchie autrichienne, ils furent divisés en neuf Cercles, Bnixelles, Anvers, Gand, Bruges, Tournay, Mons, Namur^ Luxembourg, Limbourg. A. la tête de chacun d'eux, on mit un Intendant, avec des commissaires nommés par la Cour et ne relevant que d'elle.
C'était fouler aux pieds \si Joueuse Entrée, cette antique charte promulguée dans Bruxelles, lors de l'entrée de PhilippeleBon, et queles Ducs de Brabaut et de Limbourg devaient toujours solennellement confirmer sous la foi du serment, avant leur inauguration.
La grande charte des privilèges du Brabant, dit l'Anglais Shaw, dans son Essai sur les Pays- Bas-Autrichiens , est nommée la Joyeuse Entrée, parce que le souverain, en prenant les rênes du gouvernement, fait serment de gouvernei" conformément à cette charte sur laquelle sont
43S RISTOIKE DB JOSEVH 11.
I7M fondés le bonheur et la sûreté de ses sujete. La Joyeuse Entrée peut être regardée comme un traité entre le prince et le peuple. Les droits et les privilèges réservés au peuple sont exprimés dans beaucoup d'articles, et on voit les conditions auxquelles le peuple consent à obéir, et le souverain à régner. Dans celte grande charte de la liberté, les droits des États de la province sont assurés ; la constitution des Cours et des Tribunaux est fixée; les magistrats et les grands officiers de l'État sont décrits; les lois et les privilèges de tous les citoyens sont rappelés et même détaillés; on n'a pas omis leurs amusements et leurs exercices. Cet acte est terminé par une clause bien remarquable, qui porte que, si le souverain enfreint un seul des articles de la Joyeuse Entrée^ en tout ou en partie, en quelque manière que ce soit, ses sujets ne seront tenus de lui faire aucun ser* vice , ni de lui prêter aucune ob^ssance dans les choses de son besoin, jusqu'à ce que le prince ait réparé et redressé l'entreprise.
a Le texte de cet acte, qui est rédigé en Flamand, étant conçu dans un langage fort ancien, renferme cependant, suivant l'observation du Président de Kény, des obscurités qui, souvent, ont donné lieu aux États de former des prétentions aussi déplacées qu'insoutenables.
a Tous les privilèges contenus dans cette tTsi Joyeuse-Entrée étaient communs au Duché de Limbourg, depuis la réunion de ces deux provinces, par l'effet de la conquête que fit, en ia88, de cette dernière province, le Duc de Brabant, Jean i".
(t Les privilèges de la Flandre étaient particulièrement fondés sur le traité conclu, le 6 juin 170G, entre le duc de Marlborough et les députés des Etats-Généraux des Provinces -Unies d'une part, et les États de Flandre de l'autre. Ce traité porte que, « sur la lettre qu'il a plu à « S. A. Monseigneur le Prince et le Duc de « Marlborough et à LL. RR. Messdgneurs les « États-Généraux des Provinces-Unies, d'écrire « à l'assemblée des députés des États de Flandre, " il a été unanimement résolu de reconnaître la « souveraineté de S. M. Charles III (depuis a Charles VI, Empereur), à qui l'assemblée se a soumet comme ses bons et fidèles sujets, dans « la confiance que Sa Majesté conservera à cette M province tous ses privilèges , coutumes et usa- << ges, tant ecclésiastiques que séculiers, et que M Sa Majesté , comme Comte de Flandre , ne souf- « frira point que rien soit altéré ou diminué en « l'un ou l'autre d'iceux , et qu'elle voudra bien fl agréer et approuver la direction de ladite proa vince, de ses chefe-coiléges, pays, villes, châtelle-
HISTUIKK M iOSBPH I
P^-v'hies, métiers subalternes et villages, et gêné- ''^« raletnetit de tous départements et districts res- « sortissants d'icelle. »
> Cette capitulation r comme toutes celles qui ctat été accordées aux villes de la Belgique autrichienne, a été ratifiée par l'art, ao du traité de la Barrière, du i5 novembre t^iS. Le Souverain , à son inauguration , faisait le serment dans les propres termes de ce traité.
K I^ c^itulation de Gahd, conclue le i" de ' janvier 1709, entre le duc de Marlborough et les députés hollandais, a déterminé, avec plus de détails, les conditions générales du traité de 1706. Cette capitulation statue :« (art. 1'') ■n que la.rdigion catholique, apostoUque et ro- K maine sera conservée, continuée et exercée en 1 son entier, dans toutes les églises et autres « lieux de la ville, districts et diocèse de Gand, K en toutes les formes et manières accoutumées; « (art a) que le Concile de Trente, n^çu daos la K Trille et diocèse, sous les limitations et restric- « tiens des Princes souverains du pays et de leurs K.Goinseiis» y sera aussi observé comme du passé; <i (art, 3) que l'évèque moderne et ses surces- « seunâ cil dignité, l'évêché, le diocèse, l'église et M le chapitre de ta cathédrale, les abbés, abbayes, « prieurés et tous autres chapitres, cloîtres, u élises, hôpitaux^ béguinages, la chambre, les
fl tables et les écoles des pauvres et d'antres se- i; " minaires, fondations, lieux pieux et commu- « naiités de l'un et de Tautre sexe, pareillement « tous les ecclésiastiques , tant réguliers que sé- « culiers, en général et en particulier, présents « et futurs, seront maintenus en toutes leurs « prééminences, juridictions, immunités, privi- ■ léges, bénéfices, exemptions, dîmes, droits, « dignités, maisons, biens meubles et immeubles, R et tous autres, tels qu'ils pourraient être, en « quelque lieu qu'ils soient situés, comme aussi « tous les vases, peintures et ornements , et toutes a autres choses destinées au culte divin, et ser- B Tant tant dedans que dehors les églises et pro- B cessions publiques et autrement; (art. 18) que M la ville de Gand et banlieue, les cbâtellenies et « pays du Quartier et Département de la même K ville, seront maintenus et conservés en toutes. K leurs prééminences, coutumes, libertés, privit léges, possessions, lùens, directions, juridic- « tion, union, dépendances, ressort et autres ï droits; (art. i5) que le Conseil de Flandre de- ■t meurera et continuera sa résidence en la ville M de Gand , avec les avocats , procureurs et ï autres suppôts; (art. 16) que dans cette ville, ï banlieue, châteUenie et pays, ne seront établis » autres juges de justice que ceux y étant d'an- < cienneté. »
K « f./» privilèges du Hainant étaient exprimés en termes généraux dans les anciennes formules de serment que prêtait le Prince à son inauguration , tant au Chapitre qu'aux États et au Magistrat. L'aînée des chanoinesses du Chapitre de Sainte-Waudru, adressant la parole au' Comte ou à son représentant, prononçait une formule de réception, par laquelle elle déclarait, « au « nom desDames du Chapitre, très-humbles filles « et oratresses du Souverain, de le recevoir à H abbé et à seigneur et prince du pays et comté f de Hainaut. »
« Cet acte de réception était suivi des serments" que le Comte prétait successivement au Chapitre, aux États et au Magistrat de Mons. Les formules, qui en sont assez étendues, portaient en somme, « qu'il garderait, protégerait et dé- ■1 fendrait le Chapitre et ses membres , le pays et « ses habitants en général , la ville de Mons et ses M bourgeois en particulier; qu'il garderait, obser- « veraitet maintiendrait les chartes, privilèges et « coutumes du Chapitre, les franchises et privi- « Jéges de la ville de Mons, et qu'il assurerait •( aux habitants du Hainaut le droit d'être jugés n par la Cour souveraine de Mons, avec raison u et justice, selon les lois, coutumes et chartes « de la Cour et du pays, et aux bourgeois de K Mons, celui d'être jugés par les Échevins de
« Mons en premier ressort, et par la Cour sou- nm
n verauie en appel , selon les cas. »
« Les trois États, composés des Pairs, Prélats, Prévôts, Doyens et Ecclésiastiques, des Ducs, Princes, Marquis, Comtes, Barons et Nobles, et des Députés des villes, promettaient « d'obéir « au Comte et dele servir, sauf les privilèges, franu chises et libertés des églises et du pays. »
a La vilIedeMons, représentée par les Mayeurs, Échevins, Conseil, bourgeois, manants et habitants, promettait et jurait simplement « d'obéir « au Comte et de le servir. »
« Les privilèges de la province deNanmr étaient également exprimés clans la formule de serment que le Comte ou son représentant prétait à son inauguration : il y jurait « qu'il garderait « les églises et leurs suppôts, les nobles féo- " daux , oppidants, communautés, veuves et « orphelins des viJIe, pays et comté de Namur^ « en leurs droits, coutumes et usages anciens et a louables. »
o Ces privilèges avaient été formellement assurés, ou plutôt confirmés, par un acte de la Duchesse Marie, du mois de mai i477f dans lequel cette princesse, « tant pour elle que pour « ses successeurs, Comtes et Comtesses de Namur, a confirme, loue, ratifie et approuve tous tes « privilèges, droits, franchises, statuts, coutumes
i7BT« et usages dont les Namurois ont joui et usé « jusqu'à présent. « Les Prélats, Nobles et Députés des villes et communautés, représentant les trois membres des États, juraient, de leur côté, a d'être « au Comte de Namur, vrais, féau^ et fidèles sn- «jets. »
« Les privilèges de la province de Luxembourg étaient, comme ceux de Namur et de Hainaul, exprimés dans une formule, par laquelle le Duc ou son représentant promettait et jurait « de protéger, défendre et garantir les trois loua- H blés Etats , comme ses vassaux et sujets , et de « les confirmer, conserver et maintenir dans H tous leurs anciens droits, privilèges, liberté^, « bonnes usances et louables coutumes. »
n Les trois États juraient également, de leur côté, H d'être soumis, obéissants, loyaux, dé- - « voués et fidèles vassaux et sujets, et d'observer h et accomplir fidèlement tout ce qui avait été w précédemment juré et promis aux Ducs par « leurs prédécesseurs. »
« ï>es Belges regardaient ces différents privilèges comme le fondement et le garant de leur liberté et de leurs droits, auxquels l'Empereur donna comme une nouvelle sanction, dans son diplôme du ta de janvier 1781, par lequel il « confirme, à l' Archidii chesse Marie-Cbristine et au ■ Duc Albert, son éponx,leGouvernementgénéraI
UVBB IV. 4»t
« desprovincesbetgiques,querimpératnGeMavi& im '« Thérèse leur avait conféré par ses lettres dii aO « d'août 1780. »
Ce diplôme de Joseph II porte, entrp aw-ires^ H que ces princes sont chaînés de sucveilipr tout H ce qui regarde la justice et la police, en fai- » sant admintôtrer et maintenir Tune et Tantre « par ses conseillers, justicier^ et officiers, sel0n< « les formes établies (i). »
De toutes parts il s'éleva des plaintes; ïôsephi n'en tint compte. ■
Bientôt on vit le Gardien des Capiuciiis de Bruxelles banni, parce qu'il n'envoyait paS' ses novices à la nouvelle école.
Chaque grande abbaye vacante ftil mise eti commende. Kn Brabant, l'Ordre du clergé était exclusivement représenté par des abbés; ilcomprit que, peu a peu, son exclusion des États- serait consommée.
Le mécontentement aUait toujours crmtisaht : or, quand les poudres sont prêtes, d'une étin> celle sort l'explosion. - . .
Un événement, peu grave en apparence, allbma l'insurrection. i>e Hordt, négociant de Bruxelles impliqué dans un procès criminel qui s'instruisait à Vienne, fut conduit aux prisons. de
(1) Dewez, Histoire générale de la Belgique, depttis la tonquéte de César, tome VI.
UISTOIBE DK J09KFH II.
17» cette ville, infraction évidente au privilège des Brabançons , d'être jugés par leurs compatriotes et dans leur pays.
Alors précisément les Etats de Brabant étaient convoqués pour le vote des subsides annuels. Prenant fait et cause en faveur du prévenu, ils déclarèrent, le 17 avril i787,aqu'après une telle « violation de la Joyeuse Entrée^ ils ne pouvaient ■ pas, sans manquer au plus saint des devoirs, « accorder de fonds, n
Le 26, les États remirent à l'Archiduchesse Christine et au Duc de Saxe-Teschen, son époux. Gouverneurs-généraux, un acte contenant, en neuf articles, les griefs du pays, avec la demande de les redresser.
Allant plus loin , le Conseil de Brabant cassa , le 8 mai, tous les nouveaux tribunaux.
Berceau de finsurrection , le Brabant en devint le foyer.
Il invita les autres États à former une confédération générale , en réclamant la garantie des puissances étrangères , celle de la France en particulier. Le mouvement devint général ; ta cocarde nationale fut arborée.
Dans ce menaçant conflit, la position des Gouverneurs-généraux était fort embarrassante. Contraires à ces innovations funestes , en prévoyant toutes les conséquences, assisteraient-ils iuipas-
sibles à la démolirion de l'autorité impériale?!^
En vain ils cherchaient à retenir le comte de Belgioîoso; le ministre plénipotentiaire objectait les ordres de son maître , et persistait dans leur exécution.
Le3omai 1786, un violent tumulte avait édaté àBruxelles. Les Gouverneurs-généraux essayèrent de calmer l'orage, en suspendant l'effet des édits contraires à la Constitution ; ils éloignèrent toutes les perswines qui avaient provoqué le ressentiment des États; ils promettaient, auprès du souverain, une active et bienveillante intervention. Néanmoins les États, en attendant la ratification de l'Empereur, suspendirent le payement de fout impôt.
On a vu que la première nouvelle de ces événements était allée trouver Joseph sur les bords du Dnieper. D'abord elle le préoccupa peu. De retour à Pereslawl Zaleskoi, il apprit le progrès des troubles, et se hâta de quitter l'Impératrice.
A Vienne, toute la gravité du mal lui fut révélée. Sa surprise devint extrême ; mais les concessions des Gouverneurs-généraux l'indignèrent. Les rappelant , ainsi que le comte de Belgiojoso , il enjoignit aux États de lui envoyer, par une députation, l'exposé de leurs griefs et de leur conduite.
« Mon Chancelier de Cour et d'État m'a préa sente vos remontrances datées du 22 juin
nn « dernier.Bleurécnvaitil.d etieveux bien encore, « sur leur contenu , vous dire par les présentes a que mon intention n'a jamais été de renverser •( la constitution de mes provinces belgiques, et « que toutes les dispositions dont j'ai chargé ■I mon Gouvernement-général, tefident unique- « ment et sans la moindre apparence d'un intéa rét personnel , au plus grand avantage de « mes fidèles sujet» des Pays-Bas, sans que j'aie « voulu priver par là les Corps (le la nation de « leurs anciens droits , privilèges . et libertés. « Tontes mes démarches vous doivent convain- « cre de la vérité de cette assertion , si vous êtes « encore capables de leur rendre la justice qui " leur est due.
a Je ne me suis occupé de quelques réformes « dans l'administration de la justice, que sur les « instances multipliées d'un grand nombre de re- « quêtes, tendantes toutes à obtenir une procéic dure moins longue et moins dispendieuse. Les « Intendances n'avaient d'autre but que de veiller « à l'exécution des lois , et à ce que les personnes « obligées, par état, à les faire observer, rem- (' plissent leur devoir.
u A l'égard de plusieurs anciens privilèges, je « n'ai pensé qu'à réformer , du gré même des in- « téressés , les abus nuisibles qui peuven t s'y « être glissés, par le laps des temps, contre le but
Cl de leur concessitHi primitive. Loin donc de pré- n « voir de l'opposition, et surtout une résistance <' aussi audacieuse, je devais m'attendre au con- « cours empressé et reconnaissant des États. Je rt veux bien, en bon père, en homme ^u;' sait com- « patir à la déraison , et qui sait beaueoup^ pari< donner, n'attribuer encore ce qui est arrivé et H ce que vous avez osé, qu'à des malentendus ou H à de fausses interprétations de mes intentions, « données et répandues par des personnes plus H attachées à leur intérêt privé qu'au bien général, « et qui n'ont rien à perdre.
a Quoi qu'il en soit, je veux bien que l'exé- « cution des nouvelles ordonnances en question « reste présentement en suspens j et lorsque B L, A.R. mes Lieutenants et Gouverneurs-génét< raux, conformément aux intentions que je « leur ai fait connaître en dernier lieu , se se- « ront rendues à Vienne avec les députés des dif- « férents États, pour me représenter de vive voix « leurs griefs et apprendre mes intentions qu'ils " trouveront toujours calquées sur les princi- <i pes de l'équité la plus parfaite et uniquement Il tendantes au bien de mes sujets, nous convien- « drons ensemble des dispositions à faire pour a le bien général , selon les lois fondamentales.
