IN7S0DUCTI0H
'»« En effet, au moment où Ottocare se prosterne devant l'Empereur , les rideaux du pavillon s'abaissent, et tout à coup, aux yeux du peuple et des soldats qui bordaient le Danube, apparaît, à genoux, le fier monarque, tenant ses mains jointes entre les mains de celui qu'il avait si souvent appelé son maître d'hôtel, et dont il allait devenir l'échanson (i).
Ottocare rend donc, au domaine impérial, l'Autriche, la Stjrie, la Carniole; àl'évêque de Salzbourg, la Carinthie; à Ladislas, tout ce que lui avait cédé Bêla.
Le mariage, cette grande habileté de la future maison d'Autriche, intervient au traité : Wenceslas , héritier présomptif de Bohême et âgéseulementdehuitans, épousera l'une des six filles de Rodolphe; un fils de l'Empereur s'unira à la fille d'Ottocare , avec une dot garantie par la partie de l'Autriche située au delà du Danube.
Affermi dans la possession du pouvoir,
(i) Ce fait a élé contesté, et l'on doit convenirqu'il eat peu d'ao
cord avec la modération et la prudeoce habituellei de Rodolphe.
Quelques auteurs attribuent cette sorte de coup de théâtre à
IMTBOBDCriWC
Rodolphe s'établit à Vienne oii il appela, \f^ de Habsbourg, toute sa famille. L'Autriche , depuis la mort du dernier duc de la maison de Bamberg, avait beaucoup souf fect des diverses dominations sous lesquelles elle avait passé , lieutenants de l'Empire, comtes bavarois, lieutenants des rois de Hongrie et de Bohême. L'Empereur consacra deux années à rétablir l'ordre dans les parties du Duché cédées à Henri de Bavière ou à Ottocare.
Aux villes, aux habitants de la campagne, il accorda des privilèges : à la noblesse, ruinée surtout par le roi de Bohême, il offrit des secours d'argent.
Mais les dons gratuits demandés au clergé , mais les taxes levées sur le peuple, excitèrent des murmures. L'Allemagne, qui avait vu avec plaisir l'abaissement d'Ottocare, s'effraya de la vigueur du bras qui venait de le • briser. Dans ces méconteptements , dans ces craintes , Ottocare crut trouver les chances d'une revanche qu'il méditait depuis le jour de sa soumission; car ils lui assuraient, sinon l'appui, du moins la neutralité de ceux-là même qui, deux ans auparavant, avaient aidé à l'abattre.
18 mwiDucnon-.
m Tous les efforts de l'Empereur, pour prëvenirune rupture, furent inutiles.
Plusieurs clauses du traité conclu à Vienne n'avaient pas encore reçu leur exécution. Ottocare refusa nettement de les remplir. Rodolphe , pour l'y contraindre , fait appel à l'Empire. Personne n'y répond , pas même ses gendres, les électeurs de Brandebourg etde Saxe ; pas même l'électeur palatin, qu'il vient de nommer son vicaire général. Henri de Bavière se déclare hautement pour Ottocare dont l'armée, grossie de renforts que lui fournissent laFoméranie, la Pologne, la Bulgarie, paraît sur la frontière d'Autriche.
Vienne, déclarée ville impériale, ayant promis une résistance énergique si elle était attaquée, Rodolphe, avec les levées faites à la hâte dans le Duché et les autres .provinces conquises , 9vec ses Suisses et ses Alsaciens accourus sous la conduite de l'évêque de Bâie , avec les Hongrois de Ladislas, marche résolument à l'ennemi. Des traîtres lui offrent d'assassiner son implacable ennemi : indigné, Rodolphe avertit le roi de Bohême, et lui propose une réconciliation . Mais celui-
lEfTKODcenotr. rs
ci repousse avec arrogance ce loyal avis, *^ comme une ruse. On en Tient aux mains, et, après une lutte sanglante à Marckfeld, sur les bords de la Morava, à la frontière de l'Autriche et de la Hongrie, les Bohémiens sont mis en déroute, laissant leur roi parmi les morts. Les trésors d'Ottocare, ses états, sa famille, tombent au pouvoir du vainqueur. Un traité de paix, si^é à Iglau , avec le margrave de Brandebourg, tuteur de l'héritier de la couronne de Bohême, met les frais de la guerre à la charge de cette couronne , coniirme la renonciation d'Ottocare, pour lui et les siens, à toute prétention sur l'Autriche , la Styrie , la Carniole,la Carinthie, et stipule de nouveau le mariage du jeune prince avec la fille de Rodolphe.
Henri de Bavière fut obligé d'échanger, contre quelques villes, au choix de l'Empereur , la partie de l'Autriche qui lui avait été cédée avant sa dernière défection.
Le Duché, ainsi complètement reconquis, restait sans maître réel.
Trois prétendants le réclamèrent : une petite-fille du dernier duc de la maison
)0 InTRODUCTION.
j|™de Bamberg, Louis de Bavière, le comte de Tyrol. Rodolphe acheta les droits de la princesse , et remit indéfiniment les deux, autres réclamations à la décision de la diète de l'Empire. Au sein des États du Duché, obéissance fut solennellement promise au possesseur que désignerait Rodolphe , et provisoirement il désigna Albert, son fils aîné , dans une diète générale à Nuremberg. Les actes par lesquels Guillaume de Hollande et Richard de Ck>mouailles avaient disposé de ce grand fief, furent cassés.
L'évêquedeSaltzbourgétantmortenia^g, la Carinthîe était aussi rentrée au domaine impérial.
Enfin, en 128a, une diète, tenue à Augsbourç , délégua la possession de l'Autriche, de la Styrie, de la Camiole, aux deux fils de l'Empereur, Albert etRodolphe. Le comte de Tyrol reçut la Carinthie. Ces délégations furent , en i a86 , solennellement ratifiées par tous les princes de l'Empire. Albert resta exclusivement chargé de l'administration de l'Autriche. Déjà les comtes de Habsbourg avaient pris rang parmi les plus puissantes maisons de l'Allemagne.
INTBOUUCTION.
Des promesses faites, en 1275, par Rodol-!^ phe à Grégoire X , aucune n'avait été réalisée : Rodolphe ne s'était point fait couronner à Rome; vainement la Palestine l'avait attendu; leSaint-Sîége n'étaitpas en possession de l'héritage de Mathilde.
Grégoire était mort en janvier 1276. Dans les quatorze mois suivants, trois papes avaient traversé le trône pontifical. Après la défaite d'Ottocare , Rodolphe , du fond de l'Autriche, somma, en 1279, plusieurs villes de Romagne et de Toscane, de lui rendre hommage. Les premières ayant obéi, Nicolas III, le quatrième successeur de Grégoire, déclara l'Empereur violateur de ses engagements envers le Sainl-Siége, et menaça de l'excommunication, si ces engagements n'étaient pas remplis. Rodolphe, dans sa jeunesse , avait , en i a5o , pourun couvent brûlé à Baie, encouru, de la part d'Innocent IV , un premier anathème dont, vingt ans plus tard, ses compétiteurs à l'Empire s'étaient faitune arme contre lui. Il sentit qu'au moment où sa hardie prépondérance en Allemagne excitait tant de jalousies et d'inquiétudes, l'inimitié de Nicolas pouvait lui nuire
S3 inTBODticTion.
ia8î autant que lui avait servi l'amitié de Grégoire. Entre l'affermissement de son pouvoir dans cette même Allemagne, entre l'établissement de sa maison en Autriche , et une lutte contre l'Italie, où de si puissants empereurs avaient succombé , où l'autorité impériale d'ailleurs devait être encore plus précaire qu'en Allemagne , il n'hésita pas, et abandonna ce qu'il avait promis en 1275, se contentant, en échange, du titre de sénateur de Rome que Nicolaslui conféra pour un an, et de la renonciation de Charles d'Anjou au vicariat de l'Empire &n Toscane. Charles reçut, comme dédommagement, l'investiture des comtés de Provence et de Forcalquier, deux fiefs impériaux dont, à la mort du dernier comte , son beau-frère , il s'était emparé sans. l'aveu de l'Empire, sans égard aux droits de Marguerite , femme desainttiouis, etl'aînéedela reine de Naples. Ces arrangements furent scellés par un projet de mariage entre la dernière fille de Rodolphe et le petit-fils de Charles d'Anjou. Pour Rodolphe , ces fiançailles devenaient plus qu'un gage de paix; par sa mère, sœur de Ladislas, l'allié de l'Empereur, le jeune
IMTJlODUGnOIl. 23
prince napolitain apportait y dans I9 famille u impériale, un titre éventuel à la couronne de Hongrie. Quand le successeur de Nicolas, Martin IV, voulut, en laSo, rendre au roi de Naples son titre de vicaire de l'Empire, Charles le refusa , tout entier alors à ses projets sur Gmstantinople; mais les Vêpres siciliennes l'arrêtèrent dans sa marche.
Quelques années après, Rodolphe vendit aux. cités italiennes qui voulurent bien la payer, une indépendance que l'Empire n'était plus en mesure de leur contester. Plusieurs se refusèrent à ce marché.
En Suisse, comme en Italie, quelques villesavaient été, pendantrinterrègne, enlevées, au domaine impéria,l , entre autres Morat, usurpée par les comtes de Savoie. Rodolphe les réclama en 1283,, et moitié, par la force,. moitié par l'intervention du pape Martin IV, elles lui furent rendues.
Au delà du Rhin, le comte palatin de Bourgogne , autre grand feudataire de l'Empire , avait prêté hommage à Philippe le Bel, roi de France. Assiégé dans Besançcm par Rodolphe, en 1284 , le comte se recon-
94 >HTBODUCTI0I>.
•• nut son vassal , et alla recevoir à Bâle l'inves-: titure de ses Etats.
L'année suivante, l'Empereur reçut l'hommage du comte d'Alost, de Hainautet de Zélande.
Voilà pour la dignité extérieure de l'Empire.
A l'intérieur, la main de Rodolphe n'était pas moins ferme.
Aussitôt après son élection , son premier soin , comme on l'a vu , avait été le rétablissement de l'ordre en Allemagne. Électeurs ecclésiastiques et séculiers, princes souverains, ducs ou comtes, villes libres, impériales, Ou sujettes, tout fut sévèrement ramené à l'observation des lois de l'Empire trop longtemps oubliées. Vingt-neuf tètes des plus nobles familles, impitoyablement abattues dans la seule Thuringe , parce que ces familles avaient organisé les bandits qui désolaient l'Allemagne (i); soixante -quinze
(i) On intercédait en faveur des condamnés, on rappelait leur haute Daîssaace : • Non, > répondit l'Empereur, • ue ne sont point < des nob1ei,cesont d'exécrables brigands, ceax qui oppriment le
• pauvreet troublent la paix publique.La vraie noblesseestlojale,
• buDUine et juste; 'elle n'oflense et ne dépouille personne. •
IMTBODDCTION.
châteaux, ou donjons rasés , en une seule an- [^ née, comme repaires de ces bandits, déposent du trouble profond de la paix publique proclamée à Mayence dès I235 par Frédéric II , et de la vigueur avec laquelle Rodolphe en poursuivit le rétablissement, dès qu'à son tour il l'eût annoncée , en 1 28 1 .
La Bohême, opprimée par le margrave de Brandebourg, avait, en I283, imploré l'assistance de l'Empereur; Rodolphe, après avoir débarrassé le jeune Venceslas de son farouche tuteur, Et célébrer à Ëgra , deux ans plus tard, le mariage du jeune prince et de l'une de ses filles; mariage convenu dès 1276, avec Ottocare. En même temps Venceslas reçut l'investiture de la Moravie, et, en 1290, celle de la Silésie, de la Lusace : le titre d'électeur de l'Empire, enlevé à son père, et la dignité de Grand Échanson, furent le prix de sa renonciation solennelle à toute prétention sur l'Autriche.
Danscette même année 1290, une insurrection éclate en Hongrie contre Ladislas : ce faible roi périt assassiné par des étrangers qu'il avait appelés à son secours.
Gommeil ne laissait pas d'enfants , Rodolphe
IHTBODOVIIOH.
[|™ déclare que la Hongrie , fief impérial , a fait retour à l'Empire, et il l'adjugea Albert, son fils, tandis qu'en Italie, son gendre, le petit-fils de Charles d'Anjou recevait de Nicolas rV la couronne vacante. Mais le vœu des Hongrois ayant désigné André III le petit-fils d'un de leurs anciensmonarques, Rodolphe n'insista pas pour Albert , et laissa au Pape le soin de défendre son propre choix.
Berne, ville impériale, s'étaitdepuis longtemps placée sous la protection des oomtes de Savoie. Rodolphe ne l'avait pas réclamée en iqSS; il la réclama cinq ans après, et, sur son refus d'bommage , l'assiégea en personne. Mais le courage des Bernois le força d'abandonner un siège où Albert devait échouer encore après lui.
Rodolphe, depuissonélection, avaitporté seul tout le poids des affaires de l'Empire, et cette unitéd'actionexpliquel'énerçie d'un pouvoir dont on avait cru qu'il n'userait pas. En outre, dansles actes nombreux de son administration, il avait presque toujours pris le simple titre de Roi des Romains, sans doute pour ne pas ajouter, par l'éclat du nom d'Kmpereur, à l'irritation du mécompte de ceux
INIIODIfCTlON.
qui l'avaient choisi pour chef. Quand les '| grandes diètes conféraient ce titre à un autre que l'Empereur, il devenait , pour le prince qu'elles en avaient revêtu , une sorte de promesse d'élection à l'Empire.
En 1291 , Rodolphe le demanda, pour Albert son fils, à une diète qu'il avait, tout exprès, convoquée à Francfort. Son grand âge motivait assez ce partage volontaire de la dignité impériale; mais un pareil père avait rendu Albert trop redoutable : la diète ajourna. A soixante-douze ans l'ajournement était significatif : Rodolphe en fut profondément blessé.
Les ans et les fatigues avaient altéré la santé du vieil empereur. Après une courte visite à ses domaines héréditaires de Suisse et d'Alsace, à ses anciens compagnons d'armes, il voulait se rendre en Autriche, pour aider Albert à apaiser une révolte ; ses médecins lui conseillèrent le repos. « Il faut € alors, leur répondit-il , que j'aille à Spire, c voir mes devanciers!... » Et, à quelques jours de là , Rodolphe reposait à Spire, dans lé caveau des Empereurs.
Il était mort, à Gemersheim, le i5 juillet
31 IHTHODECTIOK.
y 1 290, dans les sentiments d'une piété fervente , plein d'amour et de reconnaissance pour ce Dieu qui, selon son expression habituelle , l'avait élevé , du chaume de Habsbourg, au trône de l'Empire (i).
Longtemps l'Allemagne regretta en lui ce qu'elle avait appelé sa loi vivante {lex animata). Quand elle-se sentait blessée par les actes despotiques de plus d'un de ses successeurs ; « Ah! s'écriait-elle, ce n'est pas la loyauté de Rodolphe! » Cette voix du peuple, cet éloge auquel on ne peut rien ajouter , expliquent les grandes choses de son règne. Le respect du droit, dans un temps où la force seule gouvernait, est un trait particiulier de la vie toute guerroyante de Rodolphe; il caractérise l'habile et prévoyante politique mêlée à toutes ses opérations militaires. Devant cet invariable esprit de justice on lui pardonnait une administration sévère. A cette rigidité, d'ailleurs, il avait toujours allié la simplicité extérieure et la douceur des ma-
(i) Rodolphe est la tige de toutes les tnai! tantes vers le milieu du iS* siècle. Le P. Barre a calculé (Journal des savants, mars 17S1) que Louis XV descendait deçà moDarque de plus de cinquante manières*
lEITIODUCTIOH. 2S
nières , deux mérites qui font surtout vivre , "»> dans la mémoire des masses, la popularité des grands noms.
Rodolphe avait près de six pieds de haut , la taille élancée, la tête petite, le nez long et aquilin, le teint pâle; il était presque chauve. Modeste en ses vêtements , humain, affable, d'un accès facile, il possédait, au plus haut degré , le charme de la parole ; une religion charitable et douce l'animait.
Un jour, des soldats écartaient de lui des pauvres : «Laissex-les approcher, » leur ditil, « je n'ai pas été nommé chef de l'Empire , « pour être séquestré du reste des hom- (t mes. »
Une autre fois, étant à la chasse, il rencontra un prêtre qui portait le viatique. Le chemin était mauvais ; l'Empereur mit pied à terre , et donna son cheval au prêtre , en disant qu'il lui siérait mal de s'en servir, tandis que celui qui portait le corps de Jésus- Christ serait à pied.
Un interrègne de près d'une année suivit sa mort. Son fils, Albert d'Autriche, convoitait la couronne. Mais, parmi les électeurs, sa cupidité , son orgueil lui avaient fait plus
*0 iNTaonuciTOTi.
•^ d'un ennemi ; sa puissance les effraya tous.
Un autre prince, Adolphe, comte de Nassau (i), unissait à d'^minentes qualités une faiblesse rassurante, ne possédant au plus que la moitié du comté de Nassau. C'était là, pour un candidat, un immense avantage. Son cousin, l'archevêque deMayence, l'exploita si activement auprès des électeurs , il intrigua avec tant d'adresse, que, l'élection lui ayant été déférée, Adolphe fut nommé par lui. Zèle, au reste, peu désintéressé; car, sous un prince jeune et qui lui devrait le trône, l'archevêque espérait gouverner.
Adolphe, vaillant chevalier, se montra inhabile monarque. En s'efforçant d'étendre, par des actes arbitraires, les domaines de sa maison, il ne .tarda pas à indisposer les électeurs. Bientôt le même archevêque de Mayence mit, à l'abattre, autant d'ardeur que naguère à l'élever.
Ces fautes devenaient des armes pour Albert : il s'en servît. Sûr de l'appui du prélat, ce prince gagna le roi de Bohême , les électeurs de Cologne, de Saxe etde Brandebourg. Ce fut à Prague, au couronnement même de
(i) De la braaohe de Wisbaden et Je Wcilbour^.
IHTBOMCTIOS.
Wenceslas, durant des fêtes splendides où j^ cent quatorze mille chevaux furent nourris aux dépens de l'hôte royal , que s'organisa , contre Adolphe , un plan de déposition.
Pour conjurer le péril et calmer les esprits, Adolphe tempère la rigueur de son gouvernement intérieur; au dehors il renouvelle son alliance avec André, roi de Hongrie, et se lie étroitement avec l'archevêque de Saltzbourg.
Mais dans une diète, tenue à Mayence la même année, on dresse contre lui une ample liste de griefs. Sommé de comparaître et de répondre, l'Empereur refuse; il est déposé : Albert est élu à sa place.
Cependant la défection ne s'était pas étendue partout ; les électeurs de Cologne , de Trêves , les deux frères palatins , un grand nombre d'autres princes , tout le corps des villes d'Empire, restaient fidèles à Adolphe. Le monarque déchu prend les armes. Sans attendre son infanterie, il attaque Albert, avec sa cavalerie seule , à Gelheim , près de Worms. Comme la haine , la lutte fut terrible. Albert avait inventé une sorte de poignard dont il arma des fantassins d'élite, en
sa INTBOSUCTION.
lïw leur ordonnant de frapper les chevaux , et de marcher droit à son rival. Les cavaliers d'Adolphe furent culbutés. Les deux Empereurs se joignent au fort de la mêlée. <c Ou « ma couronne ou ta vie! » s'écrie Adolphe. « — Le ciel va décider! » répond Albert , et frappé d'un coup de lance au visage, roulant sous son cheval abattu par le choc, Adolphe a perdu la vie, la couronne, la vengeance.
n importait à Albert de ne laisser aucun doute sur la validité de son élection, de n'être empereur qu'en vertu d'un titre incontestable. Renonçant donc à ses droits acquis à Mayenee , et déposant le sceptre impérial, il se fait élire, une seconde fois, à Francfort, et couronner à Aix-Ia-Ghapelle, par Wichbold , archevêque de Cologne.
Le pape Boniface VIII refusa d'abord de reconnaître l'élection, alléguant qu'Albert avait assassiné son souverain légitime, qu'il était borgne et laid de visage , et qu'il avait épousé une femme de sang de vipère (i), la fille de la veuve de Conrad IV. Mais son vrai motif [pétait l'intime liaison d'Albert et
(l)j^anguiiu vipendi.
inTBOODCTIOIT. S3
de Philippe le Bel. A peine élu en effet. Al- la» bert avait conclu, à Strasboui^, un traité avec le roi de France, et marié Rodolphe, son fils , à Blanche , fille de Philippe.
Or, les démêlés de Boniface avec le monarque français , dans les affaires duquel il s'était imprudemment immiscé , remontaient à 1296; ils devinrent cette hostilité violente qui devait se terminer par le soufflet de Nogaret , la captivité et la mort du souverain pontife. S'arrogeant même la qualité de vicaire général de l'Empire, Bonifce donna aux ambassadeurs d'Albert leur audience de congé, l'épée au côté, la couronne de Constantin le Grand sur la tête, en leur disant : « lo, son Cesare, io l'Imperadore; « C'est moi qui suis César^ c'est moi qui suis a l'Empereur. » Ensuite il somma les électeurs palatins de déposer Albert, et de procéder à une élection nouvelle.
Mais, quelques années plus tard, trèsembarrassé de ses différends avec la France , et dans l'espoir de le détacher ainsi de Philippe, Boniface reconnut Albert (i). Payant cette déférence par une plus grande encore,
< (i) Bulle du 3o nvril i3o3.
INTBODCCTrOS.
» ce prince, reconnut de son côté, « que « l'Empire avait été transféré des Grecs aux « Allemands par le Saint-Siège ; que les élec- « teurs tenaient leur droit du Pape ; que les « Empereurs et les Kois tenaient de lui le « droit du glaive. »
L'altier pontife triomphait : ce fut alors iju'il ceignit la tiare papale de la seconde couronne.
Cette concession d'Albert était en pure perte; car, bientôt Boniface, après avoir ,^ en moins de trois ans, donné les empires d'Orient et d'Occident, et mis en interdit le royaume de France, mourut.
L'ambition d'Albert ne s'était point fait attendre. Déjà ses armes avaient arraché aux principautés riveraine» du Rhin pbisieurs -concessions importantes : réclamant la Hollande, la Zélande et la Frise, comme 6efs de l'Empire, il les attaque, mais sans succès.
Il lui fallait pourtant une proie.
Se tournant vers la Bohême, à deux reprises, Albert est repoussé. La mort, à défaut delà victoire, lui vient alors en aide. WenceslasïV ayant cesséde vivre, son fils.
IHTBDDDCnON. 35
à peine âgé de dix-sept ans , achète la paix «w au prix, de quelques concessions, et rend hommage pour la Ëohémeet la Pologne.
Peu de mois après, Wenceslas V est assassiné àOlmntz, au moment où il marchait sur la Pologne, pour chasser Vladislas Loketek, dépossédé de la couronne des Sarmates en i3oo, après quatre ans de règne, par une diète polonaise, remplacé par Wenceslas IV, et rétabli sur le trône en i3o5, par le parti contraire à Wenceslas. L'assassinat du jeune roi fut imputé à Albert; son ardeur à s'emparer de la Bohême explique le soupçon.
Mais si l'intérêt fut la cause dn crime, Loketek, aussi bien qu'Albert, peut l'avoir commis.
Les États du royaume ayant élu Henri, duc de Carinthie, beau-frère du dernier roi, Albert s'empare du pays, et déclare, à la diète de Nuremberg, que, l'ancienne famille royale manquant d'hoirs mâles , la succession lui appartient, en vertu du traité d'Iglau. Poussant ainsi son fils aine Rodolphe surletrône, il le marie, en secondes noces, à la reine Elisabeth de Pologne , veuve de Wenceslas IV, Mais ce jeune prince meurt
30 IKTBODOCTIOn-
iM» dans la même année, règne trop long, si l'on considère les actes qui le troublèrent; et, malgré les efforts d'Albert pour faire élire son second fils Frédéric, Henri de Garinthie prend une couronne que les États lui avaient déjà décernée.
En 1 393, Adolphe de Nassau ayant acheté du landgrave Albert la Thuringe, avec l'argent de l'Angleterre , les États, indignés de ce scandale qui dépouillait- une postérité légitime, pour établir et avantager le fils d'une concubine , avaient refusé de le recevoir : de là une guerre interrompue par la mort d'Adolphe. Albert reprend la lutte , en 1 807 , contre Frédéric le Mordu. Le prix du honteux marché avait été payé ; il en revendiquait les clause». Mais cette fois la justice triompha : les Impériaux furent défaits à la sanglante journée de Lucca (i), près d'Altenbourg.
Albert se disposait à une éclatante revanche, quand tout à coup un cri de liberté appela son attention sur un autre point.
A cette époque, l'Helvétie était divisée en petites souverainetés, en baronnies, en villes
(1) Od Lueka , petite ville de la haule Saxe.
IHTKODIJCIIOII. 37
impériales, comme Zurich, Berne, Bà)e et a Schaffouse; en seigneuries aux' mains du clergé , en petits cantons qui se gouvernaient démocratiquement, quoique dépendants de l'Autriche, tels que Schwitz, Uri et Underwald. A la tête de ces souverainetés diverses étaient les comtes de Savoie et de Habsbourg. Elevés à l'Empire , ceux-ci acquirent le droit de nommer, dans tous les lieux relevant de la juridiction impériale , des baillis pour administrer la justice criminelle.
Cédant aux ambitieuses instances d'Albert, Rodolphe avait , un moment , aspiré à la souveraineté des seigneuries ecclésiastiques et desbaronnies.AinsilamaisondeKibourglui céda la ville de Fribourg, l'abbaye de Murbach , la ville de Luceme , etc. Alarmés de ces extensions, Uri, Schwitz, Underwald s'engagèrent à ne jamais reconnaître une association étrangère. Le sage Rodolphe, respectant cette opposition d'hommes jaloux de leur indépendance , et qui lui avaient rendu de si grands services, confirma tous leurs privilèges;, cet acte fut ratifié par Adolphe. Les esprits étaient donc rassm^s.
tMXBOUtlCTIOn.