« Mais si, contre toute attente, cette dernière « démarche de ma bonté envers vous était mé-
B7 a connue au point que vous vous refusiez à me «venir porter vos plaintes, vos craintes, vos B doutes, et à m'entendra avec confiance, et que « vous continuiez vos excès honteux et vos déa marches inexcusables, alors, ne vous en prenez « qu'à vous-mêmes de toutes les malheureuses « conséquences qui en résulteront; ce qu'à Dieu « ne plaise (i)- »
En même temps, trente à quarante mille hommes marchèrent vers les Pays-Bas.
Pendant l'absence du Duc et de la Duchesse de Saxe-Teschen , le commandant militaire , comte de Murray , prit le gouvernement provisoire.
Les États de toutes les provinces s'étaient assemblés à Bruxelles , le 1 7 juillet : ils résolurent d'obéir aux injonctions de l'Empereur.
Trente députés parurent devant lui, le i5 août 1787. Leur chef tint un langage respectueux, dévoué, mais ferme; tous les griefs furent articulés.
Pendant cette lecture, Joseph, vivement irrité, se contint à peine. Voici sa réponse , par la bouche du comte de Cobentzel : « Ce rie sont pas « de vaines paroles qui peuvent faire cesser le
(1) Dépêche datée de Vienne. Dewez, Histoire ginémle de la Belgique, depuis la conquête de César, tome VL
LIVBK tV. <<*
« déplaisir extrême que me donne la conduite itst « de mes provinces belgiques ; les faits seuls me « démontreront si vos protestations sont sincè- « res. J'ai chargé le prince de Kaunitz de vous « remettre, par écrit, certains articles dont l'exé- « cution doit précéder toute délibération. Pour « rétablir tout dans l'ordre convenable , et met- « tre un terme à l'interruption du commerce, il K faut une obéissance prompte, entière. Je vous n prouve , tous les jours , que le bonheur de mes « sujets est l'unique but de mes actions. Je ne a songe nullement à renverser votre constituo tion ; soyez-en bien convaincus, puisque, mal- « gré tous vos attentats, avec de tels motifs d'ina dignation, et armé de tant de forces, je vous « réitère l'assurance que je maintiendrai vos Ua bertés. »
Après ces paroles, l'Empereur demanda à con- " naître les députés par leur nom, voulut qu'on les lui présentât, fit ensuite le tourdu cercle^ et leur dit : « Actuellement , Messieurs, la cérémonie est « terminée. Vous n'êtes plus députés; nous som- « mes tous citoyens; vous voudrez bien me regar- « der comme tel. Je serai bien aise de m'instruire, « et vous ne serez pas fâchés de m'entendre. Lors- « qu'on m'a parlé , on ne m'a jamais trouvé dé- « raisonnable. Venez me voir, le jour et en tel « nombre que vous désirerez , vers onze heures.^
87 « ce que nous dirons les uns et les autres ne tîn rera pas k conséquence; chacun de nous sera a parfaitement libre. » Et il les quitta avec bienvdllance.
Cependant lés promesses officidles faites k la députatioh auraient pu , sans les conditions , calmer les esprits. Mais imposer le rétablissement de toutes les innovations, la révocation de toutes les mesures adoptées par les États et le payement des subsides, c'étaitjà une clause peu conciliante.
De son côté, il est vrai , l'Empereur s'engageait aussi, en cas d'obéissance immédiate, à réintégrer les anciens tribunaux, à renoncer aux Intendances , à maintenir les abbayes dans leurs privilèges , et à n'établir ni l'impôt territorial de quarante pour cent, ni hi conscription militaire. Mais , en de tels procès , une transaction n'est pas possible.
On se prépara donc à la résistance.
Tout à coup , un décret impérial ordonna de tout remettre sur l'ancien pied. Sauf l'établissement du séminaire général k Louvain , et la translation de l'Université à Bruxelles, la ConstitutioD , si chère aux Pays-Bas , était relevée, la Joyeuse Entrée conârmée.
La guerre avec les Turcs fut, pour beaucoup , dans cette modération.
La tranquillité semblait revenue, quand, aa nm mois d'octobre 1788, les Etats furent convoqués; il s'agissait de voter les subsides. Ceux du Hainaut, irrités de la destitution du Duc d'Arembei^, leur: Grand-Bailli, et le Tiers-état dit Brabant, c'est-à-dire, Anvers , Louvain et Bruxelles , les refusèrent. Or, comme dans cette dernière province le consentement des deux premiers Ordres ne se donnai t^ qu'avec cette clause , à condition que le Tiers-étal suive, et pas autrement, le subside ne fut point accordé. Pour éviter ce résultat, la Noblesse et le Clergé n'avaient fait aucune démarcbe auprès du Tiers-étàt.
Vivement irrité , l'Empereur, par une dépêche aux Etats de Brabant, en date du 7 janvier 1789, révoqua toutes les concessions faites à cette province, et l'amnistie qui couvrait les individus impliqués dans les derniers troubles; il se déclarait affranchi de la Jcyeuse Entrée.
Le coup porta; car les États du Brabant annoncèrent leur soumission a tous les ordres émanant de la souveraineté impériale. '
losqph, désarmé par cette prompte déférence, retint l'effet de ses menaces; le Brabant ne fut pas frappé. Mais dans le Hainaut, l'assemblée, envahie par des Commissaires royaux et parla force armée, fut dissoute. Pour la province, plus de privilèges; on destitua les employés récalcitrants.
448 HISTOIRE DE lOSBPH li.
17 I>e comte de Trautmaosdorfï avait remplacé Je comte de Mtirray.
Une assemblée extraordinaire des États du Brabant fut convoquée, le 18 juin. Le ministre leur fit les quatre propositions suivantes : 1° Rétablir le Tiers-état sur ses anciennes bases, c'est-àdire, le composer de toutes les villes et communes, te\ enfin qu'il était avant qu'Anvers, Louvain et Bruxelles se fussent exclusivement attribué le droit de le représenter; 2" Accorder, comme en Flandre, des subsides permanents; 3° Convenir que, dans toutes les délibérations des États, la majorité de deux Ordres ferait loi; 4" Déclarer que le Conseil de Brabant, ou Cour souveraine, qui, en vertu de la Joy^euse Entrée, scellait toutes les ordonnances concernant le Brabant et le Limbourg, ne pourrait refuser de sceller et promulguer toute loi qui ne serait pas évidemment contraire à cette loi fondamentale ; que, si ce Conseil croyait devoir faire des représentations, il les porterait au pied du trône, par l'intermédiaire du Gouvernement-général , et qu'ensuite il se soumettrait, sans difficulté, à la décision suprême de l'Empereur,
Des troupes entouraient le lieu des séances.
Mais, à moins de s'immoler elle-même, l'assemblée ne pouvait souscrire à de semblables conditions. « ISon, » s'écriaient les députés, « nous ne
« violerons point une constitution que nous avons its? «juré de maintenir! » Ils refusèrent.
Le même jour, cassant les États et le Conseil de Brabant, le comte de Trautmansdorff attribua leurs fonctions au Grand Conseil de Maiines, et déclara la Jcyeuse Entrée anéantie.
Cétait dans l'existMice politique du pays une révolution complète. Cependant il n'éclata point de troubles; l'agitation ne montait pas encore à la surface.
Deux mois environ plus tard, un édit impérial rétablit les séminaires épiscopaux. 1^ séminaire général de Ijouvain existait toujours; mais il était permis aux jeunes théologiens d'étudier dans les uns ou dans l'autre. Cet adoucissement fut accueilli en silence.
Dans la vie des peuples, comme dans la nature physique, de temps à autre, au milieu d'invisibles fermentations, se manifeste un calme menaçant et solennel ; mais tout à coup l'ouragan éclate, s'élance Malheur alors aux voyageurs égarés !
L'émeute n'est que le premier cri ou le dernier soupir des révolutions. L'une de ces périodes, les Pays-Bas l'avaient déjà franchie; ils marchaient à l'autre. Le mécontentement avait pris de ta consistance ; il s'organisait.
Ses principaux chefs, le cardinal de Franken-
t BS lOSEPa II.
n«7 berg, an^evéque deMaliues, le Duc d'Aremberg, "^ beaucoup de députés des Ëtats du Ikaban t, se retirent i Bréda, s'y Donstitueut en assemblée, et adressent à l'Empereur une énergique remontrance.
Au nom de la province de Brabantt ils réclament leurs antiques privil^es; en cas de refus, c'est à Dieu et à leur épée qu'ils en appellent.
En même temps des milliers de volontaires courent aux armes ; l'Evêchë de Liège et la (léoéralité ressemblent à ud vaste camp; tout respire la guerre.
Dès la fin d'octobre , les insurgés quittant le territoire de la B^ublique, se portent sur Tumhout (i). Le général Scbrœder, avec trois mifle Autrichiens, y attaque Van der Meersch, général des patriotes ; il est battu, et les vainqueurs répandent un maniËeste. Van der Noot l'a signé, en se qualifiant ^ Agent du peuple brabançon.
Avocat distingué de Bruxelles, c'est lui qui avait engagé le Tûrs>6tat à refuser le subside- Condamné pour crime de haute trahison, d s'était réfugié esn Angleterre. Delà, n'ayant pu intéresser le cabinet britannique à la cause de ses compatriotes, il s'était rendu k B«-lin. Après n'a-
(i) Dans li) province «PAnrers, vilk bàHe,en laia, par Beori IV, duc de IrabMtt.
Toir obtenu de Frédéric-Guillaume que de va- \m gufîs assurances, Van der Noot vint en Hollande, où il put résider sous un nom supposé. Ce fut son influence qui prépara le mouvement décisif deBréda.
Cependant le comte d'Alton, commandant général des forces autrichiennes, prenait ses mesures. A peine instruit de la marche des patriotes sur Tumhout, il déclara que tout village qui prendrait part k la révolte serait incendié, et tint parole. Parcourant le pays de Campïne, la flamme à la main, le général d'Arberg força Van der Meersch k chercher un asile sur les terreft de la Généralité.
Un moment le Brabant sembla comprimé.
Alors s'alluma TBisurrection en Flandre.
Gand était an pouvoir d'une garnison autrichienne. Le i3 novembre [789» les patriotes se présentent derantla place; la garnison se bat avec acharnement : mais, le 16, les habitants s'unir sent aux patriotes, et les Autrichiens sont chassés. Aussitôt les États de la province s'assemblent-, ils brisent tout lien d'obéissance à l'Empereur. I^a Flandre entière en fait autant ; le 3o, ses États demandent la réunion au Brabant.
Un moment on put croire à un retour pacifique. Rentré dans le Brabant à la tète de 5,000 hommes, Van der Meersch, mattr« de
1787 Diest et de Tirlemont, avait pris position sur la route de Bruxelles à Liège. Le comte d'Alton lui fit offrir un armistice; on le 6xa à dix jours.
De son côté, M. <]e Trautmansdorfï s'efforçait de calmer les populations. Révoquant l'édit du 1 8 juin , il déclara la Joyeuse Entrée rétablie : amoistie entière fut proclamée ; on retendait même à toutes les provinces des Pays-Bas.
Mais les événements devinrent plus forts que cette tardive condescendance.
Une insurrection ayant éclaté à Bruxelles, les Iwui^eois se jetèrent sur la garnison autrichienne. Forcé de capituler , le général d'Alton se retira vers !Namur, abandonnant caisse militaire , artillerie , armes , munitions. C'était le plus rude échec de cette guerre. Le comte de Traûtmansdorff s'éloigna le même jour. Le lendemain, les canons autrichiens annonçaient l'indépendance de Bruxelles.
Tlne fois la retraite commencée , les Impériaux ne s'arrêtèrent plus. Malines fut évacuée: Van der Meersch occupa Louvain.
T>e [8, eut lieu à Bruxelles l'entrée solennelle des États de Brabant: ils signèrent, le lendemain, leur union avec ceux de Flandre. T^ même acte attribuait à un Congrès l'exercice de la souveraineté. En sept jours, les États du Hainaut, de
Namtir, la Gueldre autrichienne et le Limbourc itw eurent envoyé leur accession.
Enfin, le 7 janvier [790, des députés de toutes les provinces insurgées s'étant assemblés à Bruxelles, on y signa l'Acte d'Union qui constituait la République des Provincfes-Unres-Belgiques.
l^e gouvernement était déposé aux mains d'un Congrès. Le cardinal de Malines fut nommé président ; l'avocat Van der Noot , premier ministre ; Van Ëupen , secrétaire de l'Union.
Le commandement en chef des troupes appartenwt à Van der Meersch; un étranger, le baron de Schœnfeld , les commandait en second.
Le Congrès envoya des députés à Londres et à Berlin; il importait de faire promptement reconnûtre la nouvelle République.
Jusqu'au dernier moment, soit obstination d'un esprit prévenu , soit plutôt que toute la vérité ne lui fût pas dévoilée, Joseph avait compté sur une issue bien différente.
La DouveJle de cette révolution l'atterra. Fondant en larmes , « On m'a trompé ! » s'écriatA; •! Oui, les rapports de Bruxelles m'ont , « trompé ! »
Essayant des voies de conciliation , il fit partir, en toutehâte, le comte Philippe de Cobentzel, avec pleins pouvoirs de révoquer les derniers
464 BISTOIU Dl JOSIPB ■!■
17 édita, et de rendre aux t^ys-Bas leurs privilèges. Mais il n'était plus temps. En arrivant à la frontière, M. de Cobentzel trouva les insurgés mai' très de toutes les provinces, sauf le Luxembout^. Ije Congrès allait asseoir une nouvdie constitution ; on ne ddigna pis même accueillir Tenvoyé impérial,
Déaespéré de perdre un des plus beaux fleurons de ses couronnes, humilié d'être ainsi vaincu par ses propres sujets , et prévoyant quel serait , vers l'Orient , le contre-coup d'une telle défaite, Joseph n'avait rien à attmdre delaKussie, rien de la France engagée dans sa grande lutte de S9.
Loin d'assister l'Autriche , FrédériC'Guillaume triomphait d'une détresM, en^partœ son ouvrage ; car, si ce prince n'avait gardé, de la politi* que du grand Frédéric , que sa vieille haipe pour l'Autriche, du mcùns conso'vaitil ce dépôt intact.
liée à sa cause par la communauté d'intérôts, l'Angleterre ne témoignait pas , pour TDaipereur , plus de sympathie.
Du côté de la Hollande, mêmes dispositions^ et certes ses ressentiments étaient bien légitimes. X<a Hâpublique, en outre, voyait avec plaisir ûette ledout^e .Maison d'Autriche battre. en retraite. Soua tous les rapports, laBdgique indépendante
lui convenait vieux que U Belgique autri- n«> chÏÊnne.
Plus d'une fois l'ambition dev Josej^ avait alarmé les États de l'Eiapire; ils restèrent sourds à la vqix de leur chef, non sans éprouver cette maligne joie que donne aiiz faiUes l'abaissement des forts.
Un seul souverain , en Kurope , éleva ta voix en laveur de l'Empereur. Pie VI, qui certes avait à se plaindre, adressait néanmoins aux évéques des Pays-Bas un brei touohant.
Pour les amener doucement à son but , sans les choquer, il justifie leur conduite antérieure; n'était-ce pas, en quelque sorte, leur faire une leçon indirecte? « Nous savons , » dit-il , « que « vous n'avez eu aucune part active à cette ré- « volution, et que toujours voua vous êtes sou- H venus que votre devoir est de concilier une "juste obéissance à l'autorité, avec l'obligation <t pastorale de maintenir la religion intact^. Il (I nous est également connu que les États de « cette nation, pendant tout cet espace de teqips, " n'ont jamais été animés par des gentiment» de « révolte , mais que, sans se départir du juste a respect dû à César, sans cesser d'applaudir à <c ses intentivnf justes, ils n'ont point eu d'autre n but que de demander qu'on fit cesser des nou- « veautés qui semblaient avoir été introduites
456 HI8T0IBE bt JOSEPH fl.
n « contre sa volonté expresse, quoique sous son «t nom, et qui blessaient les droits, usages et ata- « tuts de 'la nation. Nous savons qu'ils se sont t toujours bornés à désirer, de la part du mo- 0 narque, une déclaration claire, simple et sincère, H qui pût calmer leurs craintes, ramener et réta- « blir, dans ces contrées, la conâance et la tran- « quillité.
« Eh bien , » continue le pontife, « ce que vous V avez si justement, si instamment désiré, ce que « les États ont imploré avec tant de pressantes « prières, voilà que César vous l'accorde aujour-
0 d'hui; il vous l'accorde pleinement, de son pro-
1 pre mouvement ; il prévient lui-même vos vœux. « Oui, il nous a informé qu'il avait déclaré, sans «restriction quelconque, qu'il laissait aux évè- « ques l'entier et le plein exercice de leurs droits, « tant par rapport aux séminaires épiscopaux « qu'aux matières ecclésiastiques, de sorte que « tout va être remis dans le premier état. Il nous rt a en outre assuré qu'il avait déclaré, sans resa triction , laisser saufs et intacts les droits des n Ordres de l'État et du peuple, en rétablissant, a dès ce moment, dans leur premier état, leurs Il privilèges, coutumes, etc., avec promesse d'ou- « blier le passé , même tout ce gui a pu excéder « les bornes du devoir.
X Les causes de ces grands troubles n'existant
« donc plus, il semble que les troubles eux-mêmes i-^ « doivent cesser, et ce sera un jour bien heureux, « bien consolant pour nous, que celui où le plus a ardent de nos vœux sera exaucé. Vous donc « qui êtes si distingués par votre science, qui êtes «si recommandables par vos vertus, pourrie&r a vous ignorer que c'est l'une des obligations de u votre sacj;^ ministère de réconcilier les sujets a avec leur prince, et de les rappeler k l'obéis- « sance? Employez donc tout votre zèle à con- « seiller aux États et au peuple de traiter avec le u ministre du souverain, pour rétablir, delà mat nîère la plus solennelle, une paix vraie et duu rable dont puissent se réjouir et l'Église et l'État. « Inculquez dans les esprits que, pouvant obtenir, « sansaucuneambiguïté, tout ce qu'ils doiventdén sirer, la paixestsans doute préférable à la guerre; « et puisse leDieu tout-puissant éloigner toujours a les calamités de ces florissantes contrées ! » Le vénérable pontife termine ainsi :
«Que les dissensions cessent; que les peuples, • fidèles et soumis, prêtent à leur, prince l'obéis- « sance qui lui est due; que le prince à son tour a aime ses peuples comme ses enfants, qu'il les « reçoive àbras ouverts au moment de leur retour «vers lui. Que les droits de l'Église demeurent a saufset intacts; que les droits des peuples soient o maintenus dans leur pureté; que les études re-
HlSTOISl Dl JMSPH I
17» » prennent leur célébrité dans l'Université de IjOu-
""* ... 11 Al
CI vain; qu enfin Ion voie renaître, dans toutes u ces provinces, l'obéissance, l'amour, la joie, la « paix et la tranquillité ! Voilà ce que nous vous « demapdonB avec instance , ce que noua nous « promettons de vos soins , de votre prudence, « de votre piété, c'est-à-dire que les enfants prè- H tent une oreille attentive à b voix pressante, « aux tendres sollicitations de leur père (i). »
Mais ce bref, si profondément érangélique, n'obtint aucun résultat. Arrivant au milieu des triomphes de l'armée patriote, la voix du souverain pontife fut couverte par les cris de victoire,
À une autre extrémité de son Empire, de semblables scènes menaçaient Joseph.
La Hongrie (3) est , au sein de la monarchie autrichienne, un État à part, ayant son chef, ses lais^ sa constitution, et ne se rattachant ni par sa langue, ni par son origine, à aucune population européenne.
Les Romains, ayant conquis ce vaste territoire, le divisèrent, à l'Orient, en Dacie; à l'Occidwit, en haute Pannonie, avec le Danube pour séparation, depuis Bude Jusqu'à Belgrade. Vainqueurs à
[ I ] Dewez , Histoire générale de la Belgique , depuis ta eon- ^uéu de César, tome VI,
Scb«el), Hùioire abrégée des ttvilés de puiir, etc.
(a] En latin, ffHfl^rrà,-enaUqn)ani^ Uagant; ca bûagroi», JUadgyar-Orszag ; en slave , Vherska-Kragina,
.lizedbyGoOgic
leur tour, au quatrième siècle, les Goths dispa- im rurent bientôt devant les Huns tlont l'empire dura plus d'un siècle. Ceat à Bude que la main de Dieu vint chercher Attila, pour labourer le champ du vieux monde; c'est à Bude qu'^e le ramena pour mourir (i).
Avec le conquérant s'était anéanti son empire. Sur les débris campèrent successivement Goths, Vandales, Avares, jusqu'au jour où Charlemagne arracha à ces derniers toute la haute Pannonie.
Enfin, au neuvième uècle, après tant de haltes guerrières et diverses, une peuplade tartare, les Magyares ou Hongrois, vinrent définitivement prendre possession du sol.
Singulière destinée! Après avoir habité en commun avec les Turcs les contrées que baigne nrtisch ()) , ils s'en étaient éloigiié« ensemble- Parvenus aux rive» du Volga, ils s'y arrêtèrent un moment, comme pour reprendre haleine, et se séparèrent, les uns marchant ïersle Caucase
(i) En 453. . '
(aj Irtû, le plus graad affluent de l'Obi, o» plulAt sa branche principale. Sorti des monts Altai, dans la Dzoungarie, il traterse le lac Diaïssang, arrose le gouvememenl de Tonisk , dans la Russie d'Asie, le N. du Turkeslan indépendant, le 8. dn gouvernement de Tobolsk, et, après une course de 6,90* kilomètres environ, va se jeter dans l'Obi, audessous de Zamorovo.
ITB7 et l'Asie Mineure, les autres, les Magyares, allant réclamer l'héritage de leurs ancêtres, les Huns... Puis, cinq siècles plus tard, ils se rencontraient en Europe, face à face, sur les deux rives du Danube : les Turcs, avant-garde de l'Islamisme; les Hongrois, rempart de la Chrétienté.
Mais avant de s'élever à ce rôle héroïque, les Magyares avaient longtemps étendu leurs ravages en Europe. Leur dernier Duc (i), Etienne 1*, embrassant le Christianisme, reçut, du pape Sylvestre, le titre de Roi Apostolique; et une bienfaisante civilisation, fille de l'Évangile, ne tarda pas à changer la face du pays.
Sous lui, le pouvoir de la noblesse fut, sinon restreint, du moins contenu. Quelques villes étendirent leurs privilèges et obtinrent même le droit de représentation à la Diète. Sous ce dernier rapport , on peut considérer Etienne comme l'involontaire fondateur du tiers état en Hongrie. Quant à réformer le régime féodal (a), il ne s'en préoccupa nullement (3).
(i) pièces justificatives. Lettre (C).
(3) Les uomtes et barons, possesseurs des grands domaines, avaient deux sortes de vikssaux nobles, les chevaliers teniem, milites prœdiales , qui tenaient des fîets dans leur n et des chevaliers servaatt, mililet servienles, soldés pour 1 cher & la guerre.
(3) Législation d'Etienne, chapitres XUI, XIV, etX
Dans ces âges que nos vices modernes quali- " fient de barbares, mais où la sainteté du serment n'était pas effrontément foulée aux pieds, l'amende punissait l'homicide, mais le bourreau tranchait la main du parjure. Cest que chez ces âmes croyantes et guerrières, la vie était moins estimée que Thonneur.
£n 1222, sept années après la conquête, par les Barons anglais, de la grande Charte sur Jean sans Terre , les Magnats hongrois , à l'autre extrémité de l'Europe (i), remportaient un triomphe de même nature sur le faible André II, en lui arrachant la Bulle d'or (2).
Mais quelle différence dans les résultats! En Angleterre, la liberté devint le bien de tous, etla nation siégea dans le Parlement; tandis qu'en Hongrie, toute vie politique fut concentrée dans la Noblesse. Elle seule constituait le peuple hongrois; hors d'elle, il n'y eut qu'une misérable populace assujettie à l'impôt, /m>(î/Yt contribuens plebs (3).
En i38i , la famille des Arpades s'étant éteinte , quarante mille Nobles élurent, dans les
(1) Tiiouvenel, LaHongrie etla Valaekie.
(a) Ainsi appelée, parce que cet acte fut scellé d'un sceau de ce métal.
(3) Recherches sur l'état actuel de la monarchie autrichienne, etc.
m JOIBPH tl.
17S7 plaines de ïlahosch , Cliarobert ( Charles-Hobert ) d'Anjou , fits du roi de Naples. On se rappdk comment Rodolphe de Habsbourg avait habilement légué à une autre époque le soin d'enfermer la Hongrie dans la frontière de l'Autriche.
SoQs Charobert et sons son fils Inouïs 1*' sarnommé te Grand, et qu'on eût à juste titre surnommé aussi Le Populaire, la Hongrie atteignit son plus haut degré de puissance. Après hien des vicissitudes, tour k tour gouvernée par des rois allemands, polonais, bohèmes, morcelée par le sabre des Turcs , elle retrouva sa splendeur , en trouvant un grand homme ; Matlàas Corviîi , c'est la Hongrie indépendante et victorieuse.
Pour l'émancipation politique de la Bourgeoisie, les deux roi9 de la Maison d'Anjou et Mathias Corvin, monarques énergiques, lui vinrent constamment en aide. Mais,, après eux, ce mouvement salutaire se ralentit, s'arrêta , et les villes perdirent peu à peu leurs laborieuses, leurs légitimes conquêtes.
Louis, second successeur de Matbias, ayant péri dans la bataille de Mohatz (i), en iSaB, l'Archiduc Ferdinand I'', beau-frère de ce prince,
(t) En 1687, les Hongrois et les Impériaux, commaiiil^s par Cfaaries IV de Lorraine, prirent, sur le théâtre même de ce désastre, une éclalantej%vanche.
avait ceint la couronne de Hongrie. Depuis lors, «m elle n'est pas sortie de la Maison d'Autriche. £n 1687, l'Ëmpereiir Léopold la fit même déclarer héréditaire.
Sous les monarques autrichiens, la Hongrie eut peu de relâche avec les Turcs, et moins encore avec les partis intérieurs.
Mais, par une sorte de compensation , ces princes accordèrent aux villes une protection constante, jusqu'au jour où Léopold I", réunissant en un seul Code .toutes les lois hongroises, assura ainsi l'existence politique des cités et leurs droits.
Marie-Thérèse, dont le nom se rattache à tant de bienfaits, étendit sur les paysans hongrois une sollicitude vraiment maternelle. Ce fut elle qui ordonna de déterminer, d'une façon plus positive, les rapports respectifs des seigneurs et des paysans , l'incertitude des relations devenant toujours, contre ces derniers,' un moyen d'oppression.
Enfin, en 17/11, le ccmâant appel de cette prÏBcease, sa présence parnû eux, ^n rallumant t'enthousiasme cheval«-esque des Hongrois, toudièrent les cœurs , rallièrent les esprits. Depuis Biéœe, toute discorde avait ceseé. Quand cette grande Impératrice mourut, la plus heureuse harmonie régnait entre le souverain et la nation.
464 RISTOIHE DB JOSEPH !■■
17 Mais cet état de choses finit avec Marie-ïbérèse.
En 1767 et 1773, avant d'être seul sur le trône, Joseph avait visité la Hongrie. Ce fut durant l'un de ces voyages qu'un paysan lui remit lin placet ainsi conçu :
a Très-clément Empereur,
« Emploi de la semaine :
« Quatre jours de corvée. Le cinquième est « destiné à la pêche, le sixième à la chasse, le « tout au profit du seigneur. F>e septième apa partient à Dieu.
«Jugez, Empereur très-juste, si je peux payer « la taille et les autres impôts. »
Cest à cette classe de Hongrois que Joseph voua son paternel appui , bien différent en cela d'André, le Hiérosolymitain , que les historiens hongrois ont placé au rang de leurs plus grands Rois, et que Sacy (1) apprécie, avec tant de justesse, dans les paroles suivantes :
« Il avait signalé son arrivée dans la Palestine par des massacres; son retour en Hongrie le fut par les soins qu'il donna au gouvernement. Il affermit l'ancienne constitution de FÉtat, rappela les anciennes lois, en créa de nouvelles;
(1) Histoire générale de Hongrie, tome 1".
mais ce décret , tant vanté par l'histoire , ne 17» mérite pas tous les éloges qu'elle lui a donnés. En le parcourant d'un œil philosophique , on rencontre, à chaque ligne, ce préjugé féroce qui persuade aux Grands qu'eux seuls méritent l'attention des législateurs, -et qu'on ne doit songer à la conservation du peuple qu'autant qu'il est utile à la Noblesse.
« André ne s'y occupe que du bonheur et de la sûreté des gentilshommes. Il les appelle exclusivement servientes patriœ, serviteurs de la patrie : comme si le marchand qui l'enrichit , le laboureur quila nourrit, n'étaient pas aussi ses serviteurs. Partout il oublie que la bêche est aussi noble que l'épée, et qu'il est au moins aussi beau de nourrir le genre humain que de le détruire. Il s'ôte, à lui-même et à ses descendants, le pouvoir d'arrêter un gentilhomme, avant de l'avoir cité et convaincu en justice; mais l'homme du peuple demeure exposé à tous les abus de l'autorité souveraine.
u André exempte ensuite les Nobles et les gens d'Église de tous les impôts de quelque nature qu'ils soient. Le Roi s'engageait encore à n'exiger d'aucun Noble l'hospitalité dans ses voyages, à moins d'y être convié.
« Il jura d'observer ce décret , permit à «es sujets de prendre les armes contre lui, s'il
4)nt HISTOIKE UB JOSEPH II.
m osait jamais l'enfreindre, et en fit «ne chaîue durable pour lier les miiiiM de ses successeurs ; dans la suite, on força les Rois, à letrp couronnement, de jurer à haute voix qu'ils l'observeraietit dans toute sa rigueur.
o Ce prince, qui avait porté la gueire si loin de ses États, ne put l«s défendre lorsqu'ils fiirent attaqués par les Tartares, en ia33. Les ravages qu'ils conttnirent alors ne furent que le prélude de ceux qu'ils devaient commettre dans la suite.
« La Hongrie place André au rang de ses plus grands rois. Les historiens, ou par crainte, ou par intérêt, vendaient leur plume aux N<Ales , et le peuple ne voyait les Rois que par les yeot des historiens ; il n'est donc pas étonnant qu'on ait tant célébré un Roi qui s'était dépouillé de ses droits en faveur de la Noblesse.
« Mais lorsque l'on considère qu'André sacrifia plusieurs millions d'hotnmes au bonheur de quelques milliers; lorsqu'on se rappelle qu'il abandonna ses États pour aller, sans sujet, tremper ses mains' dans te sang des Sarrasins; enfin, lors^ que Ton songe avec quelle indifférence il. reçut l'assassin de ta Reine , ces réflexions affaiblissent beaucoup l'estime que l'on a"»8it conçue pour lui. »
En s'eflbrvant de briseï- des chaîne» séeu-
LITBK IV, 48T
laircBr et de redresser tant d'esistences abat-iran tues, que d'aotmosités puissantes Joseph n'àlkitil pas sonlcnrer!
A son avènement, pour ne pas s'astreindre, par un serment, à maintenu* la Constitution , il avait refusé de se faire couronner. Bientôt même, sans le concours des États, l'Empereur introduisit de notables changements dans radministratioa. La tentative était périlleuse; car, avec les plus loyales intentions et par déTOÛmeait aux opprimés, il portait la main sur des privilèges constitutionnels, sur des coutumes profondément enracinées. Aussi, d'innombrables, de véhémentes réclamations s'élevèrent-elles. L'Empereur n'en tint aucun compte, et continua.
Malheureusement, l'application du nouveau système mé<»ntentait anssi ceux-là même en faveur desquels la réforme était tentée : la rigueur du recrutement, et l'éoormité des prestations en nature exigées pour la nourriture des troupes, soulevèrent une ardente exaspération.
D'actifs émissaires, parcourant les camp^ned, peignaient Joseph sous les pins noires couleurâ. A les entendre, c'était un tyran fantasque, un impitoyable mnemi du peu|^; pas un paysan, même le plus humble,- n'allait être à l'abn de ses violences, de sa rapacité. A de tels griéfe s'en joignait un autre plus amer encore, grief
» de tous les jours, grief permanent, le nouvel impôt foncier. Pour les NoUes, c'étaient autant d'actes despotiques , de flagrantes atteintes à la Constitution. Déjà la nuûn sur leurs ^aives, les Magnats réclamaient fièrement leurs pririléges, rbabit national, et, dans les actes publics, le langage de la vieille patrie.
En Hongrie T comme dans les Pays>Bas, l'étranger soufïlaît aussi le feu de la discorde.
Tant (le blessuies morales devenaient de terribles auxiliaires pour la maladie qui minait rinfortiiné monarque.
a Vouloir le bien, d s'écriait-il souv^it avec douleur, u et recueillir la haine! I^ haine de « ceux-là même pour lesquels je lutte! a
Certes, il avait lieu de gémir, mais non droit de s'étonner : car le bien , on ne le fait qu'à ce prix. Rois , assemblées, simples citoyens, tout ce ■qui pousse l'humanité en avant , rencontre d'inexorables ressentiments, d'aveugles vengeances et la calomnie , cette derniè«e ressource de toutes les mauvaises causes, cette lâche jouissance de tous les mauvais hommes.