(7 Mais à peine Rodolphe eut-il feraié les yenx. qu'Albert songea à s'emparer des cantons libres de l'Helvétie. Nouvelles alarmes parmi, eux; assemblée générale; réorganisation de leur ligue défensive. Ils. embrassèrent la cause d'Adolphe. Après une telle manifestation, ravéoement d'Albert devenait pour les cantons une menace, un péril. Bientôt des députés étant venus solliciter , auprès de l'Empereur , la confirmation de leurs pri- TÎléges, Albert, pour toute satisfaction , annonça qu'il allait modifier la £brme de leur gouvernentent.
Mais , trop habile pour brusquer cette exécution sans avoir préparé Tes voies, l'Empereur étjend ses acquisitions et son influence en Suisse. Une fois ces hommes libres traqués comme dans un réseau , il propose aux cantons d'Uri, de Schwilz, d'Underwald,.
de se laisser incorporer à l'ancien patrimoine dfes comtes de Habsbourg. Une telle offre ne pouvait qu'être rejetée avec indignation : Albert ordonne à ses baillis ou préteurs, de contraindre, à force de vexations, les. Suisses à la révolte, se réservant de Les. dompter ensuite.
innoDDcnoR.
Ce fut alors qu'au Griitli, petite prairie ■> du canton de Schwitz, entre Brunnen et Milterstein , au bord du lac des Quatre-Cantons , naquit, le i3octobre i3o7, avec la protection de Dieu, la première ligue des Suisses, sous le patriotique effort de Wemer Stauffacher, de Walter Furst, d'Arnoul Melchtal, tous trois inconnus jusqu'alors, depuis tous trois immortels.
Furieux de ieuj* rapide triomphe, Albert accourt, disperse cette héroïque insurrection, et se croit à la veille de l'anéantir; mais l'anniversaire du jour où, dix années auparavant, il avait tué Adolphe , devait lui être fatal.
Depuis longtemps, Jean, neveu d'Albert , réclamait en vain son héritage en Souabe. Irrité de tous ces refus, il résolut, avec quatre seigneurs, Walter d'Eschenbach, son gouverneur, Rodolphe de Wart, Rodolphe de Balm et Conrad de Tegelfield, la mort de son oncle.
Mais , soit que l'occasion ou l'audace eussent manqué , le jour fixé n'avait pas vu le crime. Le remords entraîna même l'un des conjurés au tribunal de la confession. La
*e IflTBODUCTIon.
»07 pénitence fut de prévenir Albert; celui-ci, croyant que son neveu voulait l'effrayer, reçut l'avis sans y croire.
Le I* mai i3o8, après la messe, Jean supplia instamment l'électeur de Mayence, et l'évêque de Constance , de plaider encore sa cause auprès d'Albert. L'Empereur manda le jeune prince , et lui indiqua , comme terme de son attente, l'issue de la guerre de Bohême. Le rappelant bientôt , il lui offrit cent chevaux superbes. On se mit à table, et un page apporta des fleurs. Alors Albert se leva , distribua les couronnes , et donna la j^us belle à son neveu. Mais l'arrêt de mort était prononcé : s' approchant des trois conjurés , « Il va monter à cheval, avec une faible « suite, » leur dit tout bas le jeune prince.
Cependant Albert se dirigeait sans crainte vers Rhinféldt, où Elisabeth, sa femme, avait ras^mblé les troupes. Dans son cdrtége, étaient Jean et ses complices. Arrivés au passage de la Reuss , près de Windiscb , les conjurés , sous prétexte de ne point surcharger le bateau, séparèrent le monarque de sa suite; son fils Léopold resta sur l'autre rive.
Tandis qu'Albert , arrivé sur ses domai-
intBODUCTlOtl. 41
nés héréditaires, traversait lentement, et le a cœur joyeux , les campagnes qui s'étendent au pied des monts que domine Habsbourg, et oii brilla l'antique Vindonissa, tout à coup Jean s'élance : « Cest trop attendre ! » s'écrie-t-il; et, tandis qu'Eschenbach arrête le cheval de l'Empereur par la bride, «Tiens, » dit son neveu , en lui enfonçant sa lance dans la goi^e, (c voilà le prix de l'injustice. » Balm lui fend la tête, Eschenbach le frappe au visage, Wart demeure stupéfait. Albert pousse un grand cri , et tombe noyé dans son sang. Les assassins , les lâches s'enfuient. Une pauvre femme accourt , et s'efforce de relever l'Empereur qui expire entre ses bras.
C'était dix ans après qu'Albert avait tué Adolphe! mais du moins en brave, dans une bataille. Avant comme après ce prince, aucun roi ou empereur d'Allemagne n'a péri de la sorte. C'est là une des gloires du caractère national.
Dispersés par la peur ou par le remords, les meurtriers ne se revirent plus. Tous finirent misérablement. Jean ne devait mourir qu'en i3i3, à Pise, confiné dans un couvent
iNTfianuctioM.
isee d'Augustins: Bâlm, à Bâle, dan& un couvent de religieuses : Ëschenbach, en Wurtembei^, sous la buredes pâtres qu'il porta trente ans; Watt fut roué sur le lieu même de l'attentât. Sa malheureuse femme, Âdélaide de Sargens, prise avec lui, dans le château, vit mourir son enfant de faim , en prison; son lait s'était tari. Elle-même, après s'être échappée du cachot, le jour de l'exécution de son mari, fiit témoin de ses tortures , et revint mourir de douleur, à la porte de l'église.
Agnès, veuve d'André 111 , roî de Hongrie , et fille de l'Empereur, éleva, sur le théâtre du crime, l'abbaye de Kônigs'felden. Noble et pieuse vengeance , si des flots de sang ne l'eussent souillée !
Ona jH^tendu qu'assistant, avec son frère Léopold , au supplice de soixante-trois vassaux de Balm , cette princesse , au milieu des cris des malheureux qui protestaient de leur innocence , osa répéter , avec une atroce joie, la légende de sainte Elisabeth : « A présent, € je me baigne dans la rosée de mai. »
Sans aucun doute , Albert valut mieux que sa réputation; soit préjugé, soit passion, les historiens n'ont pas été justes envers lui.
inTlODUCTlOH. Ai
Tout en flétrissant son arrogance avide, ses is vicesetsesusiirpatlons, ils auraient du parler aussi de ses talents guerriers, de sesTertua domestiques, de sa fermeté dans l'exercice du pouvoir suprême, de son habileté à maintenir la tranquillité publique.
Les cinq fils d'Albert (i) succédèrent à toutes ses possessions , mais sansles partager. Aux termes de l'acte d'investiture et du pacte de famille, Frédéric eut l'administration des provinces autrichiennes. Quant aux domai> nés en Souabe, en Alsace et en Suisse, LéopoldjVule bas âge de ses trois jeunes frères, les gouverna. Sur ces deux têtes reposaient donc alors les destinées de la maison d'Autriche.
Le trône impérial demeura six mois vacant. Frédéric le Bel, duc d'Autriche, fils aîné d'Albert, et Charles de Valois , frère de Philippe le Bel, roi de France , se le disputaient avec une égale ardeur. Tous deux échouèrent. Philippe avait, sans scrupute, contraint le pape Clément V , siégeant à Avignon, de recommander vivement son frère
(i) llavaiteud'ÉlisabelhvingtenfaDls.tloul six fils. Sodolplw^, ^ni devint roi de Bohême , élait morl avant son péi-i;.
INTBODUCTION.
KM aux trois électeurs ecclésiastiques : mais le Souverain Pontife se serait bien gardé d'appuyer une aussi formidable candidature.
Tout en obtempérant, par une démarche ostensible, aux instances de l'altier monarque, il exhorta secrètement les trois électeurs à repousser l'influence française, et à élire, le plus tôt possible, Henri, comte de Luxembourg , frère de l'électeur de Trêves : cet avis prévalut. C'est le premier Empereur nommé par six électeurs seulement, tous six grands ofBciers de la couronne : les archevêques de Mayence, Trêves et Cologne, chanceliers ; le comte palatin , de la maison de Bavière d'aujourd'hui, grand maitre; le dux de Saxe, de la maison d'Âseanie, grand écuyer; le marquis de Brandeboui^, de la même maison d'Âscanie, grand chambellan.
Châtier les assassinsd'Albert , et confirmer les privilèges des Suisses , tels furent les premiers actes du nouvel Empereur : c'était bien débuter.
A la diète de Spire, pour la première fois, les électeurs se partagèrent en trois collèges, électeurs, princes, villes.
Henri sut faire passer la couronne de Bo-
INTBODUCTIOIt. 4fi
hême sur la tête de son fils : nouvel échec isa pour les princes de la maison d'Autriche.
Impatient de relever l'Empire en Italie, il franchit les Alpes. Guelfes et Gibelins désolaient tout : la cause de l'Empereur et des Papes n'était plus qu'un prétexte : la lutte et les haines vivaient de maison à maison. Seulement, parmi les Gibelins, subsistait encore une ombre de respect pour les Empereurs, tandis que les Guelfes , soutenus par les rois deNaples, n'aspiraient qu'à une entière indépendance.
MaitredeMilan, Henri y est couronné roi d'Italie avec un diadème d'acier, l'antique couronne lombarde ayant été mise en gage par les Terre, vicomtes de Milan. De là il marche sur Rome, théâtre de meurtres et de pillages : mais déjà Kobert, roi de Naples, s'était emparé de la cité Léonine et du Vatican. Ne pouvant l'en chasser, Henri se fait couronner, le 29 juin i3i2, dans l'église de Latran, par les trois cardinaux que Clément V avait exprès envoyés d'Avignon.
Chaque jour est ensanglanté par un combat. Alors le même Clément V , qui venait de travailler au couronnement de Henri,
INTUODUCTION.
la lui ordonne , comme au premiei* vassal du Saint-Siëge, de mettre bas les armes, et de se réconcilier avec le roi de Naples. Loin de tendre la main, par ordre, au roi de Naples, Hetiri se brouille avec le ï'ape qui aussitôt se jette dans le parti des Guelfes.
Quoique affaibli par le départ des princes d'Allemagne , qui s'étaient retirés après lecouronnemrait, Henri poursuit la guerre; plusieurs villes toscanes tombent en son pouvoir. Une diète s'ouvre à Pise. Elle met Robert de Naples au ban de l'Empire, comme complice des rebelles, comme ayant empêché le sacre solennel de son souverain Henri VII. A peine instruit de cet arrêt, Clément Vprend le royaume de Naples sous sa protection, et lance l'anathème contre quiconque oserait attaquer Robert.
De son côté, l'Empereur s'avance à la tête de ses troupes; mais, au moment de relever la majesté de l'Empire , il tombe malade , et meurt d'une fièvre pestilentielle à Buonconvento , en Toscane. Dans la crainte ■sans doute de calomnier la peste, on aima mieux calomnier un prêtre ; et le bruit se répandit qu'un dominicain, Bernard de Mon-
INTBODCCTiOH.
tepeluciano , confesseur de Henri , I avait ms ■ . . - 1 ■ - . '^
empoisonne, en lui administrant ia com- ,
munion. Une déclaration authentique de
Jean de Bohême, fils de l'Empereur, a fait
justice de cette abominable imputation.
La mort de Henri VU rendit l'espoir da trône aux princes autrichiens. Argent, intrigues, Frédéric, surnommé le Beau à cause delà noblesse de ses traits, et ï-iéopold, ne négligèrent rien. Celui-ci avait servi le défunt Empereur avec autant de courage que de fidélité: en Italie surtout, sondévouement chevaleresque s'était signalé. Pour reconnaître tant de loyaux services, Henri l'avait fiancé à Catherine de Savoie, nièce de sa propre femme. Une fois la route du trône ouverte, Léopold dirigea toutes ses forces , toute son influence , vers l'élection de son frère.
La cause de Frédéric semblait gagnée; Louis de Bavière s'était même formellement engagé à ne point entraver ce choix : mais le parti anti-autrichien n'était pas non plus demeuré inactif; et, contre toute attente , liialgré la foi promise, Louis de Bavière, après un interrègne de quatorze mois, fut élu à Francfort, tandis que Frédéric l'était
48 INTRODDCTION.
Jl^ aussi tout près de là, en même temps, à ' Saxenhausen. Louis fut sacré à Âix-]a-Chapelle, par l'archevêque de Trêves; Frédéric à Bonn, par l^rchevêque de Cologne.
Les deux compétiteurs en appelèrent au Pape qui succéderait à Clément V, et aux armes. Jean XXII devait les mettre d'accord, en cassant les deux élections; mais cette bulle ne parut qu'en iSaS.
Tandis que Frédéric marchait contre Louis, Léopold mena çaitl'HelvétJe. Les Suisses s'étaient ligués pour la Bavière : n'était-ce pas défendre leur liberté contre l'Autriche?
Déjà Léopold, se vantant Ae fouler bientôt aux pieds ces paysans , et portant avec lui des cordes- pour garrotter leurs chefs, croyait saisir ses victimes; mais quatre cents pâtres d'Uri, trois cents d'Underwald etsept cents de Schwitz, héros improvisés, écrasèrent, à Morgarten, ces fiers chevaliers tout bardés de fer. A dater du 1 5 noveiphre i3i5, la servitude disparut pour jamais de ce noble sol.
Ayant vainement ensuite investi Soleure, Léopold signa un armistice avec les trois cantons.
Débarrassés sans gloire de cette guerre
nresoDDcnoM. 49
sans justice, les ducs d'Autriche se tourné* a reat contre Louis; durant deux, années, l'Allemagne s'épuisa sur les champs de ba- Uille.
Enfin Louis triomphe à la sanglante journée de Muhldorff. Frédéric est fait prisonnier avec son 'frère Henri. Dès lors il n'y eut plus qu'un empereur.
Conduit d'abord au château de Trausnitz et remis ensuite au roi de Bohème , Henri ne redevint libre qu'après la renonciation formelle des princes autrichiens à tout droit sur la Bohème.
Jusqu'à ce moment, le successeur de Clément Vêtait resté neutre entre Louis V et le duc d'Autriche. Mais tout à.coup, profitant de la faiblesse dont la victoire de Muhldorff avait frappé les deux rivaux, Jean XXII , à titre d'arbitre, casse la double élection, se proclame vicaire de l'Empire, ordonne à Louis de Bavière de déposer les armes avec sa couronne , et de s'en rapporter à la décision suprême du Saint-Siège. ï^uis essaye de la prière , mais en vain ; alors les États et l'Ëjnpereur en appellent du Pape à un concile général.
dO IKTBODUCIIOR.
m Frédéric meurt; ses frères cherchent à susciter un nouveau concurrent. Mais Louis, instruit de leurs menées, accourt d'Italie en Allemagne, et cédant, au domaine autrichien , les villes impériales de Villingen , de Brisach , de Reinfeld , de Neubourg, il paye de ce prix le repos et l'union de l'Empire.
Bientôt Henri, duc de Carinthie, comte deTyroletroi titulaire de Bohême, étant mort sans enfants, le duché de Carinthie échut aux ducs d'Autriche , du chef de leur mère Elisabeth. De là l'implacable haine de Jean, roi de Bohême, contre l'Empereur; de là bien des maux pour l'Allemagne.
Benoît XII avait succédé à Jean XXIÏ.
Moins altier que son prédécesseur, il eût transigé ; mais les cardinaux français et provençaux l'en empêchèrent. Avait-il donc oublié la menaçante animosité de Philippe de Valois, du roi de Bohême et du roi de Naples contre l'Empereur.'' En se réconciliant avec leur adversaire , n'allait-il pas attirer sur sa propre tête toutes leurs inimitiés ? Jean effrayé retira sapromesse, et refusa, par peur, comme Jean eût refusé par orgueil.
Irrité des inflexibles prétentions du Saint-
InTBODUCTION. SI
Siège, la diète de Rens (i) déclara solennel- is^n lement, par une pragmatique sanction , que tout prince, élu empereur à la pluralité des suffrages, devait être considéré et obéi comme empereur légitime, nonobstant le défaut de consentement des papes; en outre que tout ecclésiastique qui soutiendrait le contraire, serait poursuivi et puni pour crime de lèse-majesté. Cette grande mesure fut confirmée dans la diète de Francfort.
Benoit XII étant mort, Qément VI, avec la tiare, prend l'esprit de ses prédécesseurs. Rien de plus humiliant que les conditions imposées par lui à l'Empereur. Louis en réfère aux Etats assemblés. Tous, électeurs, princes, villes, s'indignent de l'affront fait au chef de l'Empire.
La menace avait été impuissante : Clément recourt à l'intrigue : une nouvelle assemblée électorale ayant déclaré l'Empire vacant, élit le fils aîné du roi de Bohême , Charles , margrave de Moravie. Mais la diète de Spire, tous les États de la haute-Allemagne , et la plupart des villes se liguent pour la défense
(i) Pelile ville dr raifhevêché de Cologne , sur le BhiD , audesious de CoblenU.
INTBODUCTION.
1^ dulégitime empereur, pourle droit contre la fraude. D'ailleurs quel intérêt pouvait inspirer un prince qui, dégradant la majesté de l'Empire, achetait du Pape, par les plus honteuses concessions, une couronne usurpée?
Alors la guerre éclate entre Louis et l'anti-empereur : celui-ci est battu partout. Maisunaccidentle débarrassede sonredoutable adversaire. Louis tombe de cheval en poursuivant un ours à la chasse, et meurt.
Louis V est le dernier empereur d'Allemagne qui ait soutenu les droits de l'Empire sur l'Italie : moins persécuté par la cour d'Avignon, il eût triomphé.
Après lui , Charles IV occupe seul enfin un trône tant convoité ; on a dit de ce prince qu'il avait ruiné sa maison pour acquérir l'empire, et ruiné l'Empire pour élever sa maison. Un de ses successeurs le qualifiait avec raison de \ fléau de l'Empire, exitium imperii.
Depuis plusieurs années Frédéric le Bel , cette doublure d'empereur, ses frères aussi, Henri etLéopold, avaient cessé de vivre. Ces morts profitaient à la maison d'Autriche; car, toutes prétentions à la couronne
étant éteintes, le principal litige avec le ima chef de l'Empire disparaissait.
En i33o, coname on l'a vu, les villes impériales de Villingen , de Brisach, de Rheinfeld et de Neubourg étaient devenues domaines de l'Autriche. Par cette cession, Louis de Bavière avait arrêté les menées des frères de Frédéric.
Ces trois princes n'ayant pas eu d'enfants , les Ktats autrichiens appartinrent à leurs deux frères, Albert etOthon, hommes énergiques, habiles, parfaitement d'accord; peu à peu l'union entr'eux et l'Empereur devint plus intime : chaque fois même que ce monarque devrait se rendre en Italie , ou passerait la forêt de Thuringe , Othon serait son vicaire en Allemagne.
De 1 33 1 , à 1 334 , on voit la Carinthie écheoir aux ducs d'Autriche, du droit de leur mère Elisabeth.
Othon était mort, laissant deux fils, Léopold et Frédéric; Albert en eut la tutelle, et administra en même temps tous les états autrichiens. Impatient d'accroître I4 puissance de sa maison, il réclama, pour ses pupilles, vers 1 34o, la Basse-Bavière , Henri,
j»7 leur oncle, étant décédé sans enfants mâles. Mais l'Empereur, plus pressé encore, le devança. De là une vive inimitié entre les deux familles; elle s'amortit sous les querelles survenues entre les maisons de Bavière et de Luxembourg pour la possession du Tyrol.
Jusqu'au dernier moment, Albert était resté fidèle k Louis de Bavière. Ce prince n'étant plus, Albert adopta la cause du nouvel Empereur, et réconcilia même la Bavière avec le Luxembourg. De la sorte , son influence politique allait toujours grandissant.
Mais tandis qu'Albert étendait et consolidait ses possessions du côté de l'Autriche, trois petites républiques, qui déjà avaient humilié l'orgueil de sa maison , ne craignaient pas d'en morceler les anciens domaines en Suisse.
Tranquille en Allemagne, Albert, tout paralysé qu'il était, prît les armes pour réprimer, en personne, ces mouvements.
Mais, malgré tous ses efforts, la ligue suisse demeura debout.'
On raconte de lui un trait touchant. II assiégeait Bâie, lorsqu'un tremblement de
IHTBODUCTtOS. Si
terre renversa presque entièremeat la ville. "» A ce âéau se joignit on horrible incendie : tout était donc en ruine. Un des conseillers du duc d'Autriche l'exhortant à suivre la voie que lui ouvrait la nature : *. A Dieu ne c plaise T s'écria Albert, que je veuille frap~ c per ceux que visite la main du Tbut'-Pui&- « sant. « Et il aida les habitants à relever leurs demeures.
Ce princemourut à Vienne le 1 6 août 1 358, après une administration de vingt-huit ans; partout, excepté en Suisse, il avait mérité le surnom de Sa^e.
Rodolphe, l'aîné de ses fils, prit les rênes du gouvernement; son règne fut court, mais ^orieusement mémorable. Bientôt il obtint de Marguerite Maulstasch la cession immédiate du Tyrol. La même année, Rodolphe et ses frères conclurent avec Albert rV, comte de Goritz, une convention qui , plus tard, réunit aux États autrichiens les comtés de Goritz et de Gradisca.
Doué d'une valeur brillante , illustre par ses hauts faits de chevalerie, Rodolphe n'était ni moins ambitieux ni moins habile. Aussi sachant combien la pompe des titres
cvGoogic
&(> inTBODnCTIOS.
I3W frappait l'esprit des peuples et amplifiait la puissance , il se parait de tous ceux que ses prédécesseurs avaient portés ou seulement même réclamés. Un splendide appareil de royauté l'environnait. C'est lui qui, offensé de la préséance qu'un article de ia Bulle d'or donnait aux électeurs sur les autres princes de l'Empire , prit , en vertu de la concession faite par Frédéric Barberousse aux ducs d'Autriche ae la.ligne de Bamberg, le titre d'archiduc palatin.
Mais une telle tendance ne tarda pas à alarmer le chef de l'Empire et les électeurs. Plusieurs fois Charles le cita devant la diète, avec injonction de renoncer aux titres et armes qu'il s'était arrogés. Rodolphe, supprimant alors le titre de palatin , conserva celui d'archiduc que, plus tard, l'empereur Frédéric III confirma dans la maison d'Autriche.
A la suite de contestations entre les ducs d'Autriche et les patriarches d'Aquilée, Rodolphe prit plusieurs places au patriarche régnant; celui-ci n'obtint la paix qu'en cédant, sans retour, ces conquêtes , ainsi que les possessions de son siège en Styrie ,
inTHODUCTION. 2T '
en Carinthie et dans la Camiole, comme en ism ... iw*
recevant aussi garnison et juge autrichiens
dans la capitale du Frioul.
En 1 364 , Albert IV , comte de Goritz , ayant légué aux ducs d'Autriche , ses États qui comprenaient quelques portions de la Camiole, le tout fut réuni à l'Autriche, de même queristrieetMoëltling(i).
Rodolphe s'était rendu en Italie, pour assister au mariage de son frère Léopold avec Virida, fille de Barnabas Visconti, alliance qu'il avait négociée afin d'étendre son influence ; mais , atteint d'une fièvre inflammatoire ^ il mourut à Milan, le 27 juillet i365, âgé de vingt-six ans. Habile dans l'art de gouverner, ami des sciences -et des lettres à une époque d'ignorance, ce prince fonda, à Vienne, la seconde université que connût encore l'Allemagne, Bienfaiteur de l'Eglise, sans être l'esclave du clergé, Rodolphe éleva la majestueuse cathédrale de Vienne , réprima le brigandage, maintint la paix publique et protégea le commerce. On lui doit le célèbre pont de Ruperswil, à l'extrémité méridionale du lac de Zurich , gigantesque
(i) A s I. S.-£. deBudolphswortb.
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<S INTBODUCIION.
isM communication avec les contrées voisines des Alpes.
Un frère de^ Rodolphe , Frédéric , ayant été tué à la chasse (i) par le baron de Potendorf, toute la maison d'Autriche reposait sur deux princes , l'un de dix-sept et l'autre de quinze ans, Albert etLéopold.
Leur premier soin fut d'obtenir la possession du Tyrol , clef de sûreté pour le passage d'Allemagne en Italie. Un traité, conclu à Scharding, entre eux et la Bavière, leur donna cette place ,d'armes escarpée, ses mines fécondes, sa population belliqueuse et fidèle.
Mais trop de différence existait entre Albert et Léopold pour que leur union fût durable. L'un était paisible, doux, religieux, lettré; l'autre, ambitieux, rapace^ prodigue, ne respirait que la guerre. Arrachant bientôt à son frère un nouveau pacte de famille , et ne lui laissant que l'Autriche , il s'attribue, outre les États autrichiens d'Alsace et de Souabe, la Styrie, la Carinthie avec leurs dépendances, la possession exclusive du Tyrol, de Neustadt et de son territoire.
(t) lodéu. i36ï.
Cette sorte d'anarchie, au sein d'une mai- 1*^ son dont jusqu'alors l'unioa avait fait la plus grande force, devenait un grave danger pour elle. Aussi, quand Léopold pria l'Empereur (i) de consentir au nouvel arrangement, Charles s'empressa-t-il d'y souscrire : « Nous avons longtemps travaillé en vain « à abaisser la maison d'Autriche, » dit-il , « et maintenant elle s'abaisse elle-même. »
Tandis que Léopold luttait heureusement contre le célèbre Enguerand deCoucy, ou qu'enveloppé dans les guerres d'Italie, entre la république de Venise, le roi de Hongrie et la maison de Carrare , il voyait enlever le Trévisan , objet de ses vœux , mais en revanche acquérait dans Trieste un port sur la côte de l'Adriatique ; tandis que , découragé par l'issue malheureuse de cette guerre, par l'échec de son fils Guillaume auquel échappait la couronne de Pologne, et par le triste état de ses finances, Léopold ne sortait de cet abattement que pour aller se faire héroïquement tuer par les Suisses
(i) NoD -seulement l'iaclîfisibililé des Ëtnls autrichiens élait garantie par l'ancieD pacte de famille, mais encore par l'acte d'io- ' vestiture.
INIBODUCTIOH.
I» à Sempack , comme si le berceau de sa race devait aussi en être le tombeau ; Albert III établissait, dans l'Autriche, une paix profonde, favorisait les sciences et les arts, fondait des chaires de théologie et de mathématiques, accordait de nouveanx privilèges à l'université de Vienne.
* Au moment où , embrassant le parti des seigneurs bohémiens contre leur tyran Venceslas, il entrait en Bohême, Albert, tout à coup malade, fut enlevé à l'amour de ses sujets.
En i386, Léopold mort, Albert III, comme chef de sa maison , avait repris l'administration de tous les États cédés à la branche cadette. Mais, une fois majeurs, ses neveux lui arrachèrent les domaines dont avait joui leur père : ainsi, Guillaume gouverna la Styrie, la Carinthie, la Carniole et leurs dépendances ; Léopold eut le Tyrol , avec les possessions autrichiennes de Souabe , d'Alsace, d'Helvétie. Ernest et Frédéric, mineurs encore, restèrent en dehors de l'héritage paternel.
Après Albert III, de grandes dissensions s'élevèrent : Guillaume réclamait, à titre
inTBODtlCTlON.
d'ainé, l'Autriche; Albert, son cousin, n'yiM» prétendait pasmoins. Une transaction décida que les deux princes gouverneraient conjointement, et qu'au premier mourant succéderait le plus ancien membre de la famille.
De retour d'un pèlerinage à Jérusalem, Albert TV obtint , du roi de Bohême , la confirmation de l'acte de succession éventuelle et réciproque , et de Sigismond , roi de Hongrie , une promesse de la réversion de cette couronne, dans le cas où le prince qui 'la portait, mourrait sans enfants mâles. Il assiégeait Znaim , de concert avec Sigismond , quand tous deux furent empoisonnés dans un repas; Sigismond recouvra la santé; Albert se fit porter à Closter-Neubourg , ou il mourut dans sa vingt-septième année.
Son fils, connu plus tard sous le nom d'Albert V, n'avait alors que sept ans : Guillaume prit sa tutelle, et gouverna l'Autriche avec sagesse et courage jusqu'en i4o6, époque de sa mort.
Icil'hostile espérance de l'empereur Charles IV commence à se réaliser : la maison d'Autriche , en discorde , va s'ébranler. - En effet, n'étant plus contenus par Al-
INTBODUCTION.
niK bert IV ni, par Guillaume, les autres princes de cette maison s'abandonnèrent à toutes leurs ambitieuses jalousies. Dès lors, il y eut deux lignes bien distinctes, l'Albertine et la Léopoldine; plus tard cette dernière se partagea en deux branches, celle de Styrie, celle de Tyrol.
Ijéopold III, Ernest, dit de Fer, et Fré- , déric TV divisèrent entre eux les États de Léopold II. Â titre d'aîné, Léopold eut les possessions autrichiennes d'Helvétie, de Souabe et d'Alsace ; à Ernest , la Styrie , la Camiole , la Carinthie ; à Frédéric , le Tyrol.
Dégoûté des expédition^ lointaines par sa mésaventure en Italie, Léopold III ne s'occupait plus que d'affaires intérieures , lorsque la mort de Guillaume mit, entre ses mains la tutelle d'Albert et l'administration de l'Autriche. Mais la régence étant réclamée par Ernest et par Frédéric, Léopold dut s'associer Frédéric, le plus violent des deux compétiteurs. De là deux factions rivales, n'ayant d'autre but que d'exploiter, à leur profit, la jeunesse d'Ernest; delà des troubles toujours croissants, et, jusqu'à la
mort de LéopoM, en i4i i » une dévorante i: anarchie.
Mais, après ces périlleuses épreuves, le moment était venu où la maison d'Autriche allait retrouver sa force , et briller d'un nouvel éclat.
Déclaré majeur parl'empereurSigismond, bien qu'il n'eût que quinze ans à la mort de son oncle Léopold , Albert comprit aussitôt et pratiqua les devoirs du rang suprême. Quand Sigismond, son beau-père, eutcesâé de vivre , en instituant pour légataire universel , le jeune duc d'Autriche , trois couronnes, en une année, celles de Hongrie, de Bohême , de l'Empire , ceignirent la tête d'Albert, tête assez forte pour lis bien porter.
Hepuis Albert I", huit princes avaient passé sur le trône impérial : un fils de ce prince, Frédéric III; quatre de la maison de Luxembourg, Henri VU, Charles IV, Wenceslas , Sigismond ; un de la maison de Bavière , Louis V ; un comte palatin , Robert.
Rendu ainsi à la maison d'Autriche, le sceptre n'en devait plus sortir de longtemps.
Albert, par respect pour un serment, crut d'abord devoir refuser l'Empire. En effet.
<i4 INTHODIICTIOR.
1385 les Hongrois, se rappelant le zèle ardent de
Sigismond àConstance, contre les Hussites, et combien les préoccupations de l'Empire détournèrent ce prince des intérêts de leur patrie , avaient fait jurer à Albert de ne jamais accepter ce haut rang. Mais les États du royaume l'ayant relevé de sa promesse , Albert céda aux instances des électeurs. Dans l'administration intérieure de l'Allemagne, il montra une rare sagesse ; grâce à lui , une foule d'abus disparurent; le mystérieux, le terrible pouvoir des tribunaux secrets de la Westpbalie fut restreint. Pour supprimer le droit de guerre appartenant à chaqucprince, Albert tracta une division de l'Empire en cercles , générei»e et patriotique ébauche achevée bientôt par Maximilien I*'.
Au dehors, sa politiquencfutpas moins habile, soit avec le Pape, soit avec le Concile de Constance. Approuvant par un acte intitulé Concordat de la nation allemande, les règlements stipulés à Bâie pour la réforme de l'Eglise , mais inaccessibleaux avances des deux partis , il garda , entre eux , une absolue neutralité.
L'Allemagne était paisible et la Bohème
INTBODUCTIOK. 6S
pacifiée; mais un déluge de barbares mena- im çait l'Europe. Les deux grandes blessures de Nicopolis et de Sémendria saignaient encore quand parut Amurat II , digne petit-fib de Bajazet.
Déjà la Servie , déjà le pays des Ratzes sont au pouvoir des Turcs. Albert marche au secours de la Hongrie ; mais il meurt en route-, après un règne de dix-huit mois, dans toute la force de l'âge ; déplorable événement pour ses sujets, pour l'Allemagne entière , pour l'Europe.Un tel homme eût triomphé de l'anarchie, de la guerre civile, desTurcs.
Né posthume, et, par la mort d'Albert son père , héritier du duché d'Autriclie , LadislaS fut proclamé roi de Hongrie en naissant , et élu roi^de Bohême en i454-
On déféra la régence à l'empereur Frédéric.
Souverain , à dix-sept ans, de la Hongrie, de la Bohème^ de l'Autriche, un long avenir depuissanceetde gloire lui semblait promis; la Chrétienté rassurée croyait trouver enfin un rempart contre les Turcs. Mais Ladislas ne se montra pas digne d'une telle espérance.
6(t INTHODOCTION.
^ Tandis que les Ottomans assiégeaient Belgrade, il s'enfuit à Vienne, laissant à Jean Huniade Corvin et au eordelier Jean Capistran la gloire deleschasser. Cefutalors qu'on appliqua au libérateur de Belgrade ces paroles de l'Évangile: Fuit Jwmo missus à Deo , eui nomen erat Joannes.
' Et comment, le héros n'étant plus,Ladisla3 acquitta-t-it envers sa mémoire la [dette sacrée de l'univers chrétien ? En faisant décapiter le fils de Huniade , bien qu'il eût juré , sur la Sainte-Eucharistie, de ne pas poursuivre en lui le meurtrier du comte de Cilly, son grand oncle; engourmandant, d'un balcon, la lenteur du bourreau dont le bras faiblissait devant une semblable tête !
A cette nouvelle, tonte la Hongrie éclate en malédictions. Craignant un soulèvement, Ladislas , sous prétexte de son mariage avec Madeleine, fille de Charles VÎT, roi de France, quitte le royaume pour se rendre en Bohême. Mais au milieu de tons les préparatifs de fête, une maladie mortelle l'enlève, à dix-huit ans, en trente-six heures. Devant une fin si prompte, on parla de poison ; Bodislas, comme successeur immédiat de La-
INTBODDCtlOH. ni
tlislas, fut soupçonné. Mais un fléau, et non h «n crime , le mit sur le trône : la peste.
Frédéric IV, quatrième fils de Léopold II, et tige de la branche autrichienne du Tyrol , ■était né en i384- Aprèsun partage entre son frère Ernest et lui, Frédéric s'établit à Inspruck. Son caractère entreprenantle compromit bientôt avec les évêques de Coire et de Trente , et avec quelques abbés de ses terres , qu'ilmaltraitait.Traduitpareux,eni4i5,au concile de Constance , il embrassa la cause du pape JeanXXII que le concile voulait déposer; favorisant même son évasion, il le conduisit à Schafïbuse, d'où tous deuxseportèrentàNeubourg , sur le Rhin. Irrité de cette démarche , l'empereur Sigismond mit Frédéric au ban de l'Empire; le concile l'excommunia; on le déclara ennemi de l'Eglise ettraître à l'Empereur; ses sujets furent déliés de leur serment de fidélité. Tout l'Empire prit les armes.
Bientôt les Suisses , excités par Sigismond et par le concile, enlevèrent à Frédéric l'Argovie, les comtés de Habsbourg, de Lentzbourg, le bailliage de Dietîkon, la ville de Mellingen et le comté de Bade.
INTBODUCTIOn. '
iM Néanmoins, avecducourage, Frédériceût pu rétablir ses affaires. Revenus de leur première consternation , beaucoup de ses vassaux osèrent envoyer une déclaration de guerre à l'Empereur lui-même; aussi fidèles que braves, les Tyroliens, les habitants de la Forêt Noire, brûlaient de venger leur souverain. Frédéric pouvait compter sur l'argent du Pape, sur les secours des ducs de Bourgogne et de Lorraine , comme sur l'influence, à défaut de force matérielle, d'Ernest son frère etd'Albert son cousin ; mais malheureusement il ne pouvait pas compter sur luimême. C'était une de ces pauvres natures que la prospérité enivre, que l'infortune abat. Sourd àlavoixderhonneuretauxinstan ces du Pape , autant que docile aux timides conseils de son parent le duc de Bavière , et du burgrave de Nuremberg, il consomma sa honte,enmaii4i5,àConstance.Là,àgenoux devant l'empereur Sigismond, en présence des ambassadeurs d'Italie, des principaux pères du concile , des plus puissans princes del'Kinpire, il demanda humblement pardon à l'Empereur, s'engagea à lui abandonner tous ses .domaines depuis le Tyrol jusqu'au
inTfiODuCTion.
Brisgaw, à lui livrer la personne du pape'< Jean, et à rester lui-même en otage jusqu'à l'entier accomplissement de ses promesses.
K Révérends pères, » dit alors Sigismond sur son trône, en prenant la main de Frédéric, « vous connaissez la puissance du duc a d'Autriche ; jugez par ce spectacle de ce a que peut un empereur d'Allemagne. »
Frédéric mourut vingt-quatre ans après cette déchéance morale, sans avoir arraché aux Suisses leurs conquêtes, sans avoir acquis d'autre renommée que celle d'un malheur sans gloire.
Sous le règne de Sigismond , son fils (i) et son successeur, la maison d'Autriche perdit toutes ses possessions en Helvétie.
A la suite d'un violent démêlé entre lui et Nicolas de Cusa, cardinal-archevêque deBrixen,les deux parties avaient été citées àRome : au lieu de s'y rendre, Sigismond poursuivit son adversaire les armes à la main , et le fit prisonnier, le jour même de. Pâques , dans le château de Prauneet.
Aussitôt Pie II l'excommunia , en excitant les Suisses à s'emparer de ses états; jamais
(i) Issu d'un secood mariage avec Anne, fille de Frédéric, duc de Brunswick, qui avait été élu Hoi deA'Boniains.
INTltODUCTIOR.
10 conseil ne fut suivi avec plus de déférence.
Touché des malheurs de son cousin, l'empereur Frédéric III s'efforça de le réconcilier avec le Saint-Siège. Le Pape demeurait inflexible. Frédéric s' étant abaissé jusqu'à embrasser les genoux du Légat , l'anathème fut enfin levé. Mais les Suisses n'en conservèrent pas moins ses dépouilles.
Réduit, en 1^68, à acheter d'eux une paix honteuse , Sigismond , qui ne pouvait payer la somme stipulée, résolut de recommence la guerre. Pour lier à sa cause Louis XI, dont le père avait eu à lutter contre les confédérés, il vint en France, mais sans succès. Se tournant alors vers Charles le Téméraire, duc de Bourgogne, il lui engagea le comté deFerrette, le Sundgaw, l'Alsace, le Brisgaw, les quatre ville» forestières. Pour Charles, qui n'aspirait qu'à s'étendre ducoté de la Suisse et à ériger son duché en royaume, l'occasion était favorable. Mais l'habile Louis XI ne tarda pas à enlever l'appui de Sigismond au duc de Bourgogne : la conduite atroce des officiers bourguignons dans les domaines engagés, et les révoltantes exactions du gouverneur Pierre Hagenbach
INIKODUCTIOH. 1 1
contribuèrent puissamment à cette résolu- nu, tion. Le ii juin i474)iHraitadonc avec les Suisses , par l'entremise du roi de France , et s'allia avec eux contre le duc de Bourgogne. Trois ans après , Charles , déjà deux fois terrassé, à Granson et à Morat, par ces héroïques montagnards, périssait sous leurs coups dans une bataille devant Nancy , justifiant, jusqu'à la fin, son surnom de Témé" raire.
Ce fut ainsi que Sigismond rentra en possession de ses domaines ^ engagés au duc de Bourgogne.
Malgré de fréquents démêlés svec l'empereur Frédéric, il lui offrit un asile quîmdce monarque eût été chassé d'Autriche par ce même Mathias Corvin, frère de l'infortuné Ladislas. Pour mieux sceller la réconciliation, n'ayant pas d'enfants, il adopta Cunégonde, fille de Frédéric; son insensé projet était de la donner en mariage à Albert, duc de Bavière, avec la réversion du Tyrol. Mais, justement indignés, ses sujets se révoltèrent, saisirent ses revenus, rachetèrent les possessions qu'il avait engagées, et leréduisirent à une modique pension. Frédéric avait
73 IRl'SODnCTION.
« hautement repoussé l'idée d'un tel mariage. Enfin, le 1 6 mars 1490, Sigismond remità l'archiduc Maximilien, son cousin, l'administration de tous ses États , moyennant une pension viagère de cinquante-deux mille florins , et l'entretien de sa maison.
Ce fut là, sans contredit, l'acte le plus sage de tout son règne ; six ans après , il mourut à Inspruck; ce fut le plus heureux pour ses sujets.
Avec Ladislas Posthume qui n'était pas marié, et avec Sigismond sans enfants, s'était éteinte la ligne masculine des branches Albertine et Tyrolienne d'Autriche : il ne resta plus que la Styrienne , dont la tige fut Ernest , troisième 61s de Léopoldj, tué à la bataille de Sempach. A cause de sa force de corps et de volonté , on le disait de Fer. Cymburge, sa femme, fille de Ziemovitz, duc de Masovie , n'était pas moins remarquable par sa vigueur physique. Selon une tradition populaire, sa main pouvait lui servir de marteau pour enfoncer un clou, et c'est d'elle que les princes autrichiens ont tenu leur lèvre épaisse et saillante. Après un pèlerinage à la Terre Sainte , Ernest avait fixé
INTBOBIJCTIOM. Ï3
sa résidence à Gratz, capitale de la Styrié. J*
Dans deux mémorables occasions, en i4i5, quand l'empereur Sigismond, après avoir mis Frédéric au ban de l'Empire, voulut s'emparer du Tyrol , et en i^iS, lorsqu'exploitant la fuite de Frédéric, l'Empereur l'eut de nouveau frappé de la même peine, Ernest lui opposa la plus énergique résistance , non certes par attachement pour son frère, mais dans l'intérêtdesa maison etde sa propre puissance.
Il mourut en 1424, laissant deux fils, Frédéric et Albert. Dfe ce Frédéric, l'un des plus tristes princes connus, sortit, sans interruption jusqu'à l'extinction de la ligne masculine en Charles VI, une longue postérité d'empereurs.
A peine majeur, Frédéric, comme son père, était allé visiter le Saint-Sépulcre ; à son retour, il gouverna, conjointement avec Albert, la Styrie , la Carinthie, la Camiole; et, en i440) 'es électeurs l'appelèrent au trône des Romains, que Louis, landgrave de Hesse, venait de refuser. Ce refus n'est pas le seul dont l'histoire fasse mention : c'est que depuis longtemps l'Empire était comme
7' IRIBOOUCTIOfl.
0 une épouse sans dot : il lui fallait un riche mari.
Une fois en possession de ce titre splendide que Frédéric avait hésité à accepter, son premier ennemi sera son frère, qui, pour obtenir un état indépendant, prendra les armes et envahira la Carniole. Ce moyen réussira à Albert : avec les caractères faibles, la violence est d'infaillible succès.
Dans la querelle d'Eugène ÏV et du concile de Bâle, Albert, comme le collège électoral, avait 'gardé une sage neutralité : Frédéric, au lieu de suivre leur exemple, se hâta de^'uotifier son élection au Pape, en le priant de suppléer, par la plénitude de sa puissance^apostolîque , à ce qu'elle pourrait avoir de défectueux. Eugène, qui croyait trouver là une occasion d'entraîner l'Allemagne entière dans son parti, accorda tout; alors Frédéric se fit couronner à Aix-Ia- Ghapelle; mais la nation germanique ne reconnut Eugène pour légitime pape qu'en
Deux couronnes manquaient encore à Frédéric, celles de Lombardie et de l'Empire. En i453, il se met en route pour les
INTBODUCTIOn. T5
recevoir toutes deux à Rome ; car Milan , |j« aux mains de François Sforce, l'attirait peu. Attaqué par des voleurs, Frédéric arrive presque sans vêtements dans cette capitale du monde chrétien où il venait chercher l'hermine royale et un manteau d'empereur. Sacré, le i5 mars, roi deLombardie par ïe pape Nicolas V, trois jours après il reçut, ainsi qu'Ëléonore de Portugal, le diadème des Césars, et termina cette cérémonie en donnant l'accolade à plus de trois cents chevaliers sur le pont du Tibre. C'est le dernier empereur couronné à Rome.
Frédéric se hâta de partir, à la grande satisfaction de Nicolas V, qui jamais ne l'avait laissé seul un moment. Ce pape craignait sans doute que les Romains, fatigués du gouvernement ecclésiastique, n'inspirassent à l'Empereur quelques ambitieuses velléités.
Vers cette époque, Frédéric ratifia le célèbre concordat germanique qu'il avait dressé, en i447> âV6C le cardinal Carvajal, légat du Pape, puis fait approuver, le 19 mars i443, par Nicolas V, et accepter, la même année , par la diète d'Aschaffem-
'G IMTBODUCTIOn,
I45S bourg ; concordat qui souleva en Allemagne les plus vives réclamations. On lui reprochait le sacrifice de tous les droits de l'Eglise nationale.
En créant, à Ferrare,,duc de Modène le marquis Borso d'Est , Frédéric ne voulut pas donner des égaux aux aînés de sa maison : aussi, pour bien assurer à ceux-ci la prééminence, érigea-t-il par lettres patentes du 6 janvier i453, l'Autriche en archiduché. Tant de prérogatives furent même attachées à cette dignité, qu'il fallait être empereur pour être plus qu'un archiduc.
Tandis que Frédéric élevait ainsi sa maison, l'aîné des empires s'écroulait. Le pied sur l'héroïque cadavre du dernier Constantin, Mahomet II inscrivait, parmi les ruines de Constantinople en feu, la date sanglante de 1453.
Mais comme pour compenser ce désastre, la Providence envoyait l'imprimerie à la terre. Trois bourgeois, Jean Mentelin, de Strasbourg, Jean Furst et Schœffer, de Mayence, ont changé la face du monde. .
Cependant, grâce à la nonchalance de Frédéric, le désordre et les abus allaient
INTBODDCTIOn.
toujours croissant. Les électeurs, de plus u^ en plus mécontents, s'assemblèrent en 1467» d'abord à Nuremberg, ensuite à Francfort, le menaçant, s'il ne s'appliquait pas mieux aux affaires de l'Empire , d'élire un Roi des Romains qu'ils chargeraient du gouvernement. En même^temps , ils lui exposaient les griefs du corps germanique contre le Saint- Siège (i). Mais ces réclamations furent vaines ; son délié sécrétai re, jEneas Sylvius, qui bientôt jallait" devenir le pape Pie II , fit avorter tous les projets de réforme.
Aujreste, s'agissait-il de ses intérêts personnels, Frédéric savait vaincre ce déplorable engourdissement. En i458, Ladislas Posthume, roi de Hongrie, de Bohême et duc d'Autriche étant mort, l'Empereur convoita ces deuxroyaumes électifs, ainsi que les provinces allemandes. Mais à cette prétention, Guillaume, duc de Saxe, et Casimir, roi de Pologne, tous deux gendres de l'empereur Albert II , opposent les droits de leurs femmes. D'ailleurs, les Bohémiens, les Hongrois peuvent-ils hésiter? Les uns par un choix libre et unanime, mettent à leur tête l'illustre
(i) Od a conservé ie cahier de ces griefs.
IDTBOfiUCTIOn.
i4MGeoi^es Podiébrad; les autre», le dernier fils du grand Huniade, Mathias Gorvin.
Quant à l'Autriche, Frédéric n'est pas plus heureux : il se voit contraint de la par' tager avec son frère Albert et son cousin Sigismond. Furieux de sentir cette riche succession lui échapper, Frédéric refuse de rendre aux Hongrois la couronne de saint Etienne dont il s'était emparé pendant la minorité de Ladislas. Mathias lui déclare la guerre. Enfin, vers i464î en échange de soixante mille florins, il restitue cette relique vénérée, et conclut avec lui un traité de succession éventuelle pour le royaume de Hongrie.
Jusqu'à la diète de Nuremberg en 1467, les princes s'étaient toujours assemblés dans la salle des électeurs; alors, pour la première fois, on sépara les États de l'Empire en trois collèges , les électeurs , les princes , les villes.
Pendant l'année 1469» Frédéric fit un pèlerinage à Rome : son vrai motif c'était d'aviser avec le pape Paul aux moyens d'ar* mer l'Empire contre Podiébrad. Mais Geor* ges mourut au moment où la diète de Ra-
.lizedbyGoOgic
tntBODUCTIOK.
tîsbonne songeait à l'élire Roi des Romains, im Une même pensée avait déjà préoccupé les électeurs réunis à Égra. Frédéric III n'était plus pour l'Empire un chef, mais un fardeau : tous n'aspiraient qu'à le déposer.
Sa Maison trouva dans un mariage une ample compensation à tous les affaiblissements d'un tel règne. En mourant, Chartes le Téméraire n'avait laissé qu'une fille, la célèbre Marie de Bourgogne. Louis XI la demanda pour le Dauphin Charles VIII : il invoquait les promesses faites par le duc de Bourgogne, après la paix de Neuss. Mais le duc de Clèves , qui aspirait lui-même à cette alliance, fit échouer la négociation; de là pour l'Europe une guerre de deux cents ans. Louis XI n'était pas de ces prétendants qui se retirent sur un refus : il s'empara de la Bourgogne , de la Picardie par delà la Saône , et des comtés de Flandres et d'Artois , comme de fiefs ouverts , dévolus à la couronne de France.
Pendant ce temps, une démarche solennelle avait lieu à Gand , au nom de l'archiduc Maximilien, fils de l'Empereur. La princesse l'ayant agréé, les États des Pays-Bas,
j*55 dans une assemblée tenue à Louvain , dannèrent leur consentement. Alors le duc de Bavière , épousant l'héritière de Bourgogne par procuration, entra un moment dans le lit nuptial , armé de toutes pièces au bras droit et à la cuisse droite , une épée nue couchée entre la princesse et lui. Maximilien arriva ensuite à Gand, mais en si mince équipage , que Marie dut l'habiller à neuf. H avait alors dix-huit ans.
Cependant la guerre continuait. Traquée dans les Pays-Bas, Marie appelait à elle Maximilien , et Maximilien ne pouvait la secourir. Sourds à ses instances, les princes allemands ne songeaient qu'à leur propre cause. Venir en aide à l'époux de Marie de Bourgogne , c'eût été augmenter la puissance du fils de l'Empereur, peut-être même de son successeur à l'Empire. Or le même esprit subsistait toujours : F'olunt imperatorem, potentiam abhorrent.
Ejifin, c'est hors de l'Empire que Maximilien est réduit à chercher des auxiliaires pour défendre les États de sa femme : ayant trouvé appui à Liège, l'ennemie , la rivale industrielle de la France, le 7 août i48o, il
inTBODUCTION. 81
défait les troupes de Louis XI à Guinegate, n "lieu fatal aux Français; car Guinegate devait les voir une seconde fois fuyant devant Henri VIII, à la célèbre journée des Éperons , et battus encore par Maximilien empereur, mais pourtant simple volontaire dans l'armée anglaise, pour une solde de cent écus par jour.
Cette bataille n'avait rien décidé ; on né^ gocia. Soiis les auspices d'un légat du pape Sixte rV, une trêve de deux ans fut conclue.
Au milieu de tous ces événements, que devenait l'Empereur? Faute d'hommes^ faute d'argent, faute surtout d'énergie, il était condamné au triste rôle de spectateur. Mais du moins , en donnant Marie de Bourgogne à son fils, Frédéric avait préparé l'avenir. Quelques années après, le i6 février i486j Maximilien fut élu roi des Romains:
Gomme Frédéric prévoyait l'opposition du roi de Bohême, l'élection avait été aussi prompte que secrète. Maximilien était proclamé avant même que Ladislas ne sût qu'on délibérait. Indigné, il protesta en se préparant à la guerre ; mais une transaction
82 INTBODtCTIOn.
!J*5 termina le différend. Les électeurs, pour s'excuser de rirrégularité commise, promirent que désormais les privilèges de la Bohême seraient respectés : alors Ladislas reconnut Maxîmilien.