Ajoutons, pour être complètement juste, .qu'en disposant peu à peu les esprits à ces fondamentale»'innovations-, Joseph aurait peut-être obtenu, de l'action du temps, ce que la seule action du pouvoir ne saurait conquérir : car ce sont
MVBB IV. 469
les idées qui gouvernent le monde ; à elle^ l'em- nu pire. Une révolution, c'est le. triomphe . d'^ine idée.
Mais cet avènement de la puissance morale , il faut le préparer sans brusquerie , l'accélérer sans secousses. Les coupsd'État, même au profit de la raison, de la justice et de la liberté, ne valent pas mieux, en principe, que ks coups d'Étatau profit du despotisme.
Sur ces entrefaites, après sa glorieuse campa- ^e, le vainqueur de Belgrade était revenu à Vienne. Joseph accueillit I-audon comme un père.
Bien qu'il ne semblât ressaisir encore que, par intervalles, la plénitude de son existence, Joseph régla , avec son vieux général , la campagne prochaine; il retrouvait toute son énergie pour préparer des triomphes auxquels il ne savait que trop ne devoir plus assister.
I^ commandement général deTarmée de Croa* tie fut confié au Baron de Vins, tandis que Laudon irait inspecter la Moravie, la Bohème, la Silésie autrichienne , et visiter les forteresses.
Voulant terminer la guerre en une campagne , l'Empereur mettait l'armée sur un pied formidable.
Mais, de jour en jour, l'horizon politique s'obscurcissait davantage. Une guerre avec la Prusse
470 HISTOIBB D« JOSEPH II.
w semblait inévitable. Cette ptiissanee , fivrtifiée par une longue paix, soutenue de tous les ressentiments qu'elle avait su fomenter contre l'Autriche, et, par-dessus tout, encore animée du génie militaire de son grand roi, se présentait bien redoutable dans la lice. Et si la diance des batailles tournait en sa favetir, que de désastres pouvaient sortir d'une première défaite! Effarée entre tant d'ennemis, où l'Aigle d'Autriche srrêterait^e son vol?
A tant de soucis venaient se joindre les rapides progrès d'une hydropisie de poitrine. Mais , chez Joseph , l'énei^ie morale domptait tout; jamais douleur ne monta plus haut que son cara(;(ère(i).
{t) iJ'kvaùdciuondéàl'EinpeKur uneaudieDce;M(H«<Hi n'auuraqve ce Prince, très-grièvcinrat nwlsde, u po«> Tait recevoir pei'soboe. Cepcndatil il m rappela sans doute les bontés dont il m'avait honoré en Crimée, et le désir qu*il m'avait témoigné d'éclaircir un mystère qui piquait sa curiosité, relativement à la nature des rapports intimes qui existaient, disait-on, enti'e Catherine II et le Prince Potemkin, rapports auxquels on attribuait la oonttanoe ÎBébrmIaMe 4c leu' pHigction réciproque; mugî, c««tre Tatteirte générale, il me permit de le voir.
■ Je me rendis donc à son palais, oil je le trouvai debout, mais si cruellement changé, qu'il me fut impossible 4e ne pas reconnaître que sa fin était inévitable et prochaine.
■ L'Empereur m'accuci Hit avec une extrême lionté; il s'en-
Aussi, uuUement préoccupé de ses soufifraoces itw physiques, «t ne sougeaiit qu'à faire i^ce aux mille dangers qui entouraient son trône, l'Empereur mourant essaya-t-il de fermer Içs blessures
treàot loKgteoip» avec mpi des af&ires de U ^ts^ie , et surtout de U guerre de Suède.^
• CiiiniDe, pendant son voyage en Tauride, il m'avait mùMes îois mproché d'oublier son incognito, et de lui . donner les titres de Sire et de Votre M^esté, j'avais pris tellemeni l'babitude de lui complaire sur ce point, que, yios m'en apercevoir, je l'appelai sans doute plusieurs fois monsieur le Comte, dans le cours de cette conversa- ' tiou. Il le remarqua et me dit eu riant : « Vous ètee un sin-
■ gulier borome ; en Crimée, vous vous obstioiez toujours à « ae Dommer Sire, et , àVieune, vous ne voulez absolument « parler qu'au Comte de Falkensteiu. v
« ILeprenant ensuite son sérieux, il se plaignit des obstacles opposés à laquailruple albance. «Elle aurait prévenu, > nie dit-il, • bien des malheurs. Vos ministres ont trop craint la '■(,'uerrei si elle avait eu lieu, vos Parlements n'auraient pu
■ refuser de t'ai;gent au Roi, et l'ardeur française se serait «jetéudaDs les cKmps. Au reste, qui pourrait sayoir ce qui «serait arrivé? Une folje générale semble s'ètie emparée «d« tous les peuples^ ceus du Brabant, par exemple, se nvévoltentpvce que j'ai voulu leur damier ce que votre na-
■ tioo demaiide k grands cris; « Alors il s'arrêta, se tut, et rest» <juei<|ues iustauts ploi^ dans une sombre rêverie.
• Les troubles de Louvain l'affectaient alors tellement, qu'il ne put résister au chagriu que lui donnèrent leurs prqgrès.
-£ro>a|il se pa^lui déplail'C en l'aidant à sortir di- i:e^
w que lui-même avait ouvertes. L'unique remède, c'était de révoquer des mesures dont rinjonction avait été si funeste.
Plusieurs des Édits infligés aux Pays-Bas fa>
tristes réflexions, je lui demandai s'il ne daignerait pas me charger d'une lettre pour la Reine sa sceur. • Elle est en ce
■ moment,» lui db- Je, « dans une situation bien crîtifjue.en- - tourée de partis qui se choquent et se combattent. Votre « Majesté, éloiguée de cette atmosphère de troubles et de
• passions, pourrait lui donner quelques conseils salutaires. >
' Hoi , vous charger d'une lettre I ■ me répondit-il ; « vou#
• n'y pensez pas. Je vois qu'arrivant de Russie, vous ignorez
" l'état d'effervescence et de désordre où vous allez trouver '
• votre pays : partout le peuple est en armes ; partout les uns
■ croient voir arriver des brigands, les autres pilleutleschâ-
■ teaux. Il n'y a plus de police, parce que chacun prétend
• la faire à son gré. Au moindre soupçon , un voyageur est r arrêté ; vous pouvez l'être , et si l'on trouvait sur vous une
■ lettre de moi , je ne sais trop cv qui vous arriverait. "
« J'espère, .Sire, ■ repris-je, « que les rapports parven nus à Voire Majesté sont exagérés. Cependant, si vous
■ croyez que votre lettre courrait le risque d'être compro- " mise, ne pouvez-vous, au moins, faire parvenir ïerbale-
■ ment, par mM, au Roi et à la Reine, ce que vousjugo'ez " utile pour eux dans de si graves circonstances? >
" Eh ! quels conseils, ■• répliqua l'Empereur avec un peu de brusquerie,' quels conseils voulez-vous que je leur donne,.
■ lorsque je les vois entourés de gens qui lenr persuadent T qu'avec un régiment, une compagnie de gardes du corps, «quelques acclamations, et des cocardes arborées au milieu ■1 d'une orgie, on peut arrêter et anéantir une révolution?
UVBB IV. *78
rent donc rapportés, et les États rendus aux prb: itm vinces. Mais il était trop tard. Un jieuple , en possession de sa propre souveraùieté, ne fabdique pas devant les concessions d'un maître étranger vaincu.
D'un autre côté^, les Hongrois obtinrent satisfaction. Joseph , non content de se refuser au couronnement, avait même fait enlever et transporter, à Vienne, la couronne de Saint-Etienne, si pieusement gardée au château de Presbourg: téméraire outrage fait à l'orgueil national. Réduit à fléchir , l'Empereur promit son couronnement pour l'année suivante.
En attendant, et afin de se faire précéder parmi eux d'un gage auguste, il rendit aux Hongrois cette couronne, objet du culte populaire. C'était leur rendre la vieille patrie, avec tous ses souvenirs de religion, de gloire, d'indépendance. Jamais libérateur ne fut reçu avec plus d'enthousiasme; partout, sur le passage de cette amie vénérée, retentissaient des chants d'allégresse, s'élevaient des arcs de triomphe. A Bude, on l'exposa dans la cathédrale aux regards du peuple. TransEé-
" Je les plains; mais je ne pourrais leur indiquer, de si loin, " d'autre moyen, [Kuir se tirer d'un si mauvais pas, que beau- 1 coup de prudence et. de fernleté. S'ils en ont, [oui s'arran- "yera peut-être; s'ils en manquent, je n'ai rien à leur dire. • iSfl^'ur, Mémoires, soiwenirt et aaecdoten.
4T4 HISTOIBI DE iOSBPH 11. ,
17M rée, la nuit , dans la chapelle du palais , deux officiers la gardaient, le sabre à la main; toute la ville était illuminée.
Ne s'airètant pae là «j^ns ce retour à une politique meilleure , Joseph rétablit la constitution hongroise, telle qu'à son avènement
Sur une nation loyaie, sensiWe, généreuse, le succès de pareilles mesures était infaillible. En peu de jours, des ressentiments lentement amassés s'adoucirent; la Hongrie, heureuse et libre, allait se montrer reconnaissante. Jpseph n'eut pas le temps de jouir de ce consolant spectacle. La mort saisissait sa victime.
Ce prince était fortement organisé, et la plus austère tempérance rég^ toujours sa conduite. Mais de bonne heure les travaux avaient ruiné sa santé. La campagne de 17^8 lui porta les derniers coups. Respirant, dans le Banat, les miasmes pestil^itiels des marais, partageant toutes les &tigues du soldat, couchant sur la terre, ministre et général à la fois , il expédiait luimême, et de sa main, toute son immense correspondance. Jamais homme ne prit plus ses devoirs au sérieux.
Dès le mois de décembre, son état avait inspiré de très-vives inquiétudes. Cependant, l'art et les soins semblaient triompher dn mal ; mais pour consolider cette apparente convalescence, il
eût fallu du repos. Or, le repos était iic^isible itw à Joseph. « Je Tois bien, t, disait-i) un jour, « que, « pour me reposer, il Die faudra cessâr de vivre. » Son médecia insistant : k Je suis si accoutumé ' au travaij, » lui dit ]'£mpereur, en soutenant à peine «a plume, « qu'il me serait beaucoup plu« « pénible de ne rien faire, alors surtout que les « intérêts de mes sujets eiigent toute mon atten- « tion. >
Et malgré d'atroces 9ou0ranoes, il continua. C'est la, révolution deg Pays-Bas qui lui donna le coup de grâce.
Peu de jours avant d'expirer, il disait au Prince de LJgne : « Votre pays m'a tué ; Gand pris a été a mou agonie, et Bruxdtes abandonné, ma mort.
H Quelle avauie pour moi! quelle avanie! il
K faiidrait être de bois pour que cela ne fût
a pas Allez aux Pays-Bas; faites-les revenir à
■ leur souverain , et, si vous ne le pouvez pas', u restez-y. Ne me sacri6ee pas vos intérêts; vous s avez des en£mts. »
L'&me navrée, il disait un jour : « On a or- K donné des priènes publiques pour le rétablisse- « ment de ma santé. Je le sais; mais je sais aussi « que la plus grande partie de mes sujets ne « n'ainK pas. A quoi donc peuvent servir des « prières que le ccuar oe dicte point, et vaètne « qu'il dément ? »
I7S» Plainte amère malheureusement trop fondée 1 Oui, l'Empereur n'était pas aimé, parce qu'il n'était pas compris.
Vers le milieu de février, sentant approcher ■■ sa fin, Joseph voulut savoir le temps qui lui restai^ à vivre : a Quel que soit l'événemeot, » ajoutait-il , « je suis prêt, a
M. de Quarin, récemment créé baron par l'Empereur, lui ayant avoué, avec franchise, que la science était impuissante , et qu'il ne lui restait que peu de jours à souffrir: a Vous l'avez eno tendu, n'est-ce pas? » dit-il, sans s'émouvoir, au prince de Kaunitz.
Congédiant ses autres médecins, il ne garda auprès de lui que M. de Quarin et son confesseur.
Ensuite, il écrivit àl'Archiduc Léopold, son frère, en le pressant de venir, et réclama les secours de l'Église.
Toute la cour accompagna le viatique jusqu'à la salle qui précédait la chambre où le chef; de l'Empire allait solenniser le néant des grandeurs humaines. X^'abattement était sur tous les visages. De vieux généraux , rep'résentants de cette armée si dévouée à Joseph , versaient des larmes ; la foule des- serviteurs éclatait en sanglots. Seul, le mourant se montrait calme : il reçut l'extrêmeonction avec le recueillement et la pieuse résignation d'un chrétien.
Ce même jonr, 17 février, l'Empereur écrivit, 171 lui-même, à ses deux sœurs, et le lendemain, au prince de Potemkin , en lui recommandant les intérêts de l'Àutricbe, en l'invitant à traiter de la poix, mémeen'fion nom. Il appelait, siir son successeur, l'amitié de l'Impératrice.
Après une crise violente, son médecin le trouva travaillant à l'avancement de plusieurs ot ficiers. Comme il lui représentait tous les dangers d'une semblable fatigue : « Mon cher Qua- 0 rin , » lui répondit Joseph , « ne m'avez-vous <c pas, vous-même, annoncé qu'il ne me reste que u quelques jours à vivre, et, encore, qu'un mo- « ment peut terminer ma vie? Eh bien, d'un mo- « ment aussi dépend le bien-être de ces brav^ a militaires qui ont si bien mérité le grade au- « quel je les élève. Mon frère n'a pas eu , ainsi a que moi , l'oGcasion d'apprendre à les connai- « tre. »
L'Empereur avait voulu voir encore une fois l'Archiduchesse Elisabeth, qu'il chérissait en père. Princesse de la maison de Wurtemberg, et sœnr de la Grande-Duchesse de Russie, c'était lui-même qui l'avait choisie pour compagne à son neveu chéri, l'Archiduc François. La jeune princesse lui avait voiflé une tendresse filiale.
En se rendant à cette dernière visite , o Au « moins , » disait-elle ati curé de Laxemboui^ qui
478 mSTOIBB DB JOBBPH II-
Tw l'exhortait à la ré«gnation , « si j'étais assurée de « le précéder dBn& le tonabeau 1 J'avoue «|u«;f de- « pui» sa maladie, je d^niuide au ciel de me re- « tirer du monde arant qu'il le quitte. »
Tristes TOenx qui ne devaient être que trop tôt exaucés !
L'oitrevue fut déchirante. Joseph , <H^ignant que la pâleur de son visage et l'altération de ses traits ne produisent sur la jeune, princesse une trop violente impression^ fait fei*merles fenêtres de sa chambre; une seule bougie, placée loin du lit^ l'éclaire.
Mais à peine l'Archiduchesse est-^e entrée dans ce li^i funèbre, déjà semblable à un tombeau , à peine o-t-elle entendu la voix tremblante de son pncle s'arracher , avec effort , d'une poitrine brisée , que ses forces l'abandonnent : elle tombe saos connaissance ; on' l'emporte.
Bientôt elle rentre. Alors Joseph, dominant sa propre émotion, la conjure, au nom de l'enfant que renferme st>n sein, de subir, avnc fermeté, cette nouvelle épreuve. « La seule chose qui me « rende mcMLétat a«tuelbien pàûble,najdntert-il, « c'est que vous approchez du terme de votre « grossesse. »
Lui donnant Mtsuite sa bénédictiob , ils se séparèrent.
Nais ce n'était pas assez des poignantes au-
goîsses du monarque; Thotnine devait épniseriTM tontes les infcH'tunes.
Josej:^ sarrait l'accouchement de l'Àrcbiduchesse très-procfaain. Pendant la nuit du 1 8 février, il envoya, d'heure en heure , prendre de ses noiivdles; mais, le 19, on n'eut plus qu'une terrible réponse à lui faire. Tant d'émotions avaient avancé te terme marquéparla nattire.La princesse, en donnant le jour jt une iille,esf»ra. Le confesseur de Joseph se chat^ea de la triste mission. A cette nouvelle , l'Empereur resta quelques instants comme anéanti. Puiff, élevant au ciel ses yeux humides de larmes : a O Dieu ! > s'écria-t-il , « que ta volonté soit faite! »
Peu après, ayant aperçu le comte deRosembCfg, il lui fit signe d'approcher, u Hélas! » lui dit-il avec une indéfinrâsable expression de douleur, « ce que je souffre est incroyable! Je me « croyais préparé à supporter toutes- les angois- « ses qu'il plairait au ciel de m'envoyer; mais cet " affiréut malheur surpasse tout ce que j'ai ja- » mais enduré. »
Après ce dernier assaut, toute son énerve reparut. La veille de sa mort, il donna encore quatre-vingts signatures.
Joseph dicta des réflexions qu'il envoya au prinfce de Raunitz, avec un billet 00 il lui exprimait son estimé et sa recorniscissance. a J«
nia 11 regrette,» y disait-il, «de ne pouvoir plus pro- « fiter de vos sages conseils. Je vous embrasse, u et vous recomioande , en ce moment de dan- « ger, ma patrie qui fut toujours ma première « afifrction. «
Adressant ensuite ses adieux à l'armée, il fit publier l'ordre du jour suivant :
« Je me croirais coupable d'ingratitude, sii au u moment de quitter la vie , je ne témoignais à R mon armée toute ma satisfaction pour sa fidéa lité, sa bravoure, sa discipline inébranlables. a La gloire et le bien-être de mes troupes ont a toujours été les principaux objets de mes soins, o La dernière campagne a comblé mes vœus les « plus ardents, et la renommée de mes troupes o s'est répandue dans toute l'Europe. Cette re- « nommée, elles la soutiendront: j'en emporte a la certitude; c'est ma consolation à mes der- « niers moments.
« Je n'ai point voulu descendre dans la tombe « sans avoir donné à mon armée ce témoignage « public de mon affection , ni sans lui avoir ex- « primé le vif désir qu'elle montre, à mon suca cesseur et à l'État, la même fidélité qu'à moi. »
Faisant alors appeler toute sa Maison , l'Empereur remercia individuellement ses serviteurs. Quoique tous fussent déjà compris dans son testament, il gratifia cbaciin d'eux de cent ducats.
iiVBK rv. 481
Prêt k s'éteintire, son dernier souffle se tour- i^ nait encore vers l'État Se rappelant que le Prince de Cobourg était malade, Joseph envoya, par une estafette, au prince de Hohenlohe, l'ordre de se rendre à Bucharest, pour remplacer, au besoin, le général en chef.
11 ferait au Chancelier d'État, un écrit de sa main, pour tirer, de son trésor particulier, un million de Hortns, avec ordre de les placer, à intérêt, au prcfil de Flnstitut consacré, par lui, aux braves défenseurs de la patrie.
Il voulut aussi que, pendant quatorze jours, à compter de cejui de sa mort, la paye du soldai fût doublée.
Puis, après avoir ordonné les préparatifs de la pompe funèbre de fArchiduchesse, réglant ses propres funérailles , l'Empereur recommanda expressément qu'on le plaçât auprès de-sa mère. Préoccupé delà santé des autres, il fît imtnédiatement ouvrir le caveau qui l'attendait, afin que les miasmes insalubres d'un lieu rarement aéré, n'incommodassent personne.
La veille de sa mort, il reçut encore ses ministres. <> Je meurs , » dit-il au feld-marécfaal Ijaudon, « avec la certitude consolante que vous « serez le protecteur de mon armée. Donnez-moi (c votre main : bientôt je ne jouirai plus du plaî- « sir de la presser dans la mienne. »
ia S'étant fait apporter la princesse noiivf^ement née, il la prit entre ses bras, ef ^bén;): en gisant: «Chère, chère enfant! yr^i portrait de ton B aimable, de ta vertueuse mère.....! Qu'pn.l'em- « porte, B ajouta-t-il , « car ma dernière henre est ■« venue. » ,,,....
L'agonie commençait. Purant ^ux }ieiire^ encore néanmoins, il soutient, en chef de l'Empire, \^ne entrevue avec, son neveif.
Ensuite Joseph demande ^n confesseur qui commence la prière : « Dieu! i^ous te .'lo.i.ijons. » L'interrompant , « Seigneur, toiqui^jen] qs ç[on- « nu mon cœur,» s'écria le mourant,, « c'est toi n que je prends à témoinîOui, toutes {fies entre- « prises n'ont eu d'autre but quçlebien et llayan- « tage des sujets dont tu m'avais cppfié le ^oin' « Que ta volonté soit faite !» Et il écouta 1b prière avec calme et recueillement.
lie maréchal de Lascy, le prince de DietKÎcbt, le comte de Rosemberg, le baron de StorcL et le confesseur, ne l'avaient pas quitté durant cette uuit suprême.
Vers quatre heures du matin , après un court sommeil, l'Empereur les retrouvant autour de lui: «Vous êtes encore ici? » leur, ditril d'un, ton reconna^sant. Alors il prit un peu.de bouillon que lui présenta le baron de Storck, et demanda tle nouveau son confesseur qui, s'approchant
Liv^ IV. 483
du Ut, lut encore des prières. A ces mots : Nous n» rwus reposons sur (a foi, t espérance et Vamoury l'Empereur répéta ]e mot foi très-haut, celui Sespérance plus poséipent, mais bien articulé, et celui d^anwur avec la plus grande ferveur.
K Arrêtons-nous là, » dit-il alors, « ce livre ne « me servira plus; Je vous en fais présent ; conser- « vez-le pour l'amour de moi. »
ËLçntôrsa vue s'éteignit : mais sa raison restait tooit entière.
On l'entendit encore dire : « Comme homme et « comme souverain, je crois avoir rempli mes « devoirs, r.
Puis, se tournant sur le côté, il respira fortement et mourut.
Il avait quarante-neuf ans.
■ Ainsi finit Joseph ( i ), avec ses éminenlçs qualités, dues au plus généreux naturel, avec ses défauts , fruit d'nne éducation mal dirigée.
(i) Dans M doiiletir sincère , le Prince de Ligne écrivait à la Tzarine :
.n Le soldut dira : n Jos^fdi II a essuyé bien de» coups de ncapoii à la digue de Bfi&çhauia , et des coups de faut dans -les faubourgs de Sabatsch ; il a imaginé des inédaillei pour « la valeur. » Le voyageur dira : • Quels beaux, établissemenls «pour les écoles, les hôpitaux, les prisons et t'éducaiion ! • I«e manuracturier: «Que d'encouragements ! <• Le laboureur : « li a labouré lui-même. n L'hérétique : 'Il fut notre défenseur.»
• Pourquoi, malgré des erreurs graves, ce monarque insj)ire-t-ii une sympathie profonde? C'est que, sous celte pourpre impériale trop souvent agitée par l'ambition, on sent néanmoins toujours battre un cœur sensible, humain, généreux. C'est que le maître d'un immense empire, en voy^t ses plus humbles sujets , croyait à ses semblables, et regardait leur bonheur comme uu dépôt confié à ses soins par la Providence.
Rempli d'un juste dédain pour les prétendus avantages de la naissance, pour toutes les puérilités nobiliaires, Joseph ne considérait dans l'homme que l'homme même. Le mérite, l'intelligence, la probité surtout, telles étaient à ses yeux les seules vraies supériorités. A la vue d'uti titre sans valeur personnelle , il levait les épaules. Le faible, l'opprimé trouvèrent en Joseph un inébranlable appui.
Les Présidents de tous les Départements, les che& de tous tes bureaux diront : • Il était notre premier commis et notre 1 surveillant à la fois. i> Les ministres:' I) se tuait pour l'État, "dont il était, disait-il, le premier sujet. n Le malade dira : «Il nous viùtait sans cesse. 'Le bourgeois: 'Il embellissait nos n villes par des places et des promenades, u Le paysan, le domestique diront aussi : « Nous lui parlions tant que nous • voulions. » Les pères de famille : « Il nous donnait des con- -•> seils. •> La société dira i » Il était sur, aimable, il racontait R plaisamment; il avait du trait dans la ( ff pouvait lui parler avec vérité sur tout. •
Les pauvres l'avaient surngmmé leur père! ,;g, c'était là une sainte couronne d'Epipereur. "*°
Dans son respect sincère pour la nature humaine, il regardait toute tentative de corruption comme un attentat. Aussi ne fit-il japiais de l'or qu'un usage pur, irréprochable. Il savait que le plus grand crime du pouvoir, c'est de dépraver lès coeurs, de fausser les consciences , et qu'avilir les hommes, c'est blasphémer Dieu.
Toujours fidèle à cette noble conviction, Joseph s'est fait, en cela, un rôle à part, une gloire à lui.
De son vivant, ce prince. eut pour ennemis les privilégiés de toute espèce, race implacable contre quiconque ose réduire son immense curée. D'une extrémité de l'Empire à l'autre, ijs organisèrent le mécontentement, semèrent la haine et la calomnie, préparèrent les résistances. Aussi, quand des réformes prématurées soulevèrent imprudemment les peuples, tout était prêt; un des souverains qui ont le plus honoré le trône , fut combattu comme un tyran farouche.
Ces mêmes ennemis ont poursuivi Joseph au tombeau (i).
Mais la mémoire de ce monarque est sous la sauvegarde du genre humain?
(i) Voir Pièces justificatives, lettres N et O.
tttt Si l'histoire a dû relever et déplorer »ea fau-
'^"^ tes, elle doit aussi justice entière au souverain
longtemps méconnu; elle peut, sans adulation,
inscrire le nom de Joseph parmi ces noms d'élite
que bénit la postérité.
Aujourd'hui , à l'heure qu'il est , l'Autriche vit des mêmes idées qu'elle repoussa .* tout imprégnée de l'esprit de Joseph, elle prospère avec calme, à l'ombre de ses réformes. Un homme d'État, dont nul ne peut récuser la longue expérience et la haute autorité, a dit qu'en inoculant ce germe salutaire au corps de la Monarchie, Joseph l'a préservé, pour longtemps, de toutes révolutions.
Heureux les peuples que leurs Bois dispmient de recourir à ces terribles ressources !
PIECES JUSTIFIC VTIVES.
Capitulalion (le Charles-Quint.
" Charles V promet :
« Aux Électeurs eu particulier j
< 1° De ne point les gêner d&m leUrs assemblées particulièresf ■ '
« '3° De demander leur consentement, pour codclm'e des aUlanoes, pOur ab^er oU engager qiiéique portion du domaine de la Couronne ; pour l«i guerres de l'Empire, quand la nécessite et les circonstances du temps ne permettraient pas de consulter les États assemblés dans une Diité ; poiir convoquer les Diètes , lesquelles ne ptmitaiënt ètrt assemblée^ qù'eh Allemagne; pour créer â6i péages nouveaux ou augmenter les anciens ;'ptfur imposer *de9 c^mtfibiltinns extraordinaires, au cas d'une nécessité pressante ;
" 3* De leur conserver le droit d'élire librement les &npereurs , sans ehei'dier à rendre l'Empire béréditaire: ......
4io HTSTom DE JOSEPH It.
■ Aux Etats assemblés en Diète ;
■ 1° Le droit cie confirmer, de renouveler, de ehanger et de porter des lois ;
' > a" De concourir au maintien de la paix publique ; B 3° De résoudre et de déclarer la guerre , et de feire la paix au nom de l'Empire ;
• 4° De porter des règlements pour faire fleurir le commerce ;
« 5° De faire des ordonnances monétaires ;
• & De convenir des taxes et contribuûons de l'Empire ;
' A ces droits, il faut ajouter tous ceux que la Diète avait déjà exercés sous Maximilien I", et dont il n'est pas fait mention dans la capitulation, savoir :
■ 7° Le droit d'établir des tribunaux suprêmes ;
■ 8^ De juger les causes criminelles des princes » soit par elle-même, soit par la Chambre impériale;
■ jt" D^ veiller sur la haute police de l'Église et de l'État, et de faire des lois pour la maintenir ;
• Aux États en particulier;
■ L Tous les droits de souveraineté;
■ IL De ne pas permettre qu'on les y trouble autrement que par la voie de la justice ordinaire ;
• III. De ne pas les obliger à comparaître devant d'autres tribunaux que devant ceux de rEiï^>ire;
■< Aux États en général ;
" 1° De ne pas disposer des fiefs vacants, mais de les réunir au domaine de la Couronne ;
PIÈCES JUSTIFIUTIVES. 469
• 2' De ne coniérei les charges de l'Empire qu'à des Ail email ds}
■ 3° De ne point donner des dispenses contre les lois de l'Empire;
« 4° De ne se servir dans les actes publics que de la langue allemande ;
• S" De ne mettre personne au Ban de l'Empire sans observer les formes de la justice , c'est-à-dire en le faisant condamner par (a Diète ou par la Chambre impériale. >
(PfefFel, j4brégé chronologique de l'Histoire et du Droit public d'j4llemagne.)
Traité de JVestphalie.
' Il faut distinguer, dans les négociations des traites de Munster et d'Osnabmck , appelés vulgairement La Paix de Weslphalie :
<> 1° Celle qui eut lieu entre la France et i'Em- ■ pereur.
" a" Celle entre k France et l'Empire.
• 3° Celle de la France avec l'Espagne.
1 4° Celle de la France avec les Provinces-Unies.
• 5° Celle de l'Empereur avec la Suède.
" 6" Celle de la Suède avec plusieurs princes de l'Empire.
>■ y" Enfin, celle de la Suède et de la Fmace, « La paix de Westphalie offre donc une complication d'objets, de discussions et d'intérêts qui la rend, pour ainsi dire, colossale auprès de la plupart des autres traités modernes, dans lesquels on ne rencontre pas, à beaucoup près, autant de haines à désarmer, d'opinions à accorder et de sacrifices à exiger,
• Les principaux ressorts de la négociation générale furent, de la part des parties intéressées, la temporisation, et l'enTie de désunir leurs ennemis.
" 1° L'Empereur voulut, mais sans succès, détacher la France de la Suède; l'Espagne s'occupa àséparer les Provinces -Unies de la France, et y parvint; la France eut en vue d'amener une scission entre l'Empereur et les États d'Empire, et elle y réussit en partie.
" a° Mazarin, qui, de Paris, imprimait le mouvement aux négociations et aux résolutions définitives , fit naître mille difficultés et entraves , soit par des tues particulières et'pour se rendre itécessaire , gok dans l'espoir d'amener les ennemis , par lassitude , à céder alis J»rétentions de sa cour. Mais toutes les puiSsdnées , Sachant que l'adresse et les secours de l'esprit ne suffisaient pas, et qu'il faut vaincre dans les camps poiiv vaincre dans les congrès, t^diaientd'anivet' au but par l'action des armes. De là Unt d'entreprises hardies , tant de hauts faits d'armes, tant de campagnes savantes, première école de la tactique moderne. '
« Les traités de Munster et d'Osnabruck détemiinè-
PIÈCES JUSTlFtCATITBS- 491
rent les rapports de l'Empereur et de l'Empire, de la religion catholique et de la luthérieutie , et, sous le titre modeste de Salisfaction , fixèrent les riches iodemnités de la France , de la Suède et de leurs alliés. Ces divers États, à quelques nuages près, se soutinrent parfaitement jusqu'à la an, dans un concert qui devint uùle à tous.
■ La France, indépendamment de l'augmentation de territoire, accrut son influence dans l'Empire, consolida l'existence constitutioniielle des princes germaniques , et trouva parmi eux plus facilement des alliés. Elle acquit même dès lors en Europe une prépondérance supérieure à celle dont elle avait joui ju5qu'alor5 ; juste prix des efiorts qu'elle avait faits pour assurer à l'Allemagne la liberté religieuse et politique.
■ Enfin , toutes les vastes opérations déterminées par la paix de Westpbalie furent consolidées par des garanties étroites , pleines de prévoyance. Ce furent les obligations réciproques de Unt d'Éuu liés par un même esprit de conservation, qui donnèrent aux traités de Munster et d'Osnabruck une solidité supérieure à celle d'aucun autre traité connu j en sorte qu'ils s«nblent n'avoir fini que pour prouver qu'il n'y a point de transaction étemelle. Mais une durée de près d'un siècle et demi est sans doute un assez grand bienfait pour l'humanité , comme un assez beau titre pour les auteurs de ces deux actes mémorables.
■■ Le Traité de Westphalie a été appelé le Code de» nations, quoiqu'il ïie fftt qne le Cot/e de l'Allemagne.
491 HISTOIHE DE 708EPH 1[.
Mais si l'on observe que l'Allemagne est, par sa centrar lite, la clef de la voûte européenne, son organisation politique devenait le fondement de l'harmonie générale du Continent,
" On observe que la paix de Westphalie n'a point donné à l'Europe un repos constant, et que depuis, dans une durée de cent trente-cinq ans, il y a eu soixante et dix ans de guerre ; mais on n'a paa voulu considérer que le traité de Westphalie avait essentiellement en vue la sûreté du Corps germanique contre la puissance impériale , et la cewation des guerres de religion. Or, depuis la paix de Westphalie, quel empiétement avait fait l'Empereur sur les mem-^ bres de la Fédération germanique, et quelle guerre de religion s'était élevée entre eux? La paix de West^ phalie ne pouvait pas d'ailleurs établir un équilibre parfait en Europe, puisque plusieurs grandes puissances , et notamment l'Angleterre , n'y intervinrent pas. Mais c'était beaucoup, sans doute, que de régulariser le centre du Continent, et de le mettre sous la garantie de la France et de la Suède alors dominante dans le Nord. J'ajouterai, quoique par une sorte d'anticipation , qu'on ne voit de guerre pror duite par la paix de Wesphalie , que celle amenée par les réunions de Louis XIV qui, vingt ans ap^, interpréta, à son avantage, les articles relatifs à la cession de l'Alsace , quoiqu'elle n'eût eu lieu que de la même manière (eo modo) (i) que la possédaient
(i) Voir ci-après, page 520.