Tandis que, par un mariage, l'Empereur élevait ainsi sa Maison , il allait se trouver sans États, presque sans asile. La guerre avait reoommencéentreluietleroideHongrie.Mathias s'empare de Vienne, et Frédéric court chercher un refuge au fond de l'Allemagne. Avec une suite de quatre-vingts personnes , il errait de couvent en couvent, répétant sans cesse : Rerum irreparabilium , summa félicitas, oblivio. Oublier ce quon ne peut plus recouvrer, 'voilà le bonheur suprême; comme si larésignation était une vertu de roi! . Masimilien montrait un autre caractère. Attaqué à la fois dans les Pays-Bas par ses propres sujets et par les Français , l'époux de Marie de Boulogne, le père de Philippe le Beau, le Roi des Romains, prisonnier à Bruges, n'avait retrouvé la liberté qu'en promettant le départ de quelques troupes allemandes recrutées à grand'peine, et la paix avec la France.
IflTBODUCTIOK- 83
Durant sa captivité, il désarmait par sa }*» douceur sans faiblesse, parson courage sans jactance, ses plus fougueux ennemis; libre, loin de manifester aucun ressentiment, il appela sur les insurgés l'indulgence paternelle.
Tranquilles du côté des Pays-Bas, Frédéric etMaxi milieu songeaientà recouvrer l'Autriche. Ilss'adressèrent à la diète de l'Empire. Mais autant les princes allemands avaient mis de zèle à délivrer le Roi des Romains , autant les querellés privées d'une maison de plus en plus redoutable les touchèrent peu : toute intervention fut donc refusée. Le roi de Hongrie offrait d'éyacuer l'Autriche moyennant centTingtmilleducats.MaisrErapereuravait foi aux astrologues : or ceux-ci avaient prédit que le monarque hongrois mourrait dans l'année ; il attendait donc^ par économie et par indolence. Quant à Maximilien, moins crédule et moins patient , il traita avec Mathias, et obtint, non sans peine, le consentem»it de son père. La paix fut proclamée ; une entrevue devait avoir lieu; mais la mort de Mathias ne permit pas de ratifier le traité.
IRTHOOUCTlON.
[*»5 Ici les hautes qualités de Maximilien hrillentd'un vif éclat. Invoquant devant la diète de Hongrie le pacte de famille , il réclame la couronne; mais Ladislas , roi de Bohême, l'emporte sur lui. Maximilien prend les armes , chasse en six semaines les Hongrois de l'Autriche, et fond sur la Hongrie. Le 7 novembre i46i, les deux souverains règlent, à Presbourg, les conditions de la paix. Ladislas renonce à toutes les conquêtes de Mathias en Autriche , et est reconnu roi de Hongrie. Ce titre, Maximilien pourra aussi le prendre. Une somme de cent mille ducats l'indemnisera des frais de la guerre : le pacte de famille est renouvelé.
Entre les mains du père, tout avait dépéri : tout renaît entre les mains de l'actif, du vaillant Maximilien.
E^-ce seulement son exemple qui inspira deux actes de vigueur exceptionnelle à Frédéric? Ou plutôt n'est-ce pas son influence directe? L'année précédente, le vieil Empereur avait repris le Tyrol au duc de Bavière, auquel Sigismond d'Autriche l'avait cédé , et fait rentrer dans le domaine de L'Empire Ratisîwnne également usurpée par la Bavière.-
INTBODUCTION. 9^
Bientôt un cruel affront vint allumer J] le courroux, de Maximilien contre la France. Veuf depuis sept années, il venait d'épouser par procureur, en 1489, Anne héritière de Bretagne : Charles VIII, roi de France, casse d'autorité le mariage, épouse sa vassale, et renvoie l'archiduchesse Marguerite, fille de Maximilien, jusqu'alors 'élevée en France comme reine future(i) : coup d'autant plus cruel pour le fils de^Frédéric , qu'il avait refusé la main deBéatrix, douairière de Hongrie , et qu'un tel mariage lui eût assuré ce royaume.
Doublement exaspéré, Maximilien, dont l'Angleterre irrite à propos le ressentiment , demande du secours aux diètes de Coblentz et de Constance; vaines instances : les Etats ne lui accordent que fort peu de troupes et pas d'argent. Déjà il s'est emparé d'Arras , mais les ressources lui manquent. La guerre devenant donc impossible , on signe un traité à Senlis. Charles VIII rend ses conquêtes d'Artois , et Maximilien renonce à Anne de Bretagne.
Revenu en Autriche, bientôt Frédéric avait
(i) ConforméaieDI aux dispositions du iraiiâ d'Arras.
86 IHTBODUCTIOIT.
M abandonné à son fils l'administration de tous ses domaines : c est la son unique ressemblance avec Charles-Quint.
L'année suivante , après un règne de cinquante-trois ans, le pluslongdepuis Auguste, l'Empereur mourut à Lintz.
Certes biendestortspèsentsursa mémoire:
ses lâches condescendances pour le pape Ni colas lui ont justement attiré la haine de l'Allemagne, et, pour tout dire en un mot, il déconsidéra le pouvoir. Mais il faut reconnaître aussi que l'Empire dut à Frédéric plusieurs institutions utiles. Jusqu'à lui , nonseulement sous le moindre prétexte les hostilités éclataient entre souverains et villes ; mais les plus ïninces seigneurs, mais des fédérations d'artisans et de domestiques imitaient ce déplorable exemple. Le droit de défi ou de guerre fut restreint; la levée du contingent , soumise à des formes régulières'. La paix publique reçut de puissantes garanties. Si avec tous ses défauts Frédéric contribua essentiellement à la grandeur de sa maison , c'est qu'il suppléait à l'énergie par la patience.
Enfin un prince digne de son, rang hono-
rait le trône impérial : rAllemagne changea ibientôt de face.
Avant i477» nulle animosité n'avait existé entre ta France et la Maison d'Autriche. Mais le mariage de Maximilien avec l'héritière de Bourgogne , la rupture du mariage avec Anne de Bretagne, et l'injurieux renvoi de l'archiduchesse Marguerite, les animèrent d'une haine qui dura trois siècles : des flots de sang inondèrent l'Europe.
Considéré comme le premier potentat de la Chrétienté , et servi par des rois , Maximilien pouvait à son gré conférer la dignité royale ; néanmoins il n'avait guère du pouvoir que l'éclat extérieur. Ce splendide cortège de chambellans, d'échansons couronnés qui l'entouraient respectueusement dan» les grandes solennités de l'Empire; ces rois, ces électeurs , lui étaient au moins égaux, sinon supérieurs en puissance. Bien que succédant aux droits de ses prédécesseurs sur les fiefs impériaux de l'Allemagne et de l'Italie; bien que sa juridiction s'étendît sur les vastes contrées dépendantes de l'Empire , Maximilien ne possédait pas, comme chef du corps germanique, la moindre portion du domaine
IlfTKODUCTIOIl.
i»3 des anciens empereurs. Quels étaient ses re-s venus?Lesdonsgratiiitsdeladiète;et quant à son autorité comme arbitre suprême de la justice, elle se trouvait restreinte par la juridiction particulière de chaque électeur et de beaucoup de princes dans leurs Ëtats.
En fait de titre fastueux , Maximilten n'avait donc rien à désirer; en fait de puissance réelle, beaucoup à recouvrer ou à conquérir. Il le tenta, mais les événements dominèrent sa volonté.
En effet , une ardente fermentation commençait alors l'ébranlement des esprits. Religion, guerre, commerce, littérature, gouvernement, tout tendait à se transformer. En quelques années , l'imprimerie, Luther, la poudre à canon, le Nouveau-Monde ! Quelles dates dans l'histoire! Quels phares lumineux dans la nuit des siècles !
L'ère des révolutions s'ouvrait ; le genre humain se mit en marche. Du haut de son trône impérial , Masimilien assista aux première labeurs de ce vaste enfantement.
C'est à Inspruck qu'il apprit la mort de sou père. Une horde de Turcs ravageait la Car- ■niole et la Styrie ; marchant contre eus , il
IHXBODOCTIOH.
les met en fuite , noble et digne avènement.
Mais bientôt celui qui avait été l'époux "»• de Marie de Bourgogne donne sa main à la nièce de Ludovic Sforce, dit le More, empoisonneur de Jean Galéas son pupille, et usurpateur à Milan. Une dot de cinq cent mille florins paye cette honteuse alliance. En retour, Maximilien accorde à Ludovic Sforce l'investiture du duché de Milan. Il s'ouvrait ainsi un accès dans les affaires d'Italie. En même temps, il est yrai, Ludovic achetait contre Maximilien l'appui de Charles VIII qui s'empressait d'accepter son argent. Parmi les princes d'Allemagne, à la vue de leur chef descendant jusqu'à la petite-fille d'un soldat de fortune et d'une bâtarde , l'indignation fut grande.
Après son mariage, Maximilien avait remis, à Louvain, entre les mains de l'archiduc Philippe son fils, le gouvernement des Pays- Bas.
Cependant les armes françaises prospéraient en Italie ; les progrès de Charles VIII devenaient menaçants. Déjà même le 3i décembre 1495 au soir, ce prince était entré dans Rome, aux flambeaux, revêtu d'une
00 inTBODUCTION.
im armure de guerre, en conquérant; et le pape Alexandre VI avait été soumis aux plus dures conditions. De là, après avoir parcouni le royaume de Naples, il était revenu dans cette capitale , décoré de tous les ornements impériaux.
Pour écarter le danger, une confédération secrète s'organisa entre le Pape, l'Empereur, le duc de Milan, leroi d'Aragon, la république de Florence. Maximilien convoqua une diète à Worms. Certes l'occasion de recouvrer les fiefs d'Italie était belle : mais comment tirer les États deleur torpeur? Perpétuelles invasions des Turcs (i), brillants avantages des Français, rien ne les toucha. Toute leur attention était concentrée sur les maux de l'intérieur; ils cherchèrent à y remédier par des règlements efficaces et définitifs. Alors fut élaborée la fameuse constitution pour la paix publique. Mais, circonstance bizarre et qui peint bien l'époque , tandis que la diète délibérait sur l'abolition du droit de défi , Claude de Battre , gentilhomme français , arriva à Worms, défiant lui seul tous les Allemands. [Jn chevalier répond à l'appel,
[i) Onze durant le seul règoe de Frédéric III !
innoDticTioii.
s'élance en champ-clos, visière baissée, et" terrasse le provocateur : le chevalier, c'était l'Empereur lui-même!
Alors aussi on institua une Chambre impériale, pour prononcer souverainement sur toutes les questions civiles entre les États de l'Ëjnpire, et sur toutes les causes criminelles intéressant la paixpublique ; Chambre transférée successivement de Francfort-sur-le- Mein, à Worms, à Nuremberg, à Augsbourg, à Batisbonne, à Eslingen, à Spire, à Wetzlar.
La diète voulut même organiser un Conseil de Régence (Reiehs-Regiment) ; mais Masimilîenparvintàannulerune mesure qui ne tendait à rien moins qu'à détruire son autorité ! Tout ce que l'assemblée put réaliser de son projet c'est que l'Empereur ne conclurait plus d'alliance au nom du corps ger- .manique, sans le consentement de la diète.
Vers le même temps, Maximilien élevait au plus haut degré la fortune de sa maison , en mariant son fils Philippe à Jeanne, fille de Ferdinand, roi d'Arragon, et d'Isabelle, reine de Castille. Ce jour-là, les royaumes
i«s d'Espagne entrèrent dans la maison d'Autriche.
CharlesVIIlTenaitdemourir; Louis XII le remplaçait L'Empereur, renouvelant ses prétentionssur leducbé deBourgogne, l'envahit avec une armée d'Allemands et de Suisses, Mais au milieu de la campagne ceux-ci l'abandonnent. L'année suivante, il leur déclare la guerre , échoue dans huit combats , et traite avec eux, à Bâle, sous la médiation du duc de Milan.
En i5oo, la diète d'Augsbourg, pour assurer la tranquillité publique et l'exécution des arrêts de la Chambre impériale, divisa l'Allemagne en six Cercles, ceux de Bavière, de Franconie , de Saxe , du Bhin , de Souabe , et de Westphalie. Bientôt, à l'instar de la Chambre impériale , Maximilien créa , pour ses États héréditaires, un Conseil permanent : telle fut l'origine du Conseil Aulique.
Impatient de relever, au delà des monts , l'autorité de l'Empire, ce prince voulut recevoir lacouronnedanslavillemêmedes Césars.
En 1 5o8 , il se mit donc en marche. Arrivé à Trente , Maximilien demanda aux Vénitiens
inTBODUCTIOK. 93
passage sur leurs terres, et l'obtint, à la j»? condition de ne pas se faire suivre par son ariïjée.
Cette condition valait un refus. Maximilien met le Doge et la République au ban de l'Empire.
Elssayant de la force , il pénètre jusqu'à Vicence; mais, repoussé par l'Alviane, général vénitien , et par Trivulce , gouverneur de Milan pour la France, il essuie une défaite complète sur te territoire ' de Capoue. Venise enlève l'Istrie et le Frioul à la maison d'Autriche.
Le voyage de Rome devenait impossible.
Pour rapporter en Allemagne, sinon une couronne, du moins un titre, Maximilien prit solennellement le nom à' Empereur élu, se le faisant donner dans tous les actes publics et particuliers. Satisfait de la modestie de cette qualification, le pape Jules II la Confirma par une bulle expresse^
Représenté, le lo décembre de la même année , par sa fille Margaerite , gouvernante des Pays-Bas, Maximilien conclut, avec les ambassadeurs du Pape , de Louis XII, de Ferdinand, roi d'Arragon, la célèbre ligue
D4 inTBODUCTlON.
■OB de Cambrai contre les Vénitiens. Mais il s'en détache dès i5i2, et en organise une autre avec le Pape, l'Espagne, l'Angleterre, contre la France- Ce fut alors qu'on vit le chef de l'Empire volontaire dans une armée anglaise.
Maximilien n'avait pas, un seul instant, perdu de vue l'agrandissement de sa mai- "son; en i5i5, il conclut le mariage de Louis, prince de Hongrie et de Bohême , avec sa petite-fille, Marie d'Autriche, et celui de la princesse Anne de Hongrie avec son petit-fils Ferdinand.
AprèslabatailledeMarignan, François I" s'était emparé de tout le Milanais en unç campagne. Pour lui arracher cette belle proie, Maximilien , en i5i6, descend par le Trentin : faute d'argent, les Suisses à sa solde se soulèvent. Craignant d'être livré par eux à l'ennemi, il s'enfuit. Tel fut le résultat final de la fameuse ligue de Cambrai.
Comme on le voit, la pénurie financière de Maximilien explique souvent la mobilité de ses déterminations. Ne pouvant exécuter un plan, il en changeait.
Mais tandis qu'en Europe tout tendait à
l'unité monarchique, la vieille unité reli- i«« gieuse de l'Occident allait se rompre. Au principe d'autorité se substituait le principe d'examen : Luther venait d'apparaître , secouant sur le monde cette robe de moine dont chaque pli contenait une révolution.
Au reste, il avait bien choisi son temps. Le concordat de iiaa, entre l'empereur Henri V et le pape Calixte II, en introduisant dans l'Allemagne les élections canoniques, n'avait plus laissé à l'Empereur que le droit des premières prières. Rome alors commença à nommer aux bénéfices; bientôt les plus riches prébendes d'Allemagne furent grevées de réserves, de provisions, de grâces expectatives. Avec plus d'énergie personnelle, et s'il n'eût pas été dominé par son favori jEneas Sylvius, Frédéric III aurait pu, s' appuyant sur le concile de Bâle , restaurer les libertés de l'Eglise Gennanique ; mais il n'en eut pas même la pensée : les concordats de i448 ne firent que river la chaîne. Néanmoins, par un usage modéré de ses droits , le saint-siége les aurait peut-être i:endus tolérables aux états d'Allemagne. Ijoin de là, l'abus devint tel que de
96 INtBODUCTlOIli
jsj7 vives plaintes furent déférées au chef de l'Em-' pire , mais toujours en vain. A l'infraction du concordat se joignaient d'autres griefs : ce qui blessait le plus les Etats, c'étaient les exactions du clergé italien en Allemagne. Princes séculiers , princes ecclésiastiques même, tous étaient épuisés ; au nom du Pape , on trafiquait scandaleusement des indulgences. Sous Alexandre VI et Léon X , l'abus fut à son comble; l'Allemagne fit tout les frais du jubilé de i 5oo, comme elle alimentait la construction de Saint-Pierre de Rome : cinq cent mille ducats étaient prélevés annuellement.
Tout donc favorisait l'altier défi du Réfor-" mateur.
«Le monde, disait Luther (i), est un grand « jeu de cartes composé d'empereurs et de « princes. Voici quelques siècles quele Pape « gagne toutes les parties : c'est à son lourde « perdre. Dieu bat les cartes , et prenant dans « le paquet la plus humble de ces cartes, le « moine Luther, il s'en sert comme d'un ^- « tout pour battre le Pape , conquérant des « rois. Luther, c'est /'^-(oKf de Dieu. »
Maximilien ne haïssait paslesi^ées neuves
(i) Dd comtrsioat ad Oericos, % i6.
IHIKODUCTIOM' 9T
et hardies; désirant d'ailleurs une barrière 15 aux invasions de l'autorité spirituelle, il avait observé, sans trop de peine, les premières attaques. Mais bientôt il changea de sentiment, et pressant LéonX , qui lui-même n'avait d'abord vu dans tout cela qu'une querelle de moines, de mettre un terme à de dangereux débats, il lui offrit sa coopération, et convoqua la diète d'Augsbourg. Cité devant elle, Luther comparait, défend sa doctrine en présence du légat, cardinal de Gaëte, s'évade ensuite pendant la nuit, laissant un acte dans lequel il en appelle du Pape mal informé au Pape mieux informé, du tribunal de Léon X à un concile libre et général , et rentre triomphalement dans Wit-
Cependant Maximilien, malgré sa démarche auprès du Pape, ne s'intéressait plus que fort peu à toute cette lutte ; d'autres intérêts le préoccupaient. Sans attendre même l'arrivée de Lu ther , il avait prononcé la dissoluti on delà diète, etétaitsorti d'Augsbourg. Depuis longtemps sa santé déclinait; durant les quatre années qui précédèrent sa mort , son cercueil, ce dernier compagnon , le suivait par-
9S inTBODdcTïas.
ists tout'; souvent même Maxîmilienlui adressait la parole. Atteint d'une fièvre lente, il alla demandera la Haute-Autriche un airplus favorable , et s'adonna au plaisir de la chasse , son exercice favori. Mais une dyssenterie l'emporta. Près de mourir, l'Empereur avait ordonné qu'aussitôt après l'instant suprême, on lui coupât les cheveux , on arrachât ses dents pour les broyer, puis les brûler en pu-
• blic, et que son corps fût exposé touÉe une journée , afin de mieux témoigner du néant des grandeurs humaines.
Brave, juste, actif, dévoué à sa patrie, ami
. des lettres , éloquent (i) , tel fut Maximilien. Mais deux taches déparaient ce noble caractère : une mobilité d'esprit , une prodigalité extrêmes. De là des projets effleurés à la course , et de sages entreprises abandonnées, faute d'argent.
Pendant longtemps, il avait même voulu être pape , joignant de plus à l'ambition du pontificat celle de la canonisation.
Néanmoins dans ces expéditions aven-
(i) CirconstaDce aiogulièrel Maiîmilien qui fut un des homnies les plus habiles dans l'art de persuader par le charme du langage , n'avair commencé à parler qu'à dis sas : jusqu'alors on l'appela le muet.
IKTBODCCTION.
turetises, dans ces entreprises non calculées ■<»• sur les ressources , tout ne fi]t pas à blâmer. Chef d'un vaste empire, jl fallait bien que, comme Charlemagne, Maximilienert/7arcoiiriît sans cesse les diverses parties , portant la main partout oit l'autorité impériale était menacée, partout où s'offrait l'occasion d'étendre et d'assurer cette autorité. Mais, mieux établi, Charlemagne avait sur la Germanie et sur la France une action qui » manquait à un simple archiduc d'Autriche : aussi, par le pouvoir comme par le génie, est-il resté sur la scène du monde un être à part.
Malgré ses fautes, malgré ses défauts et ses détracteurs, Maxîmilien occupe dans l'histoire une place éminente. On peut le considérer comme le second fondateur de la Maison d'Autriche. Ayant réuni à force de courage et d'habileté, les États divisés de sa famille , Maximilien régna sur la florissante Bourgogne, dot de Marie, sa première femme; sur l'Autriche, la Styrie, la Carihthie, la' Carnioie, le Tyrol, Goritz, le Frioul, les frontières Welches. En mariant son fils à Jeanne, infante d'Espagne, il fit entrer la
100 iniBODUCrioN.
"monarchie espagnole dans les États autri> chiens ; et , par l'union de son petit-fils l'archiduc Ferdinand avec Anne, fille de Ladislas , il légua les couronnes de Hongrie et de Bohême à sa postérité.
Ces judicieux mariages ont inspiré à Mathias Corvin, dit-on, la célèbre épigramme;
Bella gcraat alii; ta,fflix Juslrîa, nube : Nam qua Mars aliis , dat tAi régna f^enus.
Sous beaucoup d'aspects , Maximilien se montra vraiment supérieur à ses contemporains : c'est à lui que l'Empire dut sa constitution, ses lois organiques.
Six mois d'interrègne suivirent sa mort.
Plus que jamais , la couronne impériale excitait l'ardente convoitise des souverains ; car on commençait à comprendre tout le parti qu'en pourrait tirer un homme habile et entreprenant, soit en étendant sa domination en Italie , soit en exploitant ailleurs sa prééminence parmi les princes chrétiens.
Peu de^temps avant sa mort , Maximilien, jaloux de conserver cette dignité dans la maison d'Autriche, avait vivement désiré pour successeur son petit-fils Charles , roi d'Espagne. Mais n'ayant pas été couronné par le Pape , formalité alors essentielle , il
IHTBODUCTION. 101
n'était considéré que comme Empereur élu; « jamais les chancelleries d'Italie et d'Allemagne ne lui donnèrent que le titre de Roi des Komains.
L'histoire d'ailleurs n'offrait aucun exemple d'un Roi des Romains recevant un successeur de son vivant : aussi les Allemands refusèrent-ils à Maximilien une innovation contraire aux constitutions et à l'usage.
Cette dignité, vainement sollicitée d'avance, le petit-fils de Maximilien, archiduc d'Autriche et roi d'Espagne , la brigua ouvertement, dès que son grand-père eut fermé les yeux.
Ce petit-fils devait être Charles-Quint, né, comme pour mieux se l'approprier, avec ce siècle qui allait devenir son premier sujet.
Mais en même temps se présentait un concurrent non moins actif, non moins ardent au but. N'était-il pas dans la destinée de Charles et de François I^d'être toujours rir: vaux?
Déjà roi d'Espagne et de Naples, Charles par sa puissance alarme l'Empire ; il le sait , mais se rassure en songeant à toutes les différences qui existent entre le caractère, les mœurs , le gouvernement des Français et des
IKTBODtCTION-
>» Allemands. Ce qui lui inspire le plus de confiance, c'est la situation même de ses Etats héréditaires : ne sont-ils pas pour l'Empire une digue naturelle contre le flot ottoman? Or l'ambitieux Sélim II préoccupait alors vi-* vement l'Europe.
De son côté , François couvre l'Allemagne de ses émissaires.
K II est bien temps, disent ceux-ci, de « prouver aux princes de la maison d'Autri- « che que la couronne impériale, élective et ffl non héréditaire , n'est point l'exclusif pa- « trimoine d'une seule, d'une arrogante f^- « mille. A une époque et dans un pays où des K dissentiments religieux enflamment les esa prits , il faut , à la tête des affaires , un moc narquedéjà éclairé parrâgeetrexpérience.
a Est-ce un jeune prince, n'ayant encore déit buté sur aucun champ de bataille, qui a luttera avec avantage contre Sélim vieilli « dans la victoire? Tandis que le vainqueur « des Suisses est la avec sa vaillante épée, « prêt à réunir l'impétueuse cavalerie fran- « çaise à la solide infanterie allemande , pour « atteindre le Turc jusqu'au cœur de son « empire! »
Ils insistent sur l'incompatibilité de Char-:
INIBODUCTlOn. 103
les avec une des constitutions fondamentales » de l'Empire qui exclut du trône impérial tout prince possédant la couronne de Naples. Enfin, à les entendre, les prétentions de Charles sur le duché de Milan menacent ritalie d'un ébranlement général ; le contrecoup en agitera l'Allemagne.
A l'appui de ces raisonnements, des deux côtés l'or circule en abondance.
~ Certes une telle lutte était de nature à éveiller l'attention des autres princes de l'Europe : car l'élévation d'un de ces redoutables concurrents compromettait gravement l'indépendance générale. Tous auraient donc dû se réunir contre le danger commun. Soit faiblesse, soit jalousie réciproque, soit inhabileté j il n'en fut pas ainsi.
Les Suisses, par haine pour la France , embrassèrent les prétentions du roi d'Espagne: ils croyaient ainsi se venger de Marignan.
L'intérêt de Venise eût été de lutter contre la double candidature; mais le ressentiment l'emportant sur la politique, elle se déclara pour le roi de France (i).
De tous les souverains , le plus intéressé à combattre la suprématie de François, commet
(i) BobertsoD, Hiitaire d« Chartes-Quiat.
INTBODUCTIOH.
a de Charles , et le plus en état de faire obstacle à leur ambition, c'était Henri VIII , roi d'Angleterre. Mais ce tyran fantasque, qui égorgea deux de ses six femmes , et fit périr dans les supplices soixante-dix mille victimes pour les forcer à croire ou à ne croire pas , ce tigre couronné manquait de persévérance , de coup-d'œil , de sang-froid. En revanche , la vanité tenait une large place dans sa tète. Il sciait sur les rangs. Mais son ambassadeur, fêté par les princes allemands et par le nonce du Pape, ne tarda pas à lui enlever toute espérance de succès. Seulement, il attribuait ce revers au retard de la candidature , précaution adroite qui , en sauvant l'amour-propre de Henri VÏIÏ, protégeait la personne du négociateur. En effet, content de sa démonstration , et jugeant sa gloire satisfaite, Henri n'insista pas et attendit, témoin assez indifférent, l'issue du débat. Aux mains d'un tel empereur, que fùt-il advenu de l'Allemagne , de ses luttes religieuses? Entre l'échafaud et le bûcher, les bourreaux eussent manqué à la besogne.