PIÈCES KJSTIFICATTVES. 493
l'Empereur et l'Empire. Ce litige proTint d'une expression équivoque qiii accompagnait la cession de l'Alsace , et qui n'avait point été omise par imprévoyance , mais afin de ménager les deux partis , et ne pas prolonger la guerre. Les plénipotentiaires voulurent conserver ainsi à la France sa prétention à la souveraineté entière, et assurer aux Etats et à la Noblesse immédiate d'Alsace, leurs privilèges constitutionnels.
» Aucun traité, et lu paix de Westphalie moins que tout autre, ne doit être jugé d'une manière absolue , mais toujours sous le point de vue des résistances et des difficultés vaincues. La France en éprouva d'infinies de la part de l'Empereur, de l'Empire, de l'Espagne, et même de la part des Provinces-Unies et de la Suède, ses alliés.
" Attaquer la paix de Westphalie , c'est faire le procès à l'esprit humain, et lui reprocher qu'il ne peut rien produire de parfait et d'éternelle durée; ce quj est connu. Mais il n'en faut pas moins convenir que si le génie des discussions, des méditations, et l'art des précautions les plus habiles, se sont jamab rencontrés dans un acte diplomatique , c'est sans doute dans la paix de Westphalie ; c'est à sa formation que concoururent tant d'hommes habiles, Mazarin, Lyonne, d'Avaux, Servien (i), Trautmansdorff, Wol-
(i) •■ Toici l'élal des luinislrei de France auprès di en 1648, Ce tableau u'est pas inutile.
" I. Le Duc de lAOgueville, d'ATaux cl Servien, K Minittcr.
1 1. De la Coiirl, résident à Oioabruck.
mar, Salvius , Centarini , Brun , Saaredra , Paw, «te, ipli , pendant plusieurs années , consacrèrent leurs idées à cet acte fameux; en sorte que, quoiqu'il ait disparu sous les coups redoublés du temps , il n'en est pas moins ce que l'esprit politique a , jusqu'à ce jour , conduit de plus difficile et de plus compliqué. >
(Flasàan, Hittoin! ^nérale etraisonnée de la Diplomatie française, etc., etc., tome III. )
" 3. Saint-Romain, résideot à Minuter.
« 4. De Bcanrejard , résident jaét 1s laudgnve de Hene.
ic S. De Lombre, rùidcDt à Liège.
- 6. Heonequin, résident en Danemark.
- 7. ChaDul, résident en Suède.
■> S. De Bregy , ambassadeur en Pologne.
•> !>. Demeule, rendent i Hambourg.
■ 10. De BellièTre,amba«s«deureitriiordiDaireeiiADglelerro.
- 11. De Sabran, résideut ea Angleterre. * " la. De Monlreuii, résident en Ecosse.
- i3. De la Moin^rie, résident en Irlande.
» 14. Latnter, conseiUer d'État en Portugal. (Le Roi de ce pays n'é~
• lait JUS encore reconnu.]
<' i5. De FoDiKQay-Mareuil, ambassadeur à Rome.
- 16. De Gremomille, ambassadeur à Tenise.
<. 17. De la Ha je-Ventetet , ambassadeur à Constant Inopte.
- iB. De Caumarlin , ambassadeur en Suisse. La Barde était nommé
• poor le lemplacer.
• (9. D'Avaugour, résident près l'armée suédoise, u ao. Servien, frère du plénipotentiaire à Hunster, ambassadeur à - Turin.
.- ai. De la l'hnillerie , ambassadeur rxlraordinaire en Hollande. .• al. Brossel, résident en Hollande.
Voi^i le préambule de ce traité mémorable : liSSTRDMENTDM PACIS A Sackx Cgsabks, Et Chkistiauissims Majestatdm, hec VON S< R. Ihpesii BLecTOKAn ,' PMtncipriH et Statudm
LSGITIS ET AilLBCATIS PtEHirOTUI'rtAaiIS , HOHaSTBRIT WeSTPHALORUM , DIE 24 OCTORKIS ANSI 1648, SVBSCHinUM.
In Qouiine Sancti&siinse et Indmduœ Trinitatis,
Notom sit unÏTersis et singulis <piorum interest, aut quoniodolibei. interesse poMst,
PoAquam à multU annis oita in Imperio Komano dissidifi motusque civiles eô esque increvenint ut non mtxlô.uniyersam Gffl-nianiam, sed et aliquot finîtima régna, potissimùm verù Gallîam ita involverint ut diuturnum etacre. exinde natum sit bellum,
Primo quidem,
Inter Serenbsimum ac Potentissimum Principem ac Daminura , Dominum Ferdinandum II, Electum RomanorumlmperatiDreni, semper Augustum, Germanix, HungaFite,fiohemi3e, Dalmatïœ, Groatise, SclavoniœRegem, Archi-dHcera Austriœ, Ducem Burgundiœ, Bmbanti8e,SLyTiie,CarinthiDe, CarniolEe, Harcfaionem M6ntvà«e, Ducem Luxembui^iœ, superioris acintenoris Silesiffi, Wuitembergae et Teckee, Principem Sueviœ, Comitem Habapurgi , Tyrolis , Kiburgi et Goritiis , Marchionem S. Rom. Imperii, Bur^vise, ac superioris et inferioris Lusatiœ, Dominum Marchiee Sla- ToaicK, fortuA-ISaotiis et Salinarum, etc., inditae meraorisR, cnm suis Fœderatis et Adhœrentibus, — ex unâ.
Et Sevrmi.ssimum ac Potentissimum Principem av Domimim, Dominum Ludovicum XIII , Galliamm et
Navairae Regeni Cliristianissimum, inclîtœ memorite) ejusque Fœderatos et Adhierentes, — ex altéra pattCf
Deindè, post eorum è -rità decessum ,
Inter Serenissimum «t Potentissimum Prîacipem et ■ Domiaum , Dominum Ferdinandum III , Electum Ronianoruni Imperatorem semper Augustum, Germanis, Hungarise, Bohemî», Daltnaûie, Croatise, Sclaronise Regem, Archi-ducem Austriœ, Ducem Bui^undiae, Brabantiee, Styriae, Carinthûe, Carniolse, Marchionem Moraviae, Ducem Luxemburgise , superioris ac inférions Silesîte, Wurtembei^ae et Teckœ, Priacipetn Sueriœ, Comitem Habspurgt, Tirolis, Kibuigi et Goritis, Marchionem S. Rom. Imperii, Bm^oviœ, ac superioris et inférions Lusatiœ, Dominum Marchiae Slavonicae, Portus-Naonis et Salinarum, etc., cum suis Fœderatis et Adhserentibus , — ex unâ ;
Et Serenissimum ac Potenlisâimuin Frincipem ac Dominum , Dominum Ludovicum XIV , Gallianim et Narame Regem Ghristianîssinium , ejusque Fœderatos et Adhœrentes, — ex altéra parte;
Undè multa sanguinîs christiani effusio, cum plurimanim provincianim desolatione, secuta est, — tandem divinà Bonitate factum esse , ut , annitente Serenissimà Republicâ Venetâ ( cujus consilia , difEcillimis Christiani Orbis temporihus^ publicse saluti et quieti nunquam defuêre), utrinque de pace universali suscepta sit cogitatio, in eumque finem, exmutuàpaitium conventione Hambui^i, die 35 stylo novo, vel die iS stylo Teteridecemb.an.Christi i64t initâ,constîtutasit dies 1 1 st. noT. vel i st. vet, menais Julii annoChristi i6^'6.
Congressui Plenipotenldarioruin Manast«f ii et Osnabrugis Westphalorum instituendo :
Comparentes Igitur statuto tempore et loco utrinque légitimé constitutî Legati Plenipotentiarii ,
A parte quidem Imperatoris,
lUustrissimi et Excellentissimi Domini , — Dn. Maxim Uianus Cornes à Trautmansdorf et Weinsbe^g, Baro in Gleichenberg, Neostadii ad Cocrum , Negau , fiurgau et Totzenbach, Dominus ia Teinitz, Eques Aurei Velleris, Gonsiliarius secretus, et Camerarius Sac. C. Maj. ejusque Auke supremus Prs^âctus : — Dominus Joannes Ludovicas cornes à Nassan, Catzenelenbogen , Vianeo et Dietz, Dn. in Beitstem, Consil. secretus Imperatoris , et Aurei Velleris Eques : — Dn. Isaacus Volmanu J. V. D. Sereniss. Domini Ai^diiducb Ferdînandi Caroli Gonsiliarius ejusqueCameraePraeses:
A parte verà Régis Chmtianissimi,
Cebissimus Princeps, Dn. Henricus d'Orléans, Dux de Longueviile et d'Estouteville , Princeps et Supremus Comes.de Neuchastel, Come& de Dunois et de Tancarville, ConestabilishœreditariusNormaadiœ,ejusdemque provinciae tiubernator, et Locum tenens Generalis, loo Cataphractorum Equitum Dux , et Ckdinum Regiorum Eques, — et lUustrîssimi item ac Excellentissîmi Domini, Dn. Claudius deMesme, Cornes d'Avaux , dictorum Ordinum Commendator, unus ex Prœfectis jïlrarîi Regii etRegni Galbci Minbter, etc., Dominus Abel Servien, Cornes de la Bodie des Aubiers , etiam unus e^ Regni Gallici Ministris (i), etc.
(I) Voir page 493.
ne HISTOIKB DE lOEBPH II.
iMervenlu et operi Uluitrissîmi et Ëxcellentissimi I,egati Senatorisque Venetl, Domini Alojsîi Coatareni, Equilis,qui medUtorb munere,procul à partium studio, totos penè quinque annos, impigrè peifimotiXs «st.
Post invocatum Divini Nutninis auxilium^ mutu&sque Plenipoteotiarum tabulas (quarum apographa sub fineni bujus Instruraenti de verbo ad verbum iiwerta sunt), rite CommuUtas, — pr^esentibus, suffragantibus, ei consentiteoùbus- Sac. Rom. Iihperiî Electoribns , Principibus ac Statibus, ad DiTÎiii Numinis gtoriam, et Gbristiaii% Reipuiilicae salutem,— in mutuas pacis et amicitiœ leges coQsenserunt, et conveaerunt tenore sequenti.
Fax sit Chriitiana, universaUs, et perpétua v^aque etsincera amicitia,
Inter Sacram Majest. Gesaream et Sac. ATajest ChristiaDissiaiam, -
Nec non inter omiies et singulos Fcedsratos et Adluerentes dictés Majestatis Cœsare» , Domum Austriacam eonimque Hœred«6 et SuccessoMs, praec^uè verô £lef> tores, Principes et Status Imperii, — ex uni :
Et omnes et singnios Fiederatos dictai HajegUds Christian issimio, eorumque Hferedes ac Successores, — in primis Sereniflaimam RegiEum, .re^umque Sueci« ao i^spectirè, Ëlectores, Principes, Statusque Imperiij — ' ex altéra parte :
Eaque ità sincère seri6que servetur et colatUr, ut otraque pars alterius utilîtatem, honoi'em ac commodum promoveant, omnique ex parte et uDÎTersi Romaoî Imperii cum R^no Galliee, et vicissim regnî Galiiee cum Romano Imperio âda vicinitas et secuta studiorum
pacis Btque araicïtiœ cultura revirescant et reflorescant.
Sit utrinque perpétua oblivio et amnistia omnium eorum qua: , al) initîo horiim motuum, quoçunque locomodove ab unâ Tel altéra parte, ultrô citrôque hostiliter facta sunt, ita ut, nec eorum, nec uUius alterius rei causa Tel pnstextu , aller alteri posihào qdi^quam hostîlitatis aut' iiiimiciâœ, molesttK t«1 impeilimenti , quaad p^rsona^, atatum, bona vel aecuritateiuj per se vel per alios , clàm aùt palàm , direct vel indirecte, specie juris sut tîIl facti, in Imperio, «ut uspiam extra illud, nga obstantibus ullis prioribus pactis in contraiiwi facâei^lius , mferat taI inferri faciat, aut patîatur, »td oitines et singulee, bine indè, tam ants bellum, quîim in bello, vn'bu, scriptis aut factîs, illatee injuriœ, Tiolentiaa, hostimates, damna, expeusà, abique omni persraiarum rerumTe respectu, ita penitiis abolitœ sint ut quidfpiid èo nomine alto adTCrsus ahnum prsQtendere posset, pçrpetuâ sit ablivione sepoitum.
Et ut eà siucerior agiidlîœ mutuœ eecuritas iawr. Imperatt»em,ItegemCbr'istianissimum,Ëlector«s, Principes et Status Imperii postbàc sérretur (salvo «asecurationia articule infrà descripto), alt^* alteiius hostes priesentes aut futuros, nullo unquam titulo .vel pmtextu, Tel ullius cantrorerM^belliTe rations, contra alterum armis, pecuniâ, milite, ciuimieatu alit^rve juvet, aut illis copiis, quas contra aliquem hujus pacificatioub consortem à quoçunque duci contigeiit, receptum, stativa, transitum indulgeat
■ tSTOIlE DB JOSEPfl U.
Ij)is principales de la Hongrie.
•La phts aiMnenne des loùfondaioent^esipri ressent la Hongrie est connue sons le nom de Bulle d'Or, est de laaa, et a été rendae par André II. Les principale» diapontions de cette loi sont celtes ci-après :
■ 1° Le fioi ou le Palatin doit solenniso' cfaacjue année (i).
• i*> Les NoMes ne peuvent pas être condamnés s'ils n'oDt pas été cités r^nlièrement devant le tribunal.
■ 3° Les Nobles ne payent pas d'impôts , et ne sont pas soumis au logement des gens de gneire.
• 4° Les Nobles qui n'ont pas de fik doivent laisser la quatrième partie de leur bien à leurs filles; ils peuvent disposer librement des trois autres parties; s'ils n'en disposent, les par«its héritent, et, à leur début, le fisc.
■ 5° Les procès relatifs aux donations ne peuvent pas être jugés par les tribunaux des Omiitats, mais seulement ceux relatiCi aux dettes, aux dîmes, et les affaires crimindles.
■ 6° La condamnation pour vol sur simple probabilité est abolie et défendue.
(i) Ar[. i". Dt la lolenailé du Saint Roi Èlienat à célébrer anautl-
- Ndui slatDOlU qu'annuelkment à la fête du SainI Roi dods serons « (enu9 à Tendre un jugement solennel à Bude , et li nous n'y étions pré- - seni , noire Palatin y sera.... ■
* 7** L'insurrection (i) se soutient par ses propres moyens, mais seulement sur le territoire de la patrie ; hors du pays, le Roi doit la payer.
■ 8° Le Palatin est le juge suprême ; mais pour la condamnation à mort et la perte des biens , la sentence doit être soumise au Roi.
" 9° La citation du Judex ciaiœ n'est bonne que devant la cour royale.
•• io° Le Roi doit récompenser les fils despères morts à la guerre ou qui ont rendu des services à l'Étati
" 1 1 ° Le Roi, sans la Diète, ne peut pas donner aux étrangers d^s dignités.
ois** Les veuves ne perdent pas leur dot par le crime de leurs maris.
• 13° Les gens de cour ne peuvent pas opprimer les paysans logeant chez eux.
« 14° Un Comte suprême qui abuse de son pouvoir perd son emploi.
« iB" Les officiers de la cour ne peuvent pas loger chez les Nobles.
■ 16° 11 est défendu de dojjner des d^nités.héréditairement.
•> 17" On ne peut pas reprendre les donations faites.
» 18° Qui va au fils d'André n'est point coupable dé haute trahison.
a 19° Les paysans et les étrangers sont seuls obligés de contribuer aux dépenses publiques.
« 30° La dîme doit être payée en nature.
a02 HISTOIHK DB JOSEPB 11.
■ al" i«a Évâques ne sont poÏDt obligés df> donner les dïm«a aux cheraux royaux.
■ 22° Les troupeaux de cochons du Roi ne peuvent pâtura- dans le» forais des Nobles.
• 33" La monnaie doit rester au même titre que du temps de Bêla I".
" a4* Les Juifs ne peuvent être pourvus d'emplois d'administration.
■ aS" Les magasins de sel doivent £cre établis à la frontière.
■ 96° Il n'«st pas pennîs de donner des bieiis aux étrangers; on peut les reprendre à ceux qui en auraient reçu.
■ 37* L'impôt de la in«r, ou la douane, reste tel qu'il était sous Coloman.
•• aS" Il n'est pas permis de résister k l'exécution légitime.
■ 19" Les Comtes suprêmes ne doivent pas s'appi-oprier les rentes royales.
• So" n n'est permis à personne d'occuper plusieurs dignités, excepté au palatin, au Ban et aux Qiambellans du Roi et de la Reine.
• 3i" Il est permis de résister au Roi, s'il viole cette
loi..
•■ Le IX* titre du V livre du Code de Verbotii détermine les privilèges ci-après pour les N<^les :
■ Les Nobles ne peuvent hn condamnés et mis en prison , sans avoir été l^itimement cités devant leur tribunal, sans être défendus^ excepté dans' le cas de haute trahison ou de flagrant délit.
« Le Noble n'est subordonné i]u'au Roi couronné
PIECES JUSTIPIClTiVBS. 50X
l^iUmement , qui doit le ju^r suivant les lois hongroises.
. « Il ne floit rien payer pour ses biens; il. n'est soumis à aucun trayail pour le public; mais il a 1« devoir de rinsuirection ;pour la défense de l'Etat; il peut résister au Roi, quand celui-ci agit contre la ConaUtntion (Citt article a été abrogé par l'article 4 de la loi dé
K Les PrélMs , les Barons du Royaume, les Magnats et les autres Nobles ont les mêmes prérogatives. •>
« Lot de i6o8- — Article i. Le Rc», ne peut coqtoquer, à la Dieu, que, t" les Prélats; a" les Barons du Rtmume ; 3" les Ma^iats ; 4° '«s Nobles ; 5" les Villes royales et libres.
■ Les Prérâts out une voix avec leurs Cbapitres ou Gouvents.-~Les Prévôts et Abbés possesseurs et privi* légiés ont une voix séparée.
■ Les Barons avec les Prélats et Magnats cumposcnlla Chambre haute ; le Palatin la préside.
■ La Chambre basse est composée des Députés des Gomitats, de ceux des villes royales, de ceux des pouvoirs des Magnats absents, ainsi que des veuvea des Magnats et des Députés des arrondissements privilégiés, des membres de la Table royale, des Vioe-juges si^rêraes et protonotaires ; le Président de la Table royale (Personal) la preàïde.
" Article i3. (Loi faîte avant le couronnement.} Les habitanls hongrois, bohémiens, esolaToniens et allemands ont le même droit d'État. Ils peuvent obtenir des emplois et acquérir des biens ; dans les vilW,' ils.
doivent être admis aux emplois sous peine de a,ooo florins d'ameude, quaod il soot régulièrement élus. •
• Loi de 1 635. — Article 4o. Les Valaqn es perdent leurs priril^es et doivent payer comme les autres pa^iis. "
■ Ijoi de 1687. — La loi de 1687, qui établit la succession au trône par tkoit de primogëniture dans la MaisoD d'Autriche, oblige traque Roi, avant sou couronaenient, à donner sa déclaration royale. Cette déclaration renferme cinq points : 1° le Roi confirme les lois, coutumes, privilèges et prérogatives, excepté le droit de résister au Roi; a" la couronne doit être conservée en Hongrie par les Hongrois; 3° Le Roi doit restituer à la Hongrie les provinces qui lui appartenaient autrefois quand elles viennent en sa possession; 4° Si les trois lignes de Charies, Joseph et Louis, viennent à s'éteindre, les Hongrob auront la faculté d'élire librement un nouveau Bai; 5" chaque Roi héréditaire doit remplir la même formalité.
«L'article 10 établit l'ordre des préséances entre les Magnats à la Diète : 1° Palatin, président; a° Judex curÙB ; 3° le Trésorier et les six autres Rarom du Royaume ; 4° 1^ Capitaine de la garde hongroise ; 5* le Comte de Presboui^ ; 6^ les Conservateurs de la couronne; 7° les Comtes suprêmes héréditaires; 8" les autres Comtes suprêmes ; 9" les Conseillers nobles ; ( ro" le Goircerneur de Fiume, suivant la loi de 1807). »
• Loi de 1709. — Article 65. En cas de' nécessité, les villes doivent anner et fournir une quantité détemonée d'infanterie, suivant l'ordre dii Palatin. >
"Loi de 1715. — Articles. 1° Chaque personne noble
PIBCBS JUBTIFICilTlVBS-
est obligée de concourir à rinsurrection pour la défense du pays et d'apporter ses bannières , et le Roi peut exiger cette insurrection; 2" la Diète consent d'entretenir une armée régulière , au moyen d'une contribution perpétuelle , mais qui sera déterminée par la Diète; 3" cette disposition ne dispense pas de l'insurrection pour le cas de guerre flagrante , imprévue , et la nécessite ; et dans ce cas atissi une partie de la Diète réunie sufBt pour ordonner la levée des contributions, s
■ Loi de 1723. — Art. l'Mi» loi de 1728 confirme la Pragmatique Sanction ; elle détermine que les femmes ont le droit de succéder à la couronne par droit de primogéniture ; mais, en cas de degrés égaux dans la même ligne, les hommes ont la préférence.
• Art 2. Cette succession dé femmes est donnée aux descendants de Charles, de Joseph et de Lébpold I"', mais seulement aux descendants légitimes , archiduoals, catholiques romains; l'Empire est inséparable. Après l'extinction de ces troii lignes, les Hongrois obtiennent le droit d'élection d'un nouveau Roi.
■ Art. 6. Ijes Nobles seuls sont obligés d'insui^r ; le Roi convoque l'insurrection.
€ Art. y . La Diète ne doit pas dura: ordinairement plus de deux mois, excepté par la volontédu Roi, qui prolonge sa durée. Les Magnats, qui ne peuvent y assister, doivent envoyer un Noble avec leurs pouvoirs. La discussion des matières doit être faite avec modération ; les États doivent proposer à la fois au Roi des choses homogènes, et rester Jusqu'à la fin de la Diète. Celui qui
injurie, paye 200 florins; qui bat, perd ses biens; celui qui tu«, perd lavie.
■ Art. a4. LaTable sepleiarirale ouTribunai si^nôeur est composée de vingtdeux nieoit»es; elle ne peut juger qu'au nombre de onze, compris le Palatin, ou le Jttdex curiœ, qui le ren^ace.
■ Art. aS.La Table royale (Tribunal d'appel) est composa de vingt-trois membres; poiir juger, il faut neuf membres préseou.
'Art. 3i.Les quatreXablesdistrictuales ou Tribusaus de première instance Kont composées de six membies ; pour juger, il en faut trois.
■ Art. 56. Les Comtes suprêmes dirigent les affaires judiciaires et l'administration dans leurs cornets respectifs. Ils doivent convoquer, tous les trois ans, les gentilshommes et députés des villes et chapitres ; une congr^Ation génâ^k pour la nomination des officiers du comitat. Ils [reposent quatre candidats pour^aque place. Les Vice-comtes et les autres o£Bci«r3 doivent être nobles, possesseurs dans le comitat et pas au service des seigneurs. La Congrégation générale fait les nomini^ons.
• Art. 58. Les Congrégations générales des comitats doivent être publiques, et les délibérations doivent être écrites. Les Comtes suprâmet n'ont pas le droit de les modifier; les absents sont obligés comme les présents.
•■ Art. 97. Le Palatin est président du tribunal ; il y a vingt^leux conseillers, prélats, magnats et nobles; pour une détermination, i) fautdouxe voix avec le Président ; en l'absence du Palatin, le Juiiej: curiœ préside.
PISCBB JUSTIFICATISEt,
■ Art 98. Le Roi nomme les Conseillers, le Directeur de la Chancellerie, le Secrétaire, l'EnregistrateuC, leCbefderexpédiboQ et le Protocoliste; les autres employés sont nommés par le conseil. Les expéditions sont souscrites par le Préaident, le Directeur et un Secrétaire.
• Art I o [ . Le Conseil royal hongrois (à Bude) ne dépend que du Roi, qui ordonne par rescrils et des décrets; sa correspondanoe avec les divers Gourernementa de la monarchie se fait par l'intermédiaire du souverain. -
■ Loi de 1741. — Article 9. La Chancellerie aulique hongroise {à Vienne) est ind^ndante et est ordonnée avec les au^es Dicastères auliques. Le Roi y doit employer des Hongrois et quelques individus du Clergé.
« II. La Chambre aulique économique hongroise (à Bude) est indépendante de la Chambre impériale en Hongrie; tout lui est subordonné à l'égard des revenus publics. •
• Loi de I79I. — Laloide 1791 détermine les dispositions suivantes :
■ Art 3. Le Roi doit se laire coiuYinner dans les six mois qui suivent la mort de son prédécesseur : il a, en attendant, le droit de l'administration ; mais il ne peut pas faire des donations et ne peut accorder des privilèges.
■ Art. 10. La Hongrie est indépendante et libre, ainsi que la Croatie , i'£sclavonie et le Littoral ; elle conserve la forme de son régime , sa constitution , ses dicastères, ses coutumes, et ne peut être gouvernée à lu manière des autres provinces autrichicunes.
• Art. la. Le pouvoir législatif ne peut être txercé que dons la Diète convoquée selon les lois, avec le Roi
couronné. Le pouvoir des trîbunauxest fixé. LeRoiseul p«ut exercer le pouvoir exécutif, mais seulement dans le sens des lois fondamentales; ces actes sont nuls s'ils ne sont pas conformes à la constitution hongroise.
n Alt. i3. La Diète doit être convoquée tous les trois ans au moins. Le Roi a l'initiative des lois par ses propositions. La Diète propose des lois sous le tib-e de doléances, et le Roi doit respecter ces propositions et leur donner cours.
• Art 14. Le Conseil royal hongrois est le suprême Dicastère de la Hongrie. Il est seulement subordonné au Roi. Le Conseil a le droit de faire des représentations au Roi, s'il rend des ordonnances contre la Constitution , et le Roi doit les prendre en considération ; les comitats et les autres juridictions doivent conserver leur autorïté légitime.
■ Art. 19. La contribution des gens non nobles , les subsides extraordinaires des Nobles, soit en argent, soit en nature, ainsi que les levées forcées de soldats, ne peuvent être eugés que par la Diète.
«Art 22. Le Conseil, avec la Chambre aulique, dirige les postes ; l'organisation des tribunaux de mines et la législation dans cette matière appartiennent à la Diète, et l'administnition au Roi.
■ Art. 26. ■"Les Réformés ont l'exercice libre de leur religion. 2° Us peuvent ériger des temples et des écoles. 3" Ils ne doivent pas aller aux processions des Catholiques. 4° 11^ "^ Mi>' dépendants que de leurs ministres. 5' Ils peuvent ériger des écoles supérieures , mab avec le consentement du Roi ; ils ont la
PIÈCES JUSTIFICATIVES. âOO .
censure des livres relatifs à leur culte. 6° Ils peuvent visiter les malades catholiques, comme les prêtres catholiques les malades protestants. 7' Us ne paient rien aux prêtres catholiques. 8° Ils peuvent occuper tous les emplois , et être pourvus de toutes les dignités comme les Catholiques, g" Ils ne jurent pas par le nom de Marie, ni par celui des saints. 10° Leurs fondations doivent ètie respectées, 1 1° Les procès entre maris et femmes se font devant le comitat pour les Kobles , et devant les magistrats des villes pom' les citoyens ; la dispense des troisième et quatrième degrés de parenté n'est pas nécessaire. 13° Qui envahit une propriété de la religion est puni de 100 florins d'amende. iS" Pour quitter la religion catholique et prendre la religion réformée , il faut le consentement du Roi. 14° En Dalmatie , Croatie et £sclavonie, les Protestants ne peuvent posséder des biens. 1 5" Le mariage , lorsque l'un des conjoints est catholique, est fait par le curé catholique^ ^ c'est le père ijui est catholique, tous 1^ enfants sont élevés dans la religion catholique; si c'est la mère, les filles seulement. 16" Les procès du mariage mixte doivent être jugés par le Consistoire catholique qui est composé de l'Evéque ou de son Vicaire général et de six ou sept assesseurs choisis par lui. — Il y a appel du consistoire à l'Archevêque, et ensuite au Primat. — Les Consistoires jugent les procès matrimoniaux, les causes de parjure , et les affaires testamentaires , en raison des formalités; enfin, les affaires de discipline ecclésiastique. 17° Les Protestants ne doivent pas observer les fêtes des catholiques, mais ils doivent cesser les travaux en public.
HifftoiBB m josira ii.
■ Art. 2^. Les Grecs non unis ont le* mêmes droits que le» Protestaati ; ils peuvent occuper tous les emplois.
• Art. 35, L'Urban'um , ou la loi de Maiie-Therèse en faTeur des paysanu , obtient une exécution provisoire. Le Seigneur ne peut puDÎr les paysans que conformément à cette loi. Les paysans ne peuvent quitter leur Seigneur qu'après avoir payé leurs dettes publiques et privées. Ils peuvent vendre leurs maisons et les améliorations qu'ils y ont faites ; mais si personne ne veut les acheter, elles restent au Seigneur. Us doivent an* nonœr leur départ au 20 septembn^ pour pouvoir l'effectuer au la mars. Ils doivent être pourvus d'un cer>tificat du Vic&-comte et du Seigneur , qui constate qu'ils ont rempli toutes leurs obl^ations poin* pouvoir ^n% reçus par un autre Srigneur.
• Art, 38. Les Juifs ne sont que tolérés; ils ne peuvent demeurer dans les lieux où il y a des mines.
<c Art. 5S. La CFOatie,laDalmatieetl'EsclaTomesont aussi subordonnées au Conseil royal à Bude ; le Ban y a Toix et place. Les affaires de ce pays peuvent être traitées dans Wrs assemblées particulières , mais avec la permission du Roi. »
« La Loi de 1792 détermine , Article 10 : L'Archevêque et les Évèques grecs non unis obtiennent le droit <le venir dans la Chambre des Magnats. ■ .
■ Loi de 1803. La Diète offre douze régiments «l'infanterie et dix de cavalerie , Elisant soixante-quatre mille hommes. Les troupes sont entretenues au moyen -de recrutements volontaires pour lesquels il est donné au Boi annuellement 300,000 florins, et aussi au moyen de levées forcées , ordonnées par la Diète. •
D.n.llzedby.GOOg[C
■ Loi Je 1808. Article a. L'insurrection g^érale du Royaume doit être ordonnée par sa Diète. Cette insurrection se compose
■< I " De chaque famille noble , un individu. X 2° Celui qui a 3,ooo florins de rente, vient à cheval.
■ 3° Celui qui a moins de i,ooo florins, vient à pied. " 4" Celui ^i a plus de ï,ooo fltu-ios et moins de
3,ouo , s'il va à dieval , peut prétendre au fourrage.
■ 5" Les gentilshommes pauvres de l'insuirectioa sont salariés.
> 6° Les Chapitres de chanoines doivent donner et entretei^ir un homme à cheval, et les chanoines payent selon leurs revenus.
« 7° Les Évéques , Abbés et Prévôts , et les monastères doiv«nt donner un homme à cheval:
" 8" Les viltes, un homme à cheval et des subsides suivant leurs revenus.
° 9° Les Jazyges et Cumaines, et les Haydoule , par 3,000 florins de rente , un homme à cheval.
• 10° De même les biens de la Couronne.
■ 1 1** La Diète règle les subsides.
"12" Le Palatin tient sa caisse de l'insurrection. "
■ LoL de iSzy. — Art, 4- ^H^ défend de changer la valeur de l'^i^ent et la quotité de la contribution dans
' l'intervalle des Diètes. »
HANIÈEB DE POSSÉDER EN BONGKIE.
« Toutes les propriétés viennent de donations ; elles ont été faîtes à titre de fîef, et font retour à la
il3 BISTOIKK DE JOSEPH II.
CourouDe, à rextiuctioD de U famille qui les a reçues.
• Onfâîttlesdopatîons,i''pourdess«rvk!esreiHliis, et alorft on n'exige point d'argent du donataire ; c'est une donation pure; ou bien, a" on exige la valeur de la terre, et c'est une donation mixte.
• Le Roi fait desdonations des teires de la Couronne : le Palatin tt quelques Évêques et Prélats , sur qudques terres où ils ont Le droit d'être donateurs ; ces demiers ont les mêmes prérogatives que le Roi.