Un seul prince, Léon X, observait les deuxprétendantsenhommequiles comprenait bien. Convaincu que l'un ou l'autre
ItlTBODDCTtON.
choix ne pourrait qu'être funeste à l'indépen- ims dance du Saint-Siège, au repos de l'Italie, peut-être même à la liberté de'l'Europe, il devait évincer Charles et François, sans toutefois s'attirer leur trop facile vengeance. Rôle périlleux , supérieurement conçu , mais maladroitement rempli : le nonce ne fut pas digne du Pape.
Enfin les électeurs s'assemblèrent à Francfort; c'étaient Albert de Brandebourg, archevêque de Mayence; Herman, comte de Wied, archevêque de Cologne ; Richard de Greffenklaw, archevêque de Trêves; Louis, roi de Bohême ; Louis, comte palatin du Rhin ; Frédéric, électeur de Saxe; Joachiml" marquis de Brandebourg,
Limiter le pouvoir des empereurs, telle avait toujours été la tendance du corps germanique : or, dans les circonstances actuelles, la diète ne pouvait élire l'un des deux monarques, sans violer ce principe salutaire, sans compromettre gravement les plus chers intérêts de la commune patrie.
Pour sortir d'embarras , elle offrit ses suffrages à l'électeur de Saxe, Frédéric surnommé le iSti^e, qui, bien digne de ce nom, refusa la couronne; c'était la mériter. « Oui ,
106 INTBODUCTIOH.
■Bii S sans doute , dans les temps paisibles , di-' s sait-il, il nous faut un empereur qui ne « soit pas assez fort pour envahir nos privi- (c léges; mais ce qu'il nous faut, lorsdu dan- « ger, c'est un chef en état de veiller à notre « sûreté. Aujourd'hui l'empire turc, aux. « ordres d'un valeureux sultan favori de la K victoire, nous menace prêt à fondre sur Œ l'Allemagne; jamais encore la haine de ces K barbares n a été aussi redoutable. Des cirff constances nouvelles réclament de nouvelce les mesures; et ce serait nous perdre que « de rester opiniâtrement attachés à un prin- « cipe excellent en lui-même , mais funeste « en ce jour. Des mains plus puissantes a que les miennes doivent recevoir le scep- « tre impérial; et j'ajoute que pour tout dt autre prince de l'Allemagne le fardeau « serait trop pesant. Nul parmi nous ne se- € rait assez fort pour tenir tête au terrible Œ ennemi qui s'avance. Que- faire donc? a Recourir à l'un des deux rivaux, car cha- « cun d'eux est en état de nous défendre, a Mais comme le roi d'Espagne est né en Al- « lemagne (i), qu'il est membre et prince de
(i) Ccst à dire dans |e« Pays-Bas, à GuhL
f^es ambttsadeUTS du roi d'Espagne, péoétrps de l'impori
IHTBODUCTIOM.
a. l'Empire par la succession de son grand- ism « père, et que ses États bordent la frontière
< la plus exposée aux incursions des Turcs, a ses titres à la couronne impériale me sem- « blent mieux établis que ceux d'un prince
< étranger à notre langue, à notre sang, à a notre pays. D'après ces raisons , je vote « pour Charles. »
Un tel exempleentraînarassemblée; Charr les fut élu le a6 juin , cinq mois et dix jours après la mort de Maximilien.
Mais pour frein* et sans se contenter d'une promesse verbale , on lui imposa une capitulation formelle (i ) ; c'était comme la grande charte des privilèges de l'Empire.
Charles avait appris, à Barcelone, son triomphe avec une joie profonde, et d'un front impassible. Dès lors cette jeune ambition conçut le vaste roman de gloire et de
bnce d'uD semblab^^ service, envoyèreat à Frédéric une somme d'argent considérable. Mais celui qui venait de refuser une couronne, s'a baisserait-il a vendre son sufTrage?
Les ambassadeurs l'ayant prié de permettre au moins qu'ib distribuassent entre ses courtisans une partie de la somme qui lui était destinée. > Je ne puis, répandit Frédéric, les empêcher • de recevoir ce qu'on leur offrira; mais quiconque aura accepté (10 seul florin, sera dès le lendemain cbassé. -
(i) RobertsoD, iKirirre /ir Charks-Qiàitt, Voir pièce* justii^- (tves , lettre (A).
'O» INTBODDCTIOH.
ibie domination qui devait agiter l'Europe, vi-» siter l'Afrique, et finir dans un cloître. Mais occupée de trop d'objets à la fois , elle ne pourra en suivre constamment aucun.
Se révélant dès le premier pas , le nouvel empereur n'envoya point d'ambassadeur au Souverain Pontife pour obtenir son agrément, et lui prêter le serment d'obédience usité depuis Othon IV. Léon X n'était-il pas d'ailleurs le partisan, l'allié de François I", avec lequel ce pape avait signé , en 1 5 1 5 , un concordat fameux par les oppositions qu'il souleva en France.''
L'exemple a fait loi. Dans la suite nul empereur n'a rendu cet hommage au Souverain Pontife; et, quand Pie IV somma Maximilien II de revenir à l'antique usage, il ne fit qu'essuyer l'affront d'un refus éclatant.
Eii même temps , comme roi d'Espagne , Charles prenait , dans tous ses actes et édits, le titre de Majesté, porté par les empereurs depuis Honorius et Théodose , et il l'exigea de ses sujets. A l'homme qui méditait une monarchie universelle ne fallait-il pas les plus hauts témoignages de respect?
L'Allemagne avait pris ses précautions contre son chef; l'Espagne crut devoir prendre
inTBODDCTION. 109
les siennes ; elle craignait d'être province de im l'Empire, entre les mains de quelque viceroi : Charles , avant de la quitter, dut la déclarer indépendante.
Impatient de commencer son long duel avec François, avant tout, sous prétexte d'une visite à Catherine sa tante, il va à Douvres, se lier contre le roi de France à ce Henri, le' plus cruel tyran d'Europe, si Christiem II n'eût pas vécu alors. Le nouvel empereur n'est couronné, à Aix-la- Chapelle, qu'à son retour.
Cette même année i Sao , une autre souveraineté prit aussi possession de l'Allemagne ; la Réforme avait gain de cause : Luther triomphait de Léon X.
Le 6 janvier 1 62 1 , Charles présida en personne sa première diète à Worms. La chambre impériale et le conseil de régence y furent rétablis; Charles nomme deux vicaires, non de l'Eanpire, mais de l'Empereur : l'un Ferdinand , son frère , l'autre , le comte Palatin, avec vingt-deux assesseurs.
Déjà il avait cédé à Ferdinand l'Autriche, la Styrie , la Carinthie , la Camiole , toutes leurs dépendances, et bientôt le Tyrol , ainsi que les Etats situés en Souabe et en Alsace.
IlO tnTR0DUCTI05.
SI Dès lors la maison d'Autriche iut divisée en branche espagnole et branche allemande : l'une eut Charles-Quint pour chef; l'autre, Ferdinand.
A celte même diète, deux- évêques, celui d'Hildeshein et celui de Minden, elles ducs de Brunswick et de Lunebourg , sommés de comparaître, n'en n'avaient tenu compte; mis au ban de l'Empire, ils avaient ri de cet arrêt, et continué entre eux la guerre. Les lois étaient impuissantes ; le fils de Maximilien n'avait encore à cette époque que l'autorité de son père et de son grand-père.
Entre François I" et Charles-Quint, la sU tuation d'un pape devenait embarrassante : Léon X traita presqu'en même temps avec l'un, auquel il promettait Naples, en se réservant Gaëte ; -avec l'autre , pour chasser les Français d'Italie, donner le Milanais à FrançoisSforze, et Ferrareau Saint-Siège. Le haut but de Jules II avait toujours été di cacciare i barbari d'Italia : Léon X ne pouvait plus prétendre qu'à s'appuyer sur leurs querelles réciproques. On a qualifié d'intrigante sa politique : lui était-il possible d'en adoptei* une autre?
Les premières hostilités éclatèrenten 1 5a i ^
INTSODtlCTIO?).
L'année suivante , Lautrec , gouverneur du "» Milanais pour la France, vaincu à la Bicoque, perd tour à tour Milan, Pavie, Lodi, Parme, Plaisance. Léon X meurt : Charles place sur le trône pontifical Adrien d'Utrecht, son précepteur: c'était presque s'y placer lui-même.
Sans finances, comme Maximilien, car l'Empire ne lui donnait rien , l'Espagne peu de chose , les mines du Mexique n'envoyaient pas encore un produit bien réglé, et il guerroyait tout à la fois vers le3P5Ténées, vers la Picardie , et en Italie : l'Empereur emprunte de l'argent en Angleterre, se ligue aveti Henri VIII, avec Venise, Lucques et Florence, contre la France, qu'il partage en idée. Traître envers sa patrie, traître envers son roi , le connétable de Bourbon passe au service de Charles; et à Pavie, François perd tout, fors l'honneur.
Charles était à Madrid, quand la nouvelle de tous ses bonheurs lui arriva; François prisonnier suivait de près le message. Dissimulant sa joie, l'Empereur interdit toute manifestation publique d'allégresse : « Les «Chrétiens, dit-il très-haut, ne doivent se K réjouir que des victoires qu'ils remportent K sur les Infidèles. »
InTKODDCTlon.
m AprèsCanneSjAnnibaln'avaitpassu profiter de sa propre victoire : Charles ne sut pas profiter du triomphe de ses généraux. La fortune lappelait : si, à la tête de cinquante ' mille hommes, il lui eût répondu en achevant la conquête de l'Italie, en envahissant la France , l'Europe était à lui. Et cela, dans un moment où la Réforme grandissait en Allemagne, où peuples et princes, sous le drapeau de Luther, travaillaient à leur indépendance! Cette inaction est inexplicable.
Une fois libre , et impatient d'effacer l'affront du traité de Madrid, François Insigne, avec le pape Clément VII, avec l'Angleterre, Venise.FIorenceetlesSuisses.laiS'ai/îteiig-Me. Les effets ne répondront point à la menace.
Manquant d'argent, le connétablede Bourbon promet à ses soldats près de l'abandonner, le pillage de Rome. Mais il est tué à l'assaut; l'exécution sacrilège ne s'en accomplit qu'avec plus de fureur; Goths et Vandales s'étaient montrés moins impies, moins féroces.
Tandis qu'en son nom on assiégeait le Pape dans le château saint-Ange, Charles, toujours en Espagne, ordonnait des processions pour la délivrance du Souverain Pon-
INXBOOUCTIOn. 113
tife ; mais nul ordre ne vint arrêter ni la " licencedes vainqueurs , ni la profanation des choses saintes; triste hypocrisie d'un. empereur et d'un chrétien !
Tout semblait conspirer l'humiliation de Rome.
Irrité de la Sainte-Ligue, Charles, dans un virulent manifeste dont l'Aliemagne fut inondée, reprocha à Clément VII son ambitieuse fourberie. Forts de cette attaque, et apprenant de si haut à ne plus respecter l'autorité pontificale, alors tous les opposants redoublèrent d'audace ; Luther trouva là un puissant auxiliaire. En Suisse , Zuingle soulevait Zurich, Berne, Bâie, Schaffouse, Claris et Âppenzel; laSuède, le Danemark, l'Angleterre, embrassèrent la Réforme; en France même, CaWin arbora son drapeau.
D'un autre côté, les Turcs s'avançaient toujours. A Mohatz , cette nouvelle journée de Wama , presque toute la noblesse hongroise avait péri sous le cimeterre de Soliman; le jeune Louis, roi de Hongrie et de Bohême, s'était noyé dans un marais.
De ce désastre devaient sortir pour la maison d'Autriche deux couronnes.
■NTBODUCTIOn.
m L'archiduc Ferdinand ayant réclamé, à titre d'héritage, la Hongrie et la Bohême, les Etats, pourconcilier les pactes de famille et le droit national d'élection , le choisirent. Cependant il fallait arrêter les Ottomans et prendre un parti définitif sur les affaires de l'Eglise. Deux diètes furent successivement convoquées à Spire.
Ecrasés à Franchusen en lôaS, les Anabaptistes reparaissentà Wurtzbourg. L'électeur palatin les bat : ils renaissent à Utrecht. En 1639, la nouvelle diète de Spire prononce la peine de mort contre les Anabaptistes. La liberté de conscience est accordée jusqu'à la tenue d'un concile général, à la réserve du dogme de Luther, sur la Cène, qu'on défend de pratiquer et d'enseigner.
Protestation des Luthériens : de là le nom de Protestants qui du reste ne leur fut donné généralement qu'en i54i- C'est Ferdinand qui avait présidé la diète et prononcé les divers arrêts. La position critique du régent, comme archiduc d'Autriche, motivait les concessions faites aux Protestants. La Hongrie ravagée, les Turks avaient pénétré dans ses États jusqu'à Vienne : la ville
INTHODDCTIOII.
lie dut son salut qu'à la valeur de Philippe 's» \e Belliqueux , frère de l'électeur palatin.
Depuis i5ai, Charles n'avait pas quitté l'Espagne, y recevant, au fond de ses palais, toutes les avances de la fortune.
Enfin il arrive en Italie : un traité signé à Barcelone l'a réconcilié avec le Pape. Le chef suprême de la Chrétienté le couronne roi de Lombardie et empereur.
De retour en Allemagne , Charles ouvre , le 1 3 juin i53o, la fameuse diète d'Augsbourg. Les luthériens présentent leur confession rédigée par Melanchton; Zuingle, la sienne. Elles sont rejetées ; le Grand-Maître de l'Ordre Teutonique, pour avoir embrassé les nouvelles doctrines , est mis au ban de l'Empire.
Dans une autre diète, à Cologne, l'Empêireur fait élire Ferdinand, son frère, Roi- dés Romains. Les Protestants refusent de reconnaître le nouveau roi. Princes et villes se liguent à Smalkalde , dans le comté de Henneberg (i). François I" adhère à l'Union; le roi d'Angleterre promet de suivre cet exemple.
(i) Cercle de Franconie.
IHTBODUCTION.
I En 1 532 , Charles , menacé par les Turcs, révoque les condamnations prononcées contre les Protestants, et leur accorde tout. Appuyé par eux , comme par le Pape, il peut opposer cent mille hommes aux Ottomans qui déjà s'étaient avancés jusqu'à Gratz en Styrie , oii le sauveur de Vienne, l'intrépide comte palatin , Philippe, les arrête.
Mais, l'année suivante, toujours pressé de se débarrasser des affaires de l'Empire, il retourne en Espagne, laissant au nouveau Roi des Romains le soin de contenir l'Allemagne.
Son départ devint le signal d'autres troubles.
Ulric, ce duc de Wurtemberg, chassé, dépossédé de ses Etats, en i5i9, par la ligue de Souabe, demande à celle de Smalkalde M fiéintégration. Toujours en action , Francis T' l'appuyait secrètement. Dans la diète de Wurtemberg, Ferdinand est sommé, comme archiduc d'Autriche, de rendre le duché vendu à Charles-Quint, La restitution .se faisant attendre, Philippe le MagnoMime, landgrave de Hesse, à la tête d'une armée levée avec l'argent de François I«, s'empare
iitTBonucTioir. 1 1 7
duduché,etlerendàUlric. Une autre armée, ,t,^ envoyée par Ferdinand , sous la conduite de l'électeur palatin , est battue. Ferdinand ratifie la réintégration d'UIric, mais sous la condition que, déclaré fief masculin d'Autriche, le Wurtemberg, à défaut d'héritier mâle, fera retour à l'Archiduché.
En i534, les Anabaptistes, expulsés des Pays-Bas et de la Saxe , s'emparent de Munster, et élisent pour roi Jean Bocold, tailleur de Leyde.
Cette même année, Charles, jusqu'alors peu préoccupé de la gloire des armes, parut pour la première fois à la tète <k ses troupes. Sans s'illustrer par d« grftsdef victoires, il força néanmoins Soliman à la retraite. Peu de temps après , comme jaloux d'inscrire son nom sur les ruines de Carthage, et de rendre, en vainqueur, à la patrie d'Annibal, la visite guerrière du héros africain à l'Espagne, Charles alla chasser de son repaire le fameux Hayraddin Barberousse. Lia délivrance de trente-deux mille «sclaves chrétiens consacra la prisede Tunis. Ëxpéditioa au reste plus brillante par son audace chevaleresque que féconde en ré-
IHTBODUCTIO».
1SS6 sultats politiques. C'est trois siècles plus tard que, sur le sol d'Afrique, devaient' descendre et s'établir de bien autres conquérants.
Charles revint en Sicile et à Naples, suivi des heureux, qu'il avait affranchis, cortège digne d'ungrandempereur. Tous, grâceà sa munificence, purent regagner leur patrie; en chantant ses louanges , ils portèrent bonheur à sa renommée.
Alors ce prince régnait à la fois sur les Pays-Bas, sur Naples, la Sicile, la Sardaigne, les États autrichiens en Allemagne, sur les duchés de Milan et de Navarre, qu'il avait «iUnquis.
»/,:£ojlimaii était repoussé; Charles avait ^ané un roi à Tunis, et fermé l'Italie à François 1". Enfin, comme si cette vaste domination eût encore été trop étroite pour un tel maître , la terre connue recula ses limites : devant lui s'ouvrit un Nouveau Monde.
Du haut de tant de gloires, l'Empereur, sur les instances des Protestants, demande à Paul in, successeur deCIément VII, la convocation d'unconcile général. Trente est désigné pour siège de l'assemblée. En accédant
INTBODUCTION- 1 t9
au vœu des Protestants , Charles travaillait }; sourdement à les désunir.
En 1 536, défaite des Anabaptistes près de Munster; leur prophète-roi, Jean.de Leyde et ses principaux complices, promenés dans une cage de fer, sont déchirés ensuite avec des tenailles ardentes, et brûlés vifs. Le Luthéranisme se fortifie en Allemagne.
L'année suivante, les Turcs reparaissent en Hongrie; Ferdinand est battu entre Bude et Belgrade; heureusement les vainqueurs s'arrêtent. En i5a9, révolte des Gantois et leur terrible châtiment. C'est Charles qui l'inflige en persoqne à sa ville natale , après avoir traversé la France , hôte confiant du monarque qu'il avait si durement emprisonné à Madrid , et qu'à Paris il abusait par de fallacieuses assurances.
En 1543, George de Saxe, prince^ie Misnie et de Thuringe, meurt, deshéritant son frère Henri , luthérien zélé , et ses neveux , s'ils ne rentrent point dans la religion de leurs pères. En ce cas, il donneuses États à la maison d'Autriche. L'électeur de Saxe, le landgrave de Hesse, prennent parti pour les princes ainsi dépouillés. A la voix de Luther,
130 IltTBODUCTION.
[J« la Misnie, la Thuringe, embrassentla religion nouvelle.
Vainement Charles s'efforce de dissoudre laligTie de Smalkalde.il ne peut en détacher qu'Albert de Brandebourg. Sans cesse inquiété en Hongrie par les Turcs, il avait publié , le 8 juillet 1 5^1 , un Inhalton Intérim qui garantissait à tous le libre exercice de leur croyance , en attendant la décision du concile.
Cette liberté de conscience, l'Empereur la concédait ou la révoquait selon qu'il était bien ou mal avec le Pape et les Turcs.
Une armée impériale vient assiéger dans Bude le compétiteur que Soliman y opposait à Ferdinand d'Autriche. Elle est battue , et la Hongrie occupée par les Turcs.
Ferdinand offre un tribut : à cette proposition, Soliman répond par l'ot^re de renoncer à toute prétention sur la Hongrie, et de lui faire hommage de l'Autriche; humiliante injonction que dévore le frère del'Empereur.
Au lieu de marcher sur la Hongrie et dé l'arracher aux Turcs, Charles se rend eft Italie ; de là , il débarque à Alger ; vainqueur^ il eût soumis tous les États barbat«$q[Ues à
IHTBODUCTIOH.
l'Espagne ; mais que deviendrait l'ïjnpire }^ ainsi abandonné? Charles ne s'en préoccupe point. Toujours et partout l'intérêt espagnol effaçait à ses yeux l'intérêt allemand. Une tempête dissipa ce rêve. Un illustre volontaire avait accompagné l'expédition. Le conquérant du Mexique , Femand Ck)rtez.
L'Allemagne était en feu : la ligue de Smalkalde pressant de toutes parts les princes catholiques, chassait de ses États le duc de Brunswick. Les armements de François I", comme ses alliances, menaçaient l'Italie et les Pays-Bas. Partout Charles- Quint se trouvait en échec.
Le a8 janvier 1 545, à là demande de l 'Empereur, leconcile de Trente s'ouvrit. Le moment et le lieu étaient bien choisis. Le moment ; Charles^ eïi effet, battu à Cerisoles, glorieuse revanche francise de Pavie , avait signé le traité de Crespy ; par un article secret, FVançois lui promettait tout stwi concours pour mettre «n terme au schisme de Luther, et pour soutenir les décrets du concile qui allait s'assembler; de plus, une trêve de cinq ans venait d'être signée entre son
inTSODtlCTIOEf.
is frère , comme roi de Honffrie , et Soliman le Magnifique.
Le lieu -.Trente étant près de l'Allemagne el sur les confins des possessions autrichiennes , l'Empereur pouvait espérer une grande influence sur les décisions du concile.. Mais les Protestants ayant refusé de s'y rendre, l'assemblée fut suspendue.
L'Empereur toutefois n'avait pas perdu son temps : la division régnait dans le camp réformé. Deux événements mémorables signalèrent l'an 1 546 : la mort de Luther, et, comme pour célébrer ses funérailles, lanais' sance des guerres de religion.
Le 34 avril i547 , Charles gagne sur la ligue de Smalkalde la bataille de Mulhberg; fait prisonnier, condamné à mort par Charles seul , sans le concours des Etats , Jean Frédéric de Saxe ne conserve la vie , ne recouvre la liberté , qu'en perdant son électorat. Tout en écrasant les Protestants par ses armes, l'Empereur affectait de la modération envers les vaincus. A son entrée dans Wittemberg, il s'étonna qu'on eût suspendu l'exercice du culte luthérien, et visitant la
IRTBODECTlOn. 123
tombe du Réformateur, il interdit toute in-|^ suite : a Je ne fais point la guerre aux morts, dit-il; « qu'il repose en paix, il est déjà « devant son juge. »
La ligue de Smalkalde était détruite, mais la religion protestante debout. L'Empereur chercha à ramener les religionnaires dans le sein de l'Eglise , résultat autrement difficile qu'un triomphe sur les champs de bataille.
Le i5 mai i548, dans la diète d'Augsbourg, aidé de deux évêques catholiques, et d'Agricola théologien luthérien, il publia le fameux Intérim, formulaire de foi et de discipline, en vingt-six articles, prescrit en attendant la décision du concile. C'était une transaction : aussi, tous, Catholiques et Protestants, d'accord sur ce point, la rejetèrentils. De part et d'autre on la compara à l'Hénotique de Zenon , à l'Echtèse d'Héracïius. Les Luthériens qui s'y soumirent reçurent lenom d^Adiaphonistes, c'est-à-dire d'indifférents.
D'autres mesures proposées par l'Empereur, n'obtinrent pas plus de succès. Quoiqu'il eûtenvironnél'assembléed'un immense réseau de troupes , il ne put faire élire son
I2< IBTBODUCTIOH.
t ûh Roi desRomains. Ce fut durant cettemême diète que les Pays-Bas devinrent partie intégrante du corps germanique, sous le nom de Cercle de Bourgogne.
Charles avait fait à son pays natal un cruel présent : l'Inquisition.
On croyait l'altier potentat au comble de la puissance ; ses embarras au contraire se compliquaient de jour en jour. ,
En i55i , pour assurer l'unité de sa vaste monarchie , il avait engagé Ferdinand à céder le titre de Roi des Romains et l'hérédité de l'Empire à Philippe son fils, chargé par lui, en 1549, du gouvernement de la Flandre, du Hainaut, de l'Artois. Il voulait donner à l'Empire un chef, qui , maitre de VEspagne et de l'or du Nouveau Monde, pût contenir les princes protestants , et faire tête aux Turcs , aux Bohémieus révoltés. Mais c'était aussi diviser d'intérêt les deux branches de la maison d'Autriche. De là une rupture entre les deux frères. Sur le refus de Ferdinand, Charles avait demandé sa déposition et l'élection de son fils. Mais ce vœu , les électeurs le repoussèrent ; ceux du Palatinat, de Saxe et àe Brandebourg, se liguèrent même
INTBODUCTIOK. 13&
contre l'Empereur avec Henri II de France, "sï
C'est qu'un instinct prévoyant de conservation Commençait à révéler le dernier mot de cette insatiable ambition. Les Protestants sentaient bien que l'hypocrite tolérance de r//ifeVi/rt ne tarderait pasà leur être enlevée ; quant aux Catholiques, pénétrant les arrièrepensées de Charles, ils comprenaient enfin que l'aider à terrasser les Luthériens, c'était se préparer un commun maître.
En outre, Catholiques et Protestants, tous s'indignaient à la vue du landgrave de Hesse et du vénérable électeur de Saxe , insolemment traînés en triomphe par Charles- Quint de ville en ville.
D'une part, de nobles martyrs de la liberté germanique : à eux le respect, la reconnaissance; de l'autre, le despotisme espagnol : à lui la haine.
Aussi tout à coup, au moment oii Charles, croyant toucher au but, surveillait, à Inspruck, le concile de Trente, et méditait de gigantesque projets contre la France et la Turquie, Maurice, qu'il avait fait électeur de Saxe, Maurice qu'il attendait comme allié, jette le masque , parait en ennemi à la tête
136 IHTBODUCTION.
.2 4'une armée , et marche sur le Tyrol , tandis qu'héritier du trône et des ressentiments de François I", Henri II (i) envahit la Lorraine , et s'unit avec les Turcs contre l'Empereur.
De son côte^ Soliman s'avance à marches forcées sur la Hongrie.