■ Ily a deux natures de fiefs : les fiefs mâles et femelles. Pour les premiers , le premier possesseur laisse à ses filles le quart du fief qui passe à la postérité; les garçons héritent des trou quarts et partagent également; leius filles et celles de leurs successeurs n'ont aucun droit sur cette fortune , excepté des aliments. Dans un fief mâle et femelle , les partages sont t^ux à tous les à^g^ <le descendance. Le premier possesseur d'un fief mâle a le droit de le rendre mâle et femelle ; lui seul en a la faculté ; il le déclare, et ses enfants des deux sexes partagent ^;alemeiit à perpétuité. Mais , quand la branche masculine s'éteint , les branches qui possèdent des biens qui leur sont venus par les femmes , sont dépouillées , et leurs biens font retour à la Couroone.
■ Une propriété fait retour à la Couronne , quand la famille qui l'a reçue s'éteint, à moins que le Roi n'ait intervenu et autorisé la vente ; auquel cas la famille de l'a- * cheteur est censée avoir reçu pour elle-même l'investiture du fief. Dans le cas où la Couronne rentre dans la possession , elle doit paj^ le prix de la vente et des impenses.
PIÈCKS lUSTIFIClTIVBS. S13
- En cas d'extinction probable d'une famille, c'èst-à-' dit« du dernier possesseur , le Roi peut interretiir , et défendre toute vente du prêt sur les biens, sous peine de la perte des sommes données.
•Les majorats peuvent être institués, mus ils ne peuvent être formés que de biens achetés et non des biens venus par héritage ou par le premier possesseur de donations reçues.
•1 Si une famille a vendu des biens d'héritage, qu'Ole en ait acheté d'autres , eUe ne peut fonder son majorât qu'après avoir racheté les biens d'héritage qu'elle a vendus. Il en est de même des fidéicommis. Les biens venus par héritage me peuvent être vendus à un étran- ^r , si préalablement ils n'ont été offerts à tous ceux qui ont des droits d'héritage à quelque degré de parenté que ce soit. Les parents non susceptibles d'hériter peuventfaire l'offre d'achat. Dans le cas où le vendeur n'a pas rempli la formalité de l'offre de la vente envers ses héritiers ou parents non héritiers, et dans celui où il refuse celle qui lui a été laite, ils possèdent tous, eux et leurs descendants , le droit de retrait. Les voisins ont tes mêmes droits de préférence que les parents. — Les ventes publiques en présence des Chapitres et des Juges supérieurs, ou des couvents, ou de la Chancellerie aulique hongroise, sont seules valables; sans cette formalité , la vente ne serait considérée que comme gage. > - • ■Pour qu'un acte de donation soit valable, il faut qUe le donataire soit Hongrois, ou qu'il ait reçu l'indigénat, qu'il soit noble , et qu'en outre il ait été mis en possession dans l'année par une Commision royale avec un
St4 nl^TOlBB BB JOSEPH II.
membre du couvent ou du Chapitre voino. Il faut aussi que persofioe , e^icepté le fisc , n'ait un droit sur Sfi donation. Les droits sur iqie donation cessent i" pot l'exùnction de la famille ; :ï° p^r le eriine de lèse-majefeté. ...■ Le Qerg'é possède dttstfsires, et les yilles Hbrel en possédait aussi; ni I'ub ni les aiiltws ne pfetmtnt les aliéner ni ne petivert en acheter de nonv^les. Lafor-f tune mobilière des Prélats qui meurent se partaj^. en tFoià parts : fuie pour (etir lanifUe , vatà pout- le Clo^é, et l'autre pour le fisc. Ik peuvent disposer de tout arec la permission du Roi.
•Lots de la premièie transMSSÎon d'un fief reçu, les fities reçoivent le quut.de la yaleur; ce quart leur est payj en ai^^it, à moins qu'elfes ne soient maiiéés avec tm bomnie qui ne posaèdé pas de teiws. Il en «et de m&ae quand ellâs ne sont pas manéas. Quand une &• mille est au nuMnent de s'éteindre , et qu'une fille seule lui reste, il arrive quelquefois que le Bm ordonne k transmi^on dé l'inTestôture au jwofit du mariage et des eniai^ de l'bétitier , auquel cas les enfants ^li en résijU^it sont nobles ,- quoique le père ne le soit pas.
■ Par l'adoption , on peut transmettre sa fcwtune arec la permission du Roi , et aussi aux non nobles, qui deviennent nobles par cet «cte de oonsentonent du Roi; Le premier et le deniier possesseur peureiit seuls adopter .j les autres ne peuvent le faire qu'avec le consentement de tous ceux qui ont le droit d'hériter. ■
FIÀCBS JUSTIFICATIVES.
DB LL UANIBRB DE POSSBDER PAYSANS.
> Il faut être noble pour posséder des terres en Hongrie; en conséc[ueiice,les paysans ne reçoÎTent les terres qu'ils cultivent qu'à tib'e de jouissance. Toutes les terres appartiennent aux Nobles (i).
< Les terres des Seigneurs sont divisées en deux catégories : celles qui sont cultivées par les seigneurs euxmêmes , et celles qiù sont cultivées par les paysans. Ces dernières sont divisées en portions ; l'étendue de charpie portion varie suivant te Comitat. Le minimum est de seize jockâ de terre et six de prairies; le maximum, de quarante de terres labotu^ables et de vingtnleux de prairies ; ainsi le maximum est soixante-deux jocks et le minimum vingt -deux. Pour une portion, le paysan doit: ■ "au seigneur, la neuvième parUe de tous ses [»'oduits ; a° cinquante-deux journées de travail , avec attelage, de cent quatre journées de travail d'un homme ; 3° un âorin pour sa maison ; 4° ^n Gleigé, la dixième partie des produits; 5° à l'État, l'impôt en argent qu'il perçoit. « Le seigneur lui donne des bois pour ses constructions, et du bois pour son chaufî'age. Quand la propriété est divisée, chaque maison qui s'y construit paye un florin au seigneur. Le paysan peut quitter; en prévenant au a5 s^tembre, il est libre le la mars de ran-
(t)-La Diète a rendu, en it34,iiii décret qui aalwiie Icspajuiui nndre II jouioance de leur prapriélé, ce qui leur doaae l'équiidnil du droit de propriété , et leor assure la oHUcrvalieQ ttt l«rm qu'ils ralli-
aiSTOIRE DK JOSEPH II.
née suivante. Il emporte avec lui sa fortune mobilière. Le seigneur peut renvoyer un paysan contre lequel il a des griefs; mais il faut qu'il y soit autorisé par son tribunal. Il doit trouver un autre paysan pour remplacer celui qui le quitte, et ne peut faire cultiver pour son ■compte direct les terres que celui-ci a abandonnées.
■ Le paysan peut transmettre à un autre paysan sa propriété avec l'assentiment du seigneur, qui admet celui qui le remplace, et touche de celui-ci le prix de la maison. Le paysan peut acquérir de nouvelles portions, en y mettant les cultivateurs qu'elles exigent.
■ Les paysans partagent, hommes et femmes, également, et les propriétés ou portions sont divisées jusqu'à la huitième partie; au delà tout partage est défendu. Si une famille s'éteint , la portion originaire cédée revient au sei gneur. Dans la catégorie ci-dessus, àla mort du paysan, la moitié des terres revient au seigneur, l'autre moitié peut être l'objet de dispositions testamentaires. Les biens mobiliers se partagent également entre les héritiers. °
ORGAniSÀTIOK DBS TBIBUIHCX, ET HUIiÈRE DOMT LA IDSTICB EST RENOUE.
• A. Deux paysans ont un procès. Ils s'adressent à leur seigneur qui , assbté du juge des Nobles de l'ar- . rondissement, d'un assesseur et de deux témoins, juge.
• Si les paysans sont de différents seigneurs, le demandeur s'adresse au seigneur du défendeur. — Appel au comitat. Le tribunal du Comitat est présidé par un Vice-comte, et les jugés des nobles du comitat (il y en a cinq ou six par Comitat, autant que d'arrondisse-
PIÈCES JUnirlCATlVBS. &I7
menu). Appel du Ck>mîtat à la TaUe royale, à Pestb. — Appel au Tribunal septeiuviral.
« B, Deux nobles ont un procès. — Jugement du juge des Nobles avec un assesseur, ou bien jugement du Vice-Comte avec un juge des Tîobles et un assesseur. Appel au Comitat. — -Appel à la Table royale, et ensuite au Tribunal des Sept. Ainsi, il y a juge des nobles avec assesseur, Tribunal du Vice-Comte avec un juge des. \obles et un assesseur, Tribunal du Gomitat, enfin appel à Pesth.
«En outre, il y a quatre Tribunaux, de district situés it Tyrnan, Guns, à Ëperîes et Debretzin, qui jugent les procès concernaut les biens situes en différents comitats, et de raille florins jusqu'à l'infini. L'appel est à la Table royale. — Pour les mêmes prucès, il y a aussi une Table judiciaire en Croatie pour la Croatie et l'Esclavonie. Pour le crime de lèse-majesté, et pour certains cas particuliers , la Table royale est tribunal de première instance.
" C. Dans les ■villes. — Les citoyens nomment les magistiats et les sénateurs qui forment leurs consuls. Ils dirigent, au Tribunal, les alîaires des, citoyen s« L'appel est au Trésor ou au Perso/tal; les villes des montagpes à la Chambre des mines et du Trésor. — Le Tribunal du Personnel se compose d'assesseurs qu'il a choisis et qu'il préside. Celui du Trésor est composé de sénateurs des villes qui lui sont subordonnées ; appel au tribunal des Sept. Les districts des Jazyges et des Cumaines ont leurs Magistrats propres. Ils appellent aux Tribunaux des quatre districtn, de là au Palatin. — <
&I8 HiaiOUX SB JOIEPH II.
En Croatis et eu Esckvonie, au Ueu de U Tabk rodais, il y a une Table banale [«résida par le Ban. Appd à la Table des Sept.
JUSTICE CatMINELLE.
■ Le seigneur seul peut ordonner la punition de vingtcinq coups de bâton, ou trois jours de prison, ou de travaux; avec son tribunal, il peut en ordonner quatreviagt-dix-Aeuf, ou moins de trois ans de prison.
■ L'appel est ouvert dans la hiérarchie des tribunaux. Pour cent coups de bâton , ou la mort, ou trob ans de prison, la confirmation doit avoir lieu par les tribunaux supérieurs , et l'approbation du Roi pour l'exécu' tion à mort. Cependant il y a des seigneurs qui jugent à mort par privilège du Roi, et qui sont investis du droit de jits gladio. Mais le nombre en est peu considérable. — Le Palatin peut rendre exécutoire la sentence des tribunaux inférieurs, quand la tranquillité du pays l'exige, même pour les condamnations à mort. En ce cas, le jugement est sans appel et exécuté dans les vingtHjuatre heures. — Les Nobles sont jugés par le Comitat. Appel au tribunal de la Table royale et aux Sept. Les citoyens sont jugés par les Magistrats de leurs villes, avec a{^l au tribunal de la Table royale «t aux Sept.
ADKmUTRATtON.
1 Les Contes suprêmes et les membres du Comitat sont les administrateurs du Qomîtat. Les impôts pour
FISCIB WITUICATIIU. filt
l'administration •ont à IcUr diipa'i^<»>; ib «cnclent compte de leurs opérations à la tHèts du Contitat^ tpù s'assemble quatra foî« l'an. L'administration rqyal^ est confiée, poqr les aiïâir^ publiques, lui Çppfejl de licutenance, qui dogne ses ordres aux Comtes stiprémes; à la Chambre aulique, qui donna ses qrdres w^ administrateurs des douanes , au commissaire génénU du royaume et aux magistrats des villes.
• Tous les emplois d'officiers du Comitat, j compris les Vice-Comtes, sont remplis par l'élection des Comitats. Ils exercent pendant trois ans. Les Comtes suprêmes, les membres de la Table royale et du tribunal des Sept, les Judices curiœ, sont- nommés à vie par le Roi.
" Les Evêques, Archevêques et Prélats, Chanoines, sont nommés par le Roi , excepté les nominations seigneuriales, qui sont en petit nombre.
■ Le Palatin est nommé par les Etats sur une liste de quatre candidats pxésentés par le Roi , de\a cttodidats catholiques et deux protesunts. Les doux Conservateurs de la couronne sont nonunés de )a même manière.
<• Les dix millions d'habita|itai]uievsl«ntenIIongrie sont divisés par race de la manière suivante :
Hongrob 4)5oo,ooo
Havaques. 3,8oo,ooq |
Valaques goo^o |
Allemands 800,000 ,
iOiO(ia,ouo
fi» HlBTOIIl
DE lOtSPH II.
Ils sont dÎTiséa ainsi pac la'rdigion :
Cathi^ques romains.
4,5oo,ooo
Grecs unis
■ Grecs non unis. . . .
I ,aoo,ooo
'Reformés luthériens.
i,aoo,ooo
Réfonnés calTioistes.
2,3oo,ooo
(Voyage du Maréchal Duc de Ragi
gricj etc., lom. I".)
Ce
I ■> Les Ducs de Hongrie ont été :
T)e 884 à 889, Almus.
889 — 907, Arrab, 90J— 947) 2ollau, 947— 973, Toros.
97a— 997, Geisa, 997— 1000, Etienne.
a** Les rois de Hongrie, successeurs des Duos ; De 1000 à io58, Etienne I".
i(l3& — io4o, Pierre I*^, io4i^io4i, Samuel.
io4i — io44j PieiTe 11.
1044—1046, Pierre lU.
to46 — 1060, André I". io6o— io63, BeUI".
io€3 — 1074, Salomoo.
1074 — ÏO77, Geisa I".
1077 — 1095, Ladislas I".
1095 — tii4, K-olomann..
VIKCES JUSIIFICATtTKil. 531
iii4 — ii3i, Etienne IL ii3i— ti4i, Bêla II.
ii^i— 'I160, Geisa II.
1160— -1163, Etienne m.
ii6a, I^dislas II.
ii6a, Etienne IV.
1162 — 1173, Etienne V.
1173— it<)6, Bêla III.
1196 — iao4, Emmerich.
i3o4 — i3o5, Ladislas III.
i2o5 — ia35, André II.
1235-1170, Bêla IV.
1270 — 1273, Etienne VI.
'1272 — lago, Ladislas IV.
1290 — i3oi, André III.
3** Les Buis de Hongrie de différentes Maisons se sont succédé dans l'ordre suivant :
De i3oi à i3o4, Wenzel, de Bohème.
i3o4 — i3o7, Othon, de Bavière.
i3o7 — 1343, Charles 1", de Naples.
i34* — 1382, Louis I", i382— 1384, Marie I".
i385, Charles II, de Naples.
1385-1%, Marie II.
1387— 1437, Sigismond.
1437 — 1439» Albert.
t44o — '44^? Elisabeth.
1443—1444, Wladislas I". 1444- 1457, UdislasV.
il3 HIITOIBI Dl JOSIPa II.
1457 — 1490, Matthiot l*'.
1490— i5i6, WladialasU.
1S16— i5a6, Louis II.
i5i6 — i5a7, Jean de Zapolga.
4° Les Rois de Hongrie de la Maison d'Autriche : De 1S37 à i563, Ferdinand I".
i563 — 15761 Maximilien.
1576 — 1608, Rodolphe.
1608—1619, Manhias II.
1619 — 1637, Ferdinand II.
16X7 — 1657, Ferdinand III.
1657 — 1705, Léopold 1".
iyo5 — 1711, Joseph I".
1711 — 1740» Charles II.
1740 — 1780, Marie-Thérèse.
1780 — 1790, Joseph II.
1790 — 1793^ Léopold II.
*79') François I".
i835, Ferdinand I" (I" conune Empereur d'Autriche).
ALLOCUTIO RKGIN£ HUNGAHLK MaRIX-TMEKESIA: ,
« AfHictus rerum nostrv;tlpi status nos uoTÏt utfi- » delibus perchari r^ni Hqngvriae Statibus de hostilî ' provincise nostrœ hercditarile Aust(ÎK inviâione, et
.lizedbyGoOgic
PISCBS JIJST1KICA.T1VES. &3S
u immincote ttfua huic periculo , ad^ôque de consi- « derando rcmedfio propositionem scripto faciamus. •I Agiturder^Bo Huagariie, dep^^nà nostrâ, prott lUras noBtris et corouâ. Ab mnnibus der^ict^, nnicè a ad incljtonnn Statuum fidebtatem, arma et, Huaga- « rorum priscam virtuDem omCugimus, inipensè hor- • tantes velint Status et Ordines, in hoo maxràio peri- « cnlo, desecuritalepersoiuenoatrœ,prQliuiD, coronœ, H etRegnifpiantoocîàsooBsulereeteaiaefi'ectunietiatn N deducere. Quantum ex parte nosùra est , quiècum^ue ■ pro priMioi Hegni bujm felickate , et gentb decOre >t forent , ia ils omnibus benignitat^n et clementiam H -nostram regiam fidèles Sutuset OrdineaR^nî exper- < turi suni ■