Charles-Quint reçut, à neuf heures du soir, ces tristes nouvelles. Peu s'en fallut même qu'il ne fût surpris dans Inspruck. Par une nuit orageuse , en proie aux douleurs de la goutte, il s'échappa presque seul , porté en litière , à travers des chemins impraticables, etga^na péniblement Villach, en Carinthie. Maurice, après avoir livré au pillage le palais de Charles-Quint , se hâta de rejoindre Ferdinand à Passaw, où étaient assemblés les ambassadeurs de l'Empereur, le duc de Bavière, lesévêquesdeSaltzbourg, d'Eichstadt et de Passavi', les ministres des électeurs absents , les députés des princes, villes et bourgs principaux de l'Empire.
(i) Ce prJDce s'était donné, en plein parlement et même sur des monnaies, le litre de vengeur de la liberté germanique et des princes prisonniers; Uberlalis germankm et pn'ncipum eapticoruih vindex. Sur son manifeste apparaissait, entre deux poignards, le bonnet de la liberté.
IMBOOUCTIOTf. JST
Un même danger avait réconcilié les deux ]|^ frères. Ferdinand, au nom de Charles, Maurice, au nom de tout le corps protestant, ouvrirentia négociation. Mais on ne puts'entendre, et Maurice, reprenant les armes, assiégea Francfort. Bientôt les Protestants dictèrent les conditions du traité de Passaw. Charles-Quint venait de céder : c'était le premier pas vers l'abdication.
Tandis que Maurice , après avoir ainsi humilié l'Empereur, l'humilie de nouveau en l'allant défendre en Hongrie contre les Turcs , Charles , tristement rassuré du côté de l'Allemagne, rassemble une armée formidable , et entreprend le siège de Metz que défend François , duc de Guise. Mais la- fortune , qui n'aime point les vieillards ( i ), l'avait abandonné.
Trente mille hommes périssent devant la place par le fer, le feu , la contagion. Charles lève le siège , et se dédommage , au printemps, de cet échec, sur Terrouane, dans les Pays-Bas, qu'il rase de fond encom* ble, exploitplus digne d'un Gengis-kan que d'un monarque européen.
(i) Ainères paroles de Charles-Quint sur lui-même.
118 inTRODUCTtOIt.
% Ruiné malgré les trésors du Mexique , l'Empereur se voit réduit à emprunter deux cent mille écus d'or à Cosme de Médicis, duc de Florence : l'importante principauté de Piombino et l'île d'Elbe, futur asile d'un autre César, sont livrées en gage. Vers l'Italie , une révolte lui enlève Sienne^ Le pape Paul rV, son irréconciliable ennemi, se ligue avec la France pour conquérir le royaume de Naples, et excommunie Ferdinand, qui, l'année précédente ,* devenu acquéreur de la Transylvanie , avait sur un soupçon' fait assassiner l'évêque de Waradin, Marttnusius, nouveau Waivode.
Le sceptre du monde échappe à ses mains affaiblies.
La pacification de Passaw réclamait une confirmation solennelle. En l'absence de Charles, retenu à Bruxelles parla goutte, Ferdinand ouvre la mémorable diète d'Augsbourg; sa modération habile y rapproche les esprits.
■ La liberté de Conscience est garantie axix Luthériens, mais aux Luthériens seuls, à l'exclusion des autres sectes. Ferdinand stipule, au grand déplaisir des Protestants , et
IHTBODUCTIOH. 1S9
fait adopter la célèbre Réserve ecclésiastique; isia clause en vertu de laquelle tout bénéficier catholique, ayant embrassé la nouvelle religion, perd son bénéfice qui dès lors est censé vacant et retourne à la disposition des collateurs.
Tous les États signèrent le recez de cette diète, le aS septembre i555.
Aussitôt Paul IV, considérant comtne un empiétement sacrilège les concessions faites à la Réforme, menaça Charles-Quint et le Roi des Romains de les excoiilmunier, s'ils n'annulaient le recez. En même temps, pour anéantir la puissance de la maison d'Autriche en Italie , il proposait à Henri II l'or-' ganisation d'une nouvelle Sainte Ligne.
Mais tandis que l'horizon politique se chargeait de nuages, et que ce trône si laborieusement élevé semblait prêt à s'écrouler dans une tempête , Charles déçut toutes les haines, déjoua tous les calculs, et s'empara encore une fois de tous les esprits. Miné par le mal , atteint d'une pieuse mélancolie, affligé de la conduite irrespectueuse d'un fils dénaturé qui , déjà possesseur des couronnes de Naples et de Milan, convoitait
fMBODUCTIOH.
rsfis hautement les Pays-Bas; découragé parles revers , par ses vains efforts pour l'extirpation de la'Réfbrme, et pour assurer le sceptre impérial à Philippe; vieillard avant le temps, Charles assemble les Etats à Bruxelles, le 25 octobre i555, et remet les Pays- Bas à son fils. Le 1 3 janvier, il lui cède l'Espagne, le Nouveau Monde, toutes ses provinces héréditaires. Après avoir rappelé dans une harangue pompeuse ses immenses travaux depuis 1 âge de dix-sept ans , ses gtierres en Europe et en Afrique , ses victoires, surtout ses luttes, ses sacrifices pour la cause sacrée de la religion , « Je vous laisse te un pesant fardeau,» ajoutait-Il avec amertume; « car depuis que je l'ai mis sur mes a é[>aule3, pas une heure de ma vie n'a été « exempte de soucis et d'inquiétudes. »
Le* 7 septembre suivant, ii envoie, de Sudbourg en Zélande, le sceptre impérial et la couronne à son frère Ferdinand, avec l'acte de sa renonciation à l'Empire ; s'embarque à Flessingue pour l'Espagne , aborde à Laredo en Biscaye^ se jette à genoux :en baisantift terre, ets' écrie ; « Nu, je suis venu a (lu monde, et nu je reviens à toi, mtre
« commune des hommes. Je te voue mon jj « corps ; c'est le seul moyen de reconnaître les « biens dont je fus c.omblé; » il se retire au monastère de Saint-Just dans t'Estramadure, et bientôt celui qui avait troublé l'univers de sa renommée , meurt au fond d'ime cellule.
Après un drame royal de quarante-cinq années, le grand acteur quittait la scène, comme il l'avait remplie , extraordinairement. Vertus et défauts , tout fut remarquable dans Charfes-Quint. Mieux partagé que ses prédécesseurs , il avait, pour points d'appui,l'Espagne et les Indes : l'Archimède couronné souleva le monde (i), mais ne put le soutenir.
Par l'extension de la prérogative royale, il avait, nuit et jour, travaillé à rendre les rois d'Espagne absolus. Ses efforts ne furent pas infructueux; mais la constitution germanique, se retrempant dans les dangers même qui la menaçaient, acquit, durant ce redoutable règne, sa plus grande force. Ce fut alors que les divers états de l'Europe , con-
(i) A l'apogée de «a puissance la volonté de Charles avait régné ' sur 13,770 lieux carrées, ou [981, 3SS mjriamètrcs.
inTBODUCTION.
J^traintspav son incessante ambition à des efforts sans relâche , acquirent plus de vigueurdans leur organisation intérieure, connurent leurs ressources et apprécièrent ce dont ils étaient capables. Alors aussi , à l'union et à l'isolement des puissances succédèrent des rapprochements intimes , et bientôt un vaste système politique, où chacun prit son rang(r): de làl'équiJibre européen.
Mais cette prépondérance de sa Maison et de l'Empire que Charles venait de constituer, Richelieu allait bientôt la déplacer au profit de la France.
Son immense héritage, Charles l'avait partagé d'avance; à son frère Ferdinand (2), tige de la branche allemande de la maison d'Autriche, les couronnes germaniques : à son terrible fils, Philippe II, tout le reste.
Successeur de Charles Quint, Ferdinand avait envoyé au Pape le grandchambellan Gnsmann, pour lui annoncer son élection. Mais Paul IV ne daigna pas admettre l'ambassadeur en sa présence , tant
(1) Boberison, Hiitoin île Charirs-Qainl, (i)Néi Alcala, le to mars i5o3i roi de Hongrie et deBohpmp on iSïj; élu roi des Romain» en iSîo; empereur, en i558.
inTHOUUCTlOIf. IS3
il s'indignait qu'on eût osé prendre le titre j* d'empereur avant d'en avoir obtenu la permission dusaint-siége. N'appartenait-i! pas au Pape seul de déposer les empereurs ou derecevoir leur abdication (i)? L'abdication de Charles était donc radicalement nulle. - Seul aussi il pouvait absoudre Ferdinand de son traité avec les Protestants. D'ailleurs, selon encore l'altier pontife , des électeurs entachés d'hérésie n'avaient pu faire un empereur. Que Ferdinand, renonçant à l'Empire, s'en rapportât à la suprême décision du saint-siége, tel était V ultimatum romain. Gusmann revint avec cette réponse, non toutefois sans avoir protesté contre de si arrogantes prétentions.
Deux ans plus tard, Paul n'étant plus, Pie IV faisait un tout autre accueil aux envoyés de l'Empereur. Mais ses efforts, comme ceux de Ferdinand, pour emmener les Protestants au Concile de Trente , furent inutiles.
La réunion des deux religions occupa constamment le sage et habile chef de l'Empire. Après avoir obtenu du Pape pour l'Ar^ chiduché d'Autriche, la communion sous les.
( I ) Ejtrallo tit priraliii imperii.
inTBODUCIIOTf.
j8 deux espèces (i), il avait chargé le savant Cassander (2) d'exposer les articles sur lesquels les deux religions étaient d'accord, et, quant aux autres , de préparer un formu laire qu'on pourrait respectivement adop-, ter.
Mais la mort arrêta l'Empereur dans ses projets de conciliation : il emporta au tombeau la paix de l'Église Germanique.
Fidèle aux traditions de famille, Ferdinand n'était pas resté stationnaire : successivement il s'enrichit du Wurtemberg, de l'Autriche inférieure et intérieure avec l'Alsace, de la Hongrie et de la Croatie, delà Bohême, d'une grande partie de la Silésie, de la Moravie et de la Lusace, de la seigneurie de Thengen. Plus tard, il est vrai, ce prince dut céder le Wurtemberg au duc
(1) Sous cette condittan qa'it serait toujours enseigné par iei prêtres que le calice n'est pas nécessaire aux laïques.
(1) Consultalio de articulis fidH inter Papistas rt Prolesiaates
Né en iSiS , dans l'île de Cadsaud, et peut-être est-ce de là qu'il a tiré son non), Georges Caesander fui un des plus doctes et des plus judicieux théologiens du seizième siècle. Voué tout futier à la recherche de la vérité , il luiissait à un «aste savait une admirable toléiance. En lui l'esprit et le caractère se trouvaient à la même hauteur.
IJlric, et une portion de la Hongrie orien-j^^ taie aux Turcs.
C'est 80U3 son règne que tous les évêchés enclavés dans les électorats de Saxe et de Brandebourg furent sécularisés.
Par son célèbre- testament du i" juin 1 543 , Ferdinand appelait se* filles à hériter des royaumes de Hongrie et de Bohème , à défaut des hoirs de ses fils : de cette disposition devait sortir, en 1 7/^0 , la prétention de Charles VII sur ces royaumes, du chef de l'archiduchesse Anne, fille de Ferdinand V', mariée à Albert V, duc de Bavière.
La division de la maison d'Autriche en deux branches avait rassuré les princes allemands. Tel étaitmême l'ascendant personnel de Ferdinand sur les coeurs, que , sans peine, il fit élire Roi des Romain sMaximilien son fils.
Peu de temps auparavant, ce jeune prince avait été couronné à Prague , comme héritier du royaume de Bohême, et l'année suivante à Presbourg, comme futur roi de Hongrie. Par un bonheur inouï , Ferdinand vit donc, sur la tête de son successeur , ces trois couronnes que les souverains autrichiens s'é-
INTROItUCTlOH.
j»| taient toujours efforcés de réunir. Sans cesserd'être électif, l'Empire était devenu héréditaire.
Fils du dernier empereur et d'Anne , héritière de Hongrie et de Bohême , empereur lui-même en 1 564, Maximilien II voulut continuer l'œuvre paternelle : la fusion des deux religions devint son premier soin. Son principe était : « qu'àDieu seulappartientl'em- € pire sur les consciences. »
Éhi Roi des Romains le 3^ novembre i56a, Maximilien avait été couronné, contre l'usage, à Francfort, le 3o du même mois. Dans cette cérémonie , nulle des formalités prescrites par ta Bulle d'or de Charles IV ne fut omise. Ainsi, l'électeur de Brandebourg , comme grand-échanson , étant monté à cheval , alla prendre sur une table posée au milieu de la grande place un bassin d'or avec une serviette , rentra dans la salle du festin, et présenta à laver à l'Empereur et au Roi des Romains. Le bassin, la serviette, le cheval furent remis au comte de ZoUem , à qui ils appartenaient , en vertu d'un ancien droit. Ensuite l'électeur de Saxe, grandmaréchal, montant aussi à cheval, courut à
INTHODUCTIOn. IST
un monceau d'avoine dont il remplit unbois- j^ seaud'argent, etleboisseau, ainsi que le che- Tal, furent remis à Frédéric de Pappenheim, vicaire du grand-maréchal. Ceci accompli, l'électeur palatin, comme grand-maître d'hôtel , vint à cheval , à la cuisine , prit deux plats , et , de retour à la salle du festin , descendit de cheval , déposa les deux plats sur la table de l'Empereur, et l'électeur de Saxe porta devant lui un grand bâton. Le cheval avec les plats d'argent furent donnés au vicaire palatin. Ensuite parurent les trois électeurs ecclésiastiques : comme archichanceliers de l'Empire, ils présentèrent les sceaux que l'Empereur leur passa autour du cou.
Sur la place, un bœuf entier, farci de plusieurs autres animaux, fut rôti. On en servit un morceau sur la table du Roi des Romains; le reste fut abandonné au peuple.
Cependant Pie V , loin de céder sur quelques points de pure discipline , exigeait une soumission aveugle aux canons de l'Eglise : il menaça l'Empereur de le faire déposer par les électeurs catholiques, s'il continuait à se mêler d'affaires spirituelles.
INTBOUUCTION.
M Rome , par d'inflexibles exigences , fit, autant que Luther , la séparation.
Dès la première année de son règne, Maxinijlien eut à soutenir la guerre contre Soliman. Un seul prince allemand, Auguste, électeur de Saxe , secourut l'Empereur. Les autres s'occupaient de leur affermissement,personnel. Les arrangements de religion préoccupaient d'ailleurs tous les esprits.
C'est vers cette époque, en 1 566, que, sous le nom de Gueux, surgit la première ligue flamande et hollandaise contre le despotisme espagnol.
Deux ans plus tard , Maximilien accorde aux Protestants d'Autriche le libre exercice de leur religion, et envoie en Espagne son frère Charles, archiduc de Gratz, pour adoucir Philippe en faveur des Pays-Bas , dont les princes protestants d'Allemagne fomentent l'insurrection. Le duc d'Albe demande à l'Empereur de lui livrer le prince d'Orange : Maximilien répond que cette question doit être déférée à la diète chargée de la juiidiction suprême des Pays-Bas, et reste en dehors de la lutte contre l'Espagne.
INTBODUCTION.
En 1575, Henri de Valois ayant aban- [t donné le trône de Pologne pour celui de France qui devait lui coûter là vie , l'Empereur prétendit à une nouvelle couronne.
La fortune lui sourit même un moment : une partie de la noblesse embrassa sa cause. Mais appuyé de la majorité , Batori , prince de Transylvanie , triompha.
Plusieurs diètes, à Augsbourg, Spire, Francfort , Ratisbonne, réformèrent nombre d'abus, et assurèrent la juridiction supérieure. Entraîné par un zèle aveugle que n'encourageaient que trop les luthériens, Augsbourg voulut étouffer, à son berceau, la religion de Calvin, en décidant que, hornù» les religions catholique et luthérienne, nulle autre ne serait tolérée dans la Germanie. Bien persuadé que ce décret allait devenir pour les différentes églises protestantes une source de discorde, le cardinal Commendon pressa vivement les États d'y souscrire.
Maximilien saourut pendant la diète de Ratisboxtne , emportant avec lui les regrets universels. « Ce n'est point, disait-il, en « rougissant du sang hérétique les autels,
140 inTHOJltICTiON.
* « qu'on honore le père commun des hom- « mes ».
Son plus bel éloge est dans Taccord des historiens d'Allemagne, de Hongrie, de Bohême, d'Autriche. Catholiques et Protestants , tous célèbrent à l'enTÏ sa bonté , sa tolérance; tous bénissent en lui un Titus chrétien.
Rodolphe II, son fils aine, lui succéda.
Déjà couronné, du vivant de son père.
Roi des Romains, de Bohême et de Hongrie, à ces royaumes, ce prince joignit l'Autriche ; il en héritait seul, ses frères n'ayant eu que des apanages. Alors, pour la première fois, la souveraineté exclusive de cet Archiduché, depuis qu'il était entré dans la maison de Habsbourg, s'établissait sur la primogéniture. La consécration de ce droit d'aînesse devint très-profitable à la maison d'Autriche : au lieu de partages affaiblissants, c'était l'unité.
Plus que jamais, dans les graves circonstances qui pesaient sur l'Allemagne, il eût fallu un chef habile, un hardi guerrier : ces qualités manquaient au nouvel empe-
IntRODUCTIOR.
En 1 579 , les conférences de Cologne entre l5^^^ le duc d'Arscholt, député des Pays-Bas, et Charles d'Airagon, duc de Terra-Nuova', ambassadeur d'Espagne, pour terminer les troubles sous la médiation des quatre commissaires impériaux ( i ) , cessèrent après sept mois ; le 4 février, fut conclue lamémorable Union d'Utrecht, d'où allait sortir la république hollandaise.
Cependant le feu des discordes religieuses soufflait avec violence : trois communions chrétiennes se persécutaient. Tel fut d'abord l'effet de la fameux Formula concordiœ , ébauchée, dans un synode à Maulbronn par les théologiens de Wurtemberg , et terminée par les docteurs saxons au couvent de Ber- , gen, près de Magdebourg ; formulaire qui, plus tard , n'en devint pas moins le grand livre symbolique des Luthériens. Dans leur aveugle acharnement, ceux-ci et les Calvinistes repoussèrent le calendrier Grégorien, parce que l'astronome Louis Lilius l'avait rédigé sous les auspices du pape Grégoire XIIL
(0 Les archeièquea de Trêves et de Cologne, Véyèqnt (le Wurtibouiï et le duc de Juliers.
fa Les Flamands avaient chassé leur gouverneur, l'archiduc Mathias, frère de l'Empe-' reur. Vainement, à la diète d'Augsbourg , en i582, Rodolphe voulut-il intéresser le corps germanique à sa querelle.
Bientôt la maison d'Autriche subit un humiliant échec : Etienne Batori, roi de Pologne et duc de Transylvanie, étant mort, les deux concurrents au trône, Maxïmilien, frère de Rodolphe II, etSigismond, fils de Jean roi de Suède, et de Catherine de Pologne, sœur du roi Sigismond-Auguste , en viennent aux mains. L'irchiduc est battu à Bitschin en Silésie, et fait prisonnier. Par le traité de Beuthen , il renonce à toutes prétentions sur la Pologne; on le relâche, sans autre rançon que cet acte de faiblesse.
Dix-septansplustard, l'Empereur, comme archiduc d'Autriche, transige, à Prague, avec les ducs de Wurtemberg. Le nœud vassalitique, contracté en i534, leur est remis ; le Wurtemberg redevient fief immédiat de l'Empire; la seule expectative qui reste aux Archiducs sur cette succession, c'est l'extinction de la maison ducale.
Tamlis queles diètes s'efforçaient de paci-
INTBODUGTlOn.
fier la religion et de remédier au désordre ]' toujours croissant, Rodolphe, subissant les conséquences de sa triste éducation, s'enfonçait davantage dans de creuses études; l'alchimie faisait ses délices. A force detraTail , il était parvenu à couvrir de ridicule le manteau d'Empereur.
La mort de son oncle, l'archiduc Ferdinand, comte de Tyrol , l'enrichit des belles et importantes possessions de ce prince.
L'année suivante , par un traité conclu à Prague, avec Simon Batori, prince de Transylvanie, Rodolphele reconnut indépendant, ami de la Hongrie, et son allié contre les Turcs, mais sous la condition qu'à défaut de mâles du nom de Batori , la principauté serait réunie au territoire hongrois.
Rodolphe avait cédé à son frère, l'archiduc Mathias, l'Autriche et la Hongrie.
Dans cette décadence de la Maison d'Autriche, tous les regards se tournaient vers Mathias; tant l'incapable empereur semblait prendre à tâche de lui faire un beau roIé!
Mais une bien autre crise menaçait cette Maison. Arbitre de l'Europe, maître de la
tnTRODDCTIOn.
ins qui absorba toutes ses facultés , n'était pas le même homme. Versé dans l'étude des langues anciennes et modernes, il cultivait la peinture; la zoologie, la botanique, la chimie, les arts mécaniques, lui étaient familiers. Sous ses auspices, Kepler et Tycho- Brahé dressèrent les tables appelées, de son nom , Rodolphines. Par ses collections d'animaux étrangers, de plantes et de productions rares, il encouragea les progrèsde l'histoire naturelle. L'art de fouiller les mines et d'obtenir la fusion des métaux lui doit beaucoup. Aujourd'hui encore ses antiques et ses tableaux sont l'une des plus précieuses richesses du cabinet de Vienne. En Bohême , il fo$ida des écoles, etimprimaà l'éducation une impulsion salutaire. Pelzel , l'historien de ce royaume , prétend même que Prague a trouvé , sous Rodolphe II , son siècle classique, son âge d'or (ï).
Après la mort de Rodolphe, l'Empire put craindre un long, un orageux interrègne; tant se compliquaient les événements ! Ainsi, querelles toujours ardentes entre les Catholiques et les Protestants; succession litigieuse
(i) Will. Coxe, Hiit. de la Maison (fJatrlche.
INTIODUCTlOn.
deQèvesetdeJuliers; débatentre Philippe- ;•{; Louis, comte Palatin deNeubourg, et Jean, duc de Deux-Ponts , relativement à la tutelle de Frédéric V, électeur Palatin, débat qui s'aggravait par le luthéranisme de l'un et le calvinisme de l'autre ; tentative de la Chambre impériale pour l'extension de son autorité ; ses efforts pour se soustraire à celle des vicaires impériaux. On le voit, les sujets de discorde ne manquaient pas. Néanmoins rien n'altéra la tranquillité publique. Grâces en soient rendues aux Catholiques qui donnèrent un noble exemple de modération, en condamnant les illégales prétentions de la Chambre impériale, en reconnaissant, malgré la différencedecommunicHi, l'autorité suprême des vicaires de l'Empire. Mathias était enfin Empereur, non sans s'être vu imposer le frein d'une capitulation nouvelle. Son couronnement avait eu lieu à Francfort, avec une pompe extraordinaire- Tous les électeurs , excepté celui de Brandebourg, et une foule de princes y assistèrent. Ou eût dit que tous ces hauts personnages voulaient ainsi prendresolennellement congé les uns des autres dans une visite d'a-
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\l]l dieu ; car depuis ils ne se rassemblèrent plus ainsi.
Mais derrière cet appareil de fêtes , veillaient les partis. Pleins de joie et d'espérance, les Catholiques attendaient tout de l'active fermeté du nouvel Empereur; les Protestants comptaient sur sa mauvaise santé.
Malgré ses talents, malgré son incontestable aptitude, l'ambitieux monarque prouva bientôt qu'il lui était plus facile d'arracher la couronne à un faible frère , que de contenter les hommes entraînés par lui-même à la révolte, et d'esciter des troubles que de les apaiser. Toutes mains peuvent pousser à une révolution : mais, une fois faite , pourlarégler,il faut une maittforte et habile.
Sous ce règne, les troubles de la Bohême enfantèrent les longs malheurs de l'Ai-
Vers 1616, cédant aux instigations de Philippe in, roi d'Espagne, les archiducs Albert et Maximilien avaient renoncé à l'héritage de Mathias, en faveur de Ferdinand, fils de Charles, duc de Styrie, et petit-fils du premier Empereur de ce nom.
Imbu des maximes espagnoles par les Jé~
IHTBODUCIlOn. 140
suites d'Ingolstadt, sous les yeux du ducJSn Guillaume de Bavière, fervent catholique, ce jeune prince nourrissait dans son cœur un respectueux, un absolu dévouement à l'unité de l'Église, et regardait, comme son premier devoir, d'ymaintenirou d'yramener les esprits par toutes les voies possibles. H se croyait appelé à restaurer l'ancienne foi : ce fut là le but franc, loyal , patent, de tout son règne.
Âussiune pareille transaction n'obtint-elle pas, sans une vive résistance, la ratification des États. Ferdinand ne fut couronné qu'après avoir confirmé par serment les privilèges du royaume et le libre exercice de la religion protestante. A peine sur le trône , il se mit à l'œuvre; mais les mesures qu'il adopta ne tardèrent pas à exciter de grands mouvements.
Les Catholiques de Bohême ayant détruit plusieurs temples protestants , tout le parti se soulève. Excités par le comte Mathîas de Thum, les chefs courent au château de Prague, se plaignent d'un tel parjure, et jettent par les fenêtres deux conseillers d'État et un secrétaire. Ce dernier conserva, dit-on, du-
laii rant ce périlleux trajet à travers une grêle de balles, un tel re^ïect pour l'étiquette, qu'arrivé, sans trop dédommage, àson terme, il s'empressa, encore à terre, de demander au baron de Slabata, Tun de ses deux compagnons de voyage , pardon d'avoir pris la liberté de tomber sur lui.
Voici comment , dans une lettre respectueuse à l'Empereur , les insurgés excusaient leur attentat : « Nous avons, » disaient-ils , « conformémentàuneanciennecoutume na- K tionale , jeté par les fenêtres deux minis- « très ennemis de l'État, et Fabricius leur « créature et complice. Cette coutume « est justifiée par l'Écriture sainte qui nous « montre Jézabel ainsi punie pour avoir « persécuté le peuple de Dieu- On retrouve « cet usage chez les Romains et les autres « peuples de l'antiquité , qui précipitaient « du haut des rochers les traîtres et les per- « turhateurs de la paix publique. »
Aprèscette violence, ils s'emparent dugouv^nement , lèvent des troupes, chassent de la Bohême royalistes et Jésuites, en repoussant les propositions paciBques de Mathias.
De toutes parts les envoyés de Hollande
INTBODDCnon. tbt
et de l'Union de Hall attisent l'incendie. j*||
Les électeurs Palatin et de Brandebourg eonviennentquelepremierdeviendraitroide Bohême, le duc de Savoie Empereur, et que les principautés ecclésiastiques d'Allemagne seraient également partagées entre les Catholiques et les Protestants.
Ferdinand , élu et couronné roi de Hongrie, fait enlever, à Vienne, le cardinal Klésel , premier ministre de l'Empereur , dont les exhortations sages et bienveillantes contrariaient les conseils violents des Espagnols et ses projets. Le prélat est enfermé dans un château du Tyrol.
Cet audacieux attentat sur la personne d'un membre du sacré collège indigna la cour pontificale, et Grégoire XV, à force d'instances menaçantes, obtint ta translation du cardinal à Rome. Plus tard même, en 1637, Ferdinand, devenu maître, le rendit à son évèché.
Enfin, soit lassitude générale, soit retour à de meilleurs sentiments, Protestants et Catholiques allaient désarmer ; les conférences d'Egra ( i ) semblaient annoncer le terme de
(i) Ville et forteresae de Bohinie , à trois lieues dea TrontièrM du haut Palatinat.
t&3 IMTBODOCTIOn.
leii la crise, quand Mathias mourut: la discorde reprit son coura.
Depuis longtemps la santé de ce prince déclinait : rarrogance de Ferdinand, les troubles de Bohème , l'enlèvement de Klésel , la mort de l'Impératrice qu'il chérissait , tant d'humiliations et de douleurs le tuèrent. Juste expiation des durs traitements qu'il avait infligés à son frère !
Près d'expirer, cet Empereur désolé n'osait porter ses regards vers un avenir auquel il échappait par la mort : tant lui apparaissait redoutable poiir la Maison d'Autriche , et surtout pour l'Empire, le fanatique despotisme de Ferdinand !
La capitulation de Mathîas offrit, avec celle de ses prédécesseurs , de notables différences. Ainsi, les unions électorales de 1619 etiSai étaient confirmées comme lois fondamentales de l'Empire. L'Empereur fut astreint à recouvrer lesfiefs d'Italie. Spécialisant les subsides des Etats, on les affecta exciusivementau seul usage pour lequel ils seraient accordés. Les procès relatifs à des péages électoraux ne pouvaient plus être portés à un tribunal autre que celui des sept électeurs. L'Empereur était obligé de pren-
dre lui-même les investitures des fiefs possé- |;j| dés par la Maison d'Autriche ; il lui était enjoint d'appeler dans le Conseil aulîque plus d'Allemands que d'Autrichiens. Enfin, cette capitulation permettait aux électeurs d'élire un Roi des Romains quand ils le jugeraient utile au bien général , du vivant de l'Empereur et nonobstant son opposition même; c'était pour que la couronne impériale ne devînt pas héréditaire dans la Maison d'Autriche.
De plus en plus le Corps germanique prenait ses précautions, en étendant ses garanties. F'olunt Imperatorem , potentiam abhorrent.
Mais voici un règne qui , grâces à Dieu , ne tint pas parole. L'intolérant, l'absolutiste Ferdinand II voulait opprimer l'Allemagne : c'est à ses folles tentatives que 1 Allemagne dut la tolérance et la liberté.
Après un interrègne gros des malheurs prêts à fondre sur l'Empire , Ferdinand avait été élu à Francfort, le 28 août 1 6 1 9 , malgré rélecteur Palatin qui s'était efforcé d'arracher enfin la couronne impériale à la dynastie autrichienne, avec l'assistance de la
IKTBODLCTIOn.
leiB France, qu'il paya plus tard d'ingratitude.
Ici se déroulent les longs désastres de la guerre de Trente ans , drame terrible oîi figurent avec tant d'éclat Banner, Tilly, Horn, Wallenstein, Piccolomini, Mansfeld , Mercy, Maximilien de Bavière, Gassion, Montecuculii, le duc Bernard de Saxe-Weymar que Turenne proclamait l'un de ses maîtres; Pappenheim, Torstenson , race de héros, génération de fer, née pour les champs de bataille; et par-dessus tous, ce grand Gustavcr Adolphe , qui paya héroïquement de sa vie , à Lutzen , l'avenir de l'Allemagne , des Protestants et de sa patrie.
Trois ans après, la paix entre l'Empereur et l'électeur de Saxe est signée à Prague. Mais la France et la Suède continuent la guerre; Ferdinand meurt sans voir la fin de ces luttes sanglantes qui par sa faute avaient agité tout son règne. Il montait devant Dieu, chargé d'une responsabilité immense.
Courageux et résigné dans le malheur, ce prince était impérieux, cruel même dans la prospérité.
byGoogic
IHTKODUCTiail.
Doué des plus brillantes qualités, son heu- {^ reuse organisation le destinait à la gloire des grands hommes; une éducation monastique altéra ce noble naturel , et le cabinet de Madrid ne développa dans son élève qu'une dévotion intolérante, la soif du despotisme (i), la chimérique idée d'une monarchie universelle. Sur cette route ,__Ferdinand eut le malheur de rencontrer plus d'une ressemblance avec son parent Philippe H.
II semble facile de succéder à un monarque qui n'a point su se faire aimer; mais, en héritant de son pouvoir, on hérite aussi des embarras qu'il s'est créés.
Ferdinand III (a) s'en aperçut promptement.
Ce prince n'avait ni les hautes facultés, ni les graves défauts, ni les fanatiques «npor-
(i) WalleuMein , trèa-inilié aux intentioni de son maître, dJMÎt tonvent qu'il fallait nettre les électeurs sur le pied des Grands d'Espagee, et réduire les éiêquesà k qualité de chapelains de la cour impériale.
(s) Fils atné de Ferdinand II et de Marie-Anne ^de Bavière ; aé en 1608; roi de Hongrie, en i6s5; roideBc^ême,en 1637; élu Roi des RoraaJDt, en 1636, il succéda à son père. H» i637, âgé alors de ig ans.
)66 IRTROOUCTIOH.
|«? tements de son père; une sage tolérance l'animait : aussi son avènement sembla-^ïl un gage de paix. Mais cette paix tant désirée , il n'aurait pu l'obtenir qu'à des conditions humiliantes pour la mémoire paternelle, qu'au détriment de sa Maison et de la religion catholique : force donc lui fut de continuer la guerre. Triste héritage qu'il détestait, sans pouvoir le répudier!
Bientôt le fameux duc Bernard deWeymar était devenu pour lui un ennemi aussi redoutable que^Gustave-AdoIphe pour Ferdinand II : la mort, comme une alliée fidèle, l'en délivre. Banner périt aussi au milieu de ses conquêtes. En peu d'années, de i63a à i64i , les trois héros ont disparu.
Néanmoins de tels bonheurs ne l'emportaient pas sur le génie de Richelieu.
Digne élève de Gustave, successeur de Banner, le comte de Torstenson et le maréchal de Guébriant, qui, avantlongtempsaussi, périra au siège de Rothuel, battent les -Impériaux, près de Wolfenbuttel. Victoires au reste plus brillantes que décisives : l'Autriche restait intacte : la guerre n'y entrait même pas.
Le 20 novembre i64a, Richelieu meurt,
INTBODnCTIOn. tl>7
et bientôt nécessairement Louis XIII : l'om- jj bre devait suivre le corps.
Mais de cruelles défaites viennent troubler la joie de Ferdinand; car le grand Condé a ouvert la glorieuse série de ses triomphes. Fribourg, où. Turenne était son lieutenant ; Nordlingen, où Mercy (i) est tué; Rocroi, tombeau des célèbres infanteries castillane et wallonne, voilà ses débuts. Sur un autre théâtre, Turenne et Wrangel,vainqueursdes Impériaux etde Montecuculli à Sommershausen, près d'Augsbourg, forcent le duc de Bavière de se retirer sur Saltzbourg. Â tous ces revers, Ferdinand opposait une inébranlable fermeté d'âme.
Gomme si l'Empereur n'avait point déjà assez d'ennemis , le souple successeur de Richelieu, Mazarin, etle chancelier Oxenstiem avaient suscité Ragotski , souverain de Transylvanie. £n Bohême, Konigsmarck et ses braves Suédois surprenaient Prague.
La situation devenait grave. Ferdinand comprit qu'il fallait traiter ou jouer sa couronne.
De son côté, lepapelnnocentXtravaillait,
(i) Od l'eaterra sur le champ de bataille, avec cette épîtaphe, qui n'était point ane fiatterie : Sla, viaior, hrrotm calcas.
llfTBODDCTION.
jj« avec chaleur, à une paix- qu'il ne prévoyait pas devoir être si funeste aux Catholiques.
Enfin s'arrêta cette longue et rude guerre : elle avait embrassé quatre périodes, de 1618 à 1626, la période bohème ou palatine; de 1625 à i63o, }& danoise ; de i63oà i635,la suédoise; de i635 à 164.8, la. française. Après sept ans d'efforts , les puissances belligérantes signèrent,àMunster et àOsnabruck, le célèbre traité de Westphalie (i), l'une des bases fondamentales du droit public européen , l'un des plus mémorables événements de l'histoire moderne.
H admettait trois religions dans l'Empire , la catholique, la luthérienne et la calviniste, avec égalité de droits, reconstituait l'état politique de la Germanie , donnait l'Alsace à la France, qui dès lors (2) tint les clefs de l'Allemagne et de l'Italie.
(i) La paix de Weitphalie se compote de deui éléments : le traité entre la France, l'Emperear et TEmpire, qui fnt rédigé à Manster, et celui entre la Suède, l'Emperenret l'Empire, signé à Oanabruck. Hais toutes lea atipulations comprises dans l'un toDl censées contenues dans l'autre : de là l'unité du traité. I) faut ajouter que c'est àOsnabruck, par rinterreatioD de la Suède, que les affaire* de l'Empire ont été réglées.
Scbcell , Histoire dri traités dt paix , lom. I*'. Voir Pièces jus' tificalives, lettre B.
(i)DèslorsausgilecabiDet français pouRtuÎTait avec constance ce grand but ; recater ses frontières jusqu'au Rhin, et réunir
inTBODITCTlON.
Garante des deux traités, cette puissance j«» put désonnais intervenir dans les déiniêlés des princes de l'Empire ; en paraissant protéger l'indépendance des plus faibles, elle les gouverna.
Tout ce que gagnait la France, le chef de l'Empire et la Maison d'Autriche le perdirent. Comme Empereur, Ferdinand III se voyait enlever une portion considérable de l'autorité que jusqu'alors la loi ou l'usage lui avait attribuée : il était contraint de partager la puissance souveraine avec des princes traités en vassaux par ses prédécesseurs. Ifunautre côté pourtant, par l'introduction,
à son territoire tes Pays-Bas espagnols qui, sone le nom de Cercle de Bourgogne, appartenaient à l'Empire, la Lorraine, ce qui lui manquait encore de l'Alsace, et, autaut que possible, tous les pajs situés sur la rive gauche du Rhin. Peuple et roi, tous nourrissaient ces idées d'agrandissement quine datent pas de notre temps ni de la période révolutionnaire. L'Empire de Germanie, disait-on, ioiprimait-on même , l'ancien Empire romain, ^Ique le posséda Charlemagne, appartenait à LonisXIVet àses descendants. La chaire sacrée elle-même exallaitcesambitieuaes tendances < : O toi I " s'écriait l'abbé Colbert , dans un discourt à Louis XIV, au nom du clergé français, t toi qui donnes des laia ■ à la mer, aussi bien qu'au continent; qui lances, quand il te
• plait, la ioudre sur les rives africaines i toi qui abaisses l'or- < gueil des peuples, et, quand tu le veux, forces leurs souve-
• raîns de reconoattre, à genoat, la puissance de ton sceptre et
• d'implorer ta miséricorde,' etc.
Une ardente soif de conquête embrasait tpus les espritsi
160 IIITBODDCTION.
J«J dans le collège des princes , de huit membres nouveaux, presque tous vassaux de l'Autriche, et dont la reconnaissance ou l'intérêt dirigèrent toujours les suffrages , Ferdinand , assura^à sa Maison une grande influence sur les Diètes d'Allemagne. Maisl'ascendantavait changé de place ; le corps germanique subissait une fondamentale transformation ; le principe d'union était ébranlé, l'Ëmpi^re mortellement frappé 'au cœur.
Six ans plus tard , la Diète de Ratisbonne consacra définitivement la pacification de Westphalie.
Aussitôt après le paix, la bizarre fille de Gustave-Adolphe, Christine avaitabdiqué en faveurde son cousin Charles-Gustave, prince Palatin de Deux-Ponts. Impatient de continuer la gloire de son oncle, Gustave, sous prétexte de l'ancienne querelle de famille touchant la succession au trône , attaqua Jean-Casimir, roi de Pologne, lerepoussa jusqu'en Silésie, battit l'électeur de Brandebourg, le força de reconnaître la Prusse ducale pour fief de la Suède , comme à se déclarer contre les Polonais, et, le 3o juillet i656, écrasa, près de Warsovie, Jean-Casimir coupable d'y être rentré avec l'appui des Turcs.
flyGOOgiC
INTBOUnCTIOIf. 161
Inquiet de voir la Suède détruire ainsi la jg
balance politique dans le nord , Ferdinand , après avoir vainement demandé des secours à la diète de députation alors rassemblée a Francfort, tâcha de réunir par un lien commun les princes intéressés à arrêter les. Suédois : une alliance offensive et défensive avec le Danemark et l'électeur de Brandebourg fut donc conclue. Mais , au moment même où son armée allait se mettre en marche , trois jours seulement après la signature de son traité avec la Pologne , l'Empereur cessa de vivre, moins craint et plus regretté que son père.
Vingt ans chef de l'Empire, à travers les plus orageuses circonstances, il eut le droit de dire : <t Durant tout mon règne , nul n'a c pu me reprocher d'avoir commis, en cons naissance de cause, une seule injustice, n
Cinq mois plus tard, la diète électorale s'ouvrit à Francfort. Malgr^ les efforts de Mazarin pour découronner l'Autriche et placer à la tête de l'Empire son jeune maî> tre Louis XTV, ou du moins l'électeur de Bavière , le second fils de Ferdinand fut élu .
Autrefois Rodolphe de Habsbourg avait
• été choisi pour sa faiblesse : Léopold fut choisi pour sa puissance. On voulaitunchef en état de protéger l'Allemagne contre les Turcs, contrelesSuédois, contre lesFrançais. Ce ne fut pas , il est vrai , sans subir de dures conditions; car, pour se consoler de leur insuccès , le maréchal de Grammont et M . de Uonne, ambassadeurs de France, firent imposer au nouvel Empereur la plus onéreuse capitulation. Ainsi il lui était interdit de prendre part, soit directement, soit indirectement, à la guerre entre la France et l'Espagne, pas même comme archiduc d'Autriche; toutes les dispositions du traité de Westphalie s'y trouvaient confirmées , avec l'obligation formelle de maintenir la liberté des dix villes d'Alsace.
On voulait étendre à la guerre dii nord la même interdiction que pour l'Italie , et stipuler que, si Léopold violait xui seul article de sa capitulation, il serait censé avoir abdiqué ; mais il sut faire rejeter ces deux propositions.
A la mort de Ferdinand III, l'autorité impériale n'était plus qu'une ombre. Resserrée par le traité de Westphalie dans les bornes
inTBODSCTIOK.
les plus étroites, on l'avait subordonnée à «m celle des États. Ceux-ci, encore effrayés des souvenirs de Charles-Quint et de Ferdinand n, regardaientles rois de France et de Suède Comme les défenseurs de la liberté germanique , comme leur plus sûr rempart contre les ambitieuses tentatives de la Maison d'Autriche; et, tandis que l'Allemagne leur accordait toute sa confiance, elle surveillait d'un œil jaloux les Empereurs ; tout de leur part devenait suspect. Au delà du Rhin, Louis XIV était plus puissant que le chef de l'Empire.
Charles-Quint et Ferdinand II avaient voulu écraser tes Etats d'Allemagne sous le déploiement de leur puissance : Léopold tenta de les ramener à lui par l'étalage artificieux de sa faiblesse; Sixte-Quint de la pourpre impériale, il marcha au pouvoir, déguisé en valétudinaire.
Néanmoins, il faut le dire, ce rôle fut l'œuvre de ses ministres plutôt que la sienne propre. Destiné dès son enfance à l'état ecclésiastique, Léopold avaitappris plusieurs sciences , mais non celle de régner. Sentant tous les embarras de sa situation et de son
inTBODBCTIOIl-
«inexpérience, cet Empereur de fingt ans s'abandonna à la direction de ses ministres qui, durant un règne de près d'un demi-siècle, gouvernèrent seuls. La condition de I«ir pouvoir, c'était de le dérober à ses yeux, et de n'exécuter que par ses ordres leurs propres volontés. Une prompte disgrâce réprimait toute imprudence en ce genre ; car, de sa nature, la faiblesse est plus ombrageuse encore que la tyrannie. Léopold ne changeait un ministre que pour se livrer à un autre avec non moins d'abandon. Au reste, presque tous ses choix furent heureux; or, le bonheur constant ressemble fort à l'habileté.
Dirigé par des hommes expérimentés, ce monarque déplaça les terreurs de l'Empire : il sut lui persuader que la Maison d'Autriche, affaiblie, n'était plus à craindre. £n même temps , il exagérait les forces de la France. Tout secondait ses efforts : d'une part , Vienne assiégée par les Turcs ; les armées et les finances impériales, anéanties; les Hongrois, eu pleine insurrection; de l'autre, Louis XIV, à la tête de deux cent mille hommes , couvrant l'Océan de ses flottes , et
IHTBOOncnOII. 166
l'Europe de ses triomphes ; un tel- spectacle ]: parlait assez haut.
Bientôt des réunions menaçantes pour la nationalité germanique, et l'odieux incendie du Palatinat allumèrent la haine dans toute l'Allemagne. Alors il y eut réaction : la France devint le toirent dévastateur; l'Autriche, la digue; et l'Allemagne mit autant d'ardeur à se sacrifier pour la Maison impériale que na^ère à la combattre. Révolution telle dans les esprits, que la Suède, jadis si formidable aux Ferdinand, perdit presque toute son influence en Allemagne ; encore le peu qu'elle en conserva , ne le dutelle qu'à son étroite alliance avec la maison d'Autriche (i ).
Voilà le trait caractéristique du règne de Léopold.
Plus d'ardeur et de fierté eussent tout ODmpromis : une politique cakne , molle en apparence , mais patiente » gagna cette grande partie si aventurée. Léopold , que ïe moindre prince avait d'abord pris à tâche de contrarier, gouverna en maître plus ab-
(t) Pfeffel, jibrégi chronologique dt Fhisloirt et du droit publie dt t AUemagae.
IMTBODDCIIOn.
I solu que la plupart de aes prédécesseurs. De i665à 1699, il avait réuni à ses possessions les biens de la ligne d'Inspmck qui venait de s'éteindre, ^l'ieg, Liegnitz, Wolhaw, la Transylvanie, le restant de la Hongrie et l'Esclavonie.
L'oi^anisation militaire (i) et l'administration de la justice durent beaucoup à Léopold; il établit, tant en matière civile qu'en matière criminelle, des règlements fort sar ges. On se plaignait du code (jarolin, rigour reux à Texoès dans ses dispositions pénales : ce prince le supprima. II substitua la langue allemande au latin , jusqu'alors en usage
dans les tribunaux, fit un digeste pour l'Autriche , encouragea l'étude des lois , réforma nombre d'abus, et créa dans la capitale une police régulière.
Favorisé par un heureux concours de cir-r constances, entouré d'habiles ministres et de grands généraux , le plus indolent des Empereurs, depuis Frédéric lïl, releva donc l'autorité impériale , et rendit à la Maison d'Autriche sa splendeur. On l'a surnommé
(1) En inouraiit, il laîaM un efTecIif de 74 ,000 hommea ; 19 régiments d'infaDteric , 8 de cuirassiers, 6 de dragons, 5 de cavalerie légère, dont 3 de hnssards.
tHTBODUCTION. 187
te Grand : appliquée aux érénements de son j< règne , l'expression devient juste ; à son caractère personnel, elle ne serait qu'une flatterie. Était-il grand l'homme qui ne sut pas trouver de reconnaissance pour Sobieski, glorieux libérateur de Vienne , de l'Empire, de la Chrétienté ?
A cette époque, une sorte de fermentation agitait les maisons princières. En 1696, après la mort du héros polonais , Frédéric Auguste de Saxe était monté sur le trône des Jagellons; un prince d'Orange s'établissait sur celui d'Angleterre; à Kœnisbei^, Téleoteur de Brandebourg devenait Frédéric I'', roi de Prusse, le 17 janvier 1701, date fun^te pour l'Autriche ! Aussi en apprenant la reconnaissance du nouveau roi par Léopold, Œ L'Empereur, » s'écria le prince Eugène, « devrait faire pendre les ministres a qui lui ont donné un conseil aussi per- « fide. » Le grand capitaine semblait prévoir Frédéric II.
Le fils aîné de Léopold, Joseph I^, sacré roi héréditaire de Hongrie en 1687, élu, à Augsbouig, roi des Romains en 1690, lui succéda, le 5 mai 1705. Par sa capitulation,
168 IHTHODUCnON.
{™jil s'engageait à observer toutes les clauses du traité de Westphalie, « excepté dans < ce qui concernait l'avantage de la France. »
L'Allemagne avait beaucoup espéré de Joseph : il remplit cette attente.
Son règne fut court, mais illustré par de mémorables événements.
Continuant la célèbre guerre pour la succession d'Espagne, Joseph soutient vivement la cause de son frère Charles ; la lutte s'étend, l'Empire est en feu; nobles champs de bataille où brillent Villars, Marlbo- FDugh, Vendôme, le prince Eugène, Berwick; et plus loin Charles XII, Pierre le Grand!
Mais la victoire d'Almanza couronne Philippe d'Anjou. Entre la France et l'Espagne les Pyrénées s'abaissent!
La pohtique extérieure ne détournait pas l'Empereur des affaires allemandes. Sous Léopold , la maison d'Hanovre avait obtenu la dignité électorale ; elle dut à Joseph son admission dans le collège des électeurs. Ce prince fit aussi reconnaître toutes les prérogatives de rélectorat de Bohême. Son influence, en 1710, calma les troublesqui agi"
D.n.iiffidbyGoOg[c ■
INTIODUCTIOH. 169
taient Hamboui^. Depuis huit ans, les in- [Jjj surgés hongrois luttaient contre les forces impériales; ver» 1711, ils succombent ; Joseph reçoit leur soumission.
En Italie, Clément XI trembla plus d'une fois : Joseph y agissait en Teritable empereur romain.
Doué d'une infatigableactivité,brave dans les combats , prudent au conseil , connaissant à fond l'histoire générale de l'Europe et la constitution des divers pays sur lesquels il régnait , ce monarque eût introduit dans ses États d'importantes réformes; mais il cessa de vivre , avant la pacification générale, trop tôt pour son pays, trop tôt pour sa propre gloire. Il ne vit pas les immenses résultats, attribués un peu légèrement peutêtre à la disgrâce d'une favorite en Angleterre.
Au milieu de tant de commotions en Europe, Joseph n'avait augmenté ses Etats que du duché de Mantoue.
Sous ce dernier rapport , son successeur, deuxième fils de Léopold, fut plus heureux. Ainsi, de 1713 à 1735, Charles VI sut acquérir les Pays-Bas espagnols, Naples, Mi-
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170 IHTaODUCTIOM.
j^jilan, la Sardaigne, Gradiska et ses dépendances, Temeswar, Krajowa , la Servie et la Bosnie jusqu'à la Save, la Sicile en échange de la Sardaigne, Parme et Plaisance.
n est Trai que l'Empereur ne conserva pas tous ces accroissements, le traité de Belgrade ayant modifié les largesses des traités d'Utrecht^ de Rastadt et de la paix de Passarowitz. Néanmoins la monarchie autrichienne restait encore sensiblement agrandie.
Eclairé par les malheurs de sa dernière guerre, Charles VI se préparait k remédier aux désordres des finances et de l'administration militaire ; il songeait même à se rapprocher des puissances maritimes; la mort ne lui en laissa pas le temps.
Avec lui, le 20 octobre 1740, s'éteignit la ligne masculine de la maison d'Autriche.
Pendant plus de trois cents ans, elle avait gouverné l'Allemagne.
Tous ces souverains , sauf Charles-Quint , se montrèrent pacifiques.
Leurs conquêtes furent souvent des mariages.
Avec l'amour du bien, Charles VI neren- ]iit point ses sujets heureux. Ses défauts
IIITBODVCTIOV. 171
étaient devenus plus forts que ses bonnes "n qualités.
Généreux, mais sans discernement, appliqué, mais sans pénétration, travaillant beaucoup, mais faisant peu; possédant à fond le droit germanique, parlant plusieurs langues et surtout le latin , mais , en même temps, très-préoccupé des procès du Conseil aulique et des minuties de l'étiquette, Charles VI n'était point à sa place sur le trône.
Aussi tout son règne fiit-il agité; cette couronne qu'ii avait trouvée splendide et glorieuse, il la laissa humiliée.
C'est qu'on l'avait élevé, non pour commander, mais pour obéir.
L'élection de Charles VI fut signalée par une modification considérable à la constitution politique de l'Allemagne. Jusqu'alors, les capitulations avaient été personnelles à chaque Bmpereur : le successeur n'était pas lié par elles. Mais le despotisme de Léopold et de Joseph P' ayant donné l'éveil, l'Allemagne prit ses précautions : tout chef d'Empire dut, à son avènement, signer une capitulation perpétuelle. Là, les privilèges du corps germanique trouvaient une confirmation;
INTBODDCTIOH.
Il et l'autorité impériale , des limites. On dé cida en outre que nul changement n'y serait introduit sans le consentement de la Diète. Volunt Imper atorem , potentiam abhorrent.
L'acte auquel le défunt Empereur avait attaché le plus d'importance , c'était la Pragmatique-Sanction, nouvelle loi de succession pour les États de la Maison d'Autriche.
D'après le pacte de famille établi par Léopold I", et confirmé par ses fils Joseph et Charles, les filles de Joseph devaient posséder les Etats héréditaires de préférence à celles de Charles, si ces deux princes mouraient sans laisser d'héritier en ligne masculine.
Mais malgré l'adhésion donnée aux dispositions paternelles , Charles , à peine sur le trône et encore sans enfants, les changea, en ordonnant , qu'à défaut de postérité masculine, sa succession passerait, d'abord à sa fille aînée et à ses descendants, ensuite à ses autres filles et à leurs descendants , selon le droit d'aînesse; en troisième lieu , aux archiduchesses ses nièces , filles de Joseph , et à leurs descendants; enfin, à la reine de Por^ tugal et aux filles de l'Empereur Léopold I*^.
L'Impératrice, peu de temps après la pro7
muleationde ce décret, était accouchée d'un i-m. fils qui mourut bientôt. Elle eut ensuite trois filles, dont l'aînée fut l'Ulustre Marie- Thérèse.
Non content, en mariant ses nièces aux électeurs de Saxe et de Bavière, d'obtenir leur renonciationàtoutesprétentions, Charles VI fit reconnaître la Pragmatique-Sanction par les divers États de ses possessions. Pour plus de sûreté encore , il l'avait placée sous la garantie des principales puissances de l'Europe.
Mais à peine l'Empereur eut-il fermé les yeux qu'on reconnut la justesse prophétique de ces parolesdu princeEugène : « Sire, pour « garantir votre succession , une armée de « cent mille hommes vaudrait mieux que a cent mille traités. »
Avant d'aller plus loin, un mot sur les lois fondamentales de la monarchie autrichienne, et sur }& constitution politique de l'ancien empire d'Allemagne.
Les lois qui régissent l'ensemble des Etats héréditaires, sont :
174 intBODUCTION.
« I " Le testament de Ferdinand I** , daté de i543, et le codicille de i547;
a"* Le testament de Ferdinand II , daté de 1621, et le codicille de i635. Cet acte règle le droit de succession , la tutelle et la majorité du successeur; il établit l'intégrité des États autrichiens; 3"LaPragmatiqTie-SanctiondeCharlesVI, qui confirme ce grand principe del'intégrité, et règle la succession par droit d'aînesse (i).
Voilà l'ensemble.
D'autres lois particulières et locales s'appliquent aux diverses parties de ce vaste corps.
Pour l'Autriche , ce sont, depuis 1 1 56, la grande charte de l'Empereur Frédéric Ir;
Des règlements de famille détern^nant l'âge où le jeune prince peut gbuvei^er, et /
(i) 4"" Enfio rordônnance de François I", par laquelle ce dernier Empereur d'Allemagae se réduit au titre d'Emp^eur d'Au* triche ; les ordonnances des i'' et 6 août 1806 , déclarant que le nouvel Empire doit être considéré comme diaiinct et Indépendant des autres États allemands.
 Francfort sur le Meiu, daus la salle où figurent les bustes des Empereurs, la case occapée par Fran^i» est la dernière; l'étendue de la galerie n'en comportait pas d'autre. U n'y avait plus de place pour un successeur, comme si l'arcbitecte avait sd d'avance le compte de ces têles couronoéest
IRTHODDCTIOK.
le choix d'un régent pendant la minorité ; i;
Divers privilèges concédés par plusieurs souverains aux Etats de rArchiduché.
Pour la Bohême, l'ordonnance de Ferdinand II (1627), et les déclarations de Ferdinand III (i64o). Dans quelles circonstances les États du royaume peuvent élire leur souverain , la forme de Thommage et la formule du serment; l'inviolable maintien de la religion catholique, apostolique et romaine; le pouvoir de promulguer et d'abroger les lois , conféré au Roi seul ; l'organisation des États et les conventions relatives aux mines , cette principale richesse de la Bohême ; tels sont les graves intérêts qu'elles
Pour la Moravie, comme pour laBohême, une seule loi fondamentale, l'ordonnance de Ferdinand II ( 1 638) ; les dispositions en sont à peu près les mêmes. Le souverain ne con- 6rme les privilèges des États qu'autant qu'ils ne sont point contraires aux principes fondamentaux de l'Empire.
Dans la Silésîe autrichienne, chaque principauté a ses lois particulières.
En Galicie et en Lodomérie , la loi fonda-
INTBODUCTlOIf.
1740 mentale, c'est le traité de cession du iSsep* tembre 1773,
La Hongrie(i), royaume à part, ayant son existence distincte, se régit d'après plusieurs lois particulières , telles que :
i^ Le pacte fondamental passé, vers la fin du neuvième siècle, entre la dynastie des ducs d'AImus et les Hongrois encore no-
3" Le privilège concédé en 1222 par le roi André II à la noblesse hongroise;
3° Le diplôme inaugural.
Quant à la Transylvanie, sa constitution reposait sur le diplôme du 4 décembre 1691, que Léopold ï^ fit adopter par les États d'Hermandstadt, le iSmars 1792.
Depuis l'extinction des Carlovingiens , les Empereurs ont toujours été élus, mais rarement hors de la Maison d'Autriche.
A dater de 14^7 , une exception à cette série de souverains de même sang, c'est Charles VII, électeur de Bavière; encore paya-t-il bien cher sa couronne d'un moment.
(i) Voir Pièces justificatives, lettre C.
fMTIODCCEION. 177
Àu reste, U faut voir là un fait et non un i-m droit. Le sceptre impérial n'était pas devenu, entre les mains de la Maison d'Autriche, un patrimoine. Chaque Empereur promettait même da^is sa capitulation de ne point chercher à le rendre héréditaire.
L'Empereur romain était donc le chef, toujours élu , de l'Empire , et son représentant.
Néanmoins , sans manquer à la foi jurée , il lui était permis de solliciter le suffrage des électeurs pour son successeur, mais loyalement , sans employer la yioleuce ni la corruption.
Ainsi , par le Pactum fœderis et unionis dua2marsi692,entrerempereurLéopoldet l'électeur de Brunswick-Lunebourg, celuici s'engage à ne jamais donner sa voix, pour la couronne impériale ni pour celle de Roi des Romains, qu'au prince aîné de la maison d'Autriche; et, ce qui est plus fort, il engage à perpétuité la voix de ses successeurs.
L'intervention du Pape dans les élections impériales fut de bonne heure écartée, les décrets de i338 et i34o ayant décidé que l'onction et le couronnement par les mains du Souverain Pontife étaient superflus.
178 inTBODDCnOIf.
» La Bulle d'or exigeait qu'on fît choix d'un prince y«j(e, bon, utile.
Les Protestants et les Réformés n'étaient point exclus de la dignité impériale. Le titre n du traité de Westphalie , § I" , établit au contraire, entre les diverses communions chrétiennes, une parfaite égalité.
L'Empereur était élu pour gouverner l'Empire selon les lois fondamentales , pour assurer l'observation des traités des Ëtats de l'Empire entre eux, et des traités de l'Empire avec les puissances étrangères.
La couronne n'était que la première charge de l'Empire, majesté déléguée avec mandat.
L'Empereur était tenu d'assurer à chaque individu en Empire la pleine et paisible jouissance de ses droits et privilèges.
II exerçait le pouvoir de trois manières ; ou de sa propre autorité, ou conjointement avec les électeurs et quelques États, ou conjointement avec tous les États réunis.
Les droits que l'Empereur exerçait seul , ou avec l'assistance d'un autre État , s'appelaient Résenres, Reservata; terme impropre, plus applicable aux droits que les électeurs et
IHTBODUCIIOn. 17g
États se réservaient dans leurs capitulations, itm
Un Empereur, qui eût voulu soutenir par la violence une prétention contraire aux lois fondamentales , fût devenu ennemi de l'Empire ; le recours à la force était permis contre lui.
Bien que sujets , pour certains cas , à la juridiction de la Chambre impériale et du Conseil aulique , les Etats, vassaux de l'Empire et non de l'Empereur, étaient incontestablement souverains. Sentant, pour se soutenir, la nécessité d'être unis et de rester confédérés; ne voulant pas vider par les armes les contestations qui pourraient s'élever entre eux , ils s'étaient , d'eux-mêmes et volontairement , soumis à ces tribunaux.
Mais n'avaient-ils pas le droit de battre monnaie ? celui de vie et de mort sur leurs sujets.'' celui d'envoyer et de recevoir des ambassadeurs? Ne pouvaient-ils pas conclure deS alliances et faire la guerre sans consulter les tribunaux?
L'Empire, c'était donc la réunion constitutionnelle d'Etats souverains , obéissant à un chef électif, dans certains cas déterminés par les lois fondamentales. Chacun
IHTBOBDCTIOR.
^ d'eux avait une voix à la Diète , Reichstag, " assemblée suprême, hors de laquelle aucune puissance humaine n'aurait pu établir une loi organique.
TroiscoUéges divers composaient la Diète: celui des électeurs, celui des princes, celui des villes , chacun d'eux s'assemblant , délibérant à part, et prononçant à la majorité des voix. De l'accord des trois collèges sortait un Placitum de l'Empire {Reicfisgutachten). Cette résolution, une fois ratifiée par l'Empereur, prenait l'autorité d'un décret, d'un Conclusum [Beichssckluss.)
En même temps, nul ne pouvait priver l'Empereur d'une des prérogatives légalement attachées à sa couronne.
On le voit , le gouvernement impérial n'était, dans sa forme, ni despotique, ni républicain , ni aristocratique : c'était une monarchie mixte et tempérée.
L'élection d'un Koi des Romains offrait à l'Autriche le plus sûr moyeu de perpétuer la couronne impériale dans sa Maison. Il est vrai que, faite du vivant de l'Empereur, elle devenait réellement illégale. Au seizième siècle , la France , invoquant la Bulle d'or et
.lizedbyGoOgic
lEnnoDucuon.
les lois fondamentales , voulut s'y opposer, ino Mais l'Autriche l'emporta : les Empereurs conservèrent cette puissante influence sur le choix de leur successeur , usage bien contraire sans doute à la liberté des élections, mais qui , d'un autre côté , prévenait les interrègnes si funestes à l'Empire.
La Bulle d'or disait, eu termes exprès, qu'on élirait un Roi des Romains toutes les fois que la situation de l'Empire l'exigerait absolument.
Ne recevant de son élection que le droit de gouverner l'Empire dans le cas unique où son chef en serait empêché , le Roi des Romains ne possédait pas, tant que vivait l'Empereur, la plénitude du pouvoir.
Aucun hommage ne lui était adressé ; nulle autorité ne lui appartenait en propre.
De tout temps , la France a cédé le pas aux Empereurs ; dans le quatorzième siècle, elle le disputa au Roi des Romains. Ce prince qualifiait de J/o/c^fe l'Empereur, et n'en était traité que de Dilectio Vestra. Sauf celui d' Invincible j on lui attribuait les mêmes titres qu'à l'Empereur.
Par Etat (i)del'Empire,on entendait un
(i) Bi)derb«ck,^te((/ef Empire.
0 souverain ayant acquia le droit de paraître, de siéger, de voter dans la Diète. Ce droit s'obtenait par élection : ainsi les ecclesiastiques;jpar succession : ainsi les laïques; par privilège : ainsi les villes libres.
On comptait trois collèges ou classes d'États; I" les électeurs; 2' les princes, les prélats , les abbesaes , les comtes et seigneu rs ; 3 les villes libres.
La qualité d'État de FEmpire se perdait de plusieurs manières ;
l'Par punition, quand un État était mis au Bande l'Empire;
2° Par la conquête;
3° Lorsqu'un État se détachait lui-même de l'Empire, ou se soumettait à une autre puissance ;
4" Quand , soit par la force , soit en vertu d'une décision des tribunaux, un État en avait dépouillé un autre.
Ce fut sous les Carlovingiens qu'eut lieu la séparation des États en ecclésiastiques et laïques.
Depuis la division des religions catholique et protestante, il existait en Empire des États catholiques et des États protestants.
INTHODCCnOW
A titre égal, les États ecclésiastiques pre- w» nalent rang avant les autres.
Sous les Carlovingiens aussi l'hérédité commença à s'établir pour les dignités de duc, de comte, etc.
IjE chaîne de comte, g'™/i c'est-à-dire, gouverneur d'un district , devint héréditaire sous les Empereurs saxons. Depuis , presque toutes les Maisons régnantes d'Allemagne introduisirent la succession par primogéniture : de là les majorais.
Quelques exceptions se maintinrent et amenèrent , avec beaucoup de pactes de famille , beaucoup de confusion.
Quant à 1^ noblesse immédiate , la Chevalerie d'Empire ,' Reichsritterschqft, bien que jamais elle n'ait possédé voix ni séance à la Diète, elle jouissait d'une complète indépendance, et ne relevait que de l'Emperenr.
Jadis les États avaient un rang entre eux. Cette prééminence devint la source d'interminables disputes.
La Bulle d'or fixait le rang des électeurs.
Les États de la religion catholique formaient le Corps catholique; ceux de la religion protestante et réformée, le Corps évangélique. Tous deux réglaient leurs m-.
184 INTVODnCrlOM.
Intérêts religieux dans des assemblées, l'un, sous la présidence del'électeurde Mayence; l'autre, sous la présidence dç l'électeur de Saxe. I
Leurs décisions étaient souveraines.
On distinguait les pays de l'Empirç en deux classes; c'étaient ou des allodiaux des biens de famille possédés en pleine pror prîété, ou des fiefs qui, par succession, re-> venaient, encertainscas, au seigneur féodal.
Les princes et États de l'Empire prêtaient à l'Empereur le sermeot de vassal, Juramentum'vassallaticum. Retenus par ce lien, ils ne pouvaient ni servir ni s'allier contre lui. Contrevenaient-ils à cette obligation? l'Empereur pouvait les citer à la Diète, et les mettre au Ban.
Un État, mis au Ban dç l'Empire pour félonie, était personnellement privé de la souveraineté et de son fief; sa succession suivait l'ordre légitime. A défaut d'héritier, les fiefs retournaient à l'Empereur-
Outre le Ban, une autre cause ramenait un fief à l'Empereur : c'était l'extinction d'une maison. Mais telle ne pouvait jamais être la condition d'un État ecclésiastique ; car un Chapitre ne s'éteignait pas. Quant au Ban,
IHtBODUCTIOn. 185
un prince , un État ecclésiastique avait- il ino encouru cette punition? une autre élection du Chapitre le remplaçait après la déposition prononcée par le Saint-Siège. Si au contraire la cour de Rome soutenait ce dignitaire, l'Empereur séquestrait ses rerenus jusqu'à sa mort.
En matières féodales , les lois fondamentales et les capitulations imposaient à l'Empereur les obligations suivantes :
i" Ne point mettre d'entrave» à l'investiture , et l'accorder sans délai.
2" Ne pas faire sortir les feudataires de l'Empire pour recevoir l'investiture; ne pas même leur occasionner des voyages inutiles.
3° Recouvrer les fiefs de TËmpire perdus.
4" Les maintenir. Ce soin , d'après le Corirclusum du 9 décembre 1722 , s'étendait jusqu'aux fiefs d'Italie ; l'Empereur devait aussi forcer les feudataires d'en venir recevoir l'investiture.
5" Protéger, contre toutes violences, les feudataires et leurs sujets.
6° Ne souffrir qu'aucun tribunal portât atteinte à la souveraineté des feudatairçs , ni à leur juridiction souveraine sur leurs sujets.
NTBODUCTION.
« 7" Recevoir lui-même ses propres fiefs , et, en cas d'impossibilité, se reconnaître par des Reversâtes ttat et feudatairede l'Empire.
Autrefois, c'étaient les États qui prononçaient sur les litiges féodaux. Cette attribution passa plus tard au Conseil de l'Empire {Reichs régiment), et enfin au Conseil aulique.
Les Electeurs s'appelaient anciennement Septemviri, la Bulle d'or ayant fixé leur nombre à sept, par allusion au candélabre à sept branches du templede Jérusalem, et aux sept chandeliers de l'Apocalypse (i).
Depuis , il fut porté à neuf.
A quelle date remonte la fondation du collège électoral? Les uns ledécouvrent avant Tacite (2); d'autres l'attribuent à Othon le Grand, et même àGrégoireX. Là où manque la preuve historique, commence l'obscur domaine des conjectures.
C'étaient les Électeurs qui, après avoir
(1) Septem Electom tacri Imperiiper qaot ■oelul ifplem candtlabra lucentia in unitafe spiritus stpliformis sacrum illumùiari dtbet Imperium.
Dans l'hymoe Feiù, Cnator, le Saint-Esprit est appelA Sept^ormis launere.
(3) Liebliardt, In dits, de Eleclorali collegii origine, Ludewig, jiJaarram Bullam, tom. I".
IRTKODUCIION. 187
fait choix d'un Empereur, dressaient avec mu
lai sa capitulation.
A ce droit suprême ils joignaient d'autres privilèges. Ainsi leur collège , dont l'origine remontait à Frédéric III, était d'un ordre supérieur et séparé des autres États. Ils s'assemblaient entre eus, distinctement, sans nul concours étranger. Comme s'ils eussent pressenti les redoutables tentations d'un tel chef, les électeurs, dans la capitulation de Charles-Quint, s'étaient réservé le droit de convenir, avec l'Empereur, du temps et du lieu où se tiendraient les Diètes : il y était stipulé que l'Empereur n'en pourrait convoquer sans leur consentement.
Parmi les Electeurs , la- préséance appartenait aux ecclésiastiques. Le premier de tous était celui de Mayenee.
Pour entourer le chef de l'Empire d'une pompe et d'un appareil imposants, on avait créé, les arehicharges. Ainsi , l'Électeur de Mayenee était archichancelier et archichapelain de l'Empire; le roi de Bohême, archiéchanson; l'Electeur de Sase,archimaréchal; Je margrave de Misnie, arcbigrand-veneur; l'Electeur de Brandebourg, archichambellan, et depuis la mort derÉIecteiir de Bavière,
188 IKTBODOCnOn.
i^JÎ l'Electeur d'Hanovre, architrésorier. L'Électeur de Cologne se qualifiait d'archichancelier d'Italie., et celui de Trêves, d'jirchichancelier du royaume d'Arles.
Venaient ensuite les charges héréditaires. LescomtesdePappenheimétaientmaréchaux héréditaires de l'Empire; les comtes deLimbourg, échansons héréditaires; et,' quand leur maison s'éteignit en 171 3, Charles VI, roi de'Bohême, conféra la même charge à Michel-Jean d'ÂIthan. Depuis le seizième siècle, époque où finit la maison Seinsheîm, les princes et comtes de Hohenzollern furent chambellans héréditaires.
Danslemémesiècle,IainaisondeSeldeneck ayant cessé d'exister, la charge héréditaire de sénéchal passa aux comtes deWalbourg. Les comtes de Zinzendorff étaient, depuis 1625, trésoriers héréditaires, et les comtes de Werthern, portiers héréditaires de l'Empire.
Deux Ordres religieux, fils des croisades, siégeaient à la Diète, l'Ordre Teutonique et celui de Saint-Jean.
On a vp que, par .lettres patentes du 6 janvier i453, Frédéric IV avait érigé l'Autriche en Archiduché. Mais déjà $l\e en avait pris le titre.
IHTaODDCtlOH. IS9
Frédéric lui ayant conféré la dignité nn royale (i), depuis elle réclama pour ses ambassadeurs, la préséance sur tous les princes d'Empire en personne.
L'Archiduc était avocat et protecteur des chapitres de l'Orch , de Trente et de Brisen; sa souverainetés'étendaitsurceux de Vienne, de Seckau , de Gurch, de Saint-André et de Laubach.
Par un privilège qu'elle tenait de l'empereur Henri IV, cette Rïaison paraissait, devant le chef de l'Empire, précédée du glaive et du drapeau.
Exempte de toute charge envers l'Empire , elle ne devait fournir que douze hommes contre la Hongrie , et les entretenir pendant un mois , fardeau assurément fort supportable. Pour s'en affranchir entièrement, l'Aufa-iche prit un excellent moyen : elles'empara de la Hongrie même.
Par un autre privilège , un Archiduc ne demandait ni ne recevait l'investiture du fief hors de ses Etats; c'était chez lui qu'il rem plissait cette formalité, armé, à cheval, en costume d'Archiduc, le sceptre en main, le chapeau ducal sur la tête.
(i) Goldast , ConUilitito Imperu , tom. I*'.
INTBODDCTIOR.
1^ Cette Maison, même après citation à la Diète, n'était pas tenue d'y comparaître.
L'Empire ne pouvait accorder aucun fief en Autriche , circonstance qui donnait à ce pays une homogénéité particulière.
Libre de s'opposer aux décisions du Conseil aulique et de la Chambre impériale, elle ne pouvait être assignée par-devant aucune autre juridiction ; de plus, pour l'appréciation des prétentions qu'on élevait contre elle, il lui était permis de choisir des arbitres parmi ses vassaux.
Les lois données par les Archiducs à leurs sujets défiaient tout contrôle; nulle autorité ne pouvait les annuler.
Autre immense avantage, leurs pays héréditaires formaient un Cercle à part.
De Frédéric II , de Charles-Quint et de Rodolphe II, la Maison d'Autriche tenait le privilège de créer des comtes, des barons, des chevaliers , des nobles et des docteurs ; de Charles-Quint, celui de non appellando, et de protéger sur son territoire les personnes mises au Ban de l'Empire.
Comme héritière de la maison de Bourgogne, elle conférait l'Ordre de la Toison d'or.
INTBOllUCTIOn. 191
Ce n'étaient pas là ses seules préroga- n* tives.
L'Autriche put donc se croire prédestinée dès longtemps aux honneurs de l'Empire.
Voici un point important de l'ancien droit public d'Allemagne; il s'agit du règlement des intérêts communs à tout l'Empire.
Des questions de cette nature ne pouvaient être résolues que devant l'Empereur et les trois collèges réunis.
Le traité de Westphaiie énumère presque tous ces cas. L'Empereur s'engageait dans ses capitulations à maintenir intacte une aussi précieuse garantie.
En remontant jusqu'à ces mâles réunions d'hommes libres qui délibéraient au sein des forêts de la Germanie; en descendant, avec le cours des âges, aux Diètes etDiétines de l'Allemagne, on voit que la liberté est l'antique hôtesse de cette noble terre; là, de tout temps, il y eut une patrie.
Assemblées d'électeurs, assemblées de princes , de prélats , de comtes et de villes , une vie puissante animait ce grand corps.
Dès le quatorzième siècle, il existait des
193 iirtBOfiucnoEi.
'to assemblées de villes : elles avaient lieu de
rti
quatre manières : ,
i" Quand toutes lès villes se réunissaient;
a" Quand les villes d'un seul Cerele ;
3f Lorsque les villes se faisaient représenter par un certain nombre d'entre elles ;
4° Lorsque la réunion se bornait aux seules villes qui l'avaient provoquée.
L'Empire était partagé en dix Cercles : celui d'Autriche, de Bourgogne, du bas Rhin, de Franconie, de Bavière, de Souabe, du haut Rhin , dé Westphalie , de la haute Saxe , de la basse Saxe.
Mais si les États avaient imposé de sages limites à l'autorité impériale, eux aussi ils se trouvaient contenus dans des bornes non moins prudemment déterminées.
Par le serment féodal , ils juraient d'honorer l'Empereur comme chef de l'Empire, et de ne rien entreprendre contre sa personne ni Contre son pouvoir.
Attenter à la personne de l'Empereur, c'était donc commettre le crime de lèse-majesté , comme celui de félonie , en attaquant l'Empereur. Aucun État ne pouvait donner à ses sujets des lois contraires aux lois fondamentales de l'Empire. Toutes sentences
IHTBODUCTION. 193
des tribunaux supérieurs et de la Diète , tant mo qu'elles ne blessaient ni les lois foadamentales, ni les constitutions, devenaient obligatoires pour les États et pour leurs sujets. Telle était même l'autorité des décisions de la Diète, que nul État ne pouvait demeurer neutre , dès qu'au nom de l'Empire , elle avait déclaré la guerre.
. La tranquillité de l'Empire étant un intérêt supérieur à tous les autres, les États en aucune circonstance n'avaient le droit de la troubler.
Dans les querelles particulières , an lieu de recourir aux armes, c'était aux tribunaux supérieurs qu'ils devaient s'adresser; jamais il n'était permis à la violence de pi'endre la place de la justice. Cejpendant la force pouvait repousser tout agresseur, fût-ce l'Empereur lui-même; alors c'était le cas de légitime défense.
Les trois crimes possibles des États étaient ceux-ci r
1'^ Lèse-majesté envers l'Empereur, et félonie envers l'Empire.
a" Perturbation du repos public.
3° Tyrannie envers leurs sujets.
194 INTBODUCtlOH.
™ Confédérés pour la défense commune, lés Etats concouraient à ce but par trois sortes de secours :
Par des troupes que chacun entretenait proportionnellement à ses ressources.
Par des subsides (appelés mois romains Ae^ puis les expéditions d'Italie), pour subvenir aux dépenses militaires, et par des subventions destinées à l'entretien de la Chambre impériale.
Lamatricule de l'Empire assignait à chaque État sa quote-part contributive.
Ces détails, expositiondu drame, étaient
nécessaires (i).
Ayant de parler de Joseph lï , il importait d'indiquer rapidement la vraie situation de l'Empereur, comme souverain héréditaire d'Autriche, commechef électif et constitutionnel de l'Empire.
(i) Schmettow, Jbregé du droit publie ifJllemagru—PtefftX,
jfbrégé chronologique de l'histoire et du droit public d'Jllemogne. — Will. Coxe, Bist. de la Maison d'Julriche, — Heiss, Histoire de FEmpirt, contenant son origine, son progrès, set révolutions. Informe de son gouvernement, sa politique, tes négociations, et les nouveaux règlements qui ont étéjaitê par les traités de Westpkalit et autres.